Catégorie : Édito

  • Edito du 2ème dimanche de l’Avent, 9 décembre 2018

    19 martyrs d’Algérie béatifiés

     

    Suite au premier massacre de pères blancs à Tizi Auzou, le 27 décembre 1994, les supérieurs majeurs de toutes les congrégations religieuses présentes en Algérie s’étaient réunis à Rome pour interroger les évêques encore présents sur place sur la pertinence de rester ou non. Voici ce que Mgr Pierre Claverie, alors évêque d’Oran et l’un des 19 martyrs béatifiés ce samedi, avait dit ce jour-là, au nom de tous les évêques :

     

    « L’Eglise n’est pas une multinationale qui s’implante quelque part et qui retire son personnel quand cela ne va plus. L’Eglise est le lieu d’une Alliance qui a été passée entre le Dieu de Jésus Christ et une humanité particulière.

     

    Les chrétiens qui sont là sont présents pour un peuple ; quoiqu’il fasse ils sont là pour cette Alliance d’amour avec cette humanité particulière. En entrant dans cette Alliance, chaque personne sait qu’elle devra y rester fidèle, pour le meilleur et pour le pire.

     

    Et quand on nous dit que l’Algérie ne veut pas de nous, ce n’est pas vrai. Il y a certes des Algériens qui ne voulaient pas ; mais tous les autres, les 4 000 qui pleuraient à Tizi Ouzou les quatre pères blancs qui ont été tués, et puis tous ceux qui se sont réunis à l’aéroport d’Oran pour le départ de leurs religieuses, et tous les boiteux, les bossus, les aveugles, qui sont venus voir les pères blancs à Ghardaïa après qu’ils aient été attaqués. Oui Jésus s’est placé sur des lieux de fracture, là où c’était cassé, là où il y avait une tension, et il en est mort. Et si nous chrétiens ne sommes pas présents sur ces lieux de fractures et bien, on n’est plus chrétiens.

     

    L’Algérie d’aujourd’hui est brisée en deux, et nous nous allons partir avec nos quelques religieux qui ont été tués ?

    Non, nous allons rester avec ce peuple. On n’a peut-être plus rien à donner, mais on a encore nos vies. Après des dizaines de milliers de pères de familles, de jeunes, des garçons, des filles algériens qui sont morts, nous ne pouvons pas, nous, partir de notre côté. » (Vous pouvez retrouver cette intervention avec le témoignage du P. Raphaël DEILLON, père blanc qui a vécu ces événements en Algérie sur https://vimeo.com/302800852).

     

    En ce deuxième dimanche de l’Avent, Jean Baptiste nous invite à préparer la venue du Seigneur. A Noël il se manifestera sous la forme d’un petit enfant, l’Emmanuel, “Dieu-avec-nous“, celui qui a voulu partager nos joies et nos souffrances humaines jusqu’à en mourir. Que le témoignage de ces martyrs nous aide à tenir bon, au milieu des souffrances et des fractures qui divisent notre monde actuel, pour être des témoins fidèles de cette Alliance d’amour que Dieu a tissée de manière définitive avec notre humanité.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 1er dimanche de l’Avent, 2 décembre 2018

    C’est l’Avent…et après ?

     

    Noël, c’est dans trois semaines. Ce dimanche est le premier dimanche de l’Avent.

     

    L’atmosphère de la ville a déjà un avant-goût de fête malgré la multiplicité des mouvements sociaux et les récriminations commerciales qu’ils engendrent.

     

    Mais curieusement l’évangile de Saint Luc évoque la fin des temps et semble peu en harmonie avec la préparation de l’anniversaire d’une naissance, fut-elle celle du petit Jésus.

    C’est violent et surréaliste. « Il y aura des signes dans le ciel. Les nations seront désemparées… »

     

    Heureusement la 1ère lecture du livre de Jérémie semble plus dans l’ambiance du jour. « En ces jours-là Juda sera sauvé… »

    Mais peut-être après tout, les conseils que Jésus donne pour attendre son retour final valent-ils aussi pour se préparer à commémorer sa naissance en notre terre il y a plus de 2000 ans.

