Catégorie : Édito

  • Edito du 4ème dimanche de Pâques, 3 mai 2020

    Les paroles de la vocation

    (Message du pape François pour la 57ème journée mondiale de prière pour les vocations.)

    Chers frères et sœurs !

    Le 4 août de l’année dernière, lors du 160ème anniversaire de la mort du saint Curé d’Ars, j’ai voulu offrir une lettre aux prêtres qui, chaque jour consacrent leur vie à l’appel que le Seigneur leur a adressé, au service du peuple de Dieu.

    A cette occasion, j’avais choisi quatre paroles-clés – souffrance – gratitude – courage et louange – pour remercier les prêtres et soutenir leur ministère. J’estime qu’aujourd’hui, en cette 57ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, ces paroles peuvent être reprises et adressées à tout le Peuple de Dieu, sur le fond d’un passage évangélique qui nous raconte la singulière expérience survenue à Jésus et Pierre, durant une nuit de tempête sur le lac de Tibériade (cf. Mt 14, 22-33).

    Après la multiplication des pains, qui avait enthousiasmé la foule, Jésus ordonna à ses disciples de monter dans la barque et de le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. L’image de cette traversée sur le lac évoque, en quelque manière, le voyage de notre existence. La barque de notre vie, en effet, avance lentement, toujours agitée parce qu’à la recherche d’un lieu d’accostage favorable, prête à affronter les risques et les opportunités de la mer, mais aussi désireuse de recevoir du timonier un virage qui conduise finalement vers la bonne direction. Mais parfois, il peut arriver qu’elle s’égare, qu’elle se laisse aveugler par les illusions, au lieu de suivre le phare lumineux qui la conduit à bon port, ou d’être défiée par les vents contraires des difficultés, des doutes et des peurs.

    Il en est de même aussi dans le cœur des disciples, lesquels, appelés à suivre le Maître de Nazareth, doivent se décider à passer sur l’autre rive, en choisissant avec courage d’abandonner leurs sécurités et de se mettre à la suite du Seigneur. Cette aventure n’est pas tranquille : la nuit arrive, le vent contraire souffle, la barque est ballotée par les vagues, et la peur de ne pas y arriver et de pas être à la hauteur de l’appel risque de les dominer.

    L’Evangile nous dit, cependant, que dans l’aventure de ce voyage difficile, nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur, presqu’en forçant l’aurore au cœur de la nuit, marche sur les eaux agitées et rejoint les disciples, il invite Pierre à venir à sa rencontre sur les vagues, il le sauve quand il le voit s’enfoncer, et enfin, il monte dans la barque et fait cesser le vent.

    La première parole de la vocation, alors, est gratitude. Naviguer vers le juste cap n’est pas une tâche qui relève de nos seuls efforts, et ne dépend pas seulement des parcours que nous choisissons de faire. La réalisation de nous-mêmes et de nos projets de vie n’est pas le résultat mathématique de ce que nous décidons dans un « moi » isolé ; au contraire, elle est avant tout la réponse à un appel qui vient d’En-Haut. C’est le Seigneur qui nous indique le rivage vers lequel aller et qui, bien avant, nous donne le courage de monter sur la barque ; alors qu’il nous appelle, c’est lui qui se fait aussi notre timonier pour nous accompagner, nous montrer la direction, nous empêcher de nous échouer dans les écueils de l’indécision et nous rendre même capables de marcher sur les eaux agitées.

    Toute vocation naît de ce regard aimant par lequel le Seigneur est venu à notre rencontre, peut-être alors même que notre barque était en proie à la tempête. « Plus qu’un choix de notre part, la vocation est la réponse à un appel gratuit du Seigneur ; c’est pourquoi, nous réussirons à la découvrir et à l’embrasser, quand notre cœur s’ouvrira à la gratitude et saura saisir le passage de Dieu dans notre vie.

    Quand les disciples voient Jésus s’approcher en marchant sur les eaux, ils pensent d’abord qu’il s’agit d’un fantôme et ils ont peur. Mais aussitôt Jésus les rassure par une parole qui doit toujours accompagner notre vie et notre chemin vocationnel : « Courage, c’est moi, n’ayez pas peur ! » (v.27). Justement c’est la seconde parole que je voudrais vous confier : courage.

    Ce qui souvent nous empêche de marcher, de grandir, de choisir la voie que le Seigneur trace pour nous, ce sont les fantômes qui s’agitent dans notre cœur. Quand nous sommes appelés à laisser notre rivage de sûreté et à embrasser un état de vie – comme le mariage, le sacerdoce ordonné, la vie consacrée –, la première réaction est souvent représentée par le « fantôme de l’incrédulité » : ce n’est pas possible que cette vocation soit pour moi ; s’agit-il vraiment du juste chemin ? le Seigneur me demande-t-il vraiment cela ?

    Et, peu à peu, croissent en nous toutes ces considérations, ces justifications et ces calculs qui nous font perdre l’élan, qui nous troublent et nous paralysent sur le rivage de départ : nous pensons avoir fait fausse route, ne pas être à la hauteur, avoir simplement vu un fantôme à chasser.

