Catégorie : Édito

  • Édito du 4ème dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019

    Saint Joseph, la sainteté dans la discrétion !

    Joseph est un homme comme nous tous. Comme nous, il avait fait des projets d’avenir. Le sien était simple et beau : fonder une famille avec Marie, cette jeune fille qu’il avait croisé à Nazareth, avoir avec elle des enfants qui seront sa joie et peut-être continueront son métier de charpentier. Les choses étaient d’ailleurs bien engagées puisque Marie était accordée en mariage avec lui.

    Et voilà que tout s’écroule : Marie est enceinte alors que, selon l’Evangile, elle n’habitait pas encore avec Joseph. Tous ses projets d’avenir sont bouleversés, il est rempli d’incertitude.

    Nous aussi, dans nos vies, nous faisons de magnifiques projets et il arrive que ces projets s’écroulent en raison d’un accident, d’une maladie, d’un échec… On a alors souvent un sentiment d’injustice, un profond désarroi, peut-être un certain désespoir. Puisque ce que j’ai projeté pour mon bonheur ne se réalise pas, alors la vie n’a plus de sens, ma vie est fichue. Et nous nous sentons, comme Joseph, désemparés.

    Dans un songe, Dieu fait comprendre à Joseph que l’enfant que porte Marie vient de Dieu : il est le Messie attendu par le peuple d’Israël. Il ne doit pas craindre de prendre chez lui Marie, malgré le “qu’en dira-t-on“. Dieu lui demande une confiance totale.

    Belle leçon pour nous : il nous faut garder confiance, malgré les apparences, garder notre foi en ce Dieu pourtant si imprévisible et silencieux, ne s’appuyer que sur la seule promesse que “Dieu est avec nous“ (“Emmanuel“) envers et contre tout.

    Joseph restera un personnage particulièrement discret dans l’évangile, il est aussi le modèle même de l’homme juste, c’est-à-dire accordé à Dieu, et disponible à son appel :

    En acceptant de changer ses projets pour se couler dans celui de Dieu, il nous fait mesurer la grandeur de l‘obéissance.

    En consentant à se laisser déposséder de sa paternité biologique, il nous révèle qu’une vraie fécondité est possible au sein même de la chasteté.

    En sachant rabaisser son orgueil bafoué de mari et de père, bien qu’il ait l’appui de la Loi, il manifeste un réel esprit d’humilité et de pauvreté.

    Ces trois vœux qui sont au cœur de toute vie consacrée et qui témoignent au milieu du monde que la promesse de Dieu peut déjà prendre corps dans des existences humaines.

    A nous qui sommes souvent en peine pour trouver des petits signes d’espérance autour de nous (ces “belles nouvelles“ qui décorent notre crèche), toutes ces vies discrètes des consacrés, moines, moniales, religieux, religieuses, sont là pour témoigner que le Royaume de Dieu est déjà là parmi nous.

    Père Luc de Saint Basile

  • 3ème dimanche de l’Avent, de Gaudete, 15 décembre 2019

    “ Es-tu celui qui doit venir ? “

    “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? “ Voici une question déconcertante dans la bouche de Jean Baptiste.

    Nous le retrouvons ce dimanche alors qu’il a été arrêté par Hérode, et qu’il est en proie au doute sur l’identité de Celui qu’il avait désigné comme l’Agneau de Dieu, l’envoyé de Dieu ! Est-ce qu’il ne s’est pas trompé ? Selon ce qu’on lui rapporte de Jésus, est-ce ainsi que doit procéder le Messie d’Israël ? Et, du fond de sa prison, il envoie ses disciples l’interroger : “Es-tu celui qui doit venir… ? “

    Ces doutes de Jean Baptiste rejoignent ceux des hommes et des femmes de toutes les époques. Ils ont été ceux des contemporains de Jésus qui espéraient un Messie qui prendrait la tête du peuple d’Israël pour chasser les occupants romains et rétablir une royauté plus belle encore que celle de leur père David.

    Aujourd’hui encore les attentes d’un salut espéré, d’un sauveur providentiel peuvent prendre la forme d’un homme politique particulièrement charismatique, des progrès de la science, de tel ou tel gourou promettant la sérénité, la santé ou le bonheur.