    Il faut ne pas oublier en effet, lorsque nous fêtons la naissance de Jésus, que nous connaissons la fin de l’histoire et le salut qu’il apporte à l’humanité.

    L’anniversaire d’une naissance au fil des ans, c’est différent du premier où chacun s’interroge sur ce que sera l’avenir de cet enfant. Ne faisons donc pas semblant à Noël de ne pas connaitre l’histoire.

     

    L’avertissement de Jésus ne vaut pas seulement pour la fin des temps mais pour l’aujourd’hui de nos vies quand nous fêtons sa naissance : « Tenez-vous sur vos gardes de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie… Restez éveillés et priez en tout temps. »

    En effet en notre temps les risques sont grands de la superficialité. « Nous sommes, dit un auteur spirituel, à une époque où vitesse et immédiateté priment, où la vie de beaucoup, y compris des enfants, est saturée d’activités multiples et alléchantes. Incessante surstimulation. Survoltage permanent. Eparpillement de nos êtres. Malheureusement ce que nous gagnons en étendue, nous le perdons souvent en profondeur. Nous ne prenons pas suffisamment le temps de nous asseoir avec nous-mêmes, de recueillir et méditer l’événement…nous arrêter pour enfin écouter. Laisser la musique du plus fin désir remonter à la surface de notre être. Accorder notre instrument avant de jouer… Nous taire une minute avant de parler, de répondre, d’entrer quelque part… »

     

    Que les paroles de Paul aux chrétiens de Thessalonique résonnent aussi comme un appel qui nous est adressé à vivre ce Noël en profondeur en sachant trouver les moments du silence et de la prière : « Frères que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant… »

     

  • Edito de la Solennité du Christ Roi de l’univers, dimanche 25 novembre 2018

    Il est le Roi, le serviteur

     

     » Ma royauté ne vient pas de ce monde  » dit Jésus.

    Jésus n’est pas roi à la manière du monde. Tout l’évangile nous montre des attitudes du Christ diamétralement opposées à la façon de se comporter des rois.

    D’ailleurs, Jésus avait refusé ce titre lorsque les gens subjugués par ses paroles et ses actes voulaient le faire roi. Nous sommes une fois de plus devant l’ambiguïté des mots. La notion de roi n’est pas la même dans la bouche de Pilate et dans celle de Jésus.

     

    Pour Pilate, demander si Jésus est bien roi, c’est lui demander s’il va prendre la tête d’un pays avec son organisation et son armée. Jésus répond que s’il était roi de cette manière, des gardes armés l’auraient défendu.

    Après avoir dit que sa royauté n’était pas à la manière de ce monde, Jésus fait un lien entre sa royauté et le témoignage rendu à la vérité. Et il conclut : c’est ainsi que vous reconnaîtrez ma royauté, en écoutant ma voix qui vous révèle la vérité de Dieu et la vôtre.

     

    Ainsi, nous ne sommes plus dans le registre de la gloire, des honneurs, de la première place qui nous travaille si souvent, et même hélas, dans notre Église, mais dans le registre de cette recherche permanente de la vérité et de son accueil par notre relation avec le Christ Jésus.

     

    Sur la croix, Jésus est bien loin d’être reconnu comme roi. Notre Sauveur Jésus est un roi humilié et couronné d’épines, et le panneau placé au-dessus de sa tête, “Jésus de Nazareth Roi des juifs“ est d’abord là pour le tourner en dérision. C’est ainsi que Jésus n’attend pas qu’on se prosterne devant lui comme devant les grands de la terre, mais que nous nous tournions vers lui comme le malfaiteur de l’évangile, reconnaissant nos faiblesses, notre péché, mais en ayant une immense confiance en la puissance de sa miséricorde.

