Catégorie : Édito

  • Edito de la solennité de la Toussaint, 1er novembre 2020

    Heureux !

    Comme chaque année, la fête de la Toussaint est accompagnée des sentiments nostalgiques de l’automne : les feuilles qui tombent, le vent qui s’engouffre dans le manteau qu’on vient juste de ressortir, les jours qui raccourcissent, le gris du ciel traversé par des averses.

    Mais, en cette année si particulière, l’actualité vient encore plus assombrir ce climat déjà morose : un nouveau confinement, les statistiques du Covid qui s’affolent, les soignants fatigués, l’économie déprimée et le chômage qui menace… et ces lâches et barbares meurtres dans la basilique de Nice !

    La liturgie de ce temps, en nous faisant remémorer tous nos défunts, n’a pas pour intention d’ajouter du tragique à ces pensées déjà sombres. Se souvenir de tous ceux qui nous ont quittés, évoquer la mort, c’est aussi s’interroger sur nos raisons de vivre, sur le sens de notre vie, à nous, aujourd’hui ?

    Et, au milieu de tous ces souvenirs, celui de ces hommes et de ces femmes qui ont réussi leur vie puisqu’on les appelle “heureux“, ou “bienheureux“ : les saints.

    Qu’ont-ils de plus que les autres ? Peuvent-ils, en ces temps difficiles, nous révéler leur secret du bonheur ?

    L’évangile des Béatitudes, que nous entendons en cette fête de la Toussaint, parle de ces gens “heureux“ en mettant curieusement en avant “ceux qui pleurent“, ceux qui sont “artisans de paix“, ceux qui “œuvrent pour la justice“, “les persécutés“, etc.…

    Trop souvent nous résumons le bonheur à une satisfaction sensible, une réussite affective ou professionnelle, un moment de fête partagé. Mais cela reste souvent éphémère.

    Le bonheur proposé dans les Béatitudes est d’un tout autre ordre. Il émane d’un accord profond avec soi-même, une harmonie qui vient du fait qu’on se sent “ajusté“ à ses convictions les plus fortes, en cohérence avec ce qu’on désire le plus profondément. Et pour le chrétien ce bonheur est en cohérence avec ce à quoi on se sent appelé par Dieu qui veut notre bonheur.

    Bien sûr, on est loin ici d’un plaisir sensible ; il s’agit d’une unité de tout notre être qui laisse transparaître un équilibre intérieur heureux.

    Quand on regarde chacune des Béatitudes, on s’aperçoit qu’elles expriment toutes une attitude en cohérence avec les choix que Jésus, le Saint par excellence, a fait tout au long de sa vie ici-bas. En ce sens on peut dire que Jésus était parfaitement heureux, car parfaitement en accord avec sa mission, en accord avec son Père des cieux. Et sa dernière parole “Tout est accompli“ exprime le sentiment d’un accord profond de sa vie, une véritable paix intérieure, même au cœur de la souffrance.

    Célébrons donc la Toussaint comme un rayon de soleil qui traverse ce ciel gris de novembre en osant être heureux à la manière du Christ. Demandons-lui de nous apprendre sa joie.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 25 octobre 2020

    Un savoir du cœur

    « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Que de fois n’avons-nous pas entendu ces paroles de Jésus que nous rapporte encore l’évangile de ce dimanche.

    L’essentiel est dit. Mais est-ce pour nous un savoir par cœur ou un savoir du cœur ?

    Ces paroles sont si importantes que nous les retrouvons dans les trois évangiles ;

    *Marc fait poser la question du premier commandement par un scribe bien disposé.

    *Luc situe l’entretien dans des circonstances bien différentes et y rattache la parabole du Bon Samaritain.

    *Matthieu, dans sa version, voit dans la question posée une nouvelle tentative des pharisiens pour mettre Jésus en difficulté.

    La question était dans l’air du temps de Jésus à cause du nombre important d’articles de la loi. Les rabbins avaient relevé 613 préceptes à observer pour ne pas être en faute. Il y avait de quoi s’y perdre. Quel était le précepte le plus fondamental ? Y-a-t-il une hiérarchie de prescriptions ? Le livre de l’Exode insistait déjà fortement sur ce lien de la foi et de l’attention à l’autre (cf. 1ère lecture).