    Et, comme Jean Baptiste, il y a aussi ceux qui doutent : Y a-t-il seulement un sauveur ? Voilà 2000 ans que Jésus est venu au milieu de nous mais peut-on vraiment dire que le monde est sauvé ? Peut-on encore croire en un homme providentiel ?

    Dans ce passage d’évangile, Jésus ne répond pas directement aux envoyés de Jean en affirmant qu’il est bien le Messie. Il dit simplement : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez. “ Et il se contente de rappeler ce qu’annonçait le prophète Isaïe : “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. “

    Jésus reprend les signes annoncés par les prophètes qui sont des signes de compassion et de miséricorde, d’attention aux petits, aux malades, aux isolés. Des signes de guérison et de libération.

    Alors que nous nous préparons à fêter Noël, il nous arrive de croiser des hommes et des femmes qui s’interrogent toujours sur Jésus. Comment pouvez-vous affirmer que c’est bien le Messie, celui qui peut sauver tous les hommes ?

    La réponse apportée par Jésus aux envoyés de Jean nous invite à ne pas nous enliser dans des justifications intellectuelles mais à nous interroger sur les signes que nous donnons, à inviter les hommes à juger sur ce qu’ils voient.

    Bien sûr il nous arrive parfois de donner à voir une Eglise peu tolérante, fermée sur ses certitudes, peu accessible à ce que vivent certains. La conversion demandée par Jean Baptiste en cette période de l’Avent consiste principalement à chercher à accorder notre vie à l’annonce du prophète Isaïe. C’est un magnifique travail à reprendre chaque jour. N’est-ce pas cela naître avec le Christ de Noël ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de l’Avent, 8 décembre 2019

    “En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste…“

    En ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est la voix vigoureuse de Jean Baptiste qui vient nous interpeller : “Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? “

    “Jean portait un vêtement de poils de chameau …“, comme autrefois le grand prophète Elie dont le retour devait préluder la venue du Messie.

    “Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. “.

    Le Jourdain, à l’endroit même où le peuple de l’Alliance était entré autrefois en Terre Promise, sous la conduite de Josué (Jos 3) ; et ce jour-là les eaux s’étaient ouvertes, comme celles de la mer rouge, pour que tous puissent traverser à pied sec.

    C’est bien l’entrée dans un monde nouveau qu’annonce Jean : “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ! “ Les mots même de la première prédication de Jésus.

    Une nouvelle création se profile, celle qu’annonçait le prophète Isaïe autrefois : “Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau […]. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte. “

    Jean Baptiste nous fait entrevoir l’espérance d’un monde nouveau, un monde de justice et de paix, au-delà de toutes nos déceptions et lassitudes.

    “Convertissez-vous…“, ajoute-t-il. Ce monde nouveau n’est pas à situer au terme de tous nos efforts, mais dans la confiance que nous faisons à ce Dieu qui a scellé une Alliance avec son peuple et qui ne peut le décevoir.

    Pour cela il faut, comme Jean Baptiste nous y invite, ne pas désespérer de l’avenir et nous mettre au travail. Comme l’artiste imagine déjà la statue qu’il va faire (ce qui ne l’empêche pas pour autant de pendre le burin), comme le navigateur imagine déjà la côte (ce qui ne l’empêche pas de tenir bon la barre), viendront des vents contraires, viendront des nœuds dans le bois de la statue, viendront des chamboulements dans la vie ; la confiance en Dieu, à la différence des décisions inflexibles et intransigeantes n’en ressortira que fortifiée.

    Jean Baptiste nous donne déjà à voir le futur, à déceler le “pas-encore-visible“, ce Messie qui est déjà là au milieu de nous. Futur et présent réconciliés.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 1 er décembre.

    C’est Noël chaque jour !

    C’est le 1er dimanche de l’Avent. Noël 2019 n’est plus très loin. C’est réglé comme du papier musique et chacun commence à penser aux cadeaux à faire ou à recevoir. 

    Et pourtant l’évangile est clair : personne ne sait quand le Seigneur viendra !

    Y aurait-il un autre Noël à attendre ? Une autre venue du Seigneur que celle, déjà passée, que nous célébrons le 25 décembre ? Une venue qui, elle, risque de nous prendre par surprise et qui nous invite à être des veilleurs, à être attentif. Plus que les gens du temps de Noé, qui ne se sont doutés de rien quand le déluge arriva.

