Catégorie : Édito

  • Édito du 3ème dimanche du temps ordinaire, 26 janvier 2020

    La Géographie du salut

    On parle souvent d’ »Histoire du Salut “ pour décrire le projet de Dieu sur notre monde à travers la première puis la nouvelle Alliance.

       Mais y a-t-il une “Géographie du Salut “ ? L’Evangile de ce dimanche nous la présente. Il nous montre ce choix délibéré de Jésus de commencer sa vie publique en Galilée, “Carrefour des Nation“ comme plaque tournante pour la diffusion de la Bonne Nouvelle. Etymologiquement, le carrefour s’ouvre sur quatre directions. Et symboliquement, Jésus commence par appeler ses quatre premiers disciples, Pierre et André, Jacques et Jean.

       L’évangéliste Matthieu nous précise en même temps la double raison de ce choix de la Galilée : tout d’abord un principe de précaution après l’arrestation de Jean Baptiste ; il est ainsi plus prudent, pour celui qui s’est lié à lui par son baptême, de s’éloigner quelque temps de la Judée et de Jérusalem, de faire un mouvement de retraite.

       Mais il y a aussi une raison de fond : elle est suggérée à travers la citation du prophète Isaïe, proposée en première lecture : “Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. “ (Is 8, 23b ; 9,1)

       L’évocation d’un souvenir douloureux pour le peuple juif : les années 734 – 732 avant JC qui avaient vu la défaite du Royaume du nord. Les pays des tribus de Zabulon et de Nephtali, les plus au nord du pays, avaient été les premiers envahis puis annexés par l’Assyrie, l’actuel Irak. Et en longs et pitoyables cortèges, les populations avaient été déportées vers Babylone, tandis que des colons étrangers étaient venus s’installer sur les terres désertées, faisant de cette région un “carrefour des païens“.

       Ainsi Jésus, en débutant sa prédication dans cette région, annonce que le temps de l’accomplissement de la promesse d’Isaïe est enfin arrivé. Ces régions traditionnellement méprisées par les bien-pensants de Jérusalem et de la Judée, accèdent enfin, et les premières, à la lumière. Et cette Galilée, région où Jésus va appeler ses premiers apôtres, sera aussi le lieu où il se manifestera à eux après sa résurrection, avant de les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier.

    Ce carrefour, bien sûr, s’est déplacé.… Aujourd’hui, il est à portée de notre regard, de nos échanges, de nos solidarités. C’est notre paroisse, c’est notre quartier, c’est le palier de notre immeuble, c’est le lieu de notre travail… Autant de lieux où peut se partager la Bonne Nouvelle.

    Que Ste Geneviève, avec qui nous prions plus spécialement ce samedi, nous donne l’audace de nous aventurer dans nos Galilées d’aujourd’hui en étant une “Eglise en sortie“, comme nous y invite régulièrement notre pape François.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 19 janvier 2020

    “Moi j’ai vu, et je rends témoignage…“

    Après avoir fêté dimanche dernier le baptême du Christ dans le Jourdain, nous sommes entrés dans le temps liturgique qu’on appelle “ordinaire“.

    Pourtant, nous retrouvons à nouveau aujourd’hui le récit du baptême du Christ, mais tiré cette fois-ci de l’évangile de St Jean. A la différence des autres évangélistes, St Jean ne nous décrit pas directement la scène du baptême dans le Jourdain, mais nous la fait raconter par Jean Baptiste, après coup. La révélation est présentée au second degré, c’est à dire telle qu’elle a été intériorisée par le témoin : “Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. “

    Beaucoup ont besoin de voir pour croire. Jean Baptiste, lui, voit parce qu’il croit. Et en voyant Jésus venir à lui il le désigne avec cette expression complexe que le célébrant reprend à chaque messe en élevant l’hostie : “ Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde“.

    Jean voit déjà en Jésus cette figure messianique du serviteur souffrant, annoncée par le prophète Isaïe, qui prend sur lui la condition pécheresse du monde : “Comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent…“ (Isaïe 53,7).

