Catégorie : Édito

  • Edito du dimanche de la Sainte Trinité, 27 mai 2018

    C’est la Sainte Trinité, faisons la fête ?

     

    Ce dimanche est pour les chrétiens la fête de la Sainte Trinité et en même temps pour tout le monde, la fête des mères. Il y a gros à parier que la seconde mobilisera plus que la première. Même chez les chrétiens !

    Car la Trinité, c’est bien mystérieux.  Il n’y a pas de quoi à première vue faire la fête.

    Mais la Sainte Trinité n’est pas là pour le plaisir de compliquer les choses de la foi.

    Parler de Dieu comme de la Sainte Trinité c’est pour les chrétiens dire quelque chose d’essentiel de la vie, de notre vie et de la vie de Dieu.

    Ce mystère de Dieu, une seule nature trois personnes, a été formulé par les premiers conciles parce que dans les premiers siècles après JC les débats sur Dieu étaient dans l’air du temps et menaçaient l’unité des communautés. Il fallait préciser en quel Dieu croire pour être fidèle à celui à qui Jésus s’adressait.

    Ne l’oublions donc pas, c’est Jésus qui nous a mis la puce à l’oreille au sujet de la Trinité.

    Jésus parle sans cesse, et notamment dans le discours après la Cène dont nous avons achevé la lecture il y a peu, du Père, du Fils, de l’Esprit et de leurs relations.

    Saint Thomas d’Aquin intitulera plus tard l’un des chapitres de la Somme Théologique : Dieu est relation.

    Tout est dit. Tel est le fondement de l’être, de toute réalité. Dieu est relation d’amour.

    Eloi Leclerc, un franciscain, le dit aussi : « L’amour ne se possède pas, il ne se garde pas pour lui-même. Il se donne, il se répand. Sans mesure. Il s’épanouit dans le don.
    Aussi est-il toujours tourné vers l’autre, en mouvement vers lui, voulant son bien.

    Il y a en Dieu une communication essentielle, éternelle, d’où jaillit la Trinité des personnes.

    Le Père ne cesse de communiquer à son Fils unique la plénitude de sa divinité. Et de leur amour mutuel jaillit l’Esprit. Aucune des trois personnes divines ne se garde pour elle-même. Aucune ne retient pour soi la divinité. Chacune n’existe que dans sa relation à l’autre : dans son don à l’autre.

    Et toutes les trois ne font qu’un seul Dieu, en une seule communion. Ainsi la joie du Père est d’engendrer son Fils éternellement dans l’Esprit. »   

    Et Eloi Leclerc d’ajouter : « Dans un excès d’amour, Dieu Trinité a voulu communiquer sa joie divine, hors de lui, librement et gratuitement, en appelant des créatures à partager sa propre vie dans l’amour. Et ce dessein, il a projeté de le réaliser en s’unissant lui-même à notre humanité en la personne de son Fils éternel. »

    Si Dieu Trinité est relation d’amour, foyer d’amour, nous pouvons le fêter.

    Sans arrières pensées et sans oublier la fête des mères !

    Entre l’amour que déploient les mamans que nous fêtons aujourd’hui et l’amour qui se déploie dans les relations de la Sainte Trinité, qui ne voit le rapport profond ?

    Aujourd’hui, ensemble, rendons grâce pour tant d’amour.

     

    P. Edouard Bois

     

     

  • Edito du dimanche de la Pentecôte, 20 mai 2018

    Veni, Creator Spiritus !

     

    Il est très difficile de parler de l’Esprit Saint.

    Aussi insaisissable que les différentes représentations qui le décrivent dans la Bible, le vent, le souffle, l’eau, le feu, la colombe…, peut-être, à l’image du vent, faut-il d’abord chercher sa présence dans son action, dans ce qu’il fait bouger et transforme.

    Ainsi St Paul dans son épitre aux Galates préfère parler des “fruits de l’Esprit “ : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »

     

    Le P. Yves Congar, un grand théologien du Concile, dans un très beau petit livre “La Parole et le Souffle“ rappelait que l’œuvre de Dieu se réalise conjointement par son Verbe, son Verbe fait chair en Jésus Christ, et par son Esprit Saint. Dès le début de la création Dieu dit et il fait.

