Catégorie : Édito

  • Édito du dimanche 10 janvier, Baptême du Seigneur.

    « Tu es mon Fils bien-aimé »

    Nous venons de célébrer la naissance dans notre humanité de Jésus de Nazareth. Et chacune des annonces de l’Ange à Marie, ou à Joseph, ont été ponctuées par cette invitation : « Tu lui donneras le nom de Jésus ».

    Aujourd’hui, dans les eaux du Jourdain, ce même Jésus reçoit la révélation d’une nouvelle identité qui lui est donné : « Tu es mon Fils bien-aimé« .

    Désormais il faudra que se réalise sa mission en accomplissant ensemble ces deux filiations : « Jésus de Nazareth, fils de Joseph et de Marie » et « Fils bien-aimé du Père« .

    St Marc est le seul à raconter qu’il n’y a que Jésus qui voit et entend cette manifestation de Dieu. Pourtant, Jean Baptiste a le pressentiment que son baptême n’est que le prélude à un autre baptême : “Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

    Ainsi ce baptême dans l’eau qui ne ponctuait qu’un appel à la conversion, va devenir avec le Christ un baptême dans l’Esprit Saint, c’est-à-dire une plongée dans la mort avec Lui pour renaître avec Lui d’une vie nouvelle. Comme le dit l’épitre de St Jean dans la deuxième lecture : “C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. “

    De par notre baptême, nous sommes nous aussi nés d’eau et d’Esprit, et nous portons aussi ce double nom : celui donné par nos parents à notre naissance et celui donné par notre Père qui est aux cieux, « Fils bien-aimé« . Même si nous sommes déjà potentiellement enfants de Dieu dès le premier instant de notre vie, dans le rite du baptême chrétien Dieu nous redit la même parole que celle adressée à Jésus sur les bords du Jourdain. Ce que nous croyons que Jésus est par nature, nous le sommes réellement par grâce.

    En célébrant le baptême de Jésus, reconnaissons en même temps notre éminente dignité, comme aussi celle de toute personne humaine. La Parole de Dieu vient nous dire qu’il y a en nous comme une trace divine parce que nous sommes réellement des fils et des filles de Dieu. C’est cette trace qui nous fait reconnaître que toute personne humaine est capable de Dieu, ayant en elle comme un gène divin qui l’apparente à l’éternité de Dieu.

    Comment ne pas changer notre regard sur tous ces frères et sœurs à travers le monde que Dieu nous donne à aimer, et comment ne pas travailler de toutes nos forces à construire une véritable fraternité humaine, comme nous y invite notre pape François dans son encyclique “Fratelli tutti “ ?  Que cela soit au cœur de notre prière en ce jour, en communion avec Jésus, le Fils bien-aimé.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche de l’Épiphanie, 3 janvier 2021

    « Comme les rois mages… »

    Ces mages venus d’Orient, guidés par une étoile, ont été une source d’inspiration inépuisable pour les poètes, chanteurs ou romanciers. N’est-ce pas un récit féérique propre à enthousiasmer l’enfant qui sommeille en nous ? Et malgré tous les protocoles toujours en vigueur, moult galettes vont encore se partager ce mois-ci en leur honneur !

    En écoutant cette histoire, peut-être nous laisserons-nous à nouveau emporter par les images féériques : L’or, l’encens, la Myrrhe… ? Mais, pour nous chrétiens, il s’agit d’abord de l’entendre comme « Épiphanie » de Dieu ; une « manifestation » de Dieu qui ne peut être de l’ordre de l’imaginaire et du rêve mais bien comme une Bonne nouvelle dans la foi !

    Pour entrer dans le sens caché de ce texte il est nécessaire de l’entendre comme dans un opéra où, avant le lever du rideau, l’orchestre joue les thèmes principaux qui seront chantés par la suite ; ainsi il nous faut lire ce récit à la lumière de toute la vie de Jésus.

    Tous les personnages de cette histoire sont dans l’attente d’un signe : celui de la naissance d’un roi ou d’un messie. Les mages, venant du monde païen, le cherchent dans les étoiles, les grands prêtres et les scribes, habitant Jérusalem et héritiers de la Première Alliance, dans les livres saints qui sont en leur possession. Entre les deux, le pouvoir romain, représenté par Hérode, qui ne peut supporter la concurrence d’un autre roi.