    Le Seigneur sait qu’un choix fondamental de vie – comme celui de se marier ou de se consacrer de façon spéciale à son service – nécessite du courage. Il connaît les interrogations, les doutes et les difficultés qui agitent la barque de notre cœur, et c’est pourquoi il nous rassure : « N’aie pas peur, je suis avec toi ! ». La foi en sa présence, qui vient à notre rencontre et nous accompagne, même quand la mer est en tempête, nous libère de cette acédie que j’ai déjà eu l’occasion de définir comme une « douce tristesse », c’est-à-dire ce découragement intérieur qui nous bloque et ne nous permet pas de goûter la beauté de la vocation.

    Dans la lettre aux prêtres, j’ai parlé aussi de la souffrance, mais ici je voudrais traduire autrement ce mot et me référer à la fatigue. Toute vocation comporte un engagement. Le Seigneur nous appelle parce qu’il veut nous rendre comme Pierre, capables de « marcher sur les eaux », c’est-à-dire de prendre en main notre vie pour la mettre au service de l’Evangile, dans les modes concrets et quotidiens qu’il nous indique, et spécialement dans les diverses formes de vocation laïque, presbytérale et de vie consacrée. Mais nous ressemblons à l’Apôtre : nous avons le désir et l’élan, cependant, au même moment, nous sommes marqués par des faiblesses et des craintes.

    Si nous nous laissons emporter par la pensée des responsabilités qui nous attendent – dans la vie matrimoniale ou dans le ministère sacerdotal – ou par les épreuves qui se présenteront, alors nous détournerons vite notre regard de Jésus et, comme Pierre, nous risquerons de couler. Au contraire, même dans nos fragilités et nos pauvretés, la foi nous permet de marcher à la rencontre du Seigneur Ressuscité et de vaincre même les tempêtes. En effet, il nous tend la main quand, par fatigue ou par peur, nous risquons de couler, et il nous donne l’élan nécessaire pour vivre notre vocation avec joie et enthousiasme.

    Enfin, quand Jésus monte sur la barque, le vent cesse et les vagues s’apaisent. C’est une belle image de ce que le Seigneur opère dans notre vie et dans les tumultes de l’histoire, spécialement quand nous sommes dans la tempête : Il commande aux vents contraires de se calmer, et les forces du mal, de la peur, de la résignation n’ont plus pouvoir sur nous.

    Dans la vocation spécifique que nous sommes appelés à vivre, ces vents peuvent nous épuiser. Je pense à ceux qui assument d’importantes charges dans la société civile, aux époux que, non pas par hasard, j’aime définir comme « les courageux », et spécialement à ceux qui embrassent la vie consacrée et le sacerdoce. Je connais votre fatigue, les solitudes qui parfois alourdissent le cœur, le risque de l’habitude qui petit à petit éteint le feu ardent de l’appel, le fardeau de l’incertitude et de la précarité de notre temps, la peur de l’avenir. Courage, n’ayez pas peur ! Jésus est à côté de nous et, si nous le reconnaissons comme l’unique Seigneur de notre vie, il nous tend la main et nous saisit pour nous sauver.

    Et alors, même au milieu des vagues, notre vie s’ouvre à la louange. C’est elle la dernière parole de la vocation, et elle veut être aussi l’invitation à cultiver le comportement intérieur de la sainte Vierge Marie : reconnaissante pour le regard de Dieu qui s’est posé sur elle, confiant dans la foi ses peurs et ses troubles, embrassant avec courage l’appel, elle a fait de sa vie un éternel chant de louange au Seigneur.

    Chers frères et sœurs, spécialement en cette Journée, mais aussi dans l’action pastorale ordinaire de nos communautés, je désire que l’Eglise parcoure ce chemin au service des vocations, en ouvrant des brèches dans le cœur de chaque fidèle, pour que chacun puisse découvrir avec gratitude l’appel que Dieu lui adresse, trouver le courage de dire « oui », vaincre la fatigue dans la foi au Christ et, enfin, offrir sa vie comme un cantique de louange pour Dieu, pour les frères et pour le monde entier. Que la Vierge Marie nous accompagne et intercède pour nous.François

  • Edito du 3ème dimanche de Pâques, 26 avril 2020

    « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ;

    nous tous, nous en sommes témoins. »

    En relisant toutes les apparitions de Jésus à ses disciples tout au long de ces dimanches du temps pascal, il nous est certainement arrivé de nous dire qu’ils avaient vraiment plus de chance que nous : Pourquoi ces apparitions seulement à ces quelques témoins privilégiés ? Et finalement pour eux c’était facile de croire, mais pour nous aujourd’hui ?

    Pourtant, en reprenant chacun des récits d’apparitions tels que ces témoins nous les ont transmis nous sommes obligés de constater que, pour eux aussi, la présence du ressuscité n’a pas été si évidente : c’est Thomas, dimanche dernier, à qui était adressé cette dernière Béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Ce sont les deux disciples d’Emmaüs, aujourd’hui qui sont incapables de reconnaître Jésus quand il marche à leur côté, et qui ne peuvent plus le voir quand leurs yeux se sont ouverts.

