Catégorie : Édito

  • Édito du 5ème dimanche de Carême, 21 mars 2021

    On n’est pas chrétien tout seul !      

    Le carême 2021 tire à sa fin. Même si l’attention de beaucoup est ailleurs dans le contexte de pandémie qui est le nôtre, dimanche prochain ce sera le traditionnel dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine sainte.

    Le Mercredi des Cendres, jour d’ouverture du Carême, nous avions entendu sur nos vies un appel : « Convertissez – vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

    Ce « vous » n’est pas simplement un « vous » de politesse. Plus que cela il signifie qu’il y a une dimension de communion dans cette démarche du Carême et la fête de Pâques. On ne nait pas chrétien tout seul et on n’est pas chrétien tout seul. Le carême n’est pas un exercice solitaire pour se regarder indéfiniment. Nous sommes fondamentalement des êtres de relation et de partage.

    L’évangile de ce dimanche nous rappelle que la vie divine qui nous est proposée par Jésus ne se superpose pas, comme de l’extérieur, à notre désir humain de vie qui nous fait redouter la mort avec angoisse.

    Dès à présent la vie éternelle nous est donnée. Pas plus tard. Déjà elle nous fait entrer dans l’extraordinaire mystère d’amour qu’est Dieu en lui-même. Notre baptême en est un signe privilégié.

    Jésus a fait don de sa vie pour cela jusque dans la tragédie qui s’annonce pour lui et qui, pour saint Jean, est un acte d’amour sans mesure. 

    Nous somme nous aussi, en ce temps de carême, invités, non à une introspection sans fin, mais à vérifier les liens de communion qui nous unissent aux autres, chrétiens ou non, et au Seigneur.  

    Philippe, nous dit saint Jean, est attentif aux questions de ces grecs venus d’ailleurs pour la Pâque juive et qui veulent voir Jésus. Philippe est aussi attentif à partager cette demande avec André et ensemble de décider d’en parler à Jésus. Un rappel pour nous d’être à l’écoute de tous et de partager entre chrétiens de bien des manières. Dans les groupes paroissiaux de carême par exemple. Mais pas seulement.

    Sans négliger la communion avec ceux proches ou lointains qui sont dans en grande difficulté et ont besoin d’aide. Comme par exemple, en ce dimanche du partage avec les écoles du Liban, à l’initiative du diocèse de Paris, et dont Marc Chécri nous a si bien parlé dimanche dernier.

    « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, fin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 20-21).

    Père Edouard Bois

  • Édito du 4ème dimanche de carême, 14 mars 2021

    “Celui qui fait la vérité vient à la lumière.“

            Un passage des ténèbres à la lumière.

    Dans la rencontre de Jésus avec Nicodème, proposée en ce dimanche de carême, il y a trois mots qui reviennent en boucle : Jugement, vérité, lumière.

    Comment les articuler ensemble avec cette invitation, dans notre livret de carême, à effectuer un passage des ténèbres à la lumière ?

    Le mot français, “jugement“, a une connotation très juridique, – juger, c’est dire le droit – ; mais cela ne rend pas toute la saveur du mot grec krinein qui signifie séparer, distinguer, choisir, décider, trancher.

    Par jugement, on entend bien souvent une condamnation qui tombe d’en-haut de manière péremptoire et unilatérale : le verdict du juge. Et l’on a tendance à comprendre le jugement de Dieu comme cette sentence qu’il prononcera sur la qualité de ce que nous avons vécu, avec en arrière plan ces scènes du Jugement dernier qui ornent le fronton de nos basiliques ou cathédrales.

    Cette compréhension est pourtant démentie par toute la révélation biblique qui parle de Dieu comme un Dieu “riche en miséricorde“, comme le décrit St Paul dans la deuxième lecture.

    En fait, un “procès“ est ce processus qui prend du temps pour faire advenir une vérité la plus objective possible. Le jugement ne vient que sanctionner cette vérité qu’on a fait advenir. Le jugement c’est donc la capacité pour l’être humain à se mettre en vérité avec lui-même : “le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

    Le Jugement dernier sera donc le moment où se dévoilera la vérité de ce que nous sommes à la lumière de ce face à face avec Dieu. Et le Christ qui est “la lumière venue dans le monde“ nous permet déjà aujourd’hui de discerner ce qui est ténèbre en nous.