    Le pape François fait de même aujourd’hui, à sa manière, dans son encyclique récente sur la fraternité : « Le monde, dit-il, existe pour tous, car nous tous, en tant qu’êtres humains, nous naissons sur cette terre avec la même dignité. Les différences de couleurs, de religion, de capacités, de lieu de naissance, de lieu de résidence, ne peuvent être priorisées ou utilisées pour justifier les privilèges de certains sur les droits de tous. Par conséquent, en tant que communauté, nous sommes appelés à veiller à ce que chaque personne vive dans la dignité et ait des opportunités appropriées pour son développement intégral. »

    Ainsi donc chacun est invité à aimer Dieu et son prochain sans oublier que c’est le Seigneur qui nous aime le premier avec nos ratés, notre péché, nos blessures.

    Il prend soin de chacun avec un infini amour. 

    Si notre écoute de cet évangile, se fait plus profonde alors de notre cœur surgira l’action de grâce. Comme celle de Sainte Claire qui, au moment de sa mort et dans la maladie, pouvait dire :« Merci de m’avoir créée ».

    Puisse chacun pouvoir le dire aussi, en vérité, dans le secret de son cœur et dans les circonstances actuelles de sa vie et de la vie du monde.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 18 octobre 2020

    Rendre à qui et pourquoi ?

    L’être humain est un être de relation et le verbe « rendre » est l’un des plus riche de sens qui soit : rendre c’est donner en retour, rendre des coups ou la pareille, restituer, s’acquitter d’une obligation, d’un devoir. On parle aussi de rendre service, rendre les armes, se livrer, rendre le bien pour le mal, être reconnaissant, rendre la place, rendre compte, rendre l’âme, produire un effet, aller quelque part. etc.

    Dans l’évangile de ce jour Jésus emploie ce verbe pour répondre aux pharisiens qui étaient venus lui tendre un piège sur la question de savoir à qui payer l’impôt et dont la réponse faisait de lui un opposant ou un collaborateur dans un pays sous occupation romaine.

    La réplique de Jésus, à l’aide d’une pièce de monnaie de l’occupant, est très habile et a suscité bien des commentaires sur les rapports entre la religion et l’Etat. Sans doute n’est-ce pas là le propos direct de Jésus.

    « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » leur dit-il

    Rendre à Dieu. Oui mais quelle image avons-nous de lui ? Un horloger, un ingénieur, ou une personne qui nous aime. Cela change tout. Rendre ici serait-il à lier à reconnaissance comme on rend à des parents l’amour qu’ils nous portent ?

    Et rendre à César c’est-à-dire au pouvoir civil ? Que donnons-nous en retour de ce que la société nous donne pour vivre ? Ou oublie de le faire…  

    Tout est à Dieu bien sûr. Pour autant Jésus renvoie les humains à gérer leur être ensemble de manière autonome et autant que faire de manière pacifique.

    Le pape François le rappelle avec insistance dans sa dernière encyclique sur la fraternité.

    Demandez-vous, nous dit-il, comme individus ou collectivités, ce que vous avez à rendre à Dieu et aux peuples avec qui vous partagez cette planète et avec les pauvres dont vous retenez ce qui leur revient.

    Rendre, Jésus, lui, le vit de manière unique en partageant notre vie pour la rendre plus humaine et unie à son Père. 

    Finalement rendre à Dieu n’est-ce pas rendre grâce ?

    Saint Paul dans le passage de l’épître aux Thessaloniciens de ce dimanche nous y invite : A tout instant nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 28ème dimanche du temps ordinaire

    En Lui nous espérons.

    Dans la Bible, nous avons chacun des textes que nous préférons, que nous gardons en mémoire, dont nous aimons nous souvenir ici et là en allant au travail, la nuit lorsqu’on ne dort pas, ou sur son lit d’hôpital parfois, que sais-je…

    Chacun peut ainsi vérifier sa familiarité avec la Parole de Dieu. Comment elle fait partie de nous ? Comment elle devient nous.

    Pour vous en faire la confidence, pour moi, la première lecture qui nous est proposée ce dimanche est l’un de mes textes favoris.

    Ce passage du prophète Isaïe est rempli d’espérance et ce n’est sans doute pas pour rien qu’il est souvent choisi à l’occasion de cérémonies d’obsèques.

    “Le Seigneur préparera pour tous les peuples un grand festin sur sa montagne. “ 

    Une belle image. La montagne lieu symbolique pour désigner où Dieu réside.

    Un festin de viandes grasses et de vins capiteux (à consommer avec modération !) où tout le monde sera autour de la même table !

    J’aime cette image très concrète du paradis pour trois raisons :

    D’abord parce que j’aime bien me retrouver autour d’une belle table avec des amis, partager des plats succulents préparés par la maitresse de maison.

    J’imagine bien le paradis où chacun apportera la spécialité de sa région ou de son pays, son plat préféré.