    Ainsi dans l’évangile de ce jour, Jésus reconnaît que les paroles qu’il a cherché à transmettre à ses apôtres ne suffisent pas, il faudra que l’Esprit agisse en ceux qui seront témoins de sa mort et de sa résurrection : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. »

     

    La Pentecôte ne se résume donc pas à la naissance d’une petite secte religieuse nouvelle qui va répéter les paroles de son Seigneur et Maître. Ce n’est pas une nouvelle religion qui naît ce jour-là, c’est le début d’une humanité nouvelle qui accepte de se laisser guider par le souffle de l’Esprit Saint pour témoigner que le chemin pascal ouvert par Jésus Christ est un chemin de Vie éternelle qui nous conduit à “la vérité toute entière“.

     

    En ce début du troisième millénaire, nous le croyons, l’Esprit Saint continue son action dans le cœur des hommes que nous sommes. Saurons-nous nous laisser guider par cette force qui nous pousse à dépasser toutes nos peurs et nos enfermements sur nous-mêmes ?

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 7ème dimanche de Pâques, 13 mai 2018

    Entre Ascension et Pentecôte,

    un temps pour prier !

     

    Après le départ de Jésus en cette fête de l’Ascension, le livre des Actes des Apôtres décrit ce qui reste du groupe des disciples réunis dans ce qu’on appelle “le Cénacle“ : en plus des onze apôtres, environ cent vingt personnes. Apparemment un bien pauvre groupe !

     

    C’est pourtant ce petit noyau d’Eglise naissante à qui Jésus a demandé d’annoncer la Bonne Nouvelle jusqu‘aux extrémités du monde, un envoi qui sera effectif le jour de la Pentecôte ; mais ils commencent d’abord par ce temps de prière commune. Et il en sera ainsi à chaque étape importante qui marquera la petite communauté primitive : avant le choix de Matthias qui devra remplacer Judas (1ère lecture), avant l’institution des diacres (Act. 6,6), avant la conversion des Samaritains (Act. 8,15)…

     

    Prier, on le croit trop souvent, c’est demander à Dieu de nous sortir d’une situation désespérée : c’est en quelque sorte notre dernière planche de salut ! On prie après que tout le reste ait échoué ! La vraie prière chrétienne, elle, vient avant. Avant la parole et avant l’action, comme on respire avant de chanter ou de faire un effort. La vraie prière chrétienne est tournée vers l’avenir : « Que ton règne vienne. » (Mt 6,10)

     

    Ainsi le discours d’adieu de Jésus, que nous lisons dans l’évangile de St Jean aujourd’hui, se termine aussi par une prière : prière non pas centrée sur l’événement tragique qui se profile, mais tournée vers les disciples qui auront à poursuivre la mission de leur Seigneur, une prière qui manifeste déjà dans quel esprit Jésus aborde sa passion.

     

    Une communauté chrétienne ne vit que si elle respire. Et sa respiration, c’est la prière. Elle ne peut annoncer Dieu et agir au nom de Dieu que si elle respire Dieu.

     

    Laissons-nous porter par la prière du Christ, en ce dimanche de respiration, avant le grand souffle de Pentecôte qui nous fera nous tourner, nous aussi, vers les quatre coins de l’univers. Tourné vers l’avenir, Jésus confie cette petite communauté naissante, et notre Église d’aujourd’hui qui en est l’émanation, à l’amour fidèle et prévenant du Père.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

     

  • Edito du 6ème dimanche de Pâques, 6 mai 2018

    “ Ce que je vous commande

    c’est de vous aimer les uns les autres “

     

    Nous sommes au tout début de l’Eglise naissante. Deux personnages qui n’ont rien en commun se rencontrent :

    Pierre qui appartient au monde juif, ce qui lui interdit, sous peine d’impureté rituelle, toute relation suivie avec les païens ; mais c’est aussi lui qui a reçu du Seigneur la mission d’être le pasteur de ses brebis.

    De l’autre côté Corneille, un païen chercheur de Dieu, centurion de l’armée romaine d’occupation, en garnison à Césarée maritime, et qui n’hésite pourtant pas à venir se jeter au pied de Pierre et se prosterner devant lui.

     

    La première réaction de l’apôtre est d’abord un geste de fraternité humaine : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi-aussi. »

    Puis, dans l’Esprit de Celui qui a voulu donner sa vie pour tous les hommes, il va faire ce pas décisif pour l’Eglise à jamais : « En vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. »

    Et d’autorité, reconnaissant là l’œuvre de l’Esprit, il prendra l’initiative de faire baptiser ce païen au nom de Jésus Christ, avant d’accepter l’invitation de demeurer quelques jours avec les siens, alors qu’il sait très bien que cela va lui être vivement reproché par ses frères juifs.