    En disant cela, Jean Baptiste récapitule en une phrase toute l’expérience et l’attente du Peuple d’Israël. En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, il proclame que toutes les prophéties de l’Ancien Testament vont se réaliser en Lui. La grande espérance d’Israël n’est plus une simple promesse, elle devient, désormais, une réalité.

    Ayant ainsi témoigné, Jean Baptiste va s’effacer en laissant ses disciples suivre Celui qu’il vient de révéler : “L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. “

    Que nous puissions, à l’exemple de Jean Baptiste, être de ces témoins qui révèlent la présence de Jésus Christ à notre monde tout en sachant s’effacer devant Lui.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 12 janvier 2020, Baptême du Seigneur.

    Jésus, le « Fils bien-aimé »

    En ce temps de Noël, nous venons de célébrer la naissance dans notre chair humaine de Jésus, le fils du charpentier de Nazareth. Et chacune des annonces de l’Ange à Marie ou à Joseph est ponctuée par cette invitation : « Tu lui donneras le nom de Jésus« .

    Aujourd’hui, en sortant des eaux du Jourdain, ce même Jésus reçoit la révélation d’un nouveau nom qui lui est donné :

     » Celui-ci est mon Fils bien-aimé « .

    Désormais, alors qu’il entre dans sa vie publique, il faudra que les hommes découvrent ce que signifie réellement la nouveauté de ces deux noms accolés : « Jésus » et « Fils bien-aimé« , ou « Jésus Christ« .

    Ecoutons ce merveilleux commentaire de Saint Cyrille, évêque de Jérusalem de 315 à 386 : “Nous ne pouvons pas penser au Christ sans penser au Père et au Saint Esprit. En effet, pour qu’il y ait un Christ – ce mot signifie l’Oint, celui qui est imprégné d’une onction – il faut qu’il y ait quelqu’un qui l’oigne, le Père, et quelqu’un qui soit l’onction, le Saint Esprit. “ Sans la Trinité, le mot “Christ“ n’aurait aucun sens.

    C’est pourquoi l’icône du baptême de Jésus le représente toujours debout, dans le Jourdain. Tout en haut une main, la main de Celui qui fait l’onction, le Père invisible, et la colombe qui représente l’Esprit. Jésus est l’une des trois personnes de la Trinité. Aujourd’hui, c’est la révélation de ce grand mystère de la communion d’amour qui est en Dieu, et toutes les Eglises d’Orient vénèrent le baptême de Jésus comme une des plus grandes fêtes de l’année.

    Si l’Epiphanie est la manifestation de Jésus au monde, son baptême est la manifestation de Dieu au monde. Au Jourdain, pour la première fois, le ciel s’est “ouvert“ et le secret caché de Dieu, la Trinité, est manifestée.

    Le jour de notre propre baptême, nous sommes, nous aussi, nés d’eau et d’Esprit, et nous portons depuis un double nom : celui donné par nos parents à notre naissance et celui donné par notre Père qui est aux cieux de « Fils bien-aimé ».

    C’est notre dignité à nous; qu’elle nous aide à affronter notre propre mission de baptisé aujourd’hui.

    Père Luc de Saint-Basile.

  • Édito du 4ème dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019

    Saint Joseph, la sainteté dans la discrétion !

    Joseph est un homme comme nous tous. Comme nous, il avait fait des projets d’avenir. Le sien était simple et beau : fonder une famille avec Marie, cette jeune fille qu’il avait croisé à Nazareth, avoir avec elle des enfants qui seront sa joie et peut-être continueront son métier de charpentier. Les choses étaient d’ailleurs bien engagées puisque Marie était accordée en mariage avec lui.

    Et voilà que tout s’écroule : Marie est enceinte alors que, selon l’Evangile, elle n’habitait pas encore avec Joseph. Tous ses projets d’avenir sont bouleversés, il est rempli d’incertitude.