    Jésus exerce sa royauté en accueillant la petite parcelle d’amour et de vérité qui sortait de la bouche de ce brigand attaché à la croix à côté de lui. Et sa puissance de  » roi  » lui permet de dire au malfaiteur qu’il sera le jour même avec lui, Jésus, dans le Paradis. Il accueille aussi de la même manière la petite parcelle d’amour et de vérité qui habite notre propre cœur.

     

    Nous célébrons ce dimanche plusieurs étapes en vue du baptême. Au moment du baptême, aussitôt après l’immersion dans l’eau, il y a le beau rite de l’onction d’huile ou saint-chrême. L’onction est accompagnée d’une parole où il est dit au nouveau baptisé qu’il est associé au Christ dans sa triple fonction, sa triple responsabilité de roi, de prophète et de prêtre : roi, c’est-à-dire au service des hommes, prophète, c’est-à-dire au service de la vérité, et prêtre, c’est-à-dire au service de la prière, de l’action de grâce.

     

  • Edito du 26ème dimanche du temps ordinaire, 30 septembre 2018

    « Ce dimanche, le catéchisme et l’aumônerie font leur rentrée, et les équipes St Vincent fêtent leur St patron (jeudi dernier nous célébrions la St Vincent de Paul).

    C’est donc Sylvie Bénac, responsable des équipes St Vincent sur la paroisse, qui nous partage sa méditation sur l’évangile d’aujourd’hui.

     

     

    « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. »

     

    Jésus veut montrer à ses disciples que tous ceux qui font le bien agissent selon son désir.

    Il utilise des images très marquantes pour nous inciter à faire preuve d’amour envers notre prochain.

     

    Il n’attend pas de nous d’être irréprochables ou de faire des choses extraordinaires, mais simplement, de faire de petits gestes envers ceux qui nous entourent : sourire à une personne sans domicile, prendre le temps d’écouter un ami en difficulté, appeler une personne isolée, rendre visite à une personne malade, proposer de rendre service à une maman très occupée…

    De telles occasions d’être présents, tout simplement, ne manquent pas.

     

    Sur la paroisse, les membres de la Société Saint Vincent de Paul visitent des personnes isolées, malades ou handicapées qui souhaitent un soutien moral, spirituel et parfois une aide matérielle. En les voyant chez elles, à l’hôpital ou en maison de retraite régulièrement, ils créent une relation de confiance et d’amitié réciproque.

     

    Si vous disposez d’un peu de temps à offrir à une personne qui en a besoin, vous pouvez rejoindre ce groupe. Vous découvrirez que c’est une expérience très enrichissante et qui apporte beaucoup de joie.

    Si vous connaissez des personnes dans votre immeuble qui souhaiteraient être visitées, merci de les signaler à l’accueil de la paroisse.

    Si vous souhaitez connaître un peu mieux les activités de ce groupe, vous pouvez venir à la prochaine rencontre le vendredi 28/09 à 18h30 au presbytère, vous y serez accueillis avec joie.

     

    « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mat 25, 40).

     

    Sylvie Bénac

  • Edito du 25ème dimanche du temps ordinaire, 23 septembre 2018

    “Ils discutaient entre eux

    pour savoir qui était le plus grand « .

     

    Toute personne a besoin d’être reconnue ; c’est cette reconnaissance par les autres qui nous permet tout simplement d’exister.

    Mais autant ce désir est légitime, autant vouloir être au-dessus des autres est anti évangélique. Or la soif du pouvoir est un instinct bien ancré au cœur de l’homme.