    L’amour qui prime sur la Loi et qui permet de dépasser les frontières.

     

    Sans doute s’est-il souvenu de ces paroles que Jésus avait prononcées au cours de son dernier repas et que nous rapporte l’évangéliste St Jean aujourd’hui : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

    Des paroles qui resteront gravées dans le cœur des disciples, après la mort et la résurrection de leur Seigneur, jusqu’à bousculer toutes les certitudes établies et provoquer des chamboulements dont nous voyons les premiers effets dans ce geste d’autorité de Pierre.

     

    Comme l’écrit le dernier successeur de Pierre dans sa dernière exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté (Gaudete et exultate § 60) : “ Il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c’est « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Nous sommes appelés à préserver plus soigneusement la charité : « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi […]. La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14). “

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche de Pâques, 29 avril 2018

    Vous êtes les sarments

     

    Il y a déjà un certain temps, mais je m’en souviens encore, on a pu voir sur les écrans un très beau film sur le rapport entre le vigneron et sa vigne. Un rapport profond, affectif même. Mais, racontait le film, ce lien s’est perdu lorsque la vigne est devenue uniquement une question de rapport mais de rapport économique.

    Si ce souvenir me revient à l’esprit c’est que, ce dimanche, l’enseignement de Jésus porte précisément sur la vigne et les liens qui unissent le vigneron à sa vigne et les sarments au cep.

     

    Lorsque saint Jean se fait l’écho des paroles de Jésus sur la vigne, il s’adresse à l’Eglise de la fin du premier siècle. Une Eglise sous tension, avec divers courants gnostiques et le risque de retour à la synagogue de chrétiens juifs convertis.

    Alors pour les chrétiens de son temps, et pour nous aussi où il n’est pas facile non plus de croire, Jean rappelle des passages obligés pour être croyant.

     

    Le premier enseignement c’est la place centrale de Jésus dans notre foi. Ce n’est pas matière à option. C’est à prendre ou à laisser si on veut se dire chrétien.

    Pour bien nous le faire comprendre, Jésus par l’entremise de Jean emploie donc l’image de la vigne. Image bien connue dans le Premier Testament où elle est omniprésente pour désigner le Peuple de l’Alliance aimé de Dieu.

    Mais ici c’est Jésus qui dit : Mon Père est le vigneron. Je suis la vigne. Vous êtes les sarments.

    Ainsi Jean rappelle-t-il aux chrétiens de sa communauté et à ceux de tous les temps la place unique, incontournable de Jésus dans la foi des chrétiens.

    Alors où en sommes-nous de notre relation à Jésus ? Qui est-il pour nous ?

     

    Le deuxième enseignement de Jean est dans ce verbe qui revient 7 ou 8 fois dans la bouche de Jésus et qui est un mot clef de son évangile : demeurer !

    « Demeurez en moi comme moi en vous, comme je demeure dans le Père et le Père en moi ».

    Demeurer signifie la profondeur d’une relation, son intériorité, sa réciprocité mais ici demeurer veut être aussi une invitation à adhérer fidèlement, durablement.

    C’est un appel à chacun venant du Christ lui-même : demeurez en moi. Tenez bon malgré toutes les sollicitations et les dérives, les tentations.

     

    Le troisième enseignement que souligne saint Jean n’est pas le moins important : « Ce qui fait la gloire de mon Père c’est que vous portiez beaucoup de fruits. »

    De quels fruits s’agit-il ? Tout simplement de la réalisation du dessein d’amour du Père, de l’extension du règne de Dieu sur la terre.

    Ce que nous avons à demander, c’est cela ! Nous le faisons en priant le Notre Père : que ton Règne vienne.

    Jésus nous associe ainsi intimement à sa mission « que leur unité soit parfaite ainsi le monde saura que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ». Jésus compte sur nous pour porter du fruit. Des fruits aussi imprévisibles que la conversion de Paul (cf.1ère lecture : Actes de Apôtres 9,26-31).

     

    P. Edouard Bois

     

     

  • Edito du 4ème dimanche de Pâques, 22 avril 2018

    Le Bon Pasteur

    Méditer la figure du Christ Bon Pasteur en ce dimanche qui est aussi celui de l’appel à la prière pour les vocations nous rappelle que le prêtre n’est pas prêtre tout seul et que les communautés chrétiennes ont un rôle essentiel pour permettre aux prêtres d’épanouir leur vocation.