    Ce chemin d’Emmaüs qu’il nous est proposé de faire avec eux ce dimanche nous éclaire sur les signes qui sont donnés pour le reconnaître à notre tour.

    “Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. “ Ces signes, ils ne sont pas à rechercher dans le ciel ou dans autre monde hypothétique, ou encore dans un super-homme providentiel ! Ils se découvrent en étant attentifs à ces compagnons que Dieu a mis sur la route de notre vie, quelqu’un qui, comme pour les disciples, vient partager nos peines, un échange entre amis qui vient réveiller dans les cœurs blessés l’espérance d’un amour plus fort que la mort.

    “Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. “ L’Ecriture est là aussi, sur notre route, pour éclairer les événements de notre vie à la lumière de la Parole de Dieu. Elle nous permet d’entrer dans le mystère du dessein de Dieu, sur nous et sur le monde, et de prendre conscience que notre vie à un sens, même quand l’épreuve nous touche comme en ce moment ; car même là nous pouvons y entendre un appel à aimer mieux.

    “Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. “ Sur notre route ces signes vitaux que Jésus a voulu nous laisser qu’on appelle les “sacrements“. Ces sacrements qui nous manquent tant en ce moment ! Peut-être pour en retrouver toute la saveur après ? Car, à travers ce geste symbolique de la fraction du pain, les yeux des disciples s’ouvrent et ils prennent pleinement conscience qu’ils ne sont pas seuls, que le ressuscité accompagne leur vie ; et cette certitude de foi les remplit d’une profonde joie spirituelle. Une joie qu’ils ne peuvent garder pour eux seuls et qui va les pousser à reprendre la route, autrement, pour l’annoncer aux autres.

    A un moment où nous éprouvons tous le manque de ne pouvoir toucher ou étreindre ceux que nous aimons, nous comprenons sans doute mieux ce qu’ont ressenti les disciples alors qu’ils découvrent qu’ils ne peuvent plus reconnaître leur Seigneur qu’à travers les signes qu’il met dans nos vies. Seule la foi peut nous faire dépasser l’obscurité de l’absence divine pour nous établir dans cette présence mystérieuse qui est notre force. Demandons à l’Esprit saint que, comme pour les disciples d’Emmaüs, notre foi ouvre nos yeux aux signes de sa présence.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito du 2ème dimanche de Pâques, 19 avril 2020

    Il leur dit : “La paix soit avec vous ! “
        Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.

    “Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. “

    C’est dans ce lieu confiné que se déroule la reconnaissance de Jésus ressuscité par les disciples. Comme si les grands bouleversements se passaient d’abord dans le secret de la vie intérieure.

    Une reconnaissance non évidente pour “l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), [qui] n’était pas avec eux quand Jésus était venu. “

    Nous sommes tous un peu les jumeaux de Thomas, des hommes et des femmes qui ne se laissent pas convaincre par de belles paroles. Thomas a besoin de faire fonctionner son intelligence ; il veut comprendre et il a raison. Si Dieu a donné à l’homme une intelligence, c’est bien pour tenter de déchiffrer le monde et de répondre aux interrogations qui se posent à lui. Ainsi on parle de lintelligence de la foi.

    Mais, si Dieu ne nous interdit pas de chercher à comprendre, il nous demande aussi de savoir dépasser le questionnement par la confiance, car on ne peut pas tout enfermer dans la rationalité humaine.

    “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! “

    Quelle curieuse et morbide exigence de la part de Thomas. Il ne lui suffit pas de “voir“ son Seigneur ressuscité, mais de “toucher“ les plaies de la crucifixion. Il veut reconnaître concrètement que c’est bien le même Jésus qu’il a vu crucifié et celui dont ses amis disent qu’ils l’ont vu vivant. Comme si ces deux réalités étaient incompatibles.

    Ainsi, ce qui sera le plus difficile à admettre pour les premiers témoins de la résurrection, c’est de tenir ensemble le fait de la mort abjecte de Jésus et sa résurrection.

    “Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire ? “ demandera Jésus aux deux disciples d’Emmaüs qui doutent de sa résurrection malgré le témoignage des femmes.

    Il faudra du temps aux disciples pour réaliser que la mort de leur Seigneur n’était pas un accident de l’histoire, “un sacrifice expiatoire“ comme l’expliquera plus tard le philosophe René Girard, mais bien une étape essentielle dans le projet d’alliance que Dieu veut sceller avec l’homme. Une étape que St Paul résumera dans ce premier “credo“ reçu des apôtres : “Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures…“ (1 Cor 15, 3).

    Ainsi la mémoire de la crucifixion donne d’autant plus de poids aux premiers mots adressés par Jésus à ses disciples : “ La paix soit avec vous“. Une paix sous forme de réconciliation qui n’est pas l’oubli des lâchetés et trahisons qui ont accompagné son arrestation et sa mort, et qui restent inscrites à jamais dans son corps glorieux, mais qui renouvelle la confiance qu’il a mise en eux et qu’il continue à leur faire, envers et contre tout.

    La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux “ chante le psalmiste aujourd’hui.