    Tous les évangiles nous racontent les questions, oppositions et conflits qui vont accompagner la vie de Jésus, tout au cours de sa montée vers Jérusalem ; les scribes et les docteurs de la Loi refusant de le reconnaître, alors que les pauvres et les pécheurs lui font bon accueil ; et l’évangéliste St Matthieu n’emploiera plus l’expression « roi  » attribué à Jésus, qu’au moment du procès devant Pilate : “Es-tu le roi des juifs ? “ (Mt 27,11)

    Comme l’annonçait Isaïe dans la première lecture, repris par St Paul dans son épitre aux Ephésiens, ce sont finalement des païens venus d’au-delà du Jourdain, préfiguration de l’Église naissante, qui rencontreront ce Roi annoncé par les prophètes, alors que les autorités juives, enfermées dans Jérusalem, resteront aveugles devant cet événement.

    On pourrait continuer ainsi longtemps le parallèle entre ce récit de l’Épiphanie et tout ce qui suivra dans l’Évangile ; c’est une source inépuisable d’émerveillement.

    Mais ce récit nous concerne toujours aujourd’hui. Il nous rappelle que, même si nous avons une foi limpide et bien enracinée, nous n’aurons jamais fini de chercher Dieu. Resterons-nous comme les scribes et les grands prêtres, à scruter les Ecritures en oubliant qu’ils recèlent une Bonne “Nouvelle“. Où nous laisserons-nous entraîner par tous les chercheurs de Dieu, même s’ils viennent de très loin, pour partager avec eux l’aventure de la foi.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito de Noël

    « Voici que je vous annonce une Bonne nouvelle :

    Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur. “

    Un dessin humoristique – il y en a beaucoup qui circulent sur internet depuis le début du confinement – montrait les mages apportant à la crèche leurs trésors devenus …des vaccins ! (La sainte vierge murmurant timidement : “Et si on commençait par l’âne ! “)

    Dans chaque dessin humoristique il y a toujours une part de vérité et celui-ci nous interroge sur la “Bonne nouvelle“ que nous attendons en ce temps de Noël, et sur le visage de ce “Sauveur“ annoncé par les anges.

    Que l’arrivée de ces vaccins tant attendus soient une bonne nouvelle, en cette fin d’année difficile, c’est une évidence. Mais, malheureusement, ce n’est pas la première ni la dernière épidémie que traverse notre humanité ; et, de même que nous avons oublié celles qui ont décimé parfois des populations entières dans les siècles passés, il est fort probable qu’on aura oublié les souffrances de celle-ci dans quelques dizaines d’années.

    Quand au Sauveur attendu, on ne peut pas le confondre avec tel ou tel chercheur ou laboratoire pharmaceutique, aussi performants soient-ils. Quand nous parlons avec les enfants du catéchisme du Dieu qui sauve, il arrive souvent qu’ils emploient le mot “sauveteur“ au lieu de “sauveur“. Il faut alors leur expliquer la différence entre les gestes qui “sauvent“, comme ceux des pompiers, des médecins, des ONG humanitaires, et ce salut apporté par Jésus Christ.

    “Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » “

    Il y a un mal qui s’est exacerbé encore plus avec l’arrivée de ce virus, celui qui a touché nos liens relationnels : masques, gestes barrières, confinement, couvre-feu, isolement des aînés, nous souffrons tous, de manière plus ou moins profonde, de ce manque de relations conviviales et chaleureuses qu’aucun Zoom, Skype, Team, Meet, ou toutes autres applications, aussi performantes soient elles, ne pourra remplacer. Un manque qui nous touche encore plus en ce temps de Noël traditionnellement marqué par les rassemblements familiaux.

    De grands témoins ont guidé notre marche tout au long de cet Avent : Isaïe, Jean-Baptiste, Paul, Marie. Chacun, à sa manière nous a redit que l’homme n’est pas seul dans les joies et les souffrances de sa vie, que rien de ce qui arrive à l’homme ne peut être étranger à Dieu.

    Il est venu partager nos routes humaines pour nous montrer le chemin vers son Père, un chemin qui nous fait passer par la mort avec Lui, pour renaître avec Lui à une Vie nouvelle.