    Ce beau petit témoignage d’un prêtre d’origine colombienne, venu exercer son ministère en France, l’exprime très simplement :

    « Je crois profondément que nous les prêtres, et surtout les prêtres diocésains, nous ne pouvons pas exercer notre ministère pastoral si nous ne sommes pas en relation avec la communauté paroissiale qui nous aide à vivre notre célibat et notre mission.

    Nous avons besoin d’amis avec qui nous partageons nos peines et nos joies, nous avons besoin de familles qui nous apprennent les espoirs, les difficultés, les bonheurs et les souffrances propres au couple et à la famille.

    Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui sont dans le monde de l’entreprise, de la recherche, du travail… qui nous aident à rester toujours en contact avec la réalité qui nous entoure et avec les préoccupations de notre société.

    Nous avons besoin d’amis qui partagent leur table avec nous, qui nous invitent et que nous invitons aussi pour parler d’autres choses que de l’Église ou de la foi et qui nous permettent de rencontrer des hommes et des femmes d’autres religions ou qui n’appartiennent pas à une communauté particulière.

    Nous avons besoin d’enfants et de jeunes qui nous ouvrent les yeux sur les nouvelles évolutions de la technique, de la musique, du cinéma,… du monde.

    Nous avons besoin de femmes qui nous disent avec compétence et fraternellement que les chaussettes bleues ne vont pas ensemble avec la chemise rouge.

    Nous avons besoin d’amis qui nous conseillent quand il s’agit de prendre un nouvel ordinateur ou quand nous hésitons à acheter le nouvel IPad.

    Nous avons besoin de paroissiens qui nous disent : « je n’ai pas très bien compris ton homélie du dimanche ou les paroles que tu as dites dans la rencontre de jeunes couples m’ont permis d’entamer une discussion profonde avec ma femme ».

    Nous avons besoin de gens sincères et honnêtes qui nous aident à adapter notre discours et à mieux comprendre la communauté dans laquelle nous avons été envoyés. Le prêtre a besoin de se sentir accueilli et de partager sa vie avec la communauté pour exercer sa mission avec joie, pour grandir en humanité et pour approfondir sa relation avec Dieu.

    Je suis convaincu que plus nous nous sentons aimés et accueillis par une communauté, plus nous donnons le meilleur de nous-mêmes et plus les uns avec les autres nous grandissons dans notre intimité avec Dieu et dans notre relation avec nos frères et sœurs.

    Merci Seigneur pour les communautés que tu as mises sur ma route ; grâce à ces hommes et ces femmes avec qui je partage ma vie je suis un prêtre heureux. » (Père Germàn Sânchez)

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 3ème dimanche de Pâques, 15 avril 2018

    Entrons dans la grâce et rendons grâce !

             En ces semaines qui suivent Pâques, les pages d’Evangile qui nous sont proposées le dimanche sont des récits d’apparitions de Jésus ressuscité, c’est-à-dire des récits qui nous situent par delà « le scandale de la croix. » Elles comportent souvent la même question lancinante : comment croire alors que l’affaire Jésus semble s’être achevée dans l’humiliation d’une mort réservée aux plus rejetés de la société ? Aujourd’hui St Luc nous rapporte un face à face entre les onze apôtres – Judas n’est plus là – et Jésus. Les disciples vont devoir choisir entre la peur ou bien la paix. En effet le maître leur dit : « la paix soit avec vous » et les onze sont saisis de frayeur et de crainte… Cette apparition ne serait-elle pas celle d’un fantôme ?

     

    Pour progresser, les disciples devront franchir plusieurs étapes. La première est celle de la « vérification » : il s’agit pour les onze de voir les pieds et les mains de Jésus et de manger avec lui. L’apparition n’est pas un fantôme. Ils se trouvent bien en face de Jésus de Nazareth, le juste condamné injustement : son corps porte les traces de la fixation sur la croix. Les disciples perçoivent que la victoire du Christ n’est pas une négation ou bien une sorte de mine de la mort. La résurrection de ce maître bien vivant parmi eux n’a rien gommé de sa passion.

     

    Alors les disciples sont prêts pour la deuxième étape que leur propose Jésus : l’Evangéliste nous dit : « Il ouvre leur intelligence à la compréhension des Ecritures ». Jésus explique à ses auditeurs que les textes de la loi de Moïse, des psaumes et des prophètes annonçaient son passage par la mort. Le passage par la souffrance et par la mort est nécessaire, jusqu’au bout, pour que la victoire de la résurrection soit complète.