    Et cela ne concerne pas seulement les grands responsables. Malheureusement, chacun à sa place, si petite soit-elle, entend souvent exprimer son pouvoir, que ce soit le modeste employé qui manifeste qu’il possède le pouvoir d’accéder ou non à une demande, que ce soit celui qui a la chance d’avoir quelques connaissances et qui écrase les autres de sa science ou  monopolise la parole dans une réunion, et même au sein d’une famille, entre conjoints ou vis-à-vis des enfants. Vouloir dominer est, hélas, un instinct naturel qu’il nous faut combattre pour suivre le Christ et devenir plus humains.

     

    L’évangile de ce dimanche commence par une nouvelle annonce de la passion et de la mort de Jésus et Marc souligne que les disciples ne comprenaient pas ces paroles.

    Bien plus il nous avoue qu’ils ont discuté sur la route pour savoir qui était le plus grand.

     

    Jésus va remettre les choses à leur place :  » Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. «  Par cette parole, Jésus ne dénie pas la nécessité d’une autorité ni la nécessité de prendre des responsabilités avec le pouvoir qu’exige l’exercice d’une responsabilité. Ce qu’il demande, c’est d’exercer une autorité, une responsabilité dans un certain esprit. Celui-ci se définit par deux mots : l’humilité et le service. Et pour illustrer cela, il prend un enfant comme exemple. Qu’est ce que cette comparaison évoque pour nous ?

     

    La première raison, et peut-être la plus importante, c’est que l’enfant est appelé à grandir : on ne nait pas grand, on devient grand, mais pour cela il nous faut accepter de recevoir. Celui qui se croit le plus grand, celui qui croit tout savoir, s’enferme et ne grandira jamais. Par contre, celui dont le cœur et l’esprit sont ouverts, celui qui sait qu’il ne sait rien ou pas grand-chose, celui qui accepte de recevoir des autres, alors celui-là pourra grandir comme l’enfant.

    Mais recevoir suppose la confiance. Si l’enfant reçoit de ses parents, c’est aussi parce qu’il a une totale confiance en eux. De même, nous grandirons dans l’intériorité, nous grandirons dans notre foi dans la mesure où, avec une totale confiance comme l’enfant, nous accepterons de recevoir des autres et particulièrement du Christ et de son évangile.

     

     » Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir  » (Mt 20, 28). Laissons-nous entrainer sur le chemin de Celui qui s’est agenouillé aux pieds de ses apôtres au cours de la dernière Cène pour leur laver les pieds.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 24ème dimanche du temps ordinaire, 16 septembre 2018

    Pour vous qui suis-je ?

     

    Croire c’est quoi quand on est chrétien ? Il peut arriver qu’un interlocuteur, sachant que nous sommes chrétien, nous pose la question.

     

    Il nous arrive aussi de nous la poser à nous-même.

     

    L’évangile de ce dimanche est une aide précieuse pour répondre à cette question.

    Nous sommes en effet à un tournant de la vie et la mission de Jésus.

    Jésus pressent maintenant la forme tragique que va prendre son avenir. Il l’assume, Lui donne sens librement. Il marche vers Jérusalem, c’est-à-dire vers son terrible destin.

     

    Oui mais encore faut-il que derrière les troupes suivent !

    Aussi Jésus pose-t-il la question à Pierre et aux autres disciples. « Que dîtes-vous, pour vous qui suis-je ? ».

    La réponse de Pierre ne sort pas d’un manuel de catéchisme, de théologie où il aurait été chercher la bonne réponse comme nous serions tentés de le faire.

    Il n’avait pas le Catéchisme de l’Eglise Catholique dans sa poche.

     

    La question de Jésus n’est pas une question d’école, de savoir, de vérification de connaissance.

    Pour toi…en ton for intérieur tu dis quoi de moi, tu engages quoi de ta vie avec moi ?

     

    « Tu es le Messie ! ».

    La réponse de Pierre vient du plus profond de lui-même.

    Croire c’est dire « je », engager toute sa vie.

    Pierre ainsi reconnaît que Jésus est plus que Jean Baptiste, Elie ou d’autres prophètes.