    Oui Noël est encore aujourd’hui une Bonne Nouvelle : Dieu est là, à nos côtés, nous ne sommes pas seuls. C’est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 4ème dimanche de l’Avent, dimanche 20 décembre

    Si proche et si loin.

    Ces temps-ci, beaucoup de choses bouleversent nos vies et la vie du monde mais la fête de Noël sera bien célébrée le 25 décembre quoi qu’il arrive.

    Certains y reporteront peut-être les fêtes du nouvel an réduites à la portion congrue. Mais les chrétiens, à Noël, recueilleront les fruits de leur préparation spirituelle du temps de l’Avent où la paroisse, en ce qui concerne Notre-Dame de la Nativité a fait de son mieux pour les y aider.

    Cependant nul ne sait comment le Seigneur fera signe à chacun ce jour-là et lui donnera, peut-être au cœur d’épreuves difficiles à surmonter, de connaitre la joie et l’espérance liées à la naissance du Sauveur. Une joie proche sans doute de l’affection familiale qui s’exprime à cette occasion aussi. Mais une joie, ceux ou celles qui en ont eu la grâce le savent, loin de l’attitude qui consiste à vivre uniquement pour se faire plaisir et à ignorer la solitude de ceux pour qui Noël n’est pas du tout ce que cette fête devrait être.

    Jean-Baptiste nous avait entrainé en ces derniers dimanches sur la piste de la venue du Sauveur. Il est bien que ce soit Marie qui soit mise en valeur, en ce 4ème et dernier dimanche de l’Avent, avec le récit de sa réponse à l’ange qui exprime sa grande disponibilité à faire la volonté de Dieu malgré des questions dont nul ne pourra contester la légitimité.

    Marie devient la demeure du Très Haut sur la terre. Dieu notre Père a tenu la promesse mainte fois relayée par les prophètes au fil des siècles.   

    Selon un scénario que nous n’aurions pas imaginé, Marie a permis que cette promesse se réalise, grâce à son écoute, à son consentement, sa disponibilité, sa foi mais aussi ses talents de mère de famille.

    Désormais chaque être humain, est appelé, à son tour, à devenir Temple de l’Esprit, demeure de Dieu sur la terre. A Noël, Dieu vient habiter non seulement parmi nous mais en nous. Chacun est invité à se recevoir de lui. Mais aussi à le recevoir en lui. 

    « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; Je dinerai avec lui et lui avec moi ».

    Marie l’a fait. A nous de le faire aussi. Bon réveillon !

    Père Édouard Bois

  • Édito du 3ème dimanche de l’Avent, dimanche 13 décembre 2020

    Qui es-tu ?

     

    Jean Baptiste est un homme qui pose question : sa manière de vivre et son franc-parler va intriguer ses contemporains jusqu’à son exécution par Hérode : était-il le Messie ?

    Aujourd’hui, c’est la vérification d’identité ! Dans l’évangile de St Jean, Jean-Baptiste est interpellé par les émissaires du pouvoir religieux qui ont établi à l’avance la liste des réponses possibles… Il n’y a plus qu’à cocher la case utile : Christ ?  Elie ? Prophète ?

    Mais Jean Baptiste ne se laisse pas enfermer dans le jeu des étiquettes ; il cherche à emmener ses interlocuteurs plus loin que le bout de leurs questions : alors qu’ils se fixent sur les apparences, le déjà connu, il veut ouvrir leurs yeux à Celui qu’ils ne connaissent pas encore. A ces personnes qui pensent déjà tout savoir, il leur propose de continuer à creuser en eux ce désir de chercher : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. “

    Rainer Maria Rilke écrit : “Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes… Peut-être simplement en les vivant finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. “ (Lettre à un jeune poète)

    Et si l’Avent était justement ce temps pour réveiller en nous cette soif de curiosité.

    Il est vrai que ce méchant virus a bousculé cette année un certain nombre de nos certitudes scientifiques, d’habitudes réconfortantes et de planifications sur l’avenir. Mais n’est-ce pas justement l’occasion :

    – De redécouvrir le nomadisme de la foi, comme le peuple juif pendant le temps de l’Exode. Accepter, sans les écarter ou les calmer par des mots tranquillisants, de bons sentiments ou des euphorisants éphémères, les grandes questions de l’homme : le sens de la vie, l’amour, la souffrance, la mort, Dieu… ?