    Rendons grâce avec lui de cette confiance totalement irrationnelle que Dieu a mise dans l’homme et que nous célébrons en ce “dimanche de la miséricorde“.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito du dimanche de Pâques, 12 avril 2020

    “Il faisait encore sombre “

    Ce matin de Pâques, il fait sombre sur notre monde touché par la pandémie… dans notre Église éprouvée … et sur l’homme qui s’inquiète pour son avenir…

    Ce matin de Pâques, il fait sombre dans nos cœurs, alors que nous sommes dans l’impossibilité de nous retrouver ensemble pour célébrer la résurrection du Seigneur. L“Alleluia“ pascal ne résonne pas aussi joyeusement quand on est confiné chacun chez soi, avec la menace d’un virus qui peut à tout moment frapper nos proches.

    À ces inquiétudes et à ces doutes, l’Évangile nous répond ce matin qu’il faisait encore sombre quand les saintes femmes se rendent au tombeau. Et pourtant le tombeau était ouvert et Jésus est déjà ressuscité !

    Les visages des deux disciples s’en retournant vers Emmaüs étaient encore bien sombres, malgré le fait qu’ils aient entendu des femmes annoncer qu’elles l’avaient vu. Pourtant Jésus cheminait avec eux, mais leurs yeux ne savaient pas le reconnaître.

    Ce petit matin de Pâques Pierre et Jean, courent eux aussi au tombeau.

    L’évangéliste, dans un raccourci saisissant, résume à l’aide de deux verbes le passage brusque qui se produisit en lui ce jour-là :

    “Il vit“. Qu’a-t-il vu en fait ? Le tombeau ouvert et vide.

    “Il crut “. C’est comme si une révélation lumineuse était venue tout éclairer d’un jour nouveau : “Jusque-là, en effet, les disciples n’aient pas compris que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. “

    Ainsi la foi ne nécessite plus de voir ou de toucher. Un simple signe suffit.

    Et petit à petit, tous ceux pour qui la vie du Christ a compté vont eux aussi passer de l’inquiétude à la joie, de l’incompréhension à l’évidence, des ténèbres à la lumière de la foi.

    C’est comme si la résurrection du Christ les touchait chacun dans leur être le plus profond : « Ressuscités avec le Christ » dira St Paul.

    Mais il faudra du temps, cinquante jours nous dit l’évangéliste Luc, pour que tous les disciples effectuent eux aussi cette “Pâque intérieure“ et osent sortir de leur confinement pour proclamer devant tous, avec le souffle de l’Esprit Saint : “ Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. “ (1ère lecture)

    Le monde n’a pas brutalement changé au matin de Pâque, par quelque coup de baguette divine !

    Mais avec Nicodème, Marthe et Marie, les apôtres, Marie Madeleine et les autres femmes, et tous les saints de tous les temps, nous poursuivons chacun notre chemin dans la foi. Le monde n’est pas bouleversé mais, dans nos nuits les plus ténébreuses vécues avec Jésus en sa Passion, une lumière s’est levée qui ne pourra jamais s’éteindre.

    Et si nous trouvons le monde encore trop obscur, c’est à nous de lui porter la lumière.

    Pour ce faire il nous faut accepter de nous déconfiner à l’intérieur de nous-même !

    Cela signifie de ne pas avoir comme seul souci nos cercles affectifs les plus proches – ce qui reste bien légitime, surtout en ces temps difficiles – mais aussi montrer notre attention aux plus fragiles, connus et inconnus. D’ici et de bien ailleurs. Garder le souci de l’avenir de la terre-mère, de l’avenir de tous. Sortir de soi en restant chez soi !

     « Car le Dieu qui a dit : La lumière brillera au milieu des ténèbres, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2Co 4,6).

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito du samedi Saint, 11 avril 2020

    Aujourd’hui, grand silence sur la terre

    (méditation du P. Gilles Drouin, prêtre du diocèse d’Evry

    et directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie

    de l’Institut catholique de Paris)

    Aujourd’hui grand silence sur la terre. Silence dans les rues de nos villes, silence sur les places de nos villages, silence sous les préaux de nos écoles, silence dans les allées de nos cimetières, à peine troublé par l’ombre d’un cortège famélique. […]

    Pour les croyants que nous essayons d’être, le samedi saint peut être une ressource spirituelle en ces temps de silence. Car le samedi saint n’est pas un entre deux, une sorte de blanc entre l’intensité dramatique du vendredi saint et le retour de la joie dans la nuit de Pâques. Le samedi saint n’est pas une parenthèse, tellement vide qu’on n’y célèbre pas l’eucharistie, « Dieu est mort », pas plus que le vendredi saint ne serait l’anniversaire de la mort de Jésus et Pâques celui de sa résurrection. La liturgie ne fonctionne pas ainsi, elle ne saucissonne pas le Mystère. […]

    Ce samedi qu’Epiphane qualifie de grand et de saint, d’où contemplons-nous le Mystère ? Si on suit Epiphane, c’est du plus profond des enfers, ces enfers qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’enfer, celui des diables lubriques et des joyeuses fournaises des tympans de nos cathédrales, qu’il nous est donné de le contempler. Ou d’accompagner le Nouvel Adam qui s’avance vers Adam et Eve captifs, « muni de sa croix, l’arme de sa victoire » pour les délivrer.