    J’aime cette image du festin, en second lieu, parce que nous savons tous que des peuples n’ont pas leur compte de faim et de pain. Il faut lutter dès maintenant contre cela.

    “Il n’a pas eu, bonne gens, tout son compte de vie“ chantait avec succès le père Duval. Mais la colère gronde ajoutait-il. Au ciel il y aura sans doute des surprises dans le plan de table comme nous le rappelle aussi l’évangile de ce dimanche. 

    Enfin dernière raison d’aimer ce passage d’Isaïe. Il est dit que Dieu essuiera les larmes sur tous les visages. Pour essuyer les larmes de quelqu’un il faut l’aimer beaucoup, être attentif à tout ce qu’il vit. Un beau geste ! 

    Mais au Ciel, s’il y a des larmes, ce seront des larmes de bonheur. Pas besoin de les essuyer celle-là.

    Même si les circonstances pandémiques actuelles l’interdisent nous gardons toujours l’espoir de faire table commune dès ici-bas comme le rappelle le pape François dans sa nouvelle encyclique.   

    Isaïe et l’encyclique de très beaux textes à lire, à méditer, à agir par les temps qui sont les nôtres. Sans oublier que la messe nous fait déjà faire table commune.

    Père Édouard Bois

  • Édito du dimanche 4 octobre 2020

    C’est l’histoire d’un maître parti en voyage….

    Depuis plusieurs dimanches Jésus se sert de la vigne (souvent employée comme allégorie du peuple d’Israël) pour illustrer ses paraboles. Mais aujourd’hui l’histoire est beaucoup plus dramatique.

    Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.

    “Quand le chat est parti, les souris dansent“ dit le proverbe. Les ouvriers qui cultivent cette vigne vont oublier qu’ils n’en sont pas les propriétaires, et ce ne seront ni les envoyés du maître, ni même son propre fils, qui pourront les faire revenir sur ce sentiment de droit acquis : “ Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage.

    La parabole des vignerons homicides est comme une préfiguration de Pâques. Jésus annonce ce qu’il a pressenti depuis le début de sa vie publique : son rejet par ceux qui se sont appropriés l’héritage de Moïse, et sa crucifixion.

    A nous qui relisons cette parabole aujourd’hui, nous devons admettre qu’elle nous concerne tout autant que ceux à qui elle était destinée.

    Elle évoque ce Dieu silencieux qui est comme ce “maître parti en voyage“. Cette “absence“ de Dieu qui nous laisse penser que nous pouvons nous passer de Lui quand nous nous retrouvons face à nous-mêmes.

    Le premier enseignement de cette parabole nous invite donc à ne pas oublier que nous ne sommes que les serviteurs d’une vigne qui nous est confiée ; nous n’en sommes pas propriétaires. C’est ce que nous a rappelé avec force notre pape dans son encyclique “ Laudato si “ en ce qui concerne les biens de la nature et notre “maison commune“.

     La parabole nous donne aussi quelques pistes pour réaliser que le maître n’est pas totalement absent : il a envoyé des hommes et des femmes pour, patiemment, nous inviter à retisser un lien de communion avec Lui : les différents prophètes de la Bible, puis ce Fils unique.

    Enfin Jésus nous révèle la manière tout à fait unique dont agit ce Maître : loin de chercher à se venger et à exterminer ceux qui ont tué son Fils, il va se servir de ce geste meurtrier pour montrer l’infini de son amour et de son pardon.

    C’est ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, “sacrifice du Fils“, qui nous introduit dans cette communion d’amour qui est en Dieu.

    Souhaitons aux enfants qui communient ce dimanche pour la première fois d’entrer à leur tour dans ce mystère d’amour que nous n’aurons jamais fini de découvrir avec eux.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 27 septembre 2020

    « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne… »

    Il est facile de se reconnaître dans cette parabole des deux fils appelés à travailler à la vigne de leur père. Il y a celui qui dit “non“ mais peu après, regrettant sa réponse, y va ; et celui qui dit “oui“ mais se contente de parole et ne bouge pas. Tout parent, tout éducateur a été confronté à cette réalité : l’obéissance ne réside pas dans de pieuses paroles, elle se vérifie dans les actes.