    – De ranimer à nouveau en nous le mystère de l’autre ou de Dieu sans se contenter d’une étiquette qui me rassure. Accepter aussi d’aller à sa redécouverte en prenant le risque d’une réponse qui dérange.

    – Enfin, en adoptant l’humilité de Jean Baptiste (“Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales“ – “Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue“ Jn 3,30), de savoir nous effacer devant Celui qui seul compte.

    Alors nous pourrons redécouvrir dimanche prochain la beauté du “oui“ de Marie, une foi sans réserve dans la Parole de Dieu (“Que tout m’advienne selon ta Parole“) ; un oui qui accepte de vivre toutes les questions qui se poseront par la suite autour de Jésus comme la cachette de cette Parole de Dieu.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de l’Avent, dimanche 6 décembre 2020

    En Avent… aller de l’avant !

    « En Avent » titrait dimanche dernier le père Luc dans son éditorial pour ouvrir ce temps de préparation de Noël. Beau jeu de mot qui nous fait penser à une expression bien connu : « en avant » avec un « a » qui dans notre langage courant veut dire deux choses : être devant ou se mettre en route, aller de l’avant.  

    Etre devant. Jésus l’est par le moment de sa naissance dont nous allons célébrer l’anniversaire mais aussi par sa vision du monde et bien sûr sa résurrection puisque nous attendons son retour comme nous le disons à la messe.  « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Mais nous risquerions de trouver le temps long si nous ne gardions aussi au cœur qu’il vient sens cesse au-devant de chacun de nous en illuminant de sa présence notre chemin terrestre : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte J’entrerai chez lui ; je dinerai avec lui et lui avec moi. » Les mesures contre le covid19 ne l’interdisaient pas à l’époque !  

    Jean-Baptiste également nous devance en interrogeant ses contemporains sur leurs valeurs sociales et morales et nous aussi par la même occasion sur notre manière d’être en humanité par les temps qui sont les nôtres. Ainsi nous inviterait-il sans doute à veiller les uns sur les autres par nos gestes, notre attention, nos paroles, notre solidarité. Peut-être nous interrogerait-il sur ce qui est essentiel pour nous aujourd’hui et quel sens nous donnons à notre présence sur notre planète terre alors que des signaux passent au rouge dans bien des domaines.  

    Noël célèbre les enfants. On va malgré tout faire la fête, échanger des cadeaux. Ce n’est pas rien. Fêter l’enfance c’est fêter et partager une espérance.

    Mais qui ne voit, si les apparences festives sont sauves, le danger de vouloir simplement faire comme avant. Qui pourra fêter Noël, même si on ne veut pas gâcher la fête, sans intérieurement s’inquiéter du demain de ce monde que Dieu a remis à notre liberté et notre responsabilité sans s’en désintéresser loin de là ?

    En Avent… allons de l’avant ! Jésus a ouvert devant nous, après Isaïe, Jean-Baptiste, l’apôtre Pierre et tant d’autres, de manière unique, un chemin baptismal de vie et de lumière.

    Ce Noël fait de nous tous des recommençants en humanité et en vie chrétienne.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 29 novembre 2020.

    En Avent…

    C’est reparti !  Malgré le virus qui continue à circuler, nous pouvons à nouveau nous retrouver pour célébrer la messe ensemble (ou presque !). Et c’est aussi le premier dimanche de l’Avent où, comme chaque année, nous nous mettons en marche vers Noël.

    L’autre jour j’entendais à la radio une personne qui demandait si on ne pourrait pas repousser la fête de Noël, comme on repousse la date du black-Friday ?

    Mais Noël pour les chrétiens n’est pas dépendant des conditions dans lesquelles on le fête ; la naissance de Jésus dans la crèche, alors que Marie et Joseph étaient en plein déplacement, n’a pas été véritablement aisée et festive !

    Déjà une famille de notre paroisse a travaillé pour installer la crèche. Et notre Conseil Pastoral, même pendant le confinement, a réfléchi à un petit pèlerinage dans l’église, adapté aux contraintes du protocole, pour nous inviter à entrer résolument dans la préparation spirituelle de Noël.

