Catégorie : Édito

  • Edito du 3ème dimanche de Carême

    Sur notre route du carême, la rencontre de Jésus avec la samaritaine autour du puits de Jacob ; une des plus belles pages de l’évangile de St Jean que nous avons la chance de pouvoir contempler dans le bas-côté droit de notre église grâce au tableau de Jacques Stella.

    Une rencontre qui se déroule sous le régime des malentendus. Il est question de deux eaux différentes, de deux manières d’adorer, de deux nourritures… D’où un dialogue plein de quiproquos où aucun des protagonistes ne semble être sur la même longueur d’onde que l’autre.

    Malgré tout ce qui les sépare, Jésus est le premier à ouvrir le dialogue en demandant simplement à cette femme de lui donner à boire ; puis progressivement, il va tenter de l’emmener plus loin que sa soif d’eau…  Il veut réveiller en elle un désir plus profond que la satisfaction de ses besoins et plaisirs immédiats.

    « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

    En attisant sa curiosité, Il va creuser en elle le désir d’une soif plus intense en lui révélant qu’elle a en elle « une source jaillissante pour la vie éternelle » !

    Ainsi cette samaritaine, qui a cherché toute sa vie à combler sa soif d’amour en ayant successivement cinq maris, va progressivement découvrir ce don de Dieu de se savoir aimé comme elle est, en vérité.

    Et nous, de quoi avons-nous réellement soif aujourd’hui ?

    Non pas de ces petites soifs superficielles que l’on peut apaiser avec une boisson sucrée et qui ne fera qu’anesthésier pour un temps nos sensations.

    Mais bien de ces soifs intérieures, qui ne peuvent pas même être comblées par un amour humain, et que l’on ne reconnait qu’à travers ses effets : certains moments de lumière, une énergie soudaine, un sentiment de paix, une capacité à pardonner, une espérance retrouvée.

    Des petits signes de l’Esprit de Dieu à l’œuvre, de sa présence aimante, qu’il convient de reconnaître pour les savourer et en rendre grâce quand elles jaillissent en nous.

    L’expérience d’une présence qui éclaire et fait vivre, et qui nous pousse à aller la partager à d’autres : “Venez-voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? “ Une source jaillissante en vie éternelle qui rejaillit sur d’autres.

    C’est avec ceux qui avancent ce dimanche vers la vie nouvelle donnée par l’eau du baptême que nous sommes tous invités à cheminer vers Pâques en retrouvant cette source vivifiante née de la rencontre avec le Christ vivant qui, seul, peut combler nos soifs.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de Carême, 8 mars 2020

    « … Et il fut transfiguré devant eux. »

    Dimanche dernier, nous étions invités avec Jésus au désert pour être tentés.

    Aujourd’hui, en compagnie de Pierre, Jacques et Jean, Jésus nous appelle à monter avec lui sur la montagne de la transfiguration pour partager l’intimité de sa prière.

    Ce récit est l’un des plus surprenant de l’évangile. Il nous introduit dans la rencontre intime de Jésus avec son Père, une prière qui manifeste cet amour infini qui les lit. Un amour si fort qu’il va se manifester jusque dans son corps par le visage lumineux et les vêtements d’une blancheur unique ; un moment exceptionnel de vie spirituelle que nous décrivent parfois certains mystiques. Ne disons-nous pas quelquefois de certaines personnes qu’elles “rayonnent“, indiquant ainsi que ce qu’elles vivent de l’intérieur d’elles-mêmes se manifeste sur leur visage.

    C’est comme si l’évangile nous relatait ce qui se vit en Jésus pendant qu’il prie.

    Ainsi l’un des témoins de cette scène, Jean l’évangéliste, dira plus tard en parlant de Jésus : “Et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père “ (Jn 1,14). Or ce n’est pas de la gloire tirée de la réussite de sa vie dont il est question ici, mais bien de l’accomplissement de l’amour qui l’habite et dont Dieu seul est la source.

    Car, juste avant cet événement Jésus a annoncé à ses disciples déconcertés qu’il lui faudra souffrir et être mis à mort.