    En levant les yeux vers notre croix qui fleurit un peu plus chaque dimanche dans notre église, un signe d’espérance nous est donné. Comme les hébreux invités à lever les yeux vers le serpent de bronze dans le désert, ce signe nous rappelle qu’il “faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.“

    Pour cela il nous revient de “discerner“ en nous (en latin « scrutare » – scrutin) la lumière des ténèbres. C’est le sens de cette dernière étape qui va conduire ce dimanche Jacqueline, Hao Jing-Véronique et Eoghan à être baptisés prochainement en ce temps de Pâques.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 7 mars, 3ème dimanche de Carême

    Mais lui parlait du sanctuaire de son Corps.

    Les lectures méditées en ces dimanches de carême nous redisent ce désir insensé de Dieu de chercher, envers et contre tout, à tisser un lien d’Alliance avec l’homme. Ainsi, le premier dimanche de carême commençait avec l’Alliance avec Noé, et dimanche dernier nous relisions l’Alliance avec Abraham.

    Aujourd’hui, à travers le don des dix commandements gravés par Moïse au Sinaï, Dieu propose son Alliance avec ce peuple qu’il s’est choisi et qu’il a libéré de l’esclavage de l’Egypte. Les deux tables de la Loi, celle qui régule les relations avec Lui, et celle qui administre les relations à l’intérieur du peuple, vont désormais être inséparables.

    Ces tables ont d’abord été transportées dans le désert, dans “l’arche d’Alliance“ ; puis les premiers rois sédentaires, David et son fils Salomon, vont bâtir un Temple à Jérusalem pour leur donner une demeure définitive. Et ce Temple, même s’il sera détruit et rebâti plusieurs fois, et malgré la disparition des tables de la Loi, va rester le lieu symbolique de l’Alliance.

    Le passage de l’évangile de St Jean proposé aujourd’hui nous relate ce moment surprenant où Jésus, dans ce Temple, va chasser les vendeurs qui y sont installés.

    Il serait anachronique de comparer leurs boutiques à celles qui fleurissent autour de nos lieux de pèlerinage. Non, ces animaux vendus étaient nécessaires pour les sacrifices rituels, et les pièces utilisées dans la vie quotidienne devaient être échangées avec de la monnaie purifiée pour les offrandes. Le geste de Jésus revêt d’abord une signification messianique, comme s’il voulait annoncer que les sacrifices de l’ancienne Alliance ne sont plus nécessaires.

    D’ailleurs ses interlocuteurs juifs ne s’y sont pas trompés : «Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » – « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » –  «Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. »

    Ainsi Jésus annonce que le lieu de l’Alliance nouvelle avec son Père ne sera plus désormais un Temple fait de main d’hommes, mais son Corps ressuscité. Et tous les sacrifices de l’ancienne Alliance qui sont régis par la Loi Mosaïque sont dépassés par le sacrifice de Celui qui va offrir sa vie par amour pour tous les hommes.

    Aujourd’hui notre Eglise, Corps du Christ et Temple de l’Esprit est devenue le lieu de la rencontre avec notre Dieu. Ainsi, cette église de ND de Bercy, faite de main d’hommes dans laquelle nous nous retrouvons, n’aurait pas de signification si elle n’était habitée par ceux qui se reconnaissent comme les membres du Corps du Christ, cette communauté chrétienne que nous formons sur notre quartier.

    Comme l’enseignait St Augustin aux nouveaux baptisés, qu’en partageant cette eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche nous devenions un peu plus ce que nous recevons : le Corps du Christ.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito du 28 février 2021, 2ème dimanche de Carême

    La Transfiguration du Christ,

    passage de la peur à la foi.

    En nous remémorant ce que nous vivions il y a un an, juste avant le premier confinement, nous avons du mal à réaliser la légèreté avec laquelle nous menions alors nos existences :  déplacements, fêtes, et sorties festives sans contraintes, vacances qui nous faisaient parfois prendre l’avion sans se poser de questions, et bien sûr aucun masque, geste barrière, dérogations ou protocole sanitaire…

    Depuis lors c’est un climat d’anxiété et d’incertitude en face de l’avenir qui pèse sur notre monde : tout peut être bousculé du jour au lendemain par de nouvelles mesures sanitaires, un problème de santé, de chômage, des faillites, par la montée de la violence, ou des risques de crises internationales !