    L’évangile de ce premier dimanche de l’Avent commence par une exhortation vigoureuse à sortir de notre sommeil : « Veillez-donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis ».

    Veiller ? Ce n’est pas s’enfermer chez soi dans la peur. Non, veiller consiste essentiellement à rendre notre cœur disponible et ouvert afin de reconnaître les passages de Dieu dans nos vies. C’est celle des bergers qui veillent dans la nuit, ou encore celle des mages qui scrutent le ciel pour découvrir une étoile.

    L’Avent qui prépare la célébration du mystère de l’avènement, de la venue du Fils de Dieu, nous amène à découvrir que nous-mêmes, comme notre monde, nous avons sans cesse à naître, à advenir comme filles et fils de Dieu. Chacun, nous sommes en cours de renaissance, et donc d’une attente de nouveauté.

    Un enfantement qui, tout particulièrement cette année, se déroule dans l’épreuve et la souffrance (cf. Rm 8, 22). Mais notre attente s’appuie d’abord sur la foi en la promesse de Dieu, et sur l’espérance du retour du maître de maison. Quand on n’attend plus rien, c’est peut-être qu’on est mort.

    Comme un veilleur guette l’aurore…“ dit le psaume 129. Comme Isaïe dans la première lecture, comme tous les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons été institués, grâce à notre baptême, guetteurs d’une espérance qui ne déçoit pas, de la miséricorde de Dieu qui recrée toujours de la nouveauté.

    Saurons-nous nous remettre à l’ouvrage en nous disant : Aujourd’hui je commence !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 22 novembre, solennité du Christ-Roi

    Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…?

    En cette fête du Christ roi de l’univers, l’évangéliste Matthieu, qui a guidé notre marche tout au long de cette année, nous dresse une inquiétante parabole du jugement dernier ; une grande fresque qui a souvent été illustrée dans ces merveilleux tympans qui ornent nos cathédrales ou basiliques, comme celle de Conques, de Vézelay ou de Notre Dame de Paris.

    Au centre, sur un trône, le roi berger séparant “les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. “

    Nos contemporains sont souvent mal à l’aise avec cette notion de “jugement“ Michel Polnareff ne chantait-il pas dans les années 1970 “nous irons tous au paradis“. Par jugement, on comprend souvent une condamnation qui tombe d’en-haut de manière péremptoire et unilatérale : le verdict du juge. Et l’on a tendance à comprendre le jugement de Dieu comme cette sentence qu’il prononcera sur la qualité de ce que nous avons vécu.

    Mais cette conception suppose une fausse idée de Dieu, que dément la dynamique de la révélation : “Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que, par Lui, le monde soit sauvé. “ (Jn 3,17)

    Le mot jugement en grec se dit krisis, qui se traduit aussi par “discernement“, “dévoilement“. Un procès est en fait ce processus qui prend du temps pour faire advenir une vérité la plus objective possible. Le jugement ne vient que sanctionner cette vérité qu’on a fait advenir.

    Le Jugement dernier est donc le lieu où se dévoilera la vérité de ce que nous sommes face à cette altérité de Dieu qui nous aime comme un Père.

    La parabole du jugement dernier nous invite à porter notre regard, moins sur le Christ lui-même, que sur le type de Royaume dans lequel il nous invite à entrer. Elle ne répond pas à la question initiale des disciples “quand cela va-t-il arriver ? “ mais nous indique “comment s’y préparer“.

     Elle nous invite tout d’abord à ne pas nous laisser enfermer dans les apparences trompeuses : si nos regards sont plus spontanément attirés par les dorures et le faste de toute cour royale, le Royaume de Dieu ne pourra s’ouvrir pour nous que si nous savons, comme Jésus, nous laisser toucher, et que nous posons des actes personnels face à cette souffrance et cette pauvreté qui touche une partie de notre humanité. Jésus, dans sa passion, a voulu s’identifier à tous ceux qui souffrent, ont soif et faim, sont emprisonnés. “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. “

    Ainsi, dans le visage de l’homme qui souffre, même le plus défiguré, il y a véritablement la rencontre avec la présence réelle de notre Seigneur, nous devons l’accueillir avec le même respect.