    C’est ce que Jésus veut faire réaliser aux scribes et aux pharisiens, alors que ceux-ci le harcèlent et l’interpellent sur l’autorité qu’il s’adjuge : “Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. “

    Aujourd’hui, pour nous, l’autorité des paroles de Jésus ne repose pas uniquement sur la sagesse interne qu’elles renferment, mais sur le fait qu’il les a incarnés jusqu’au bout, en actes. St Paul dans son épitre aux Philippiens nous le rappelle : “Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » “

    Pour les disciples du Christ qui reconnaissent en Lui le Chemin, la Vérité et la Vie il n’y a donc pas d’autres choix possibles que de se faire, à leur tour, serviteurs des pauvres et des exclus de notre société. Les membres de la Conférence Saint Vincent de Paul au sein de notre paroisse en sont le signe, eux qui célèbrent aujourd’hui leur messe de rentrée en cette journée mondiale du migrant et du réfugié.

    Mais ce mouvement d’abaissement est déjà inscrit dans notre baptême. Le sens même de ce mot, “être plongé“, nous rappelle ce rite antique où le catéchumène était plongé dans la piscine baptismale, englouti dans les eaux, pour renaître à la vie nouvelle, à cette gloire de tous ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu. C’est cette dignité qui est donnée à Rose, Eve, Suzanne et Constance qui sont baptisées ce dimanche, en souhaitant qu’elles découvrent à leur tour, tout au cours de leur vie, la joie du service.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 20 septembre 2020

    Dieu embauche !

    Jésus souvent dans les paraboles force le trait. En partant d’un fait de la vie ordinaire de son temps il invite chacun, par un propos excessif, à se poser des questions, à se remettre en cause, à voir la vie et la foi autrement. 

    C’est le cas dans la parabole des ouvriers de la dernière heure qui nous est proposée ce dimanche où des ouvriers embauchés pour travailler à la vigne en fin de journée sont payés autant que ceux qui ont peiné depuis le début du jour.

    Le propos est pédagogique pour nous faire entrer dans l’esprit du Royaume de Dieu.

    Dans la première lecture Dieu fait dire à Isaïe : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

    L’enseignement de cette parabole n’enlève pour autant rien à la justice qui doit régler nos relations humaines et particulièrement dans le travail. Beaucoup y veillent de nos jours y compris l’Eglise dont la doctrine sociale est très élaborée. 

    Mais observant l’embauche, par un patron, d’ouvriers désœuvrés Jésus nous entraîne ailleurs.  C’est-à-dire au cœur même de Dieu.

    Il y a en Dieu, tel que Jésus en a l’expérience, un excès de gratuité, de liberté, de bonté, d’amour. Dieu ne compte pas, ne calcule pas.

    Les relations que le Dieu et Père de Jésus Christ veut tisser avec nous ne sont pas de l’ordre de la relation marchande, du donnant donnant ou même de la simple justice humaine. 

    Et ce n’est pas pour rien si Jésus rencontre surtout ceux qui ne peuvent pas rendre en retour : les enfants, les malades, les pécheurs, les soldats.

    Dieu brouille les cartes de notre bonne conscience relationnelle. Les convertis de la dernière heure seront accueillis aussi bien sinon mieux que les chrétiens de toujours. Et ceux-ci sont invités à s’en réjouir aussi. Le baptême n’est pas un passe-droit. Il nous invite à inscrire nos vies, sans négliger la justice, dans une certaine forme de gratuité qui a saveur de divin.

    Père Edouard Bois

  • Édito du dimanche 13 septembre 2020

     » Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
    mais jusqu’à 70 fois sept fois. “

    Nous connaissons bien cette répartie de Jésus en réponse à la question de Pierre : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »

    Celui-ci pensait faire bonne mesure en allant jusqu’au chiffre sept, le chiffre parfait, alors que les rabbins de l’époque estimaient que l’on pouvait pardonner jusqu’à trois fois.

    La réponse de Jésus reprend, en l’inversant, le chant féroce de Lamek, un descendant de Caïn (Gen. 4,24) : « Caïn est vengé sept fois, mais Lamek soixante dix fois sept fois ». A l’engrenage de la vengeance, il substitue la spirale contagieuse du pardon sans mesure.

    La parabole du débiteur impitoyable qui suit nous place devant ces deux logiques, ces deux lois que nous pouvons choisir pour guider nos vies :

    La Loi du Royaume, celle où le pardon de Dieu est accordé gratuitement à tous, aussi énorme soit la faute, si on est capable d’en appeler humblement à sa bienveillance ; et celle de la justice humaine où toute faute doit être payée.