    Il est celui que les prophètes ont annoncé, le Messie : l’envoyé attendu par le peuple depuis des années, voir des siècles, pour la libération, pour rassembler, relier à Dieu.

    Alors cela vaut la peine de le suivre, de jouer sa vie sur lui.

     

    Mais voilà. Dans l’euphorie de la bonne réponse c’est la douche écossaise.

    Pierre tombe de haut.

    Jésus précise quelque chose d’inattendu : le messie devra subir la passion, être mis à mort avant de ressusciter.

    Pierre a encore du chemin à faire pour croire vraiment à cela et accepter un Messie, non comme il l’imagine, mais tel que lui se donne, se présente.

     

    Le chemin de Pierre est aussi le nôtre pour entrer peu à peu dans le mystère du Christ et en vivre

    Ce n’est jamais achevé car le Messie est toujours plus grand que ce que nous avons découvert de lui et nous changeons nous aussi. Il y a notre histoire qui évolue, notre âge à assumer, des événements nouveaux parfois douloureux qui se présentent.

    Comme celui de Pierre notre «Je» au Christ est en perpétuel mouvement.

    Marc, en ce temps de rentrée, nous invite à explorer un peu plus le mystère du Christ.

    Il est grand le mystère de la foi.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 23ème dimanche du temps ordinaire, 7 septembre 2018

    “ Effata “

     

    Même si un certain nombre d’entre nous reviennent de vacances reposés, pleins d’énergie pour recommencer l’année, nous portons tous au cœur des soucis de santé, de travail, de relations, pour nous-mêmes, dans nos familles, nos proches, sans parler des graves épreuves de tant d’hommes et de femmes dans le monde. Et la Parole de Dieu continue à agir aujourd’hui pour nous redonner espérance.

     

    Par l’intermédiaire du prophète Isaïe, Dieu nous dit : “ Dites aux gens qui s’affolent : prenez courage, ne craignez pas, voici votre Dieu ” (Is 35, 4).

    Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que fait ce Dieu pour nous ? En quoi va-t-il nous soutenir ? Est-ce que, miraculeusement, il va aplanir nos difficultés, supprimer nos épreuves ? Non, ce n’est pas son rôle. Alors, quels sont les signes de sa présence aimante, partageante, réconfortante ?

     

    L’Évangile nous le dit à travers la guérison par Jésus de ce sourd-muet. Ne pas entendre, ne pas parler, c’est être enfermé en soi-même. Pour certains, cet enfermement est une terrible maladie qu’on appelle l’autisme. Mais il y a bien des manières d’être enfermé en soi-même : ne sommes-nous pas souvent ces sourds et muets qui tournons nos problèmes en nous-mêmes sans oser sortir par peur, par manque de confiance, par manque d’espérance ?

     

    Et voilà que Jésus s’approche de nous, mieux, il est au cœur de chacun de nous. Et si nous acceptons, dans la foi, de nous mettre en sa présence, alors nous entendons cette parole qui libère : Ephata, ouvre-toi. Ouvre-toi, ouvre tes mains et ton cœur vers la peine et la joie des autres et tu verras que ta propre peine s’adoucit.

    Ouvre tes mains et ton cœur, c’est-à-dire lâche prise. Lâcher prise, c’est abandonner ses idées toutes faites, renoncer à ses idéologies qu’elles soient de type politique, économique ou religieux. Lâche prise dans tes prétentions à tout maîtriser, lâche prise de tes rêves qui t’empêchent de t’investir dans le réel de ta vie.

     

    Ouvre tes mains et ton cœur, c’est-à-dire accueille l’autre différent dans ses manières de penser et de vivre. Ne t’enferme pas dans ta vision de l’homme, du religieux, de la société, mais accepte le dialogue qui éclaire, nuance, rectifie, conforte aussi.