    Une deuxième leçon que nous pouvons tirer de cette parabole c’est que le jugement dernier n’est pas à attendre dans un futur hypothétique mais qu’il se joue chaque jour, dans chacune de nos rencontres, même les plus anodines. Le jugement et le sort final de chacun se décide, en réalité, dès maintenant.

    Nous allons bientôt nous remettre en route vers Noël. Dimanche prochain nous célébrerons le premier dimanche de l’Avent. Que cette venue de notre Dieu jusqu’à nous, sous la forme d’un tout petit enfant dans la crèche, nous redonne le goût et la joie de ces petits gestes d’humanité au quotidien.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 15 novembre 2020

    “Tu as été fidèle pour peu de choses,

    je t’en confierai beaucoup.“

    Nous méditons aujourd’hui la parabole des talents, sans doute l’une des plus connues, alors que nous nous approchons de la fin de notre année liturgique : dimanche prochain en effet, nous fêterons le Christ Roi de l’univers.

    Nous le savons, c’est une histoire particulièrement dérangeante. Et c’est aussi ce dimanche particulier que notre pape a voulu dédier chaque année aux pauvres (avec la quête traditionnelle pour le Secours Catholique), ce qui lui donne en plus une connotation toute particulière.

    Un premier danger serait de prendre le mot “talent“ au premier degré. Bien-sûr en français, un talent c’est un don reçu à la naissance : on parle du talent d’un artiste, de tel ou tel comédien, grand pianiste ou peintre, d’un talent pour comprendre les mathématiques, pour bien parler, etc…

    Un autre écueil consisterait aussi à ne réduire le mot talent qu’à sa dimension pécuniaire. Il est vrai qu’un talent représentait à cette époque une somme très importante puisqu’il équivalait environ 6000 deniers ; or, un denier représentait l’équivalent d’une journée de travail pour un ouvrier.

    Dans ces deux acceptions, on serait redevable de toutes les richesses ou talents dont nous avons hérité et qu’il faudrait faire fructifier pendant sa vie sur terre. Mais c’est sans doute une interprétation un peu moralisatrice et réductrice de cette parabole.

    Cette parabole étant placée résolument dans le contexte de l’annonce de la fin des temps, il est clair que ces talents sont beaucoup plus vastes que ces qualités naturelles que chacun porte en lui-même ou du patrimoine reçu qu’il a mission de faire fructifier. D’ailleurs, malgré l’importance de la somme confiée, le maître qualifie cela de “peu de choses“. Il s’agit en fait du don que Dieu fait à l’Homme dès la création du monde, de son amour et de sa confiance donnée gratuitement à chacun. On remarque dans ce sens que la parabole ne dit pas que le Maître va reprendre ce qu’il a confié, cela reste un cadeau, un don sans retour ; il demande juste à chacun de rendre compte de ce qu’il en a fait.

    On pourrait aussi être choqué du partage inégal. Pourquoi l’un reçoit cinq talents et l’autre un seul ? En fait, on le constate tous les jours, les dons reçus sont différents : il a des enfants qui, dès leur naissance, vont être entourés d’amour et d’autres moins, et même, mystérieusement, la foi elle-même sera transmise à certains et pas à d’autres.

    La petite Thérèse de Lisieux s’expliquera ces différences en prenant la comparaison des verres d’eau : elle disait que nous avons tous des verres de tailles différentes et que, même si Dieu ne verse pas la même quantité dans chaque verre, ils sont tous remplis à moitié ; et c’est à chacun de compléter la quantité qui manque pour qu’ils soient pleins, ceux qui ont un plus grand verre et qui ont plus reçus devant ajouter plus d’eau que les autres pour le remplir. L’important n’est donc pas de se comparer mais de se dépasser.

    Mais la pointe de la parabole est d’abord à chercher dans l’attitude du troisième personnage.

    Les deux premiers serviteurs sont fiers de présenter au Maître le résultat de leur travail fruit de la confiance placée en eux, mais le troisième serviteur rend le talent qu’il a enfoui parce qu’il se défie de son maître. Il le voit comme un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé. C’est un signe qu’il refuse cette relation de confiance que le Maître a voulu établir avec lui, qu’il refuse ce don, et veut simplement être quitte avec son Maître.

