Catégorie : Édito

  • Édito du 14ème dimanche du temps ordinaire, 05 juillet 2020

    « Mon fardeau est léger ! »

    Il nous est donné d’entendre une belle prière d’action grâce de Jésus dans l’Evangile de ce jour : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. “

    Dans les passages qui précèdent, la mission de Jésus a rencontré une forte opposition de la part des pharisiens et des scribes qui se reconnaissent comme les sages et les savants de la Loi mosaïque.

    Or la Révélation de Dieu n’est pas de l’ordre conceptuel, elle ne demande pas d’avoir fait de longues études, ni d’avoir suivi un long chemin d’intériorité et de sagesse. Elle est de l’ordre de l’ouverture et de la disponibilité du cœur, de notre capacité à recevoir et à s’émerveiller du don reçu, c’est là le privilège de l’enfant et des tout-petits.

    Et c’est dans le prolongement de cette prière de Jésus que se comprend la deuxième partie de l’évangile : “ Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. […] Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. “

    La première chose qui nous vient à l’esprit en entendant ces paroles c’est qu’il exagère. Quand on lit les évangiles, et qu’on prend conscience de toutes les exigences qu’implique la condition de disciple, on a peine à croire que ce fardeau soit si facile à porter.

    Mais ce que Jésus veut nous dire, c’est que, lorsque notre vie est habitée par l’amour, alors les choses pénibles deviennent supportables. N’est-ce pas ce que dirait une maman après avoir passé toute la nuit au chevet de son enfant malade ? A la question : “N’êtes-vous pas trop fatiguée ? “ elle répondrait simplement : “Mais je l’aime ! “

    C’est une action de grâce aussi qui monte de nos cœurs, en faisant mémoire de tout ce que nous avons vécu cette année qui a pourtant été si particulière.

    Mais c’est aussi le temps de replacer tous nos efforts, nos objectifs, sous le regard aimant du Père.

    Quelles sont les avancées et les échecs qui ont marqué cette année ?

    Que reste-t-il de positif et d’insatisfaisant dans ce que j’ai essayé d’entreprendre ?

    En quoi cela rejoint-il le projet de Dieu sur notre humanité ?

    Peut-être pourrons-nous alors discerner de réels motifs pour rendre grâce, et une nouvelle impulsion pour vivre de manière renouvelée, à la rentrée de septembre, la mission reçue à notre baptême et être de vrais témoins de l’évangile.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 13ème dimanche du temps ordinaire, 28 juin 2020

    “Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. “

    Nous venons de traverser une période éprouvante, et qui n’est pas terminée. Depuis plusieurs mois les éditions spéciales des journaux télévisés commentent les statistiques des décès et des malades touchées par le virus, alors que nous étions confinés, seuls ou avec nos proches.

    Certains ont vécu cette épreuve de manière particulièrement difficiles : je pense à ceux qui ont perdu un parent à l’hôpital ou en EPHAD, le personnel qui était en première ligne pour se battre contre le virus ou assurer les services nécessaires pour que la vie continue et que nous avons applaudi tous les soirs, les personnes seules ou “à risques“, … Nous avons aussi tous ressentis la peur quand il fallait sortir faire des courses, prendre les transports en commun, aller chez le médecin…

    En parlant de tout cela avec les différents groupes qui se sont réunis ces derniers jours, beaucoup ont souligné combien cette période avait été propice à s’interroger sur le sens de la course folle de notre vie, sur les choses essentielles auxquelles nous tenions, sur notre rapport à la consommation et l’incidence pour notre planète, sur la fragilité de notre existence et la question de la mort ?

    Les lectures de ce jour nous interrogent, elles-aussi : quelle est la réelle fécondité de notre vie ?

    Fécondité charnelle pour la femme du pays de Sunam ; comme Sara, la femme d’Abraham, en récompense de l’accueil plein de délicatesse qu’elle prodigue au prophète Elisée, elle va attendre un enfant dans sa vieillesse.