    Nous aussi, dans nos vies, nous faisons de magnifiques projets et il arrive que ces projets s’écroulent en raison d’un accident, d’une maladie, d’un échec… On a alors souvent un sentiment d’injustice, un profond désarroi, peut-être un certain désespoir. Puisque ce que j’ai projeté pour mon bonheur ne se réalise pas, alors la vie n’a plus de sens, ma vie est fichue. Et nous nous sentons, comme Joseph, désemparés.

    Dans un songe, Dieu fait comprendre à Joseph que l’enfant que porte Marie vient de Dieu : il est le Messie attendu par le peuple d’Israël. Il ne doit pas craindre de prendre chez lui Marie, malgré le “qu’en dira-t-on“. Dieu lui demande une confiance totale.

    Belle leçon pour nous : il nous faut garder confiance, malgré les apparences, garder notre foi en ce Dieu pourtant si imprévisible et silencieux, ne s’appuyer que sur la seule promesse que “Dieu est avec nous“ (“Emmanuel“) envers et contre tout.

    Joseph restera un personnage particulièrement discret dans l’évangile, il est aussi le modèle même de l’homme juste, c’est-à-dire accordé à Dieu, et disponible à son appel :

    En acceptant de changer ses projets pour se couler dans celui de Dieu, il nous fait mesurer la grandeur de l‘obéissance.

    En consentant à se laisser déposséder de sa paternité biologique, il nous révèle qu’une vraie fécondité est possible au sein même de la chasteté.

    En sachant rabaisser son orgueil bafoué de mari et de père, bien qu’il ait l’appui de la Loi, il manifeste un réel esprit d’humilité et de pauvreté.

    Ces trois vœux qui sont au cœur de toute vie consacrée et qui témoignent au milieu du monde que la promesse de Dieu peut déjà prendre corps dans des existences humaines.

    A nous qui sommes souvent en peine pour trouver des petits signes d’espérance autour de nous (ces “belles nouvelles“ qui décorent notre crèche), toutes ces vies discrètes des consacrés, moines, moniales, religieux, religieuses, sont là pour témoigner que le Royaume de Dieu est déjà là parmi nous.

    Père Luc de Saint Basile

  • 3ème dimanche de l’Avent, de Gaudete, 15 décembre 2019

    “ Es-tu celui qui doit venir ? “

    “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? “ Voici une question déconcertante dans la bouche de Jean Baptiste.

    Nous le retrouvons ce dimanche alors qu’il a été arrêté par Hérode, et qu’il est en proie au doute sur l’identité de Celui qu’il avait désigné comme l’Agneau de Dieu, l’envoyé de Dieu ! Est-ce qu’il ne s’est pas trompé ? Selon ce qu’on lui rapporte de Jésus, est-ce ainsi que doit procéder le Messie d’Israël ? Et, du fond de sa prison, il envoie ses disciples l’interroger : “Es-tu celui qui doit venir… ? “

    Ces doutes de Jean Baptiste rejoignent ceux des hommes et des femmes de toutes les époques. Ils ont été ceux des contemporains de Jésus qui espéraient un Messie qui prendrait la tête du peuple d’Israël pour chasser les occupants romains et rétablir une royauté plus belle encore que celle de leur père David.

    Aujourd’hui encore les attentes d’un salut espéré, d’un sauveur providentiel peuvent prendre la forme d’un homme politique particulièrement charismatique, des progrès de la science, de tel ou tel gourou promettant la sérénité, la santé ou le bonheur.

    Et, comme Jean Baptiste, il y a aussi ceux qui doutent : Y a-t-il seulement un sauveur ? Voilà 2000 ans que Jésus est venu au milieu de nous mais peut-on vraiment dire que le monde est sauvé ? Peut-on encore croire en un homme providentiel ?

    Dans ce passage d’évangile, Jésus ne répond pas directement aux envoyés de Jean en affirmant qu’il est bien le Messie. Il dit simplement : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez. “ Et il se contente de rappeler ce qu’annonçait le prophète Isaïe : “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. “

    Jésus reprend les signes annoncés par les prophètes qui sont des signes de compassion et de miséricorde, d’attention aux petits, aux malades, aux isolés. Des signes de guérison et de libération.