     

    Redécouvrons la pauvreté spirituelle qui accepte de ne pas savoir, de ne pas entendre, de ne pas parler afin que Jésus nous touche comme il a touché le sourd-muet de l’Évangile et nous donne ses paroles de vie. Nous aurons alors l’audace et la joie de communiquer cet amour qu’il a semé en nous et qui ne demande qu’à guérir ceux qui nous entourent.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

     

  • Edito du 2 septembre 2018, 22ème dimanche du temps ordinaire

    “Hypocrites “

     

    C’est avec ce mot particulièrement dur dans la bouche de Jésus à l’adresse des scribes et des pharisiens que nous commençons une nouvelle année scolaire.

     

    Ce terme d’“hypocrite“ a pris une connotation très péjorative aujourd’hui, en désignant quelqu’un qui cache volontairement des desseins malveillants derrière un visage avenant.

    En fait, l’étymologie du mot grec “ upokritaï “, désignait dans l’antiquité des gens qui portaient un masque, comme les comédiens de théâtre. L’important n’est pas tant ce qu’ils sont en réalité, mais ce qu’ils vont laisser paraitre, la façon dont ils seront perçus par les autres. C’est pour cela que Jésus, en reprenant ensuite cette discussion avec la foule, va faire cette distinction entre l’intérieur, le cœur, là où se situe la vraie personnalité de chacun, le lieu véritable de la rencontre avec Dieu, et l’extérieur qui n’est qu’apparence.

     

    St Jacques dont nous débutons la lecture aujourd’hui nous dira, dans l’esprit de Jésus, que la manière “pure et irréprochable“ de pratiquer la religion c’est de mettre la parole de Dieu en application dans le plus quotidien de la vie : « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. »

    Ainsi, nous ne pouvons pas prétendre honorer Dieu en respectant les préceptes de la religion chrétienne, si nous ne sommes pas sensibles à la détresse de notre prochain.

     

    A une époque où le “paraître“, ce personnage fictif que nous nous construisons parfois, prime sur la personnalité cachée de chacun, entendons ces paroles sévères de Jésus comme une invitation à ne pas céder à cette tentation, même s’il faut parfois en payer le prix dans des milieux ou le “faire savoir“ prime sur le “savoir être“.

     

    Et que surtout, dans notre manière de vivre notre foi chrétienne, nous ne soyons jamais « ce peuple qui m’honore des lèvres, mais dont le cœur est loin de moi » (Is 29,13).

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito des vacances, juillet et août 2018

    REPOSE-NOUS

     

    Notre Dieu, nous te demandons de laisser le repos venir à notre cœur, à notre pensée et à notre corps afin que nous puissions faire halte et nous démettre de ce qui tourbillonne, se bouscule et s’encrasse en nous. Tu le sais : malgré les apparences que nous nous donnons d’être calmes et organisés, détachés et concentrés, en réalité, nous ne faisons pas trêve avec nous-mêmes. Nous remplissons notre temps comme une armoire comble. Nous entassons nos années comme un amoncellement de tâches et de retards. Nous bourrons nos vies, sans nous laisser d’espace pour les vivre. Nous allons de travaux en divertissements, et nous ignorons le repos.

     

    O Dieu, repose-nous, toi qui as pris le septième jour pour regarder, apprécier et chômer de ta propre fatigue. Repose-nous, toi qui commandes de faire relâche en mémoire de notre liberté, toujours réelle, en présence de notre communion, toujours possible, en attente de l’achèvement de ton royaume, toujours annoncé.

     

    Fais que nos repos ne nous effraient pas, nous qui savons mal user de la liberté du temps. Fais que nos repos ne nous dissolvent pas, nous qui savons mal vivre le silence et le calme, le retrait et la retraite. Car nous voudrions que le repos cesse d’être pour nous une hygiène et un devoir, une obligation et une résignation, pour advenir en nous tel le soleil qui s’attarde au soir, telle la nuit qui ensevelit les insuffisances, tel le sommeil qui éveille les songes, telle l’aurore aussi, qui nous retrouve dispos.

