Catégorie : Édito

  • Édito de la solennité de la Trinité, 30 mai 2021

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

    C’est traditionnel, le dimanche qui suit la Pentecôte est celui de la fête de la Sainte Trinité. Mais sans doute attachons-nous à cette fête moins d’importance qu’à l’Ascension ou à la Pentecôte qui nous valent, chrétiens ou pas, des ponts toujours bien appréciés et encore plus en ces temps de pandémie. 

    Pour la Trinité la concurrence est rude avec, le même jour, la fête des Mères. Cette fête retient plus notre attention pour exprimer aux mamans, de bien des manières, ce que nous leur devons.

    La Trinité fête-t-elle aussi la fête des mères ? Est-il  incongru de se poser la question ? Marie recevra-t-elle, en ce jour, un beau bouquet de roses divines de la part de la Trinité Sainte ? Elle le mériterait bien. Et n’oublions pas qu’elle est aussi la nôtre.

    Adrienne von Speyr, une grande spirituelle polonaise, disait que prier c’est entrer dans la conversation de Dieu avec Dieu.

    Le Dieu des chrétiens n’est pas solitude mais communion de personnes « Trinité ». S’il en est ainsi, et nous avons de bonnes raisons de le croire, il doit y avoir, avec tout ce qui arrive en notre monde, de la conversation en Dieu en ce moment. 

    Quant à notre prière elle a diverses facettes. Mais à son degré le plus élevé elle est, ce que dit d’elle Adrienne von Speyr : entrer dans la conversation de Dieu avec Dieu. Jésus nous a appris à le faire. Il nous a donné le Notre Père. 

    Le pain quotidien à demander, c’est le pain de l’amour divin, le pain de la communion, de la présence de l’autre et à l’autre. 

    Oui, le Dieu Trinité que nous prions est déjà conversation en lui-même. Il est communion de personnes. Cela doit façonner les rapports que les chrétiens et les humains établissent aussi entre eux. 

    S’il faut prier Dieu pour la fin de la pandémie, comme il nous est parfois demandé de le faire, pourquoi pas ! Le faire – c’est moins pour qu’il fasse les choses à notre place pour gagner ce combat -mais que l’humanité fasse tout ce qui est en son pouvoir et sa responsabilité, pour vivre elle-même dans une solidarité responsable. 

    « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur. Mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils,»  nous dit encore Paul dans la lettre aux romains.

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?                                                                                   

    Père Édouard Bois

  • Édito de la Solennité de la Pentecôte, 23 mai 2021

    Viens Esprit Saint !

    Les catéchistes le savent bien. Il est très difficile de parler de l’Esprit Saint de manière simple et compréhensible par les enfants.

    Aussi insaisissable que les différentes représentations qui le décrivent dans la Bible, le souffle, l’eau, le feu, la colombe…, il est comme “le vent dont on ne sait d’où il vient et où il va(Jn 3,8) ; il faut donc chercher sa présence invisible dans ce qu’il fait bouger et qu’il transforme.

    St Paul lui-même, dans son épitre aux Galates, plutôt que de chercher à le définir, préfère parler des “fruits de l’Esprit “ : “Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. “

    Le dominicain Yves Congar, un grand théologien du Concile, dans son très beau petit livre intitulé “La Parole et le Souffle“ rappelait que l’œuvre de Dieu se réalise conjointement par sa Parole, le Verbe fait chair en Jésus Christ, et par son Esprit Saint. Dès le début de la création Dieu dit et il fait.

    Dans l’Évangile de ce jour, Jésus reconnaît que les paroles qu’il a cherché à transmettre à ses apôtres ne suffisent pas, il faudra que l’Esprit agisse à travers ceux qui seront les témoins de sa mort et de sa résurrection : “ J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. “

    Ainsi, quand nous lisons les paroles de la Bible, nous disons qu’elle est “inspirée“, c’est-à-dire que l’Esprit Saint habitait le cœur et l’esprit des auteurs en sorte que, à travers leurs mots et leurs récits quelque chose de la relation entre Dieu et les hommes nous soit révélé.

    Si l’Esprit Saint est à l’origine de la Bible, Parole de Dieu, il doit être aussi à l’origine de notre lecture de la Bible et de notre compréhension de celle-ci.