    A la racine de « veiller », il y a le verbe latin « vigilare ». Veiller, cela veut dire non seulement ne pas dormir dans le temps destiné au sommeil mais cela veut dire aussi être sur ses gardes, être attentif. Ne pas se conduire n’importe comment. 

    Veiller c’est être vigilant. On parle de Vigipirate, pour notre sécurité, de Vigilance Orange pour des régions en risque de forte pluie, de vent. Dans la pub, on est invité à être vigilant sur l’abus d’alcool.  Le réchauffement climatique sollicite aussi de plus en plus notre vigilance dans nos manières de vivre et de consommer. 

    Mais pour un chrétien, qui n’est pas dispensé de ces vigilances-là, c’est quoi être vigilant ? Le temps de l’Avent nous invite à nous poser la question ? 

    Les vigies du haut du navire donnaient l’alerte. On parle aujourd’hui des lanceurs d’alerte, de ces gens qui dénoncent les scandales et les causes de catastrophes.

    Les chrétiens ne le sont-ils pas à leur manière en discernant, au cœur des événements, la lumière du Christ qui vient toujours au-devant de nous ? 

    C’est ce que le Pape a rappelé à Hiroshima et dans son message pour la paix en nous invitant à la paix intérieure et communautaire : « La paix avec soi-même en refusant colère et l’impatience. La paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ; La paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir »

    Puissions-nous, sincèrement, en ce temps de l’Avent qui commence, avoir un cœur tourné vers Dieu, vers les autres et le monde et faire nôtre la dernière parole de l’Apocalypse : « Viens Seigneur Jésus, viens ».

    Père Édouard Bois

  • Édito de la solennité du Christ Roi de l’univers, 24 novembre 2019

    “Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! “

    En cette fête du Christ, Roi de l’univers, la liturgie nous fait méditer deux textes contradictoires : dans le livre de Samuel, l’allégeance de toutes les tribus d’Israël à David qui l’établit dans sa royauté ; et dans l’évangile, le récit de la mort de Jésus sur la croix surmontée de l’inscription : “Celui-ci est le roi des juifs“.

    Entre les deux, il y a toute la nouveauté apportée par Jésus et résumée par St Paul dans son épître aux Corinthiens (1Cor 1, 22-24) : “Les juifs demandent des signes et les grecs recherchent la sagesse, mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens ; mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. “

    Sur la croix, Jésus montre clairement comment il entend exercer sa royauté. Ce n’est nullement en répondant aux injonctions de ceux qui l’entourent, c’est-à-dire en se sauvant lui-même, en descendant de la croix et en exterminant ses ennemis. Il l’exerce en accueillant le brigand qui, à côté de lui, reconnaît ses fautes passées et se tourne avec confiance vers cet homme juste, cloué comme lui sur une croix : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. “

    Je ne suis pas venu juger le monde mais le sauver“ (Jn 12,47). En cette fin d’année liturgique, cette attitude de Jésus en ce moment ultime de sa vie nous éclaire aussi sur ce que nous appelons “le jugement dernier“. Jésus ne juge pas comme les juges de la terre ou les rois en pesant nos actes sur une balance. Il éclaire notre vie par la lumière éblouissante de sa Vérité. A cette lumière, nous nous découvrons tels que nous sommes et c’est nous qui prenons conscience des lumières et des obscurités de nos vies.

    Jésus exerce sa royauté sur la croix en accueillant la petite parcelle d’amour et de vérité qui sort da la bouche de ce truand attaché à la croix, à côté de lui. Et sa puissance de “roi“ lui permet de dire au malfaiteur qu’il sera le jour-même avec lui, dans le Paradis.

    Aujourd’hui encore, il accueille la petite parcelle d’amour et de vérité qui habite nos propres cœurs.

    Heureux les hommes qui peuvent ainsi contempler sur la croix leur Roi et Seigneur !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 33ème dimanche du temps ordinaire, 17 novembre 2019

    Quand cela arrivera, redressez-vous, relevez la tête! »

    Luc 21,28

    Les paroles de Jésus, alors qu’il arrive enfin à Jérusalem, sont surprenantes et même franchement inquiétantes.