    Alors que nous nous préparons à fêter Noël, il nous arrive de croiser des hommes et des femmes qui s’interrogent toujours sur Jésus. Comment pouvez-vous affirmer que c’est bien le Messie, celui qui peut sauver tous les hommes ?

    La réponse apportée par Jésus aux envoyés de Jean nous invite à ne pas nous enliser dans des justifications intellectuelles mais à nous interroger sur les signes que nous donnons, à inviter les hommes à juger sur ce qu’ils voient.

    Bien sûr il nous arrive parfois de donner à voir une Eglise peu tolérante, fermée sur ses certitudes, peu accessible à ce que vivent certains. La conversion demandée par Jean Baptiste en cette période de l’Avent consiste principalement à chercher à accorder notre vie à l’annonce du prophète Isaïe. C’est un magnifique travail à reprendre chaque jour. N’est-ce pas cela naître avec le Christ de Noël ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de l’Avent, 8 décembre 2019

    “En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste…“

    En ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est la voix vigoureuse de Jean Baptiste qui vient nous interpeller : “Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? “

    “Jean portait un vêtement de poils de chameau …“, comme autrefois le grand prophète Elie dont le retour devait préluder la venue du Messie.

    “Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. “.

    Le Jourdain, à l’endroit même où le peuple de l’Alliance était entré autrefois en Terre Promise, sous la conduite de Josué (Jos 3) ; et ce jour-là les eaux s’étaient ouvertes, comme celles de la mer rouge, pour que tous puissent traverser à pied sec.

    C’est bien l’entrée dans un monde nouveau qu’annonce Jean : “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ! “ Les mots même de la première prédication de Jésus.

    Une nouvelle création se profile, celle qu’annonçait le prophète Isaïe autrefois : “Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau […]. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte. “

    Jean Baptiste nous fait entrevoir l’espérance d’un monde nouveau, un monde de justice et de paix, au-delà de toutes nos déceptions et lassitudes.

    “Convertissez-vous…“, ajoute-t-il. Ce monde nouveau n’est pas à situer au terme de tous nos efforts, mais dans la confiance que nous faisons à ce Dieu qui a scellé une Alliance avec son peuple et qui ne peut le décevoir.

    Pour cela il faut, comme Jean Baptiste nous y invite, ne pas désespérer de l’avenir et nous mettre au travail. Comme l’artiste imagine déjà la statue qu’il va faire (ce qui ne l’empêche pas pour autant de pendre le burin), comme le navigateur imagine déjà la côte (ce qui ne l’empêche pas de tenir bon la barre), viendront des vents contraires, viendront des nœuds dans le bois de la statue, viendront des chamboulements dans la vie ; la confiance en Dieu, à la différence des décisions inflexibles et intransigeantes n’en ressortira que fortifiée.

    Jean Baptiste nous donne déjà à voir le futur, à déceler le “pas-encore-visible“, ce Messie qui est déjà là au milieu de nous. Futur et présent réconciliés.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 1 er décembre.

    C’est Noël chaque jour !

    C’est le 1er dimanche de l’Avent. Noël 2019 n’est plus très loin. C’est réglé comme du papier musique et chacun commence à penser aux cadeaux à faire ou à recevoir. 

    Et pourtant l’évangile est clair : personne ne sait quand le Seigneur viendra !

    Y aurait-il un autre Noël à attendre ? Une autre venue du Seigneur que celle, déjà passée, que nous célébrons le 25 décembre ? Une venue qui, elle, risque de nous prendre par surprise et qui nous invite à être des veilleurs, à être attentif. Plus que les gens du temps de Noé, qui ne se sont doutés de rien quand le déluge arriva.

    A la racine de « veiller », il y a le verbe latin « vigilare ». Veiller, cela veut dire non seulement ne pas dormir dans le temps destiné au sommeil mais cela veut dire aussi être sur ses gardes, être attentif. Ne pas se conduire n’importe comment. 

    Veiller c’est être vigilant. On parle de Vigipirate, pour notre sécurité, de Vigilance Orange pour des régions en risque de forte pluie, de vent. Dans la pub, on est invité à être vigilant sur l’abus d’alcool.  Le réchauffement climatique sollicite aussi de plus en plus notre vigilance dans nos manières de vivre et de consommer. 