    Face à ces peurs et ces inquiétudes, comment arriver à redécouvrir cette sérénité que donne la foi ?

    La Transfiguration du Christ se situe, lui aussi, à un moment particulièrement anxiogène. Jésus a commencé à annoncer à ses disciples “qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. “ Une prédiction tragique qui a aussitôt été rejetée par Pierre et les autres disciples comme inimaginable.

    L’évangile de ce jour poursuit : “ Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.

    Un moment de grâce et de paix offert à ces trois hommes, les plus proches de Jésus et qui seront là avec lui dans le dernier combat à Gethsémani. Une vision anticipée du Christ en gloire qui va leur permettre de le suivre dans sa montée à Jérusalem, fortifiés par ce souvenir qu’il leur est demandé de garder secret jusqu’à ce que “le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. “

    Saint Paul dans l’épitre aux hébreux nous dit : “La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. “ (He 11,1)

    Et un peu plus loin : Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses. “ (v. 17). C’est ce que nous décrit la première lecture de ce dimanche. Et ce jour-là, la main de l’ange va heureusement arrêter le geste sacrificiel d’Abraham.

     « Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ? » C’est le cri de reconnaissance de l’apôtre Paul, dans l’épitre aux Romains, devant cette folie de l’amour infini de Dieu.

    Qu’en franchissant avec Pierre, Jacques et Jean ce nouveau passage vers Pâques, nous avancions avec le souvenir transfiguré de ce don d’amour que Dieu, notre Père, nous a fait, une fois pour toutes.

    Père Luc de Saint-Basile.

  • Édito du 1er dimanche de Carême, 21 février 2021

    Aussitôt l’Esprit le pousse au désert…

    Nous voici entrés en carême et invités dès le premier dimanche à suivre Jésus au désert.

    St Marc situe cet épisode juste après le baptême de Jésus, avec ce mot “aussitôt“ qui semble souligner encore plus fortement le lien entre le baptême et la tentation. Comme si le baptême induisait naturellement ce combat avec nous même qui est une lutte permanente contre les tentations. (cf livret de carême)

    Nous savons aussi que ces 40 jours au désert, qui inaugurent le ministère public de Jésus, est lourd de signification pour celui ou celle qui est bercé par la Bible : il renvoie aux 40 années qu’il a fallu aux hébreux pour traverser le désert, avant d’arriver en Terre promise.

    Mais la première lecture nous rappelle aussi que, pendant quarante jours et quarante nuits, l’eau du déluge a submergé la terre. Et c’est l’Alliance avec Noé, après la chute d’Adam, qui marque le début d’une nouvelle création, alors que le mal semblait vouloir tout dominer. Ainsi l’arc en ciel dans la nuée rappelle cette Alliance entre Dieu et l’humanité qui a été tissée de toute éternité et qui est à l’épreuve du temps : quoique fasse l’homme, il n’y aura plus jamais de déluge, de nouveaux recommencements.

    Cette description de Jésus, vivant pendant 40 jours au désert, au milieu des bêtes sauvages et servi par les anges, nous laisse percevoir qu’il inaugure une Alliance nouvelle, des temps nouveaux : “Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. “

    Mais le désert, diamétralement opposé au jardin d’Eden, signifie bien l’enjeu de ce temps qui n’est pas un recommencement, comme pour Noé après le déluge, mais un salut apporté au cœur d’un monde marqué par la mort, la sécheresse et le péché.

    Et, comme pour Jésus, c’est par le baptême que nous entrons dans ce combat contre les tentations, ainsi que nous le rappelle l’épitre de St Pierre : “Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu…“

    C’est notre baptême qu’il va falloir revivifier au désert pendant ces 40 jours du carême, les yeux fixés vers ce monde réconcilié qui est l’espérance de notre foi, et avec cet appel à la conversion qui nous fait renoncer au mal et choisir de manière renouvelée de mettre le Christ au centre de nos vies.