    Alors que ses disciples s’extasient devant la beauté de ce Temple tout neuf reconstruit par Hérode, il annonce : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

    Et même s’il les exhorte à ne pas s’effrayer, il ajoute pourtant : « On se dressera nation contre nation…, il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines…, des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. Mais avant tout cela, on portera la main sur vous, on vous percutera… »

    On sait comment tous les prêcheurs annonciateurs de la fin du monde, même parfois dans certains discours écologiques aujourd’hui, se sont servis de ces passages de l’évangile pour appuyer leurs prédictions.

    Or ces images, surtout celles concernant les signes cosmiques, sont conformes au genre littéraire des apocalypses courantes à cette époque, et ne sont donc pas à prendre immédiatement au pied de la lettre.

    Pourtant la première génération chrétienne, ceux qui ont eu à endurer les persécutions de la fin du règne de Néron et qui ont été les témoins de la mise à sac du Temple de Jérusalem en 70 par les armées de Titus, nous ont transmis ces paroles comme prophétiques, alors comment les comprendre comme “Bonne Nouvelle“.

    « Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. » Le mot « témoin » se dit en grec « marturos » qui a donné le mot français « martyr« .

    La force de cette Bonne nouvelle, parvenue jusqu’à nous, vient du fait qu’elle a survécu à la destruction du Temple, signe par excellence de la présence de Dieu ; qu’elle est restée vivante par le témoignage de tous ceux qui l’ont porté jusqu’à nous, parfois jusqu’au don de leur sang ; que l’espérance de vie qu’elle contient permet encore aujourd’hui d’affronter l’échec, l’épreuve, la maladie, la souffrance, en l’unissant à la passion et donc à la résurrection du Christ.

    « Ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » Il n’y a que les faux prophètes, les prophètes de malheur, pour se servir de ces signes pour effrayer et ainsi enchaîner leurs disciples dans la peur.

    Au milieu des tribulations de ce monde, si nous savons garder notre foi bien vivante en Jésus Christ, celle-ci se conjuguera avec ce que Péguy appelait « sa petite sœur », l’espérance.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 32ème dimanche du temps ordinaire, 10 novembre 2019

    « Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants »

    Alors que nous venons juste de fêter la Toussaint, les textes de ce dimanche continuent à parler de “résurrection“.

    La première lecture, tirée du livre des Martyrs d’Israël rédigé au IIème siècle avant Jésus Christ, affirme pour la première fois de manière explicite que ceux qui meurent à cause de leur foi ressusciteront au dernier jour. Et Jésus dans l’évangile, en réponse à un cas d’école rocambolesque qui lui est soumis par des sadducéens, va parler lui-même de manière explicite de la résurrection des morts.

    Mais que signifie “croire en la résurrection“ ? Est-ce uniquement imaginer un futur hypothétique qui se situerait après la mort physique, et que nous n’avons qu’à attendre avec résignation.

    Le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants : tous en effet vivent pour Lui“.

    Notre Dieu est le Dieu des vivants, non pas des morts. J’ai donc à m’interroger dès aujourd’hui : suis-je un vivant ? Qu’est ce que vivre pour moi ?

    Nous le savons, il y a des façons de vivre qui ne sont que des apparences de vie et d’autres au contraire qui nous construisent, et cela pour l’éternité.

    La mort, en fait, arrive par là où on l’attend le moins, c’est à dire par l’intérieur de nous-mêmes. Elle commence son œuvre par de petites choses auxquelles on ne prend pas garde : ce sont des méchancetés, des masques, la peur, des petites puis des grandes infidélités à soi-même. La mort s’installe alors au-dedans de nous-mêmes, nous rongeant peu à peu le cœur et l’esprit, le corps et l’âme.

    A d’autres moments, au contraire, il y a la vie, cette passion d’aimer et d’inscrire son être profond dans le monde et dans l’histoire, de risquer sa vie pour la rendre plus vraie.

    Comme le dit très bien St Jean (1 Jn 3,14) : “Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. “

    Vivre est un grand travail puisqu’il s’agit de construire l’homme nouveau en nous, approfondir cette relation de fils et fille Dieu qui a été scellée le jour de notre baptême, développer cet amour vrai qui nous a été révélé en Jésus Christ et qui est accueil et don.