    Pour les trois disciples, qui seront aussi présents à Gethsémani, le souvenir de ce moment de grâce vécu avec Jésus au moment de sa transfiguration les aidera à comprendre plus tard que, même dans l’échec de la croix, s’est réalisée la bénédiction de Dieu déjà promise à Abraham dans la première lecture : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je trouve ma joie.“

    Il nous arrive aussi, trop rarement, de vivre des moments de bonheur intenses, des oasis de paix dans l’aridité et le combat permanent de nos existences quotidiennes, qui nous font croire encore à l’impossible : c’est cet homme ou cette femme qui découvrent tout à coup la joie de se sentir profondément aimé, ces parents à qui l’on met pour la première fois dans les bras ce petit être fragile qui est le fruit de leur amour, tel moment de fête ou de communion familiale…

    Ces petites transfigurations qui nous sont données, sur le chemin souvent long, obscur et difficile que nous essayons de tracer chaque jour, nous aident à croire que l’amour et le pardon, envers et contre toutes les apparences, seront toujours les plus forts.

    Ainsi, si tout est déjà donné, tout reste à vivre. C’est le chemin de Pâques qui se trouve éclairé. Il reste à parcourir.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 1er mars, 1er dimanche de Carême.

    Le carême 2020, un grand cru ?

    Convertis-toi et crois à la Bonne Nouvelle ! C’était pour les chrétiens, mercredi dernier, avec l’imposition des cendres, le début du Carême 2020. Sera-t-il un bon millésime ? Qui sait ? Ne l’oublions pas, le carême n’est pas en effet quelque chose de répétitif qui reviendrait chaque année, vers la même époque, avec les mêmes choses à faire, les mêmes paroles à dire, les mêmes efforts à accomplir. En réalité il en est du carême comme des crus vinicoles, chacun est différent des autres. D’abord parce que la démarche spirituelle proposée dans le carême nous rejoint dans notre histoire. Depuis l’an dernier, chacun a changé et bien des événements ont marqué notre vie et celle du monde. Et puis aucun carême ne ressemble à un autre parce que c’est un moment de grâce, d’irruption de Dieu dans nos vies et que sa venue est toujours nouvelle, imprévisible, laissée à sa libéralité et à sa liberté.

    Certains médias vont parler du Carême. Pas tous. C’est peut-être mieux ainsi. Jésus recommande en effet la plus grande discrétion au sujet du jeûne, de la prière, du partage qui jalonnent le temps du carême. 

    Le Carême, certes, demande de ne pas se donner en spectacle. Il n’est pas pour autant une affaire privée, individuelle. Il y a un lien étroit entre la démarche du Carême que nous inaugurons et le devenir de notre monde.

    Dans ce Carême, en premier lieu, nous devons donc garder à l’esprit et au cœur ce que vivent en ce moment tous ces peuples, ces communautés religieuses, ces hommes, ces femmes qui subissent de graves événements, qui sont blessés dans leur chair, déplacés et qui aspirent à une vie plus humaine. On ne peut ignorer cela dans le Carême même si parfois on se sent bien impuissant devant ce qui arrive. Les propositions diocésaines nous aideront à vivre cette solidarité et cette attention.

    Nous sommes aussi invités dans ce Carême à identifier ce qui nous habite vraiment. Quelles aspirations ? Quel désir de réconciliation ?
    La paroisse Notre Dame de la Nativité aidera chacun en cela par diverses propositions.

    Ainsi à Pâques, renouvelant, en union avec les nouveaux baptisés, les engagements de notre baptême, nous fêterons en vérité la victoire du Ressuscité, et en la sienne, la nôtre. S’il en est ainsi, dans 40 jours, les cloches ne sonneront pas pour rien.

    Père Edouard Bois.

  • Édito du 7ème dimanche du temps ordinaire, 23 février 2020

    « Aimez vos ennemis… »

    Dans son grand sermon sur la montagne, Jésus détaille cette Loi nouvelle qu’il est venu apporter : “Vous avez appris… et bien moi je vous dis…“

    Des paroles exigeantes et qui peuvent sembler complètement décalées par rapport aux réalités de la vie quotidienne : « Je vous dis de ne pas riposter au méchant… ». « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre… ». « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

    Une Loi qui nous paraît certainement hors de notre portée ! Et pourtant c’est celle qui a guidé les choix de Jésus jusqu’au bout, et qu’il nous propose de suivre à notre tour avec la force de son Esprit, et en dépassant les valeurs véhiculées par notre monde.