    C’est donc l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, qui nous permet de lire la Parole de Dieu non pas comme une parole d’hier, intéressante certes, mais lointaine sinon dépassée, mais tout au contraire comme une parole d’aujourd’hui, touchant notre cœur et nous invitant à convertir nos façons de vivre.

    Nous avons besoin que l’Esprit nous éclaire sur la Parole du Christ. En effet, les circonstances changent, la vie évolue, nous sommes confrontés à des situations nouvelles pour lesquelles la parole de Jésus n’apporte que des orientations de fond, sans donner de réponses concrètes qu’il nous faut sans cesse inventer.

    Si la Parole de Dieu nous semble aride, n’hésitons donc pas à prier l’Esprit Saint pour qu’il “nous conduise dans la vérité tout entière.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 7ème dimanche de Pâques, 16 mai 2021

    Dernières paroles

    Tout le monde connait par cœur la fable de La Fontaine « Le laboureur et ses enfants »

    « Un riche laboureur sentant sa mort prochaine fit venir ses enfants, leur parla sans témoins… ».

    Lorsqu’on peut les recueillir, les paroles dernières d’un proche, sur la fin de sa vie, sont en effet très importantes et sont reçues le plus souvent comme un ultime message d’amour.     

    Avec l’Évangile de ce dimanche nous sommes là, comme dimanche dernier, dans une situation analogue. 

    Les paroles de Jésus que nous rapporte l’évangéliste Jean, connu sous le nom de prière sacerdotale, se situent entre le moment de la Cène et les tragiques événements qui marqueront la fin de sa vie  dont il pressent l’imminence et l’impact sur ses disciples et proches. 

    Il est bon que la liturgie nous les rappelle alors que nous venons de fêter le départ de Jésus à l’Ascension et que la fête de la Pentecôte approche.

    « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés » dit Jésus.

    Il ne faut pas bien sûr confondre cette joie avec différentes formes de joie plus ou moins superficielles ou profondes dont nous faisons l’expérience dans notre vie terrestre :  le plaisir, le confort, la joie artistique ou intellectuelle, la joie du travail bien fait ou de l’entreprise réussie et, particulièrement, dans nos relations humaines. 

    C’est à la racine de notre être que nous sommes habités par cette joie qui nait de notre relation au Christ et qui est le fruit de l’Esprit Saint que nous célébrerons bientôt.

    Ne perdons pas de vue que c’est sa joie que Jésus nous partage. Joie de son retour auprès du Père et de son lien avec lui. Joie de la mission accomplie sur terre. Joie de savoir l’humanité et la création restaurée et entrée déjà dans la vie de Dieu. 

    Une joie qui déborde la vie de ce monde mais qui ne nous en écarte pas cependant mais, bien au contraire, approfondit notre présence et notre responsabilité.

    « Bien aimé, ajoute encore saint Jean dans sa lettre (cf.2ème lecture),  puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres. Dieu personne ne l’a jamais vu, mais si nous nous aimons les-uns les-autres, Dieu demeure en nous et en nous son amour atteint sa perfection. »

    Père Édouard Bois

  • Édito du 6ème dimanche de Pâques, 9 mai 2021

    Aimer

     Avant de célébrer la disparition de Jésus du regard de ses disciples le jour de l’Ascension, la liturgie nous replonge dans le discours d’adieu de Jésus au cours de son dernier repas dans l’Évangile de St Jean. Il définit les relations que les disciples doivent avoir entre eux après sa mort : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

    Ce commandement de Jésus nous rappelle qu’il y a plusieurs façons d’aimer. C’est ce que développait notre pape émérite, Benoit XVI dans son encyclique “Deus caritas est“ en 2005 :

    “Rappelons en premier lieu le vaste champ sémantique du mot “amour“ : on parle d’amour de la patrie, d’amour pour son métier, d’amour entre amis, d’amour du travail, d’amour entre parents et enfants, entre frères et entre proches, d’amour pour le prochain et d’amour pour Dieu. Cependant, dans toute cette diversité de sens, l’amour entre homme et femme, dans lequel le corps et l’âme concourent inséparablement et dans lequel s’épanouit pour l’être humain une promesse de bonheur qui semble irrésistible, apparaît comme l’archétype de l’amour par excellence, devant lequel s’estompent, à première vue, toutes les autres formes d’amour. […]