    Que nous puissions le faire avec cet élan des catéchumènes, appelés ce samedi par notre archevêque, et qui seront baptisés dans ce temps de Pâques.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 14 février, 6ème dimanche du temps ordinaire

    “Saisi de compassion, Jésus étendit la main et le toucha”

    L’évangile de ce dimanche nous rapporte la rencontre de Jésus et d’un lépreux. Sans doute sur une route entre deux bourgades. D’après la loi donnée à Moise en effet une sorte de cordon sanitaire est établi à l’égard des lépreux pour se protéger de la terrible maladie et éviter toute contamination. Le lépreux doit vivre à l’écart et être reconnaissable. Toute pandémie induit ainsi des règles de sécurité. Celle que nous vivons aujourd’hui aussi. Mais Jésus se montre néanmoins attentif à celui dont il croise la route.

    Même si nous n’avons pas les pouvoirs de guérison de Jésus c’est une longue tradition chrétienne d’être attentif aux malades qui nous entourent. Que cela soit en les visitant à l’hôpital ou à proximité de chez soi. 

    Dans les deux situations le témoignage de Cécile Grandjean qui a été bénévole en hôpital peut nous aider à vivre cette dimension de notre vie chrétienne.

    « Le milieu hospitalier est une école pour vivre la Compassion. Ce lieu permet de  rencontrer et de respecter lautre dans son humanité. La radicalité de la maladie dénude l’âme et le cœur, centre le malade sur lessentiel et le déstabilise. On peut vivre une relation authentique avec lui, le rejoindre en vérité.

    Chez les malades beaucoup dinquiétudes sont liées à la question du sens. Pourquoi moi ? Notre rôle est principalement d’écoute, de présence, de respect de la personne souffrante. Pas de prosélytisme, mais simplement partager avec elle sans distinction de race et de culture.

    La souffrance laisse sans voix. Elle peut sidérer, faire voler en éclats nos repères. Certains traversent un chemin de détresse, une pauvreté, même une déstructuration. Devant un tel mystère, poser sur lui un « regard intérieur “ qui ne fixe ni ne juge, mais accueille, écoute, peut laider à garder sa dignité personnelle. Notre présence na de sens que si nous savons écouter la souffrance. Devant tant de détresses, la mission demande délicatesse, tact, amour, humilité, simplicité, respect. Il me semble important de demander à Jésus de passer le premier afin d’être avec Lui à l’écoute de lEsprit Saint qui guidera gestes et paroles.

    Sil est chrétien, nous pouvons aider le malade à accepter dentrer dans un autre mode de vie, plus secret, plus mystérieux où loffrande silencieuse de ses souffrances aura une grande valeur. Laider à ne pas considérer sa vie comme désormais sans importance pour lEglise. L’aider à faire des petits actes dAmour. Cest le mystère de la Visitation, mystère de la rencontre.

    Dans cette mission, je me sens témoin de la mission d’écoute, de compassion de lEglise, de sa mission de révéler lamour et la miséricorde de Dieu. »

    Puisse la célébration du sacrement des malades, ce dimanche dans notre communauté paroissiale, rendre chacun attentif de bien des manières, à la suite du Christ, à ceux et celles qui traversent l’épreuve de la maladie ou de la vieillesse. 

    Père Édouard Bois

  • Édito du dimanche 7 février, 5ème dimanche du temps ordinaire

    « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée,

              il fait des journées de manœuvre… »

    Le livre de Job décrit, de façon radicale et sans concession, la dure réalité de la vie. Oui, il y a des moments où la vie est vraiment trop pesante, avec des journées seuls devant les écrans, les cours en ligne enfermé chez soi, la course folle pour respecter le couvre-feu à 18h00. Pour d’autres au contraire, confinés pour éviter la propagation du virus ou cloués par la maladie dans leur lit d’hôpital, les jours et les nuits sont interminables et désœuvrés.