    Une fécondité qui n’est que le signe d’une fécondité spirituelle plus profonde que Jésus nous promet. Et c’est le paradoxe affirmé au début de l’évangile : “Qui a perdu sa vie à cause de moi, la trouvera… “, et à la fin : “ Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraiche à l’un de ces petits, en sa qualité de disciple, en vérité, je vous le dis : non il ne perdra pas sa récompense. “

    L’évangile, comme tous les choix que fera Jésus pendant sa vie terrestre, nous révèlent que la fécondité est d’abord le fruit de l’ouverture à l’autre. Elle ne se mesure pas à la quantité de choses faites, à leur nombre ou à leur importance, elle se mesure à la transformation de notre cœur en un cœur aimant à la manière de Dieu.

    Mais cette ouverture du cœur ne va pas sans perdre, sans abandonner quelque chose ; prendre sur soi (c.a.d. prendre de soi-même) pour donner un peu de temps, un peu de confiance, un service, un verre d’eau fraiche, un geste qui nous comble d’une joie intérieure bien au-delà de l’effort accompli.

    Alors que plus de 120 hommes sont ordonnés prêtres en cette fin d’année pour tous nos diocèses de France, alors que nous nous souvenons – le P. Bois qui a été ordonné il y a 50 ans, et moi-même il y a 40 ans – de ce choix renouvelé chaque jour de donner notre vie à la suite du Christ vivant, nous pouvons témoigner tous les deux que la fécondité de nos ministères est sans commune mesure avec ce que nous avons perdu.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 12ème dimanche du temps ordinaire, 21 juin 2020

    Dans l’ombre ou au grand jour ?

    « Ce que je vous ai dit dans l’ombre, dites-le au grand jour. »

    « Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. »

    Ces paroles de Jésus, dans l’évangile de ce dimanche, nous disent l’importance de l’écoute et du partage dans toute vie chrétienne. 

    Il faut que le message du Christ pénètre en nous, touche notre moi profond pour qu’il puisse ensuite apparaître au grand jour, qu’il n’entre pas par une oreille pour sortir par l’autre.

    La dispersion de l’été n’est pas loin. Ce moment peut être favorable pour vérifier comment, chacun, nous avons, au long de cette année si particulière, vécu cette double dimension de la foi : l’écoute et le partage.  

    La dimension d’intériorité, d’écoute, d’abord : quelle place a eu dans ma vie l’écoute de la Parole de Dieu, la prière, l’accueil des sacrements, les propositions paroissiales ?  

    La dimension de visibilité de notre foi : en famille, dans notre environnement et notre travail, en paroisse. Comment ai-je été attentif aux préoccupations des autres, et comment ont-ils pu pressentir la source de ma présence, de mon écoute, de ma parole, de mon attention aux événements qui ont marqué leur vie au plan humain ou religieux.

    Le pape François, à ce sujet, a écrit de belles paroles :

    « Être disciple, dit-il, c’est avoir la disposition permanente de porter aux autres l’amour de Jésus, de partager l’amour du Christ. Ceci se manifeste spontanément en tout lieu : sur la route, sur les places, au travail, en chemin. Là où l’autre personne peut exprimer, partager ses joies, ses espérances, ses préoccupations et beaucoup de choses qu’elle porte sur son cœur. Là où je peux, raconter ma rencontre de l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous. »

    Oui, la vie divine est, pour les chrétiens, bien autre chose qu’un morceau de ciel tombé sur terre. Elle passe par les hommes, par leurs soifs, leurs tâtonnements, leurs erreurs, leurs projets, leur recherche d’un hypothétique sens à leur vie.
    Voilà le lieu où Jésus nous demande de nous déclarer, de partager son amitié avec les autres, de demeurer,  

    J’aime cette parole d’un jésuite, le père Etienne Grieu : « Lorsque je prends, dit-il, au sérieux la vie de mon quartier, de ma ville, de mon entreprise je peux y déceler un rendez-vous avec celui qui cherche à se frayer un passage dans le cœur des hommes. » 

    La paroisse, malgré des circonstances bien spéciales cette année, par diverses propositions a, je l’espère, aidé chacun à vivre cette double dimension de sa foi.

    « Ce que je vous ai dit dans l’ombre dites-le au grand jour.

    Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille proclamez-le sur les toits. »

    Père Édouard Bois

  • Édito de la fête du Corps et du Sang du Christ, 14 juin 2020

    « Ceci est mon corps… »

    Les anciens se souviennent de la “Fête Dieu“ avec ses processions dans les rues et les Saluts du Saint Sacrement accompagnés du “Tantum ergo sacramentum“.

    Le renouveau conciliaire issu de Vatican II, en donnant à cette fête le nom de “Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ“ a voulu recentrer cette fête sur le sacrement de l’eucharistie et la place qu’il tient dans nos vies de chrétiens.

    Rappelons-nous, le jour de l’Ascension nous entendions ces derniers mots du Christ ressuscité qui concluent l’évangile de St Matthieu : “Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. “

    Et le jour de la Pentecôte nous célébrions cette présence de Jésus au cœur de chacun de nous par son Esprit Saint ; mais il nous a aussi donné des signes de sa présence, et l’un des signes privilégiés c’est ce repas célébré en mémoire de lui.

    Le discours de Jésus sur le Pain de Vie dans l’évangile de St Jean lu pour cette fête peut nous heurter par le réalisme des expressions employées : “Celui qui mange ma chair et boit mon sang…“

    Il est évident qu’il s’agit de toute autre chose qu’une cérémonie d’anthropophagie. A travers le réalisme des mots, Jésus veut souligner la réalité de sa présence qui n’est pas que dans le souvenir. Le souvenir est dans notre tête ou dans notre cœur quand nous pensons à quelqu’un que nous avons perdu. La présence de Jésus dans l’eucharistie reste mystérieuse et extérieure à nous, mais bien réelle. En communiant à la messe, nous avons une relation réelle avec le Seigneur ressuscité et pas seulement une évocation de sa présence au milieu de ses apôtres il y a vingt siècles.

    Dans le même temps il faut résister à la tentation de chosifier ce sacrement. Nous avons en effet toujours tendance à identifier le réel avec ce que nous pouvons toucher et voir – ne chantons-nous pas parfois “je veux voir Dieu“. Or le Christ ressuscité que nous rencontrons à la messe reste en dehors de nos catégories humaines. Simplement il se manifeste à nous sous le signe du pain et du vin, sous le signe d’une nourriture pour nous dire qu’il veut nourrir notre vie de sa vie. Cela signifie que l’amour qui a glorifié Jésus pour l’établir comme Fils bien aimé du Père peut aussi nous pénétrer, nous saisir, nous transformer. La Pâque que le Christ a vécue en passant de la mort à la vie nous est ainsi offerte dans le rite eucharistique.

    Saint Augustin l’exprimait déjà : “Soyez donc ce que vous voyez et recevez ce que vous êtes“.

    Qu’en cette année particulière où nous avons dû nous contenter pendant plusieurs semaines d’eucharisties virtuelles imposées par le Covid 19, nous redécouvrions de manière nouvelle cette présence vivifiante du Christ qui vient transformer nos vies.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche de la Trinité, 7 juin 2020

    Qui est Dieu pour moi ?

    C’est, en ce dimanche, pour tous, la traditionnelle fête des mères et pour les chrétiens aussi la fête de la Sainte Trinité.

    Même s’il ne s’agit là que d’une coïncidence, ces deux fêtes sont inter-actives. Comment en effet, particulièrement en cette période où elles ont été encore plus mises à contribution, séparer celles qui donnent la vie et ce Dieu qui est, selon ce que Jésus nous en a dit, source de toute vie et de tout amour.

    « Le Père ne cesse de communiquer à son Fils unique la plénitude de sa divinité, écrit Eloi Leclerc, auteur franciscain de renom, Et de leur amour mutuel jaillit l’Esprit. Aucune des trois personnes divines ne se garde pour elle-même. Aucune ne retient pour soi la divinité. Chacune n’existe que dans sa relation à l’autre : dans son don à l’autre.

    Et tous les trois ne font qu’un seul Dieu, en une seule communion. Ainsi la joie du Père est d’engendrer son Fils éternellement dans l’Esprit. »   

    Mieux que tout autre les mamans sont susceptibles de comprendre ces paroles et de partager à leurs enfants la réalité de ce Dieu « Trinité » en écho aux questions que les événements qui jalonnent la vie de la planète, font surgir en chacun tôt ou tard : Mais qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que vivre pour moi ?