     

    Vient alors la troisième étape proposée aux disciples : devenir des témoins de la conversion et du pardon des péchés. Jésus dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés » et il lance : « A vous d’en être les témoins ! » …Tout péché peut être pardonné puisque le péché maximum, mettre Dieu à mort, peut déboucher sur la vie. Dieu ne se venge pas de l’infamie de la croix, il propose gracieusement – gratuitement – une nouvelle alliance. Lorsqu’on réalise cette grâce que Dieu fait à tout homme, la conversion peut suivre. La conversion c’est pour tous les disciples le désir de changer leur vie, de s’efforcer de vivre selon les paroles et les actes de Jésus, simplement pour « rendre grâce. »

     

    Pour nous tous, disciples de Jésus, le chemin d’après Pâques consiste à réaliser la grâce que Dieu nous fait : tout péché, tout égarement dans notre vie peut être pardonné, gratuitement. Lorsque nous percevons cela, puissions-nous alors nous ouvrir au « rendre grâce » qui est dire merci à Dieu. Attention, il ne s’agit pas là seulement d’une pensée ou d’une parole ! Il s’agit concrètement, par nos actes et nos paroles, de devenir des témoins de l’amour auquel Dieu nous invite. Et cela change nos relations à nos sœurs et frères en humanité.

     

    P. Alexis Bacquet

     

  • Edito du 2ème dimanche de Pâques, 8 avril 2018

    La Profession de foi de Thomas, l’incrédule.

    Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux.“ Dans l’évangile de St Jean, c’est donc en ce deuxième dimanche de Pâques que se situe la rencontre entre Jésus ressuscité et l’apôtre Thomas.

    Que n’a-t-on pas dit sur ce dernier ; on l’a qualifié de “ sceptique “, “d’incrédule “. Nous connaissons son réalisme : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

    N’est-ce pas humain de vouloir toucher et voir pour croire ? Marie de Magdala, au tombeau, n’avait-elle pas voulu toucher son Seigneur en le reconnaissant ?

    Thomas est bien comme chacun d’entre nous ; ne nous est-il jamais arrivé de nous dire : c’était facile pour les apôtres de croire : eux ont pu voir et même manger avec leur Seigneur ressuscité. Mais pour nous aujourd’hui, c’est tout autre chose !

    En fait, à travers les différents récits d’apparitions, l’évangéliste tente de nous faire comprendre que les rencontres avec Jésus ressuscité n’ont pas été vécues par les disciples comme des retrouvailles que l’on fait dans la vie ordinaire : pour tous ceux qui ont été les témoins de sa résurrection, cela a été réellement fondateur, recréateur.

    C’est un peu comme une nouvelle naissance : le Seigneur présent au milieu de ses disciples va les faire passer des ténèbres à la lumière, de la peur à la foi, de l’angoisse à la paix et la joie.

    Et ce souffle que Jésus répand sur eux a quelque similitude avec celui que le Créateur a insufflé dans le corps d’Adam au début de l’humanité. Même pour Thomas l’incrédule, c’est à une autre manière de voir et de percevoir qu’il accède. On ne sait pas, finalement, s’il a touché le corps glorieux du Christ ressuscité, comme celui-ci l’invite à le faire ; cela, en fait, est devenu totalement insignifiant. Par contre il accède à un autre type de reconnaissance de Jésus, différente de celle qu’il avait connue de son vivant. C’est le passage de l’incrédulité à la foi en Jésus Messie envoyé de Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

    Saint Thomas d’Aquin, le théologien, a une très belle formule à propos de son homonyme : « Il vit une chose, il en crut une autre. »

    Ce basculement qui renouvelle l’être tout entier s’est poursuivi, au cours de ces vingt siècles qui ont vu se lever tant de grands saints dans notre Eglise ; des hommes et des femmes comme chacun d’entre nous, mais qui ont laissé l’Esprit du ressuscité transformer leur vie. Cet Esprit toujours à l’œuvre qui fait se lever encore des catéchumènes et ces jeunes de l’aumônerie qui, malgré leurs doutes, font ce dimanche leur profession de foi.

    « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ». Que ce temps pascal renouvelle notre foi avec l’apôtre Thomas, et tous ceux qui mettent leur espérance dans le Christ vivant.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

     

  • Edito du dimanche de Pâques, 1er avril 2018

    Extraits du livre du P. Jean-Marie Poirier 

    [Nocturnes de lumière – Méditations pour vivre la Semaine Sainte (Editions Saint Augustin 2004)].