    Le dialogue est inoubliable. Adam : Mon Seigneur avec nous tous ! Le Christ : Et avec ton esprit. Puis, le prenant par la main, il le relève en disant : « Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ! » C’est là, au plus profond des enfers que le jeune Adam vient rencontrer son vieil ancêtre. Pour l’arracher à la ténèbre et l’entrainer avec lui, et tous ses descendants avec lui, dans son corps de lumière et de vie. De haut en bas, puis de bas, du plus bas au plus haut, comme quand on plonge un nouveau-né dans la piscine baptismale pour l’en arracher, ruisselant de vie nouvelle !

    Que se passe-t-il ? Aujourd’hui grand silence sur la terre.

    Ce qui se passe est caché mais en même temps décisif, c’est l’œuvre souterraine, fondamentale, radicale du salut. Le seul combat qui compte, la seule victoire qui vaille, et que le Christ remporte, tout en bas, dans le silence.

    Que se passe-t-il ? Ces jours sont des jours de grand silence sur la terre. Il est possible que le grand et saint samedi nous aide à les vivre comme il se doit, en profondeur, y compris dans l’absence, douloureuse du rassemblement eucharistique.

    Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Le grand et saint samedi nous apprend à goûter, dans le creux de son absence, à une présence qui pour être cachée n’en est pas moins réelle et radicale, à la racine. […]

    Vivre, dans l’intériorité et la charité ce long samedi jusqu’au jour dont la venue est aussi certaine et lumineuse qu’une belle aurore pascale, jusqu’au jour d’étreintes peut-être plus humaines que le jour d’avant, jusqu’au jour d’assemblées véritablement eucharistiques où, peut-être, nous ferons un peu moins semblant de faire corps, jusqu’au jour où le printemps sera, enfin, débarrassé de quelques-uns de ses miasmes qui nous empoisonnent la vie, depuis beaucoup plus longtemps que cette saleté de virus !

  • Edito du vendredi Saint, 10 avril 2020

    Grande prière d’intercession avant la vénération de la Croix

    En ce jour où nous unissons au Christ souffrant sur la Croix, prenons le temps d’une longue prière d’intercession pour confier toute l’Eglise et notre humanité à l’amour infini de Dieu.

    – Devant la croix, signe de notre unité, prions pour l’Eglise et pour sa mission qui est de dire l’alliance d’amour proposée par le Christ. Que l’Eglise, malgré ses faiblesses, reste unie et inventive pour rappeler sans se lasser l’exemple de Jésus Christ. Que notre Eglise chasse les réflexes de peur ou de repliement, qu’elle aime le monde crée par Dieu et se mette au service de tous les hommes. (Silence…)

    – Devant la croix, signe de notre foi, prions pour notre Pape François, pour notre archevêque à Paris, Michel, et pour nos évêques auxiliaires. Prions pour les prêtres, les diacres, celles et ceux qui exercent un service d’aumônerie dans les hôpitaux, les prisons, les maisons de retraite… Ils composent le visage de l’Eglise, qu’ils sachent accueillir sans juger à priori. Qu’ils sachent manifester la miséricorde et le sourire de Dieu. (Silence…)

    – Devant la croix, signe de la miséricorde de Dieu, prions pour tous ceux qui souffrent des conséquences de la pandémie actuelle : que Dieu notre Père accorde la santé aux malades, la force au personnel soignant, le réconfort aux familles et le salut à toutes les personnes qui ont trouvé la mort. (Silence…)

    – Devant la croix qui appelle à suivre Jésus, prions pour les catéchumènes, ces jeunes et ces adultes qui se préparent aux sacrements du baptême, de l’eucharistie et de la confirmation : et plus spécialement Christopher, qui devait être baptisé à la vigile pascale, les enfants du catéchisme Suzanne, Constance, Eve, Rose Eoghan. Portons dans notre prière celles et ceux qui les accompagnent. Que Dieu ouvre les intelligences et les cœurs ! Que soit fort notre accueil pour que ces catéchumènes prennent toute leur place dans notre communauté. (Silence…)

    – Devant la croix qui nous rassemble, prions pour les croyants des différentes confessions chrétiennes. Que reste vivant l’espoir de voir un jour la Bonne Nouvelle du Christ proclamée d’une seule voix ! (Silence…)

    – Devant la croix de la nouvelle alliance, prions pour le peuple juif à qui Dieu a parlé en premier. Que ce peuple progresse dans l’amour et la fidélité à l’Alliance !  (Silence…)

    – Devant la croix du Christ Sauveur, prions pour les croyants d’autres religions. Que la fermeté de notre foi ne nous coupe pas de ceux qui ne la partagent pas, mais nous aide à surmonter les raidissements dogmatiques et les risques d’exclusion.  (Silence…)

    – Devant la croix, signe pour notre monde, prions pour ceux qui n’ont pas rencontré Dieu et pour ceux qui ne le cherchent plus. Que Dieu nous donne d’être disponibles et ouverts afin d’être des signes crédibles de la joie qu’il nous donne. (Silence…)

    – Devant la croix, signe de notre condition chrétienne, prions pour ceux qui exercent des responsabilités publiques. Que notre attente et notre vivacité de citoyens les conduisent à agir pour le bien commun. (Silence…)

    Dieu notre Père, écoute ces prières. Ecoute encore toutes celles que nous portons dans nos cœurs…Dans nos épreuves actuelles et dans nos solidarités, donne-nous le soutien de ta miséricorde, par Jésus le Christ, notre Seigneur.