    Car nous nous faisons des idées bien diverses sur Dieu. Il peut être un surveillant qui punit, un général d’armée devant qui on est au garde-à vous, un grand horloger qui manipule le monde, etc. Autant d’images que rejette notre moderne aspiration à la liberté et à la vie et nous provoque à nous demander : qui est Dieu pour moi ?

    La fête de la Sainte Trinité nous invite à chercher Dieu du côté de ce qu’il y a de plus profond en l’homme : Dieu est liberté et relation d’amour. Notre Dieu est un Dieu qui laisse aller le monde mais qui est touché par ce qui arrive à chacun. Mieux ce Dieu nous libère de tous nos confinements. Il ouvre la planète et nos vies à sa propre vie. Pas seulement plus tard. Déjà. Maintenant.    

    Et Eloi Leclerc d’ajouter : « Dans un excès d’amour Dieu Trinité a voulu communiquer sa joie divine, hors de lui, librement et gratuitement, en appelant des créatures à partager sa propre vie dans l’amour. Et ce dessein il a projeté de le réaliser en s’unissant lui-même à notre humanité en la personne de son Fils éternel. »   

    Bonne fête des mères et de la Sainte Trinité !

    Père Edouard Bois

  • Édito du dimanche de Pentecôte, 31 mai 2020

    Esprit de Dieu, viens en nous.

    Esprit de Dieu, rassemble-nous.

    Il est très difficile de parler de l’Esprit Saint.

    Aussi insaisissable que les différentes représentations qui le décrivent dans la Bible, le vent, le souffle, l’eau, le feu, la colombe…, peut-être vaut-il mieux chercher sa présence dans son action, dans ce qu’il fait bouger et transforme, comme le frémissement des feuilles d’un arbre sous l’effet du vent.

    A travers les lectures proposées ce dimanche de Pentecôte, un mot semble pourtant embrasser toute son action : Communion, dans le sens où l’on parlait au premier siècle du mystère de communion (« koinonia » en grec) qui unissait les premiers chrétiens ; un mot qui a repris de sa force ces dernières semaines, justement parce que cela nous a manqué.

    « Il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur« . C’est Jésus ressuscité qui refait tout d’abord la communion avec ses apôtres, à travers cette paix qu’il leur adresse tout en leur montrant ses plaies ; une paix retrouvée qui va leur permettre de dépasser leur peur et leur culpabilité pour être envoyés en mission.

    « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis… ». Confirmés dans l’Esprit, les apôtres peuvent alors dire et manifester ce qui fait la communion ou la séparation de l’homme avec Dieu et entre eux ; le Christ leur confère même son autorité pour restaurer cette communion par le pardon des péchés.

    « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit« . Dans la deuxième lecture, St Paul nous rappelle que, dès le début, l’œuvre de l’Esprit se manifeste aussi dans la communion à l’intérieur de l’Eglise qui est riche de ses diversités.

    « Nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu« . Depuis les origines, comme le rappelle le récit de la tour de Babel, les hommes s’interrogent sur leurs difficultés à communiquer entre eux et à se comprendre. L’événement de la Pentecôte semble rétablir la communication, la communion entre des peuples différents de langue et de culture. N’est-ce pas d’ailleurs une des taches primordiales de l’Eglise catholique (c.a.d. universelle) d’être un signe de communion entre les peuples.

    Cette communion avec notre Seigneur Jésus Christ et entre nous qui se tisse tout au cours de l’année liturgique dans nos rassemblements eucharistiques nous a manqué cruellement ces dernières semaines ; et jusqu’aux enfants du catéchisme qui n’ont pas pu faire encore leur première communion.

    Et nous avons sans doute fait l’expérience que même les rencontres virtuelles par Zoom, Skype, Teams, WhatsApp, YouTube, ou autres, ne pouvaient combler totalement ce manque. Que cette nouvelle prise de conscience nous aide, en cette fête de Pentecôte, à rendre grâce pour ce don de l’Esprit qui nous est fait dans chacune de nos eucharisties paroissiales.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 7ème dimanche de Pâques, 24 mai 2020.