    La pointe de la parabole nous indique que nous serons traités selon nos propres agissements : si, de par notre baptême, nous n’avons pas compris que nous sommes les premiers bénéficiaires du pardon immérité reçu de Dieu, nous nous excluons nous-même du Royaume et nous serons jugés selon la loi humaine qui a guidé notre vie. C’est ce que nous disons dans la prière du Notre Père :  « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

    Alors que notre pape François s’apprête à publier sa troisième encyclique sur la Fraternité (“Fratelli tutti“ – “Tous frères“), cette invitation de Jésus à pardonner gratuitement nous encourage, en cette fête paroissiale de début d’année scolaire, à redonner tout son sens à ces liens fraternels au sein de notre communauté.

    Même si le pardon est une pratique de plus en plus étrangère à notre monde – quel est le parent qui ne dirait à son enfant qu’il vaut mieux ne pas se laisser marcher sur les pieds et se défendre quand il est agressé ? – elle est pourtant essentielle pour construire des relations de fraternité entre des hommes qui sont malheureusement faillibles ; quel est le couple qui n’a pas eu à se pardonner quelque chose un jour ?

    Ainsi, sans oublier le mal ou l’injustice qui nous a peut-être blessé un jour, sachons puiser dans notre foi la force de prier avec Celui qui a pardonné le premier : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 6 septembre 2020.

    Demander à quoi ça sert ?

    C’est le temps de la rentrée. Une rentrée a des côtés sympathiques en particulier de retrouver des visages connus ou d’en découvrir d’autres mais elle n’est pas toujours facile pour tous et particulièrement cette année avec ce Covid19 qui n’a pas dit son dernier mot.

    Que peuvent alors nous apporter, en cela, les textes de la messe de ce dimanche qui ont l’air bien loin de nos préoccupations immédiates et bien légitimes.

    « Si deux d’entre vous se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit ils l’obtiendront de mon Père qui est au cieux…Quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux. »

    Même si bien sûr « quoi que ce soit » ne veut pas dire « n’importe quoi » la prière de demande nous laisse toujours un peu perplexe. A quoi bon s‘adresser à Dieu pour résoudre nos problèmes ?  Les choses suivent leur cours, les virus continuent de mener leur vie à nos dépens, à notre prière le Ciel semble bien souvent de rester sourd même si notre prière se veut authentique. 

    La tentation est grande de passer outre à la prière de demande dont parle Jésus et de douter par exemple de l’intérêt de la Prière Universelle de la messe pourtant préparée avec grande attention. Après tout Dieu sait mieux que nous ce que nous demandons ! Il connait nos soucis avant que nous les lui confions…

    En réalité à toutes nos demandes Dieu répond par le don de l’Esprit afin de nous rendre capable d’utiliser la santé ou la maladie, la réussite ou l’échec pour aimer d’avantage à sa ressemblance. 

    La prière de demande ne change peut-être pas toujours le cours des choses elle nous rend aptes à y faire face, apte à gérer les événement heureux ou malheureux pour en faire le terrain d’un plus grand amour.

    Ce que fit Jésus sur la croix. Sa prière « éloigne de moi ce calice » n’a pas éloigné le calice mais le breuvage amer de la passion est devenu source de vie éternelle et nourriture de l’homme.

    « Frère, n’ayez de dette envers personne, dit Saint Paul dans la deuxième lecture, sauf celle de l’amour mutuel »

    La Parole de Dieu en ce temps de rentrée nous rappelle qu’en tout nous ne sommes pas chrétiens tout seul.    

    Père Edouard Bois                                                                            

  • Édito été 2020

    Admirer

    (Dans l’esprit de l’encyclique “Laudato si“

    que ce temps particulier de l’été nous ouvre à la contemplation)

    Prendre du temps pour n’avoir d’autre occupation qu’admirer

    Le lac serti dans les rochers, la calme obscurité de la forêt

    Les arbres jetant aux quatre coins le chant vibrant de leurs frondaisons,

    La palette éclatante du ciel

    Alors que le soleil regagne son refuge aux bords de l’horizon.

    Les fruits offrant leurs saveurs,

    L’écharpe du vent enroulant

    Dans ses plis les délicats pastels des nuages effilochés.

    Les œuvres sorties des mains humaines,

    L’architecture des villes nouvelles, la solidité trapue des églises romanes,

    Les nervures entrelacées des arcs gothiques,

    Les cathédrales murmurant aux passants la foi capable de sculpter la pierre,

    Les peintures aux lignes folles transfigurant la réalité.

    Les rues bruissantes d’humanité, les cris des enfants,

    Les visages venus d’ailleurs.

    Et derrière ce qui est beau, deviner la présence de Celui

    Qui a offert la terre aux humains

    Afin qu’ils la transforment en espace de beauté pour tous.

    Charles Singer