    À l’amour entre homme et femme, qui ne naît pas de la pensée ou de la volonté mais qui, pour ainsi dire, s’impose à l’être humain, la Grèce antique avait donné le nom d’“eros“. Disons déjà par avance que l’Ancien Testament grec utilise deux fois seulement le mot “eros“, tandis que le Nouveau Testament ne l’utilise jamais : des trois mots grecs relatifs à l’amour – “eros“, “philia“ (amour d’amitié) et “agapè“ – les écrits néotestamentaires privilégient le dernier, qui dans la langue grecque était plutôt marginal. En ce qui concerne l’amour d’amitié (philia), il est repris et approfondi dans l’Évangile de Jean pour exprimer le rapport entre Jésus et ses disciples. La mise de côté du mot “eros“, ainsi que la nouvelle vision de l’amour qui s’exprime à travers le mot “agapè“, dénotent sans aucun doute quelque chose d’essentiel dans la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de l’amour. “

    Et notre ancien pape poursuit en définissant plus précisément l’“agapè“ biblique : “En opposition à l’amour indéterminé et encore en recherche, ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même. “

    Qu’en célébrant l’eucharistie, mémorial du sacrifice du Christ par amour pour tous les hommes, nous puissions être entrainés dans ce même amour pour les autres.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 5ème dimanche de Pâques, 2 mai 2021

    Où demeures-tu ?

    « Où demeurez-vous ? ». « Où habites-tu ? » Il nous arrive de poser la question à une personne que nous rencontrons. Mais la question au-delà de la localisation invite l’interlocuteur à se présenter plus avant. 

    Cette question « où demeures-tu ? » a été la première que pose les futurs apôtres à Jésus. « Venez et voyez » avait-il répondu.  

    « Ou demeures-tu ? » C’est peut-être aussi la question que, comme croyant, ou futur croyant, nous avons posé, en notre for intérieur, un jour ou l’autre, à Jésus. Chacun garde la mémoire spirituelle de l’histoire de sa relation avec le Seigneur. Une relation qui évolue, s’approfondit, est remise en question selon l’étape de la vie où l’on se trouve ou les événements qui surviennent.

    « Où demeures-tu ?» La question reste toujours actuelle.

    Ce verbe « demeurer » nous le retrouvons dans l’Évangile de ce dimanche qui à travers l’image de la vigne qui, après, celle dimanche dernier du Bon Pasteur, développe les liens que nous tissons dans la foi avec Jésus et son Père.

    « Demeurez en moi comme moi en vous ».

    L’image de la vigne, est en effet une image majeure pour exprimer la relation que les humains cherchent à nouer avec Jésus et son Père et que Jésus et son Père souhaitent nouer avec chacun de nous.

    Dans l’Évangile de Saint Jean dit un spécialiste, le père D.Mollat ,  « Demeurer » exprime un aspect capital de la réponse de l’homme à la démarche de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. L’homme doit non seulement reconnaître, aimer, accueillir, voir, entendre, croire, connaître, aimer mais aussi « demeurer ». Ce verbe fait partie du vocabulaire caractéristique de la théologie et de la spiritualité johanniques. »

    C’est à chacun de découvrir où Jésus demeure. Mais plus encore, selon Saint Jean, Jésus souhaite demeurer en chacun de nous. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » dit Jésus. Le disciple demeure en Jésus et Jésus en lui. Comme Jésus demeure dans le Père et le Père en lui.

    L’image de la vigne qui est présente dans de nombreuses civilisations et chez les prophètes, dans le judaïsme, symbolise la démarche multilatérale de l’invitation à « demeurer » qui est au cœur de l’enseignement de Jésus.

    « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits ». 

    Père Édouard Bois

  • Edito du 4ème dimanche de Pâques, 25 avril 2021

    “Je suis le bon Pasteur…

    Je donne ma vie pour mes brebis. “

    Le quatrième dimanche de Pâques est, traditionnellement, celui où le Christ se présente à nous sous les traits du Bon Pasteur ; et c’est aussi celui où nous sommes tous invités à prier plus spécialement pour les vocations dans l’Eglise.

    C’est un lieu commun, depuis des années, que de parler de “la crise des vocations“, même si les Parisiens ont encore le sentiment d’être moins touchés, au moins pour un temps, que de l’autre côté du périphérique, ou que les diocèses de province. Et les récentes révélations scandaleuses concernant quelques membres du clergé risquent encore plus de décourager les futures vocations.