     

    Repose nos cœurs, ces chevaux, que tirent à hue et à dia nos passions.

    Repose nos esprits, ces antichambres, où se pressent les solliciteurs.

    Repose nos corps, ces maisons, où la poussière se dépose.

    Repose-nous, toi qui as disposé les rythmes du monde, le jour et la nuit, l’hiver et l’été, l’allant et le silence, la parole et le sacrement, la bouche et la douceur de la main, l’oreille et l’effleurement du geste, l’animation et l’apaisement de l’amen.

    Nous te demandons le repos de nos vies, à toi qui es le Dieu de la Parole vivante, mais aussi de la paix accomplie. Amen.

     

    Pasteur André DUMAS

  • Edito du 13ème dimanche du temps ordinaire, 1er juillet 2018

    Au service de la vie

     

    Ce dimanche l’évangéliste saint Marc nous conte, avec talent, l’histoire d’une double guérison. Celle d’une jeune fille dont le père est chef de la synagogue locale et celle d’une femme atteinte de pertes de sang et que les médecins de l’époque semblent impuissants à guérir.

     

    Et l’évangéliste de préciser que trois apôtres accompagnent Jésus dans la maison où il se rend à la demande pressante du père de la jeune fille en grand danger de mort.

    Pierre, Jacques et Jean sont ces trois-là.

    Ce n’est pas la première fois qu’on les retrouve ainsi aux côtés de Jésus.

    Ils l’accompagnent sur la montagne de la Transfiguration.

    lls ne seront pas loin au moment de la Passion.

    Jésus associe de près à sa mission ceux qui, un peu plus tard, seront la cheville ouvrière de la diffusion de son message et de la fondation de l’Eglise où ils joueront un rôle décisif.

     

    Jésus, aujourd’hui, continue à associer des disciples à sa mission sous diverses formes et particulièrement par le ministère des prêtres à la suite des apôtres.

    7 jeunes hommes ont été ordonnés prêtres ce samedi à Notre-Dame de Paris par le nouvel archevêque, Mgr Aupetit.

    Souhaitons-leur d’être prêtres à la manière des apôtres que Jésus invite à être profondément attentifs à l’humain comme il l’a été lui-même.

    Nous le voyons ici en effet bouleversé par le drame de cette famille et touché par la maladie de cette femme.

     

    Mais Jésus n’est pas un simple thérapeute terrestre. Dans la rencontre de ce père de famille et de cette femme en grande détresse, Jésus se révèle comme celui qui vient sauver et qui vient nous apprendre ce que cela veut dire être sauvé.

    « Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive » dit Jaïre le chef de la Synagogue locale. Il ne dit pas seulement « Viens pour qu’elle soit guérie ! »

    Jésus n’est pas seulement un médecin, un thaumaturge, voir un magicien tel que les foules l’imaginent. Il n’est pas non plus seulement un maître à ne pas déranger avec nos petits et grands problèmes de santé.

    Il ne vient pas seulement guérir mais sauver. Réveiller, faire se lever, cela veut dire en langage biblique ressusciter, donner vie.

    Le salut qu’apporte Jésus nécessite de la confiance. Il en faut à Jaïre, personnalité en vue, chef de la synagogue, pour venir, dans sa situation, s’agenouiller devant Jésus. Il en faut aussi à cette femme pour venir le toucher au milieu de la foule.

     

    Ce salut s’inscrit aussi dans une relation profonde : Jésus regarde, dévisage la femme, demande qui l’a touché et prend la main de la fillette.

    Ce salut est enfin invitation à vivre pour les autres et à être attentif à notre vie ordinaire. « Donnez-lui à manger ! » dit Jésus en conclusion.

    Etre des sauvés nous confère une responsabilité. Pas seulement à Pierre, Jacques et Jean et à leurs descendants mais à tous les baptisés.

    Chacun à sa manière.

     

    P. Edouard Bois