    Dans l’attente de l’Esprit de Pentecôte

    Ce temps qui suit immédiatement l’Ascension est tout à fait particulier. Nous sommes en effet dans l’attente, gardant au cœur le souvenir du départ du Christ dont nous faisions mémoire jeudi dernier, et tendus vers le renouvellement de toutes choses par le don de son Esprit, que nous célébrerons à la Pentecôte.

    C’est un temps consacré à la prière ; la première lecture nous décrit les apôtres enfermés au Cénacle qui « d’un seul cœur, participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. ».

    Le noyau de l’Église à venir : les onze apôtres, Marie, quelques femmes et les proches de Jésus. Apparemment un bien pauvre groupe !

    Mais ce groupe, avant de partir aux quatre coins du monde fait sa « veillée d’armes » dans la prière. Il en sera ainsi à chaque étape importante pour la petite communauté primitive : le choix de Mathias pour remplacer Judas (Act. 1,24), l’institution des diacres (Act. 6,6), la conversion des Samaritains (Act. 8,15), etc…

    L’évangile nous plonge également dans cette même attitude de prière, en nous rapportant celle que le Jésus a adressée à son Père au cours du dernier repas, juste avant d’achever l’œuvre qui lui a été confiée : celle d’offrir sa vie par amour sur la croix.

    Prière des apôtres qui précède le départ en mission, prière “sacerdotale“ du Christ avant le sacrifice ultime. Loin d’être une parenthèse, ce dimanche nous rappelle l’urgence d’enraciner toutes nos actions et décisions dans la prière.

    Car on pense trop souvent que prier, c’est demander à Dieu de nous sortir d’une situation difficile, un peu comme la dernière planche de salut ! On prie après que tout le reste a échoué ! La vraie prière chrétienne, elle, vient avant. Avant la parole et avant l’action, comme on respire avant de chanter ou de faire un effort. La vraie prière chrétienne est tournée vers l’avenir : « Que ton règne vienne »…

    Dans la prière de Jésus, il y a un mot qui revient en permanence, c’est la “gloire“ : Jésus prie son Père de lui donner sa gloire. Mais ce n’est pas pour demander la célébrité des héros, des guerriers ou des grands hommes. La gloire, dans l’Ecriture sainte, c’est ce qui fait la valeur d’une personne, tout son poids d’être. Si bien que lorsque Jésus demande à son Père de manifester en Lui sa gloire, ce qu’il attend c’est que les hommes reconnaissent que son être profond n’est qu’amour, à l’image du Père ; un amour qui se donne totalement, pour nous ouvrir le chemin de la vie éternelle. Ainsi les disciples et ceux qui accueilleront leurs témoignages sont présents au cœur de cette prière.

    Trop souvent nous opposons “action“ et “contemplation“. Ce dimanche nous invite au contraire à replacer toutes nos actions dans ce mouvement de prière du Christ : reconnaître avec Lui que tout ce que nous faisons, même les sacrifices les plus héroïques, n’ont de sens que s’ils sont vécus dans un amour qui trouve son origine dans le don d’amour du Père, à qui seul revient la gloire ; ainsi toutes nos actions, loin de nous attacher ceux que nous essayons d’aider, seront chemin de liberté et de vie, dans l’Esprit du ressuscité.

    Que cette semaine, dans l’attente de l’Esprit de Pentecôte, nous aide à approfondir le chemin et le goût de la prière.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito de la Solennité de l’Ascension, jeudi 21 mai.

    “Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?

    St Matthieu achève son évangile en Galilée, là où tout a commencé, avec le récit du départ de Jésus : c’est le mystère de l’Ascension.

    Une disparition qui ouvre au temps de l’absence, mais qui est aussi assorti de la promesse d’un autre type de présence : “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. “

    Ainsi, dans le mystère de l’Ascension, nous sommes invités à entrer dans ce paradoxe : Jésus, le Seigneur, est à la fois présent et absent. N’est-ce pas d’ailleurs la parole même de Jésus rapportée dans l’évangile de St Jean la veille de son arrestation ? “Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. Vous l’avez entendu, je vous ai dit : je m’en vais et viens à vous “ (Jn 14, 27-28).