    Dès le début de sa mission, Jésus est submergé par cette détresse humaine : c’est d’abord la belle-mère de Simon qui est “au lit avec de la fièvre“ et qui ne peut pas les accueillir dans sa maison ; or, à peine a-t-elle été “relevée“ par Jésus (c’est le même mot en grec que “ressuscitée“), qu’“on lui amène tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons »


    L’Evangile de Saint Marc, dès le premier chapitre, nous décrit ainsi l’activité débordante de Jésus pour guérir, soulager la misère, libérer ceux qui sont emprisonnés par des esprits mauvais. Il n’est pas d’abord venu faire de beaux discours mais sauver des corps, apporter une libération concrète à ceux qui sont enfermés dans leurs souffrances ; et il invitera ses disciples à faire de même : au chapitre 6, les douze apôtres sont envoyés en mission et “ ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.“

    Pourtant, le lendemain, après s’être retiré dans un endroit désert pour prier son Père, Jésus va donner un nouveau sens à sa mission : “Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. “

    Partons ailleurs“, c’est une invitation à ne pas nous enfermer dans la petite sphère de ceux avec qui nous nous sentons le mieux, ceux qui partagent notre foi, nos idées, et avec qui nous nous soutenons les uns les autres. Notre pape dans son encyclique “Fratelli tutti“ nous invitait lui aussi à élargir sans cesse le cercle de notre fraternité.

    Partons ailleurs“, c’est aussi accepter des remises en question qui nous font progresser dans la connaissance et l’amour de Dieu et des autres. C’est tout le sens de cette marche à la suite du Christ qui nous porte de vie nouvelle en vie nouvelle, et qui nous conduira un jour à la plénitude de notre résurrection.

    Quand la vie est trop dure, saurons-nous, nous aussi, résister à cette tentation d’isolement et de repli sur nous même, ou avec nos proches, pour rester toujours accueillants à cette vie nouvelle que le Christ vient nous proposer ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 4ème dimanche du temps ordinaire, 31 janvier 2021

    Je ne suis pas seul

    Jésus dans l’évangile de saint Marc qui nous est proposé ce dimanche est à Capharnaüm le jour du sabbat. Il se rend donc à la synagogue où, nous est-il dit, il enseigne mais aussi libère un pauvre homme malade, tourmenté par un esprit impur. 

    Les premiers chrétiens, à sa suite, furent attentifs aux éprouvés de la communauté, tout particulièrement aux malades et aux plus démunis. En témoignent les paroles de Saint Jacques : « Si l’un de vous est malade, qu’il appelle les anciens de l’Eglise ; ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. »

    Dans cette même perspective l’Eglise, encore aujourd’hui, outre beaucoup d’engagements de solidarité à l’égard de personnes en difficultés, propose un sacrement à ceux de ses membres qui sont marqués par la maladie, un handicap ou le « grand âge ». C’est le sacrement de l’Onction des Malades autrefois appelé de manière réductrice l’ Extrême Onction.

    Tout ne se passe pas toujours comme la spectaculaire guérison du possédé. L’action de Dieu en chacun est un mystère mais recevoir ce sacrement de l’Onction des Malades n’est pas sans fruits. Le premier en est sans doute la paix et la confiance qui nous habite au cœur de l’épreuve que nous traversons. Mais aussi c’est le moment où se fait le passage à un certain abandon pour s’en remettre entre les mains du Seigneur et vivre en lui le temps qu’il nous reste à passer sur cette terre. 

    La réception de ce sacrement, qui donne force pour vivre les épreuves que la vie nous fait affronter jusqu’à la mort, peut se faire chez soi mais il peut aussi être célébré en communauté. Au cours d’une messe éventuellement comme nous le ferons le 14 février. 

    La communauté entoure donc de bien des manières ceux qui traversent une épreuve. Les chrétiens, qui vont rendre visite aux personnes malades ou diminués, reçoivent aussi, disent-elles, beaucoup de leurs rencontres. La foi qui habite les plus éprouvés, les malades, les personnes âgées est un témoignage vivifiant pour toute la communauté.

    Au cours des épreuves qu’il endure lui-même, Jésus-Christ nous l’a dit : «  Je ne suis pas seul. Le Père est toujours avec moi. » Avant de partir, il dit à ses Apôtres : « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

    Cela vaut pour tout chrétien et pour les chrétiens entre eux.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 3ème dimanche du temps ordinaire, 24 janvier 2021

    “ Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. “

    Ce dimanche marque un nouveau commencement.

    C’est d’abord, dans l’évangile de St Marc, le commencement de la prédication de Jésus en Galilée après l’arrestation de Jean Baptiste : « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

    Jésus inaugure ainsi le temps de l’accomplissement de la promesse, celui de la venue du Règne de Dieu ; le commencement de la fin des temps.