    Mon ancien supérieur de séminaire, Mgr Emile Marcus qui est devenu évêque par la suite, aimait souligner le lien entre ce que les communautés chrétiennes attendent des prêtres, et l’appel qui pourrait justifier le fait que des jeunes aient envie de consacrer toute leur vie, dans le célibat, au service de l’Eglise.

    Il écrivait : “Les jeunes n’iront pas vers le ministère de prêtre pour des raisons confuses ou des besoins secondaires. Je veux dire pour remplir des tâches auxquelles il semblerait que d’autres puissent suppléer sans grand dommage. Les jeunes ne viendront au sacerdoce ministériel que s’ils en voient la nécessité pour que l’Eglise soit le grand sacrement du Christ qui sauve le monde. “

    Et il poursuivait : “Mais vous, qu’attendez-vous des prêtres ? Je souhaite que vous vous interrogiez sur ce que vous demandez aux prêtres, dans la conviction que, pour une bonne part, ils sont façonnés comme prêtres par vos attentes et vos demandes.

    Demandez-leur de vous faire grandir dans la foi, et vous les aiderez eux-mêmes à être plus enracinés dans la confiance au Christ.

    Demandez-leur le pardon de notre Père du ciel et ils ne s’en livreront eux-mêmes que mieux à sa miséricorde.

    Demandez-leur la grâce de la sainteté, par le conseil spirituel, l’intercession, les sacrements, et ils se risqueront eux-mêmes plus avant sur le chemin de la sainteté.

    Demandez-leur de vous ouvrir aux horizons de la mission apostolique et ils entendront mieux l’ordre du Seigneur d’“aller dans le monde entier prêcher l’Évangile à toute la création“. (Mc 16,15).

    Prions donc ce dimanche pour que des jeunes acceptent, à l’image du Christ bon Pasteur, de consacrer leur vie au service de l’Église et de l’Évangile, mais en purifiant nos attentes pour qu’elles soient au niveau de cet engagement que nous leur demandons.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 3ème dimanche de Pâques, 18 avril 2021

    Contrôle d’identité  

    De nos jours, avec la covid19, les contrôles d’identité se multiplient pour faire respecter les règles nécessaires à l’éviction de cette pandémie.

    Dans les Évangiles aussi il est question de contrôle d’identité. Mais pas pour les mêmes raisons.

    Les récits d’apparitions témoignent en effet que les apôtres ont tout fait pour éviter un contrôle d’identité de la part de ceux qui avaient fait crucifier Jésus. Eux-mêmes, se sont livrés à un contrôle à l’égard de Jésus tant sa mort les avaient perturbés.

    « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous je ne croirai pas !» avait dit Thomas. Dans l’Évangile ce dimanche, c’est Jésus lui-même qui les invite à ce contrôle : « Voyez mes mains et mes pieds. C’est bien moi ! Touchez-moi. Regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. ».

    Mais dans leur joie et saisis d’étonnement, ils n’osaient pas encore y croire ! Et Jésus va devoir apporter d’autres preuves dont le fait de « manger » devant eux  qui devait évoquer bien des souvenirs et l’explication des Ecritures.

    Mais c’est finalement le don de l’Esprit Saint qui affermira leur foi et fera d’eux les témoins que Jésus leur demandait d’être.

    Sans doute notre statut de croyant n’est-il pas le même que celui des apôtres. Mais ce qui leur est arrivé nous concerne directement. Que disons-nous quand nous parlons du Corps du Christ ? Et lorsque dans le Credo nous affirmons que nous croyons à la résurrection de la chair ?

    Nous ne devons pas oublier la triple dimension du Corps du Christ : son corps historique et glorieux, son corps eucharistique, son corps ecclésial en croissance dans l’histoire. Ces trois présences réelles sont inséparables.

    Quant à nous, croire à la résurrection des corps c’est avoir l’assurance que nous retrouverons ce que notre corps nous permet aujourd’hui : la relation, la communication, l’amour, le travail, que sais-je encore. 

    Croire à la résurrection c’est « croire à l’amour de Dieu qui s’est manifesté dans le Fils. C’est s’ouvrir intérieurement à une réalité qui nous dépasse mais qui nous met en mouvement vers notre être authentique. » (Eloi Leclerc).   