    La même Thérèse de Lisieux disait que Dieu se comporte avec nous selon l’image que nous nous faisons de lui : « Vous croyez en un maître dur ? Eh bien vous aurez affaire à un maître dur » … C’est bien ce qui arrive dans la parabole.

    L’obstacle se trouve donc bien du côté de l’homme : c’est lui qui se ferme à l’amour, à cet amour dont il refuse la proposition en se défiant de Celui qui lui avait fait confiance le premier. En enterrant le talent, c’est la relation de confiance que le troisième serviteur a enterrée.

    Le jugement du maître reprend alors mot à mot la vision de son serviteur pour le juger lui-même. Et ce qu’il possédait de plus précieux, cette confiance qu’il avait reçue de son maître, il l’a perdu pour qu’elle soit remise à un autre qui pourra la faire fructifier. Il aurait pu se retrouver riche et il a tout perdu, et d’abord ce qui est le plus important, la confiance qui lui avait été faite.

    Lire cette parabole en cette journée que notre pape a consacrée aux pauvres nous invite aussi à en tirer une interprétation toute particulière.

    Même si les dons fait à chacun ne sont pas équitables au début, il est important de reconnaître que nous avons tous reçu au moins un talent à faire fructifier. Saurons-nous le reconnaître dans ceux qui nous entourent, même les plus pauvres ? Et comment permettrons-nous à chacun de faire fructifier son propre talent ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 8 novembre 2020

    Sages ou insouciantes ?

    Les trois derniers dimanches de notre année liturgique orientent notre regard vers le retour du Seigneur dans sa gloire. Une fin des temps souvent décrite comme la venue de l’époux qui désire nous associer à la joie de ses noces.

    Dans la parabole racontée aujourd’hui par Jésus, ce sont à ces noces que dix jeunes filles, avec leurs lampes, sont invitées “pour sortir à la rencontre de l’époux“. Cinq sont sages et prévoyantes car elles ont emporté de l’huile en réserve, et cinq sont insouciantes.

    Soudain, elles sont réveillées brutalement au milieu de la nuit par un cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. »

    Cette parabole est cruelle pour les jeunes filles insouciantes qui ne pourront même pas profiter de la provision d’huile des autres, et finiront par se retrouver dehors, derrière la porte fermée.

    « Veillez-donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

    Comment alors comprendre cet avertissement inquiétant et peu habituel dans la bouche de Jésus ? Et que faut-il faire pour acquérir cette sagesse, glorifiée dans la première lecture, qui nous permettra de faire des provisions d’huile en vue du jour imprévisible du retour du Seigneur ?

    En nous souvenant de la vie que nous menions avant le confinement nous réalisons aujourd’hui, sans doute avec nostalgie, de l’insouciance qui la caractérisait depuis les grands conflits du siècle dernier. Chacun était libre de tout faire, et les plus fortunés ne s’en privaient pas : prendre l’avion pour aller trois jours aux Maldive, manger des fraises en janvier, visiter toutes les capitales d’Europe et fêter le mariage de son cousin d’Amérique en Australie, commander sur internet des produits bons marchés fabriqués dans des pays d’Asie, se projeter dans un transhumanisme sans finitude…

    C’était le temps de la liberté totale, faire ce que je veux quand je veux, sans contrainte, y compris celle de mourir quand je l’ai décidé. C’était le temps de la légèreté, où tout est possible sans limite grâce à la puissance technique qui semblait pouvoir supprimer toutes les barrières.

    Aujourd’hui nous mesurons douloureusement que, si rien n’est interdit, tout n’est pas possible (cf. Gn 2, 16-17 “Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras.“) La crise climatique nous dit la même chose, mais autrement. En perdant une partie de notre insouciance et de notre liberté, nous avons peut-être grandi en sagesse ?

    L’insouciance c’est de croire que l’on peut se contenter de sa propre lumière, à horizon humaine, en oubliant Celui qui ouvre ou ferme sa maison, l’époux qui accueille celui ou celle qui veille dans l’attente de cette rencontre. Car c’est lui seul qui peut nous arracher à la nuit pour nous inviter à la fête de l’Alliance nouvelle.

    Père Luc de Saint-Basile