    Dans notre foi, il faut donc accepter que cette absence qui constitue notre relation au Christ vivant échappe à toute manifestation sensible. Nous ne pouvons plus ni le voir, ni le toucher, ni l’entendre.

    Mais notre relation peut pourtant continuer à être vraie à travers les médiations de sa présence réelle en nous et dans le monde : sa Parole méditée, la prière et les sacrements qu’il nous a laissés, le service du frère.

    Ainsi, comme croyants, nous reconnaissons qu’il y a deux types de présence, toutes deux bien réelles. La première présence est simple, c’est la présence de toute personne en chair et en os comme on dit, c’est la présence de Jésus dans sa condition mortelle telle que ses parents, les gens du village de Nazareth, les apôtres et disciples ont pu le connaître. Comme le dit saint Jean dans sa première lettre : “Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie“ (1 Jn 1,1).

    L’autre présence est tout aussi réelle, mais elle ne se laisse “voir“ qu’aux yeux de la foi. Ce n’est plus une présence sensible que nous pouvons reconnaître avec nos yeux, nos oreilles, nos mains, mais une présence invisible, spirituelle, comme une présence d’amour qui réconforte, guide et soutient.

    Pendant cette période difficile du confinement qui s’est déroulé providentiellement pendant le temps pascal, alors que nous avons tous été privés de signes sacramentels autrement que par écrans interposés pour reconnaître le Christ vivant à nos côtés, sommes-nous restés les yeux tournés vers le ciel (ou les écrans) à attendre que cela nous soit à nouveau redonné, ou avons-nous expérimenté la force de cette deuxième présence qui ne se révèle qu’avec les yeux de la foi ?

    Avons-nous vraiment vécu ce temps (particulièrement éprouvant pour certains), à la manière des apôtres, comme une absence qui ouvre à la découverte d’une nouvelle présence, ou nous sommes-nous contenté d’attendre impatiemment que tout revienne comme avant ?

    Ce temps de l’Ascension est donc un temps privilégié, avant que la promesse de l’Esprit saint nous soit confirmée le jour de la Pentecôte, pour faire un petit bilan de ces 40 jours du temps pascal, à la lumière de ce confinement dont nous commençons à sortir :

    • Qu’est-ce que cette crise m’a appris sur moi (peur, solitude, redécouverte des choses simples, des ressources qui alimentent la vie intérieure) ?
    • Qu’est-ce qu’elle m’a appris sur mes proches (un conjoint, des enfants, les amis) ?
    • Quelles sont mes raisons d’espérer (changements ou reprise comme avant) ?
    • En quoi ma foi m’a aidée à surmonter cette crise et à être attentif aux plus vulnérables ?

    A travers ce premier bilan peut-être reprendrons-nous conscience de cette présence invisible du Christ qui a été à nos côté pendant cette période difficile, même et surtout à travers les vulnérabilités que nous avons pu expérimenter.

    Car comme le dit Corine Pelluchon : “Seule l’expérience de nos limites, de notre vulnérabilité et de notre interdépendance peut nous conduire à nous sentir concernés par ce qui arrive à autrui, et donc responsables du monde dans lequel nous vivons. “

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 6ème dimanche de Pâques, 17 mai 2020

    “Je ne vous laisserai pas orphelins…“

    Au cours de son dernier repas, Jésus avait préparé ses disciples à son départ : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. »

    Un message en forme de testament qui donnera aux disciples les clés pour discerner la nouvelle manière pour Lui d’être présent avec eux, après son ascension.

    « Moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. »

    Cet Esprit de vérité va approfondir leur foi, en leur faisant comprendre de l’intérieur le sens de la vie de Jésus et de son message. Ainsi se trouveront éclairées les situations nouvelles qu’ils auront à affronter.

    Un Défenseur qui sera aussi leur avocat, leur intercesseur ; il les aidera et les assistera dans le vaste procès que “le monde“ poursuit contre Jésus à travers ses disciples.