    À nous d’en être, comme les premiers apôtres, les témoins.

    Père Édouard Bois

  • Édito du 2ème dimanche de Pâques, 11 avril 2021

    Avec Thomas, l’incrédule.

    “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! “

    Combien de fois, n’avons-nous pas traversé les mêmes périodes d’incrédulité et de doutes que l’apôtre Thomas. Tout récemment encore des parents du catéchisme me rapportaient une remarque entendue de leur enfant : “Jésus je veux bien le prier, mais c’est difficile quand on ne le voit pas ? “ (sous-entendu, c’est aussi la même question que je me pose !).

    D’une certaine façon, nous sommes tous des jumeaux de Thomas, appelé Didyme (c.a.d. jumeau). Des hommes et des femmes qui ne se laissent pas convaincre par de belles paroles. Thomas a besoin de voir et toucher pour croire. Marie de Magdala, au tombeau, n’avait-elle pas voulu, elle aussi, toucher son Seigneur en le reconnaissant ?

    “Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. “

    C’est dans ce lieu confiné que se déroule, dans l’évangile de St Jean, la reconnaissance de Jésus ressuscité ; une reconnaissance qui ne sera jamais de l’ordre de l’évidence, d’après ce que nous disent tous les récits d’apparitions : c’est bien Lui, ce n’est pas un fantôme (il va manger et boire avec eux), mais c’est aussi quelqu’un de différent (il est là alors que les portes sont verrouillées).

    “Cesse d’être incrédule, sois croyant. “ La foi en la résurrection nous demande de dépasser le scepticisme et le doute par la confiance, car on ne peut pas tout enfermer dans la rationalité humaine et l’expérience sensible.

    Mais, dans le même temps, les évangiles nous disent que ces rencontres avec Jésus vivant n’ont pas été vécues comme des retrouvailles ordinaires. Ainsi, pour tous ceux qui ont été les témoins de sa résurrection, cela a été réellement fondateur, recréateur.

    C’est un peu comme une nouvelle naissance : les retrouvailles avec leur Seigneur ressuscité vont les faire passer des ténèbres à la lumière, de la peur à la foi, de l’angoisse à la paix et la joie.  Et ce souffle que Jésus répand sur eux a quelque similitude avec celui que le Créateur a insufflé dans le corps d’Adam au début de l’humanité.

    Même pour Thomas l’incrédule, c’est à une autre manière de voir et de percevoir qu’il accède. On ne sait pas, finalement s’il a touché le corps glorieux du Christ ressuscité, comme Celui-ci l’invite à le faire ; cela, en fait, est devenu totalement insignifiant. Par contre il accède à un autre type de reconnaissance de Jésus, différente de celle qu’il avait connu de son vivant. C’est le passage de l’incrédulité à la foi en Jésus Messie envoyé de Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »  Saint Thomas d’Aquin, le théologien, a une très belle formule à propos de son homonyme : “Il vit une chose, il en crut une autre. “

    Que ce dimanche de la miséricorde renouvelle notre foi avec l’apôtre Thomas, et tous ceux qui mettent leur espérance dans le Christ vivant.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito de la Résurrection du Seigneur, dimanche 4 avril 2021

    “Il faisait encore sombre “

    Ce matin de Pâques, il fait sombre sur notre monde touché depuis plus d’un an par ce sinistre virus…, dans notre Église éprouvée …, et sur l’homme qui s’inquiète pour son avenir…

    Ce matin de Pâques, il fait sombre dans nos cœurs, alors que nous ne savons toujours pas quand nous pourrons reprendre une vie normale, avec cette menace permanente qui peut à tout moment nous atteindre, ou frapper nos proches.

    Il faisait encore sombre en ce petit matin quand les saintes femmes se rendent au tombeau. Et pourtant le tombeau était ouvert et Jésus est déjà ressuscité !

    Et bien qu’ils aient entendu les femmes annoncer ce qu’elles avaient vu, il restait bien sombre le visage de ces deux disciples qui s’en retournaient vers Emmaüs. Pourtant Jésus cheminait avec eux, mais leurs yeux ne savaient pas le reconnaître.

    Ce petit matin de Pâques Pierre et Jean courent eux aussi au tombeau.