    Mais pour un chrétien, qui n’est pas dispensé de ces vigilances-là, c’est quoi être vigilant ? Le temps de l’Avent nous invite à nous poser la question ? 

    Les vigies du haut du navire donnaient l’alerte. On parle aujourd’hui des lanceurs d’alerte, de ces gens qui dénoncent les scandales et les causes de catastrophes.

    Les chrétiens ne le sont-ils pas à leur manière en discernant, au cœur des événements, la lumière du Christ qui vient toujours au-devant de nous ? 

    C’est ce que le Pape a rappelé à Hiroshima et dans son message pour la paix en nous invitant à la paix intérieure et communautaire : « La paix avec soi-même en refusant colère et l’impatience. La paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ; La paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir »

    Puissions-nous, sincèrement, en ce temps de l’Avent qui commence, avoir un cœur tourné vers Dieu, vers les autres et le monde et faire nôtre la dernière parole de l’Apocalypse : « Viens Seigneur Jésus, viens ».

    Père Édouard Bois

  • Édito de la solennité du Christ Roi de l’univers, 24 novembre 2019

    “Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! “

    En cette fête du Christ, Roi de l’univers, la liturgie nous fait méditer deux textes contradictoires : dans le livre de Samuel, l’allégeance de toutes les tribus d’Israël à David qui l’établit dans sa royauté ; et dans l’évangile, le récit de la mort de Jésus sur la croix surmontée de l’inscription : “Celui-ci est le roi des juifs“.

    Entre les deux, il y a toute la nouveauté apportée par Jésus et résumée par St Paul dans son épître aux Corinthiens (1Cor 1, 22-24) : “Les juifs demandent des signes et les grecs recherchent la sagesse, mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens ; mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. “

    Sur la croix, Jésus montre clairement comment il entend exercer sa royauté. Ce n’est nullement en répondant aux injonctions de ceux qui l’entourent, c’est-à-dire en se sauvant lui-même, en descendant de la croix et en exterminant ses ennemis. Il l’exerce en accueillant le brigand qui, à côté de lui, reconnaît ses fautes passées et se tourne avec confiance vers cet homme juste, cloué comme lui sur une croix : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. “

    “Je ne suis pas venu juger le monde mais le sauver“ (Jn 12,47). En cette fin d’année liturgique, cette attitude de Jésus en ce moment ultime de sa vie nous éclaire aussi sur ce que nous appelons “le jugement dernier“. Jésus ne juge pas comme les juges de la terre ou les rois en pesant nos actes sur une balance. Il éclaire notre vie par la lumière éblouissante de sa Vérité. A cette lumière, nous nous découvrons tels que nous sommes et c’est nous qui prenons conscience des lumières et des obscurités de nos vies.

    Jésus exerce sa royauté sur la croix en accueillant la petite parcelle d’amour et de vérité qui sort da la bouche de ce truand attaché à la croix, à côté de lui. Et sa puissance de “roi“ lui permet de dire au malfaiteur qu’il sera le jour-même avec lui, dans le Paradis.

    Aujourd’hui encore, il accueille la petite parcelle d’amour et de vérité qui habite nos propres cœurs.

    Heureux les hommes qui peuvent ainsi contempler sur la croix leur Roi et Seigneur !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 33ème dimanche du temps ordinaire, 17 novembre 2019

    “Quand cela arrivera, redressez-vous, relevez la tête! »

    Luc 21,28

    Les paroles de Jésus, alors qu’il arrive enfin à Jérusalem, sont surprenantes et même franchement inquiétantes.

    Alors que ses disciples s’extasient devant la beauté de ce Temple tout neuf reconstruit par Hérode, il annonce : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

    Et même s’il les exhorte à ne pas s’effrayer, il ajoute pourtant : « On se dressera nation contre nation…, il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines…, des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. Mais avant tout cela, on portera la main sur vous, on vous percutera… »

    On sait comment tous les prêcheurs annonciateurs de la fin du monde, même parfois dans certains discours écologiques aujourd’hui, se sont servis de ces passages de l’évangile pour appuyer leurs prédictions.