    Mais cette promesse de l’Esprit Saint est précédée d’une condition fondamentale : “Si vous m’aimez…“. C’est ce que Jésus a demandé à Pierre après sa résurrection, avant de lui confier une responsabilité auprès de ses frères : “Pierre m’aimes-tu ?

    C’est donc la qualité de notre relation avec le Christ qui précède et commande tout : notre compréhension de sa parole, de son message comme aussi la force pour agir selon cette parole.

    Avec Jésus nous ne sommes plus dans l’ordre de la Loi, où les choses sont pesées à l’aune des obligations, nous sommes dans l’ordre de l’amour gratuit qui ouvre un champ d’action bien plus exigeant.

    “Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.“. Jésus nous dit qu’aimer ce n’est pas simplement répéter “Seigneur je t’aime“, mais c’est d’être fidèle à sa parole, à ses commandements. Et nous savons que les commandements de Jésus se résument en un seul : aimer en acte et vérité Dieu et notre prochain.

    Dans ce temps si particulier que nous traversons, alors que nous sommes encore privés de la présence réelle du Christ dans le sacrement de l’eucharistie, que nous puissions prier de manière toute spéciale pour que l’Esprit saint nous éclaire. Qu’il nous recentre sur ce signe premier de cette présence réelle de Jésus au milieu de nous : ces petits gestes d’amour et de service prodigués gratuitement au quotidien à nos proches – à bonne distance !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito du 5ème dimanche de Pâques, 10 mai 2020

    « Vous aussi, soyez les pierres vivantes… »

    Des parents du catéchisme me confient souvent qu’ils sont très embarrassés quand leurs enfants leur demandent : comment croire en Dieu et lui parler alors qu’on ne le voit pas ?

    L’apôtre Philippe a osé lui aussi faire cette même demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »

    Dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus lui répond par une affirmation que l’on ne retrouve que chez St Jean : « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

    Une affirmation qu’il justifiera en disant que, puisqu’il est dans le Père et que le Père est en Lui, il est le seul qui puisse le donner à voir. Il poursuivra même en affirmant que c’est le Père qui agit en lui, d’où cette invitation à croire dans ses œuvres.

    Ainsi, pour tout chrétien, Jésus est le chemin par excellence vers le Père ; et toute prière chrétienne qui s’adresse à Dieu le Père passe nécessairement par Jésus le Christ : “Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. “

    Mais l’affirmation de Jésus ne s’arrête pas là : “Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père “.

    Ainsi Jésus ressuscité continue à agir dans ses disciples qui pourront faire, grâce à Lui, des œuvres encore plus grandes !

    Nous en voyons les effets dès le début de l’Eglise : le livre des Actes nous raconte comment les apôtres ne se sont pas contentés de répéter ce qu’ils avaient vu faire par Jésus, mais ils ont été inventifs avec la force du St Esprit. Ainsi, au moment où un conflit a éclaté entre les chrétiens de Palestine et ceux qui sont de la diaspora juive de langue grecque, ils vont mettre en place un nouveau ministère pour le service des pauvres, particulièrement des veuves, et pouvoir rester eux-mêmes fidèles à leur mission : “En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. “ Et c’est l’institution des sept premiers diacres.

    Parfois Il nous arrive nous aussi d’envier les apôtres qui ont pu voir le Seigneur Jésus de leurs yeux ; nous nous disons que cela a été plus facile pour eux de croire.

    Mais c’est oublier que nous, nous avons une aide supplémentaire pour soutenir notre foi qu’ils n’ont pas pu connaître : c’est le travail extraordinaire que le Père a opéré par son Esprit Saint à travers les apôtres et cette multitude de témoins qui ont été des évangiles vivants à chaque période de l’histoire. Cette Eglise de témoins, ces « pierres vivantes » dont parle l’épitre de St Pierre qui ont porté la foi jusqu’à nous.

    Soyons à notre tour ces “pierres vivantes“ pour notre monde qui vit tant de bouleversements en ce moment, confiant dans le Christ qui peut faire en nous des œuvres bien au-delà de ce que nous pouvons faire tout seul, si nous nous laissons conduire par son Esprit.

    Père Luc de Saint-Basile