    En ce “Jour du Seigneur“, commémoration de la résurrection du Christ, choisissons résolument la vie en célébrant le Dieu des vivants.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito de la Solennité de la Toussaint, vendredi 1er novembre.

    La Toussaint, que nous fêtons le 1er novembre, fait partie des grandes fêtes chrétiennes. Au même titre que Noël, Pâques ou la Pentecôte. C’est une fête importante. Mais pourquoi vient-elle la dernière ? Pourquoi à ce moment-là ?

    Elle n’a pas toujours, en effet, été le 1er novembre.

    Dans les Eglises orthodoxes on fête la Toussaint le premier dimanche après la Pentecôte. Chez les catholiques romains elle a été fêtée à divers dates et finalement, par décision papale, au 1er novembre. 

    Si on l’a mise après les autres ce n’est pas simplement une question de hasard, de disponibilité du calendrier ou de hiérarchie dans l’importance voire de saison parce que les feuilles commencent à tomber !

    Si elle est là c’est que la fête de la Toussaint serait incompréhensible sans les autres !  Et les autres sans elle.

    La Toussaint renvoie en effet au mystère du Christ, à sa naissance, sa passion, sa résurrection, au mystère de Pâques et du don de l’Esprit Saint dont nous faisons mémoire chaque dimanche à la messe.

    Mais Jésus et les saints ne sont pas à mettre sur le même plan.

    Le cardinal Marty disait « la sainteté c’est le resplendissement du Christ à travers le visage d’un homme, d’une femme ». 

    La fête de la Toussaint nous tourne vers le Christ.

    Pour autant elle n’en n’est pas moins importante que Noël, Pâques, la Pentecôte.

    Que serait, en effet, l’événement de Jésus Christ sans les saints et les saintes, connus ou inconnus que nous honorons aujourd’hui ?

    Un événement sans suite. Une histoire inachevée. Un salut annoncé et reporté sans cesse plus loin, au terme de l’histoire, aux calendes grecs

    L’accomplissement de l’homme serait toujours attendu, désiré, jamais réalisé.

    Mais fêter les saints c’est être habité par l’intime conviction que, dès ici- bas, en cette terre, et dans l’au-delà, des frères en humanité comme nous, pas des privilégiés, pas des surhommes, pas des héros même si certains ont été martyrs, ont laissé leur vie être comme habité par l’Esprit d’amour, l’Esprit de Dieu en un mot l’Esprit de sainteté.   

    Fêter les saints c’est croire que les forces de vie, de résurrection, la force de Pâques sont à l’œuvre dans ce monde, travaillent le cœur des hommes. Déjà et avec succès.

    Dieu est à l’œuvre au cœur du monde pour conduire chaque existence à son plein épanouissement, son plein accomplissement. En un mot sa divinisation.

    Père Edouard Bois.

  • Édito du 30ème dimanche du temps ordinaire, 27 octobre 2019

    Y aurait-il des prières stériles ?

    “Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, l’autre publicain. “

    Jésus poursuit aujourd’hui son enseignement sur la prière.

    Nous avons entendu tant de fois cette parabole, ainsi que la dénonciation récurrente par Jésus de l’hypocrisie de certains pharisiens, que nous ne prêtons plus attention au côté scandaleux de la morale de cette petite histoire : “Quand le publicain rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare qui était devenu juste, et non pas l’autre. “

    Comment justifier le comportement de ce collecteur d’impôt qui vole pour son compte et collabore avec l’occupant romain, en maniant toute la journée de l’argent impur, alors que le pharisien débute sa prière en rendant grâce à Dieu, jeûne plus que ne l’exige la Loi de Moïse, et reverse le dixième de ses gains aux pauvres.

    Fidèle à ce Dieu décrit par Ben Sirac le Sage dans la première lecture qui ne juge pas sur l’apparence, Jésus ne cherche pas ici à comptabiliser les mérites de chacun ; mais cela ne l’empêche pas de fustiger durement une manière hypocrite de prier : “Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres“.

    De fait, en rendant grâce à Dieu pour ses éminents mérites, le pharisien ne loue pas le Seigneur : il s’adresse à lui-même de vibrants éloges. Au lieu d’être centrée sur Dieu, sa prière est centrée sur lui-même, en lui faisant mépriser “le reste des humains“.