    Une des phrases les plus difficiles concerne l’amour des ennemis : “Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. “

    Pour atteindre cette perfection d’amour dont parle Jésus, et arriver à juguler cette violence naturelle qui est tapie en chacun de nous, cela nécessite un long travail. Et nous voyons que, dans la Bible, il y a toute une pédagogie progressive avant d’arriver aux exigences proclamées par Jésus.

    Ainsi la Bible s’ouvre sur le meurtre d’Abel et la question cruciale posée par Dieu à Caïn : « Qu’as-tu fait à ton frère ? ».

    Puis, parallèlement à la règle d’or (dont on trouve des formes similaires dans toutes les religions) « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse à toi même », c’est la loi du talion, pour le peuple juif, qui régira les conflits pendant des siècles : « Œil pour œil, dent pour dent ». Une violence qu’il faut savoir graduer en fonction de l’agression dont on est victime.

    Jésus nous invite aujourd’hui à ne pas nous arrêter trop vite sur ce chemin de l’amour de l’autre : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ?… Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? »

    Un amour qu’il ne faut pas réduire à l’affectif. Jean Vanier disait : “Aimer, c’est révéler à l’autre sa beauté. “ Ou encore Jean Steiman : “Aimer, c’est faire naître une personne. “

    Ainsi, aimer son ennemi, ce n’est pas nécessairement avoir de l’affection pour lui, mais souhaiter vraiment son bien et prier afin qu’il découvre le vrai bonheur.

    Si l’on entend parfois dire qu’un chrétien n’est pas meilleur que les autres, il y a au moins quelque chose qui le différencie : il sait qu’il a encore un long chemin de conversion à faire, à la suite de son Seigneur Jésus Christ, sur ce chemin de la sainteté !

    Ce sera l’enjeu de ce temps de carême qui commence cette semaine.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 6ème dimanche du temps ordinaire, 16 février 2020

    Et moi je vous dis !

    L’actualité nous le montre chaque jour, il est bien difficile de faire des lois ou de les adapter à un nouvel environnement sociétal.

    On y est attaché. On n’aime pas trop le changement même si tout n’est pas parfait et que certains en pâtissent et d’autres en bénéficient.

    C’est pourquoi Jésus a dû rassurer ses auditeurs venus l’écouter en disant qu’il n’est pas venu abolir la loi mais l’accomplir.

    Cette loi divine, depuis Moïse, elle a traversé les âges. Certes alourdie quand même par une casuistique sans fin qui la rendait pesante. Mais on y restait attaché car constitutive, avec l’enseignement des prophètes, du Peuple de l’Alliance.

    Mais à bien y regarder Jésus a l’air quand même de changer un peu les règles du jeu : On vous a appris… Moi je vous dis …

    Ailleurs, en réponse à la question d’un scribe, Jésus se prononce sur ce qui est le plus important dans la loi : tu aimeras Dieu et ton prochain comme toi-même.

    Ici, dans l’évangile de ce dimanche, dans le Sermon sur la montagne, Jésus durcit l’exigence d’un vivre ensemble.

    Accomplir pour Jésus, c’est mettre en œuvre réellement la loi et les prophètes.   

    Accomplir pour Jésus c’est aussi rappeler que dans les préceptes de la loi, tout ne vaut pas de la même manière. C’est l’amour qui est le cœur de tout. 

    Accomplir pour Jésus c’est enfin appeler à la sainteté : Soyez parfaits dans vos relations comme votre Père céleste est parfait ! 

    Jésus nous invite ainsi à prendre conscience de nos réactions spontanées vis-à-vis de son enseignement.

    Pour le mettre en œuvre, croyons-nous vraiment que le Royaume de Dieu est déjà là mystérieusement présent en notre monde en croissance et plein de questions ? 

    Car on hésite devant de telles exigences. Ce n’est pas à notre portée disons-nous.

    Mais ne l’oublions pas nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes. Jésus a vécu notre condition d’homme. Il nous promet la force de l’Esprit et la miséricorde du Père.

    L’Eucharistie est le moment où nous prenons conscience et accueillons l’accomplissement que Jésus apporte à nos vies dès aujourd’hui et l’appel à le mettre en œuvre au quotidien. « Allez dans la paix du Christ » veut dire : je suis avec vous. Allez maintenant œuvrer, avec moi, pour que ce monde change.