    L’évangéliste St Jean, dans un raccourci saisissant, résume à l’aide de deux verbes le passage brusque qui se produisit en lui ce jour-là :

    “Il vit“. Qu’a-t-il vu en fait ? Le tombeau ouvert et vide.

    “Il crut “. C’est comme si une révélation lumineuse était venue tout éclairer d’un jour nouveau : “Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. “

    Ainsi la foi ne nécessite plus de voir ou de toucher. Un simple signe suffit.

    Et petit à petit, tous ceux pour qui la vie du Christ a compté vont eux aussi passer de l’inquiétude à la joie, de l’incompréhension à l’évidence, des ténèbres à la lumière de la foi.

    C’est comme si la résurrection du Christ les touchait chacun dans leur être le plus profond : « Ressuscités avec le Christ » dira St Paul.

    Tout au cours de ce carême, nous avons médité sur ces différents passages qui sont au cœur de notre foi ; et notre croix est aujourd’hui fleurie de tous ces petits passages qui ont jalonné ces quarante jours de désert.

    Mais il faudra encore du temps, cinquante jours nous dit l’évangéliste Luc, et le souffle de l’Esprit saint, pour que tous les disciples effectuent eux aussi cette “Pâque intérieure“ et osent sortir de leur confinement pour proclamer avec Pierre : “ Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. “

    Le monde n’a pas brutalement changé au matin de Pâque, par quelque coup de baguette divine ! Mais avec Nicodème, Marthe et Marie, les apôtres, Marie Madeleine et les autres femmes, et tous les saints de tous les temps, nous poursuivons chacun notre chemin dans la foi. Le monde n’est pas bouleversé mais, dans nos nuits les plus ténébreuses vécues avec Jésus en sa Passion, une lumière s’est levée qui ne pourra jamais s’éteindre.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche des Rameaux, 28 mars 2021

    “Voici ton roi qui vient
    assis sur le petit d’une ânesse “

    Aujourd’hui, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, assis sur un ânon.

    Aujourd’hui “beaucoup de gens étendent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. “ Ceux qui marchent devant Jésus et ceux qui le suivent crient : “Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! “

    Mais demain, ces mêmes foules réclameront à Pilate que Barabbas, un bandit, soit libéré. Sur Jésus, elles crieront alors par deux fois : “Crucifie-le ! “.

    Nous arrivons au terme d’un carême éprouvant, qui nous permet quand même cette année de nous retrouver pour cette fête des Rameaux ; et nous pouvons faire un premier bilan de ces invitations, pendant ces quarante jours, à effectuer des passages, qui vont malheureusement durer… au-delà de Pâques.

    A travers les peurs et les fatigues provoquées par cette longue pandémie, les privations de nos libertés et de la maîtrise de nos projets d’avenir, les renoncements aux gestes d’affection et aux étreintes, surtout avec les grands parents ou les anciens qui vivent seuls, nous traversons une sorte de désert qui nous a peut-être permis de reprendre conscience des richesses que nous possédions avant, sans en mesurer vraiment l’importance.

    Un jour – il finira bien par arriver ! – nous serons à nouveau autorisés à reprendre notre vie normale et ce sera certainement une explosion de joie et de fêtes des retrouvailles. Mais, à la différence de ces foules versatiles de Jérusalem, saurons-nous alors toujours privilégier ces choses simples de la vie mais si essentielles, toutes ces personnes invisibles à notre service que nous aurons redécouvert pendant ce long et singulier carême.

    En méditant aujourd’hui la Passion de Jésus Christ dans l’évangile de St Marc, nous voyons que même l’apôtre Pierre fait la douloureuse expérience qu’il y a une distance entre son désir sincère de suivre le Christ dans la fidélité, et la réalité de ses forces en face de la première adversité. C’est toute l’ambiguïté de la fragilité humaine qui se retrouve au cœur de cette fête des Rameaux et qui est d’abord, pour nous, un appel à l’humilité.

    En entrant dans cette semaine sainte qui est le chemin vers la vie nouvelle, laissons-nous entraîner par le Christ Jésus dans sa fidélité à son message d’amour et de son obéissance en face de l’adversité : “Il s’est fait obéissant jusqu’à mourir et mourir sur une croix “ (Ph 2,8, 2ème lecture).

    Père Luc de Saint-Basile