    Mais c’est aussi le commencement d’une aventure pour ceux que Jésus appelle à le suivre : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. “

    Depuis 2000 ans des hommes et des femmes vivent ces commencements en acceptant à leur tour de répondre à cet appel de Jésus à le suivre. Certains, en choisissant de tout quitter, en faisant les vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté ; ils témoignent par ces choix radicaux que le règne de Dieu est tout proche et que nous pouvons le vivre, en petite communauté chrétienne, dès ce monde-ci.

    Mais ces commencements concernent aussi les catéchumènes qui vivent souvent leur préparation au baptême comme un changement assez radical de vie avec un regard différent sur le monde, les événements, et les gens qui les entourent.

    Pour la plupart d’entre nous, nous vivons plus notre foi sur le mode de l’habitude que du commencement, ou même du recommencement.

    Alors comment nous laisserons-nous interpeller par cet appel de Jésus à la conversion, comme l’ont fait les habitants de Ninive dans le livre de Jonas ? En fait ces appels peuvent retentir d’une manière nouvelle tout au cours de notre vie.

    En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous sommes invités à nous souvenir qu’au-delà des incompréhensions et divisions qui ont marqué l’histoire de notre Eglise, et des différentes manières de vivre notre foi chrétienne, l’essentiel est bien dans l’appel que nous avons reçu de Dieu le jour de notre baptême ainsi que de la manière dont nous y avons répondu dans une réelle démarche de conversion. C’est cela qui a poussé les chrétiens des différentes Eglises, depuis le concile Vatican II, à dialoguer sans concession pour se recentrer sur l’essentiel qui nous unit, notre foi au Christ Jésus.

    Que cet appel nouveau du Seigneur en cette semaine nous pousse de manière toujours renouvelée à retenter un dialogue avec tous ceux qui croient différemment de nous, avec ce souci de nous recentrer toujours plus sur ce qui fait le cœur de notre foi.

    « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

    Père Luc de Saint-Basile.

  • Édito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 17 janvier 2021.

    Que cherchez-vous ?

    « Que cherchez-vous ? ». Si l’on posait la question aujourd’hui à une personne, elle répondrait, sans doute et à juste titre : « Je voudrais la fin de la pandémie et de ses conséquences désastreuses » tant cela préoccupe chacun.

    Dans l’évangile de ce dimanche, dans un autre contexte, Jésus pose la même question aux deux disciples venus vers lui sur la recommandation de Jean-Baptiste qui l’avait désigné comme l’Agneau de Dieu.

    « Que cherchez-vous ? » leur est-il demandé par Jésus et non pas « Qui cherchez-vous ? » comme on s’y attendrait  attachés que nous sommes à la personne du Christ. 

    « Que cherchez-vous ? ». On peut comprendre cette question initiale de Jésus comme une invitation aux disciples à exprimer d’abord le sens de leur recherche. Jésus, les rencontrant, se met d’abord à leur écoute comme il le fait souvent dans sa mission. Comme ceux qui accompagnent des catéchumènes le font aussi. 

    Ces deux disciples disent ensuite leur désir de le connaitre :« Où demeures-tu ? » 

    « Venez et vous verrez » leur dit alors Jésus. 

    « Où demeures-tu ? » sera le fil rouge de tout l’évangile de Jean pour qui « demeurer est une des réalités spirituelles des plus importantes : « Si quelqu’un m’aime Mon Père l’aimera et nous viendrons chez lui et nous ferons notre demeure chez lui » (14/23). « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». 

    Saint Paul dira la même chose, à sa manière, aux chrétiens de Corinthe qui avaient une compréhension déformée de leur corps à l’image de celle de leur temps : « Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint…   Rendez-gloire à Dieu dans votre corps. »   

    Aujourd’hui, outre le covid19 bien des questions préoccupent l’humanité. Les chrétiens se doivent de les partager avec tous s’ils veulent aussi partager leur foi.   

    Le pape François le dira, à sa manière, dans « la Joie de l’Evangile » : « Maintenant que l’Eglise veut vivre un profond renouveau missionnaire, il y a une forme de prédication qui nous revient à tous comme tâche quotidienne. Dans cette prédication toujours respectueuse et aimable, le premier moment consiste en un dialogue personnel où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. »

    Père Édouard Bois.