    Comme l’a écrit Sirac le Sage : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposés aux hommes, l’une ou l’autre leur est donné selon leur choix. »

    Père Édouard Bois

  • Édito du 5ème dimanche du temps ordinaire, 9 février 2020

    Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde !

    Il est question dans l’évangile de ce dimanche de sel et de lumière. Voilà deux éléments dont nous aurions du mal à nous passer. Ils font partis de notre vie ordinaire comme l’air qu’on respire.

    « Tu as mis trop de sel ! » dit-on parfois à table.

    « Ne laisse pas la lumière allumée !» dit-on aussi pour faire des économies d’énergie.

    Le sel et la lumière habitent notre quotidien.

    Le sel est nécessaire pour le goût mais aussi pour la conservation des aliments. Les anciens explorateurs ou les marins le savaient bien et dans bien des pays le sel est signe de l’accueil de l’autre.

    La lumière tient aussi une grande place dans nos vies. Nous ne pouvons nous en passer longtemps. Les coupures liées aux tempêtes récentes viennent nous le rappeler. 

    Dans la Bible le sel et la lumière sont aussi des symboles importants.

    Jésus y fait référence dans sa prédication. « Vous êtes le sel de la terre, dit-il, la lumière du monde. »

    Prenant ces paroles au pied de la lettre, les chrétiens se sont crus parfois supérieurs aux autres avant que des événements ne les ramènent à plus d’humilité.

    Mais dit saint Paul dans la deuxième lecture si nous sommes lumière ou sel cela ne  repose pas sur le langage des hommes ou sur une sagesse qui veut convaincre ou démontrer mais sur la puissance de Dieu qui touche les cœurs et que je reçois et partage dans ma fragilité.

    Et le prophète Isaïe disait déjà en son temps « Si tu fais disparaître de ta vie, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim et si tu combles le désir du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »

    En ce dimanche dans la paroisse quelques paroissiens vont recevoir le sacrement des malades au cours de la messe de 11h. Cela ne concerne pas qu’eux mais chacun d’entre nous.

    Ce sacrement doit en effet exprimer notre solidarité et nos liens fraternels. C’est ainsi que nous serons sel et lumière. Retenons ces paroles de Xavier Thevenot un grand malade  aujourd’hui décédé : « Quand ma foi en un Dieu sauveur est ébranlée  par les assauts du mal la seule façon de croire que l’amour de Dieu existe, c’est sans doute d’expérimenter  la fraîcheur d’une source d’amour si petite soit-elle : la présence silencieuse d’un conjoint, d’un enfant, d’un ami, le geste maladroit mais vrai d’un camarade…Alors je peux me dire : s’il y a une source d’amour, c’est peut-être qu’elle s’alimente à la véritable nappe d’amour qu’est le Dieu vivant de Jésus Christ »

    Père Edouard Bois.

  • Édito du dimanche 2 février, Présentation du Seigneur.

    La Présentation de Jésus au Temple

    La fête de la Présentation du Seigneur au Temple a lieu cette année un dimanche. Marie et Joseph viennent au Temple présenter à Dieu leur enfant 40 jours après sa naissance et offrir un sacrifice.

    Les chrétiens appellent aussi cette fête la « Chandeleur » car Jésus y est présenté, dans le récit de Luc, comme la lumière du monde. Et selon la tradition on déguste des crêpes. Dieu sait pourquoi !

    Cette fête en tout cas, nous rappelle Noël, fête de la lumière. Mais elle fait aussi le pont avec Pâques qui est la grande fête de la lumière par la célébration de la résurrection du Seigneur.

    La Présentation de Jésus au Temple est riche de beaucoup significations par la présence de divers personnages.

    En premier lieu, en faisant cette démarche, Marie et Joseph expriment leur foi profonde.

    Mais il y a aussi Syméon. Par son grand âge, il représente la longue attente d’Israël et l’Esprit Saint lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie. Celui qu’Israël attendait, celui que Syméon espérait dans la foi, est là dans ses bras. 

    Anne, une femme attachée au Temple dans la prière, est le symbole de la vie consacrée. D’où ce jour dédiée aussi à la vie religieuse.