  • Edito du jeudi Saint, 9 avril 2020

    Retour aux sources de l’Eucharistie….

    Nous célébrons ce jeudi saint le don que Jésus nous a fait de ce sacrement de l’Eucharistie qui est au cœur de notre vie de foi ; et les textes que nous lisons chaque année nous rejoignent dans l’inopiné de notre confinement actuel, car ils sont tous nés dans le même contexte.

    Dans la nuit de la première Pâque (1ère lecture), les hébreux sont invités à rester chez eux et ne survivront à l’Ange de la mort qui frappera les premiers nés des égyptiens que parce qu’ils sont confinés, après avoir marqué leurs portes du sang d’un agneau.

    C’est aussi dans une maison, le Cénacle, que Jésus va célébrer la Pâque nouvelle avec ses apôtres, comme le refont nos frères juifs ce même jour, hasard du calendrier. En offrant le pain et le vin, Jésus préfigurait le don de sa vie sur la croix, corps livré et sang versé pour nous sauver de la mort et nous ouvrir le chemin d’une vie nouvelle.

    Et ce sont dans leurs maisons que les premiers chrétiens vont célébrer l’eucharistie : “ Tous les croyants vivaient ensemble […] ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur. “ (Act 2,48).

    Bien sûr, l’union spirituelle, même devant un écran, ne remplacera jamais une assemblée eucharistique : comment faire corps, sans corps, communier sans communion, être présent en étant absent ?

    Pourtant notre ancien archevêque André XXIII, dans un interview récent dans Paris Notre Dame nous rappelait : “ La grâce de Dieu n’est pas limitée par les sacrements. La grâce de Dieu réside dans la profusion de son amour. Cette privation est peut-être l’occasion de reprendre conscience que les sacrements ne sont pas des rites sociaux que l’on fait par habitude mais vraiment une rencontre avec Dieu. Si elle n’a plus le support visible des signes liturgiques, sa réalité demeure. “

    Un des rites importants de ce jeudi saint est de refaire “en mémoire de Lui“, ce geste du lavement des pieds que Jésus a effectué pour chacun de ses apôtres, même Judas.

    Au-delà du rite que nous ne pourrons pas refaire cette année, saurons-nous nous interroger sur le sens concret que nous lui donnons dans les choix de vie que nous faisons aujourd’hui.

    Dans le même interview notre ancien archevêque disait : “ Le système dans lequel nous vivions était un système paradoxal. D’un côté, il exaltait la dimension universelle et internationale ; de l’autre, il ne tenait compte que de l’individu. C’était l’individu versus le monde entier. Or, on comprend aujourd’hui que l’individu n’est pas le summum de l’existence humaine. L’individu ne peut vivre que s’il est dans un système de relations et donc dans un système de solidarité avec le monde. Celle-ci ne consiste pas à déporter le travail à l’endroit où il est le moins cher. Mais bien à reprendre conscience de nos solidarités immédiates, de reprendre conscience qu’une nation n’est pas simplement une somme d’individus indépendants les uns des autres, mais bien une collectivité dans laquelle tous dépendent de tous. La question posée aux jeunes adultes d’aujourd’hui est : qu’allez-vous rechercher ? La situation la plus profitable pour vous ? Ou bien le désir de faire entrer, d’une façon ou d’une autre dans l’élaboration de votre projet, la question du service des autres ? “

    Au sein de nos confinements respectifs sachons redécouvrir que même le manque eucharistique, tellement étrange, tellement rude pour les catholiques que nous sommes, peut révéler en creux la présence agissante de Celui qui peut seul infecter nos cœurs de son Esprit vivifiant.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, 5 avril 2020

    “Voici ton roi qui vient vers toi
    monté sur une ânesse “

    Aujourd’hui, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, la ville “belle et altière“ (Ps 48,3), choisie par Dieu pour y établir sa demeure. Elle est aussi celle “qui tue les prophètes et lapide ceux qui [lui] sont envoyés “ (Mt 23,37).

    Aujourd’hui “le peuple, en foule, étend ses vêtements sur la route. Certains coupent des branches aux arbres et en jonchent le chemin “. Ceux qui marchent devant Jésus comme ceux qui le suivent peuvent bien s’écrier : “Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux ! “ (Mt 21,8-9). Mais demain, ces mêmes foules réclameront à Pilate que Barabbas, un bandit, soit libéré. Sur Jésus, elles crieront alors par deux fois : “Crucifie-le ! “ (Mc 15,13-14).