    Comme lui, trop souvent, nous avons tendance à diviser le monde en deux : les bons dont nous sommes, bien sûr, et les méchants, les autres ; l’axe du bien et l’axe du mal, alors que le bon et le mauvais traversent notre propre cœur.

    A l’inverse, le publicain, écrasé par ses fautes et sachant qu’il ne peut pas s’en sortir seul, s’en remet à Dieu pour sa justification parce qu’il attend tout de Lui. Il est ajusté à Dieu dans la mesure où il essaye d’être vrai devant Lui, dans la confiance.

    Sainte Thérèse d’Avila avait une très belle expression pour dénoncer cette attitude, présente même chez ses sœurs carmélites: elle parlait de l’oraison fausse qui consiste à “s’encapuchonner“ pour ignorer autrui.

    Et au XXème siècle, Charles Péguy disait dans le même esprit : ce qui fait le chrétien, ce n’est pas l’étiage, le niveau de la vie morale. Ce qui fait le chrétien, “c’est qu’il donne la main. “

    Que le publicain de l’évangile nous apprenne à reconnaître en toute humilité que nous avons besoin de la main de Dieu qui nous est toujours tendue.

    Père Luc de Saint-BAsile

  • Édito du 29ème dimanche du temps ordinaire, 20 octobre 2019

    Prier sans se décourager…

    « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. »

    Romano GUARDINI, dans un livre qui date maintenant, mais qui reste un grand classique, écrivait : « On entend souvent dire que la prière authentique ne dépend ni d’un vouloir ni d’un ordre, mais qu’elle doit jaillir spontanément de l’intérieur de l’âme, comme le fleuve de sa source. Si ce n’est pas le cas, si le cœur ne s’y porte pas, on devrait s’en abstenir, sous peine de tomber dans l’inauthentique et l’artificiel. A première vue cela paraît très convaincant ; mais quand on connaît mieux l’homme et sa vie religieuse, on ne peut se défendre du soupçon que celui qui parle ainsi pourrait bien n’avoir jamais eu sérieusement affaire à la prière. Sans doute, il y a des prières qui sortent spontanément de l’âme…. Mais la prière qui jaillit d’une impulsion intérieure paraît, dans l’ensemble, être presque l’exception. Qui voudrait édifier sur elle seule sa vie religieuse en viendrait vraisemblablement à ne plus prier. Il ressemblerait à un homme qui voudrait s’en remettre complètement à l’intuition et à l’inspiration, et à laisser de côté l’ordre, la discipline, le travail. » (Initiation à la prière)

    Prier Dieu sans se décourager, qu’est-ce que cela veut dire ? Dieu aurait-il besoin qu’on lui répète les choses, qu’on le supplie à maintes reprises ? Certainement pas.

    La persévérance est importante car elle est le signe de notre fidélité et de notre confiance. Il ne s’agit pas de prier jusqu’à ce qu’on soit exaucé. Il s’agit tout simplement de prier sans cesse, comme expression de notre confiance et de notre amour.

    Entre prier “jusqu’à“ et prier “sans cesse“, il y a plus qu’une nuance : ce n’est pas une question de durée, c’est une question de proximité. On prie sans cesse comme on aime sans cesse. La persévérance dans la prière n’a pas comme objectif d’obtenir quelque chose, mais de signifier un amour qui ne se dément pas.

    Comme Moïse devait tenir les bras levés vers Dieu pendant que son peuple combattait dans la plaine, de même nous devons persévérer dans la prière, même si la fatigue ou le découragement nous guette. Car si, comme lui parfois, il nous arrive de voir l’effet produit par notre persévérance, il se peut aussi que nous soyons tentés de baisser les bras devant cette impression de vide, comme beaucoup de grands saints ont avoué l’avoir expérimenté (Thérèse d’Avila, St Jean de La Croix, Thérèse de Lisieux, et plus récemment Mère Theresa).

    Et si Moïse a eu besoin d’Aaron et de Nour pour soutenir ses bras levés, nous avons besoin de la foi et de la générosité des autres pour soutenir notre cri vers le Seigneur. C’est ce que nous expérimentons chaque dimanche en nous épaulant les uns les autres pour prier sans se décourager, en communion avec le Christ.

    Père Luc de Saint-Basile