    A l’occasion de la présentation d’un enfant on offrait un agneau. Pas ici. Est-ce question de moyen ? C’est possible. Mais il y a plus. L’agneau, pour Luc, c’est Jésus lui-même. Il est aussi qualifié par Syméon de lumière qui se révèle aux nations.

    Même si tout reste à faire, tout le message chrétien est présent dans le récit de la Présentation du Seigneur Temple.

    Quant à nous, chaque fois que « nous montons au temple », c’est-à-dire quand nous nous rassemblons dans notre église, poussé par l’Esprit, nous venons à la rencontre de celui qui est la lumière pour éclairer le monde, celui qui est la lumière qui éclaire ce qu’il y a encore de païen en nous, celui qui a fait don de sa vie. Comme le dit le concile Vatican II « Le Christ est la lumière des nations. Le saint concile assemblé dans l’Esprit Saint, souhaite ardemment, en annonçant la Bonne Nouvelle à toute la création, illuminer tous les hommes de la lumière du Christ que reflète l’Eglise ». 

    Par des chemins qui peuvent être bien divers, selon notre vocation propre, nous sommes ensemble responsables de réfracter cette lumière.

    Puissions-nous alors comme le vieillard Syméon, comme Marie ou Anne être habités, en cette fête, par beaucoup de joie, de paix et d’étonnement à l’annonce de la présence du Sauveur. 

    Père Edouard Bois.

  • Édito du 3ème dimanche du temps ordinaire, 26 janvier 2020

    La Géographie du salut

    On parle souvent d’ »Histoire du Salut “ pour décrire le projet de Dieu sur notre monde à travers la première puis la nouvelle Alliance.

       Mais y a-t-il une “Géographie du Salut “ ? L’Evangile de ce dimanche nous la présente. Il nous montre ce choix délibéré de Jésus de commencer sa vie publique en Galilée, “Carrefour des Nation“ comme plaque tournante pour la diffusion de la Bonne Nouvelle. Etymologiquement, le carrefour s’ouvre sur quatre directions. Et symboliquement, Jésus commence par appeler ses quatre premiers disciples, Pierre et André, Jacques et Jean.

       L’évangéliste Matthieu nous précise en même temps la double raison de ce choix de la Galilée : tout d’abord un principe de précaution après l’arrestation de Jean Baptiste ; il est ainsi plus prudent, pour celui qui s’est lié à lui par son baptême, de s’éloigner quelque temps de la Judée et de Jérusalem, de faire un mouvement de retraite.

       Mais il y a aussi une raison de fond : elle est suggérée à travers la citation du prophète Isaïe, proposée en première lecture : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. “ (Is 8, 23b ; 9,1)

       L’évocation d’un souvenir douloureux pour le peuple juif : les années 734 – 732 avant JC qui avaient vu la défaite du Royaume du nord. Les pays des tribus de Zabulon et de Nephtali, les plus au nord du pays, avaient été les premiers envahis puis annexés par l’Assyrie, l’actuel Irak. Et en longs et pitoyables cortèges, les populations avaient été déportées vers Babylone, tandis que des colons étrangers étaient venus s’installer sur les terres désertées, faisant de cette région un “carrefour des païens“.

       Ainsi Jésus, en débutant sa prédication dans cette région, annonce que le temps de l’accomplissement de la promesse d’Isaïe est enfin arrivé. Ces régions traditionnellement méprisées par les bien-pensants de Jérusalem et de la Judée, accèdent enfin, et les premières, à la lumière. Et cette Galilée, région où Jésus va appeler ses premiers apôtres, sera aussi le lieu où il se manifestera à eux après sa résurrection, avant de les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier.

    Ce carrefour, bien sûr, s’est déplacé.… Aujourd’hui, il est à portée de notre regard, de nos échanges, de nos solidarités. C’est notre paroisse, c’est notre quartier, c’est le palier de notre immeuble, c’est le lieu de notre travail… Autant de lieux où peut se partager la Bonne Nouvelle.

    Que Ste Geneviève, avec qui nous prions plus spécialement ce samedi, nous donne l’audace de nous aventurer dans nos Galilées d’aujourd’hui en étant une “Eglise en sortie“, comme nous y invite régulièrement notre pape François.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 19 janvier 2020

    “Moi j’ai vu, et je rends témoignage…“

    Après avoir fêté dimanche dernier le baptême du Christ dans le Jourdain, nous sommes entrés dans le temps liturgique qu’on appelle “ordinaire“.