    Pour nous, alors que nous arrivons au terme d’un carême inédit qui se conclut cette année par cette fête des Rameaux célébrée chacun chez soi, il est temps de faire un premier bilan des appels à la conversion que nous avons discerné pendant ce long jeûne imposé, et qui va durer… au-delà de Pâques.

    Au-delà de l’arrêt (très relatif pour certains) de nos activités habituelles et la privation de notre liberté de sortir, qu’est ce qui nous aura finalement le plus manqué ? Le fait de ne plus maîtriser notre avenir ? Les gestes d’affection et les étreintes avec nos proches ? La proximité avec des parents ou anciens qui vivent seuls ? L’école pour les enfants…et les parents ? la contemplation de la nature qui renaît au printemps ? Nos eucharisties dominicales dans toutes leurs dimensions ? ….

    Comme certains en ont peut-être déjà fait l’expérience dans le désert, nous avons repris conscience des richesses que nous possédions alors sans en mesurer vraiment l’importance.

    Un jour – il finira bien par arriver ! – nous serons à nouveau autorisés à reprendre notre vie ordinaire et ce sera certainement une explosion de joie et de fêtes des retrouvailles. Mais, à la différence de ces foules versatiles de Jérusalem, saurons-nous alors toujours privilégier ces choses simples de la vie, mais si essentielles, que nous aurons redécouvert pendant ce singulier carême.

    Aujourd’hui – comme le jour des Rameaux ! – les foules crient et applaudissent tous les soirs à leur fenêtre les personnels soignants ainsi que ceux dont le métier est essentiel pour nous permettre de vivre normalement, mais comment réagirons-nous une fois l’épidémie vaincue ? Serons-nous capables de réels sacrifices pour nous redonner un système de santé suffisamment armé pour répondre à de nouvelles crises ?

    Beaucoup de gestes de solidarité se sont manifestés envers les personnes âgées et les plus fragiles pendant cette période difficile pour eux ; saurons-nous les prolonger quand chacun aura repris le rythme normal de ses activités ? ….

    En méditant aujourd’hui la Passion de Jésus Christ dans l’évangile de St Matthieu, nous voyons que même l’apôtre Pierre fait la douloureuse expérience qu’il y a une distance entre son désir sincère de suivre le Christ dans la fidélité, et la réalité concrète de ses capacités effectives. C’est toute l’ambiguïté de la fragilité humaine qui se retrouve au cœur de cette fête des Rameaux et qui est d’abord, pour nous, un appel à l’humilité.

    En entrant dans cette semaine sainte qui est le chemin vers la vie nouvelle, laissons-nous entraîner par le Christ Jésus dans la radicalité de sa fidélité et de son obéissance : “Il s’est fait obéissant jusqu’à mourir et mourir sur une croix “ (Ph 2,8, 2ème lecture).

    Alors peut-être pourrons-nous dire avec saint François “Loué sois-Tu, ô Seigneur, pour fratello (frère) Coronavirus, qui nous a réappris l’humilité, la valeur de la vie et la communion ! “.

    Père Luc de Saint-Basile

    PS1 : Nous essaierons de vous proposer une petite méditation pour vous aider à célébrer chez vous chacun des jours du triduum pascal.

  • Edito du 5ème dimanche de Carême, 29 mars 2020

    « Lazare, viens dehors ! »

    « Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. ». (Jn 11, 44)

    Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple.(Ez 37, 12)

    Les textes de ce cinquième dimanche de carême, pris au pied de la lettre alors que nous sommes tous confinés chez nous, ne manquent pas d’humour.

    Bien sûr nous espérons entendre le plus vite possible cet appel à “sortir dehors“, mais, en attendant, nous pouvons déjà nous souvenir d’autres occasions où, comme Lazare, nous avons connu des petites morts intérieures, des moments où nous nous sommes sentis comme “enfermés dans un tombeau“ : c’était peut-être sous la forme d’un échec qu’on n’est pas arrivé à surmonter, d’une blessure impossible à pardonner, d’une peur qui paralyse en face de l’inconnu, de l’annonce d’une maladie grave, pour nous ou l’un de nos proches. Ou tout simplement la routine ou la solitude qui nous ont enfermé sur nous-mêmes.

    Mais ce texte parle surtout de de la mort physique et de la perte d’un être cher : et Jésus lui-même a pleuré devant la mort de son ami Lazare.

    Alors que cette menace de mort est de plus en plus présente dans l’actualité et tout autour de nous, nous sommes obligés dans notre confinement de la regarder en face, et de nous réinterroger de manière nouvelle sur le sens de notre vie et les priorités qui ont été celles de notre monde ces dernières années.

    A ses disciples qui s’effrayaient de devoir retourner à Jérusalem parce qu’ils savaient que Jésus y était menacé de mort, Jésus a répondu : “Lazare, notre ami s’est endormi, mais je vais le tirer de son sommeil. “ C’est comme s’il semblait nous dire : je ne suis pas venu pour empêcher de mourir, mais pour vous assurer un éveil à une autre vie que nous appelons “résurrection“.