    Or ces images, surtout celles concernant les signes cosmiques, sont conformes au genre littéraire des apocalypses courantes à cette époque, et ne sont donc pas à prendre immédiatement au pied de la lettre.

    Pourtant la première génération chrétienne, ceux qui ont eu à endurer les persécutions de la fin du règne de Néron et qui ont été les témoins de la mise à sac du Temple de Jérusalem en 70 par les armées de Titus, nous ont transmis ces paroles comme prophétiques, alors comment les comprendre comme “Bonne Nouvelle“.

    « Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. » Le mot « témoin » se dit en grec « marturos » qui a donné le mot français « martyr« .

    La force de cette Bonne nouvelle, parvenue jusqu’à nous, vient du fait qu’elle a survécu à la destruction du Temple, signe par excellence de la présence de Dieu ; qu’elle est restée vivante par le témoignage de tous ceux qui l’ont porté jusqu’à nous, parfois jusqu’au don de leur sang ; que l’espérance de vie qu’elle contient permet encore aujourd’hui d’affronter l’échec, l’épreuve, la maladie, la souffrance, en l’unissant à la passion et donc à la résurrection du Christ.

    « Ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » Il n’y a que les faux prophètes, les prophètes de malheur, pour se servir de ces signes pour effrayer et ainsi enchaîner leurs disciples dans la peur.

    Au milieu des tribulations de ce monde, si nous savons garder notre foi bien vivante en Jésus Christ, celle-ci se conjuguera avec ce que Péguy appelait « sa petite sœur », l’espérance.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 32ème dimanche du temps ordinaire, 10 novembre 2019

    « Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants »

    Alors que nous venons juste de fêter la Toussaint, les textes de ce dimanche continuent à parler de “résurrection“.

    La première lecture, tirée du livre des Martyrs d’Israël rédigé au IIème siècle avant Jésus Christ, affirme pour la première fois de manière explicite que ceux qui meurent à cause de leur foi ressusciteront au dernier jour. Et Jésus dans l’évangile, en réponse à un cas d’école rocambolesque qui lui est soumis par des sadducéens, va parler lui-même de manière explicite de la résurrection des morts.

    Mais que signifie “croire en la résurrection“ ? Est-ce uniquement imaginer un futur hypothétique qui se situerait après la mort physique, et que nous n’avons qu’à attendre avec résignation.

    “Le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants : tous en effet vivent pour Lui“.

    Notre Dieu est le Dieu des vivants, non pas des morts. J’ai donc à m’interroger dès aujourd’hui : suis-je un vivant ? Qu’est ce que vivre pour moi ?

    Nous le savons, il y a des façons de vivre qui ne sont que des apparences de vie et d’autres au contraire qui nous construisent, et cela pour l’éternité.

    La mort, en fait, arrive par là où on l’attend le moins, c’est à dire par l’intérieur de nous-mêmes. Elle commence son œuvre par de petites choses auxquelles on ne prend pas garde : ce sont des méchancetés, des masques, la peur, des petites puis des grandes infidélités à soi-même. La mort s’installe alors au-dedans de nous-mêmes, nous rongeant peu à peu le cœur et l’esprit, le corps et l’âme.

    A d’autres moments, au contraire, il y a la vie, cette passion d’aimer et d’inscrire son être profond dans le monde et dans l’histoire, de risquer sa vie pour la rendre plus vraie.

    Comme le dit très bien St Jean (1 Jn 3,14) : “Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. “

    Vivre est un grand travail puisqu’il s’agit de construire l’homme nouveau en nous, approfondir cette relation de fils et fille Dieu qui a été scellée le jour de notre baptême, développer cet amour vrai qui nous a été révélé en Jésus Christ et qui est accueil et don.

    En ce “Jour du Seigneur“, commémoration de la résurrection du Christ, choisissons résolument la vie en célébrant le Dieu des vivants.

    Père Luc de Saint-Basile