    Pourtant, nous retrouvons à nouveau aujourd’hui le récit du baptême du Christ, mais tiré cette fois-ci de l’évangile de St Jean. A la différence des autres évangélistes, St Jean ne nous décrit pas directement la scène du baptême dans le Jourdain, mais nous la fait raconter par Jean Baptiste, après coup. La révélation est présentée au second degré, c’est à dire telle qu’elle a été intériorisée par le témoin : “Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. “

    Beaucoup ont besoin de voir pour croire. Jean Baptiste, lui, voit parce qu’il croit. Et en voyant Jésus venir à lui il le désigne avec cette expression complexe que le célébrant reprend à chaque messe en élevant l’hostie : “ Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde“.

    Jean voit déjà en Jésus cette figure messianique du serviteur souffrant, annoncée par le prophète Isaïe, qui prend sur lui la condition pécheresse du monde : “Comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent…“ (Isaïe 53,7).

    En disant cela, Jean Baptiste récapitule en une phrase toute l’expérience et l’attente du Peuple d’Israël. En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, il proclame que toutes les prophéties de l’Ancien Testament vont se réaliser en Lui. La grande espérance d’Israël n’est plus une simple promesse, elle devient, désormais, une réalité.

    Ayant ainsi témoigné, Jean Baptiste va s’effacer en laissant ses disciples suivre Celui qu’il vient de révéler : “L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. “

    Que nous puissions, à l’exemple de Jean Baptiste, être de ces témoins qui révèlent la présence de Jésus Christ à notre monde tout en sachant s’effacer devant Lui.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 12 janvier 2020, Baptême du Seigneur.

    Jésus, le « Fils bien-aimé »

    En ce temps de Noël, nous venons de célébrer la naissance dans notre chair humaine de Jésus, le fils du charpentier de Nazareth. Et chacune des annonces de l’Ange à Marie ou à Joseph est ponctuée par cette invitation : « Tu lui donneras le nom de Jésus« .

    Aujourd’hui, en sortant des eaux du Jourdain, ce même Jésus reçoit la révélation d’un nouveau nom qui lui est donné :

     » Celui-ci est mon Fils bien-aimé « .

    Désormais, alors qu’il entre dans sa vie publique, il faudra que les hommes découvrent ce que signifie réellement la nouveauté de ces deux noms accolés : « Jésus » et « Fils bien-aimé« , ou « Jésus Christ« .

    Ecoutons ce merveilleux commentaire de Saint Cyrille, évêque de Jérusalem de 315 à 386 : “Nous ne pouvons pas penser au Christ sans penser au Père et au Saint Esprit. En effet, pour qu’il y ait un Christ – ce mot signifie l’Oint, celui qui est imprégné d’une onction – il faut qu’il y ait quelqu’un qui l’oigne, le Père, et quelqu’un qui soit l’onction, le Saint Esprit. “ Sans la Trinité, le mot “Christ“ n’aurait aucun sens.

    C’est pourquoi l’icône du baptême de Jésus le représente toujours debout, dans le Jourdain. Tout en haut une main, la main de Celui qui fait l’onction, le Père invisible, et la colombe qui représente l’Esprit. Jésus est l’une des trois personnes de la Trinité. Aujourd’hui, c’est la révélation de ce grand mystère de la communion d’amour qui est en Dieu, et toutes les Eglises d’Orient vénèrent le baptême de Jésus comme une des plus grandes fêtes de l’année.

    Si l’Epiphanie est la manifestation de Jésus au monde, son baptême est la manifestation de Dieu au monde. Au Jourdain, pour la première fois, le ciel s’est “ouvert“ et le secret caché de Dieu, la Trinité, est manifestée.

    Le jour de notre propre baptême, nous sommes, nous aussi, nés d’eau et d’Esprit, et nous portons depuis un double nom : celui donné par nos parents à notre naissance et celui donné par notre Père qui est aux cieux de « Fils bien-aimé ».

    C’est notre dignité à nous; qu’elle nous aide à affronter notre propre mission de baptisé aujourd’hui.

    Père Luc de Saint-Basile.