    Et à Marthe qui demande à Jésus de redonner une vie terrestre à son frère, Jésus va tenter de déplacer son désir : “Moi je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. “ Jésus oriente ailleurs le désir de Marthe, il lui parle d’une autre vie plus grande, plus forte que cette mort humaine inévitable.

    Ce qui redonne sens à la vie peut, seul, redonner sens à la mort : seuls les vivants en parlent bien. Et même quand ils se taisent ou qu’ils pleurent, ils sont plus forts que la mort. Pour un chrétien, mourir se vit au jour le jour, comme naître. Chaque rupture, chaque passage, chaque réveil est à la fois mort et renaissance.

    “Enlevez la pierre “. “Lazare viens dehors ! “. Jésus, qui va bientôt devoir lui-même affronter la mort, est aussi celui qui nous appelle à la vie, à sortir dès aujourd’hui de nos tombeaux comme une nouvelle naissance.

    « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (2ème lecture)

    Père Luc de Saint-Basile

    PS: En ce temps où nous n’avons plus de rentrées de quêtes à cause de la crise sanitaire, vous pouvez toujours donner en cliquant sur le lien suivant: https://quete.paris.catholique.fr/?etape=1

  • Edito du 4ème dimanche de Carême, 22 mars 2020

    Les prêtres de la paroisse concélèbreront dimanche à 11h et porteront toutes les intentions de la paroisse. Que tous ceux qui le veulent s’unissent à eux dans la prière chez eux à ce moment-là!

    Édito du 4ème dimanche de Carême, 22 mars 2020.

    “ Je suis venu pour que voient ceux qui ne voient pas

    et que ceux qui voient deviennent aveugles…“

    Alors que nous sommes tous confinés chez nous pour lutter contre l’épidémie du Covid 19 notre chemin de carême prend un sens tout à fait particulier.

    Dimanche dernier, nous étions invités avec la samaritaine à creuser en nous cette source jaillissante en vie éternelle.

    Aujourd’hui l’aveugle né nous montre les passages à vivre pour accéder à la lumière.

    Voici un homme qui est aveugle de naissance et Jésus, dès le début, invite ses disciples à ne pas chercher d’abord des responsables à ce mal : “ Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.

    Ainsi il nous arrive, comme en ce moment inédit que nous vivons, de subir un mal devant lequel nous nous sentons totalement démunis. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre chez soi, en faisant confiance au personnel soignant et… se laver les mains régulièrement.

    Peut-être avons-nous déjà connu, dans d’autres circonstances, des moments similaires où tout semble noir, sans horizon, sans avenir. Des situations où nous avons l’impression de nous laisser submerger par une obscurité qui s’installe sournoisement ? N’est-ce pas, comme Jésus l’indique, le moment d’expérimenter que “l’action de Dieu doit se manifester“ là, précisément ?

    Car la guérison vient d’abord de l’initiative de Jésus : l’aveugle, de fait, n’a rien demandé.

    Jésus va faire de la boue avec sa salive et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle ; comment ne pas se rappeler le texte de la Genèse où nous voyons Dieu créer l’homme en faisant de la boue.

    Et Jésus d’ajouter : “ “Va te laver à la piscine…“ L’homme y alla, et quand il revint, il voyait. “

    La lumière du Christ, la lumière de son Esprit reçue à notre baptême, fait de nous des femmes et des hommes nouveaux. Ainsi, tout au long du récit on va s’interroger si cet aveugle est bien le même homme qu’on a connu avant, ou non.

    Mais de quelle nouveauté s’agit-il ?

    La nouveauté de l’aveugle guéri, ce n’est pas tant qu’avec ses yeux de chair il peut désormais distinguer les objets, les formes et les couleurs : la principale nouveauté de cet homme, qui va progressivement être lâché par ses voisins, puis par ses parents, avant d’être rejeté par les pharisiens, c’est qu’il est devenu un homme libre ; en choisissant de mettre sa confiance en cet “homme qu’on appelle Jésus“ qui lui a ouvert les yeux, et qu’il va désigner progressivement comme “prophète“ puis comme “Messie“, il devient aussi capable de discerner ce qui est vrai de ce qui est mensonge, de percevoir l’invisible derrière le visible.

    C’est cette chance qui nous est donnée par le Christ : dans la lumière de son Esprit, nous pouvons mieux discerner la vérité, ce qui est essentiel dans la vie et ce qui n’est que faux-semblant, “l’essentiel qui est invisible pour les yeux“ dit le renard au petit Prince.

    Dans ce temps où nous sommes privés de rassemblements eucharistiques, demandons au Christ de guérir notre aveuglement en nous donnant cette lumière qui conduit à la vérité et à la vie ; pour cela laissons résonner dans le silence de notre cœur, en communion de prière, ce beau refrain de Taizé : “Jésus le Christ, lumière intérieure, ne laisse pas mes ténèbres te parler. Jésus, le Christ, lumière intérieure, donne-moi d’accueillir ton amour. “

    Père Luc de Saint-Basile

    PS: En ce temps où nous n’avons plus de rentrées de quêtes à cause de la crise sanitaire, vous pouvez toujours donner en cliquant sur ce lien:

    https://quete.paris.catholique.fr/?etape=1