    Ouverture… « Il faisait encore sombre »

     

    Ce matin de Pâques, il fait encore sombre dans notre monde… dans notre Église… et sur l’homme…

    Ce matin de Pâques, il fait encore sombre en ma vie. Voici à présent de nombreuses années que je célèbre cette fête de Pâques et, si je reste lucide sur moi-même, je découvre toujours plus de résistances à la lumière dans les zones encore trop ombreuses de mon existence. Comme je voudrais m’écrier avec l’apôtre : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1,21) ; ou bien : « Je vis, mais c’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,19) ! Mais quand je fais la lumière en moi, je réalise que je suis bien loin de ce programme de vie.

    Nier ces réalités, les oublier ou les balayer avec quelques Alléluia, serait refuser de voir la réalité en face.

    À ces inquiétudes et à ces doutes, l’Évangile me répond ce matin qu’il faisait encore sombre quand les femmes se rendirent au tombeau. Et pourtant Jésus est déjà ressuscité !

    Les visages des deux disciples se dirigeant vers Emmaüs étaient encore bien sombres, malgré qu’ils aient entendu des femmes annoncer qu’elles l’avaient vu. Pourtant Jésus cheminait avec eux, mais leurs yeux ne savaient pas le reconnaître.

    Dans l’évangile de Marc, alors que les femmes viennent de recevoir l’annonce de la résurrection de la bouche d’un jeune homme vêtu de blanc, voilà qu’elles « s’enfuient du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » (Mc 16,8).

    Alors que nous attendions l’irruption soudaine de la plus vive clarté dans les ténèbres de ce monde, une annonce glorieuse et triomphante, voici que la Résurrection pointe lentement à l’horizon de l’histoire. Plutôt que l’éclat du Ressurexit du Credo de la Missa Solemnis de Beethoven, nous entendons des Alléluia montant lentement de la nuit comme dans les Vêpres de la Résurrection de Rachmaninov. Non, le monde n’a pas brutalement changé au matin de Pâque, se conformant à nos désirs les plus fous par quelque coup de baguette divine !

    Mais avec Nicodème, Marthe et Marie, les apôtres, Marie Madeleine et les autres femmes nous poursuivons notre chemin dans la foi. Le monde n’est pas bouleversé, mais si nous sommes entrés au cœur de nos nuits les plus ténébreuses avec Jésus en sa Passion, une lumière s’est levée en nous. Cette lumière reçue au cours de ces jours saints, signifiée par le cierge pascal allumé dans la nuit de Pâque, allume en nous un feu qui veut se répandre par nous. Le soleil est en train de se lever. Avant le zénith de midi, il faut observer les faibles lueurs de l’aube pour en être les prophètes.

    Nous trouvons le monde encore trop obscur ? À nous de lui porter la lumière ! […]

    « Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière ! … Désormais, ce n’est plus le soleil qui sera pour toi la lumière du jour, ce n’est plus la lune avec sa clarté, qui sera pour toi la lumière de la nuit. C’est YHWH qui sera pour toi la lumière de toujours ! » (Is 60,1.19).

    Pendant ces jours saints, nous avons aussi compris que sous les apparences de l’échec, l’Amour triomphait de tous ces adversaires, parce qu’un homme, le Christ Jésus, est allé jusqu’à l’extrême du don de soi ! Laissons les apparences, ne cherchons pas à tout prix le succès dans nos entreprises, ni la reconnaissance dans toutes nos démarches. Mais porteurs de la lumière qui s’est levé en cœurs, partons vers nos frères en humanité, dans la tenue de service, à cause de Jésus et comme témoins du Ressuscité. « Car le Dieu qui a dit : La lumière brillera au milieu des ténèbres, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2Co 4,6).

     

  • Edito du dimanche des Rameaux, 25 mars 2018

    Extrait du livre de Jean Michel Poirier

    « Nocturnes de lumière“

     

    Aujourd’hui, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, la ville « belle et altière » (Ps 48,3), choisie par Dieu pour y établir sa demeure. Elle est aussi celle « qui tue les prophètes et lapide ceux qui [lui] sont envoyés » (Mt 23,37).

    Aujourd’hui « le peuple, en foule, étend ses vêtements sur la route. Certains coupent des branches aux arbres et en jonchent le chemin ». Ceux qui marchent devant Jésus comme ceux qui le suivent peuvent bien s’écrier : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mt 21,8-9). Mais demain, ces mêmes foules réclameront à Pilate que Barabbas, un bandit, soit libéré. Sur Jésus, elles crieront alors par deux fois : « Crucifie-le ! » (Mc 15,13-14).

     

    On peut longuement méditer sur la versatilité des foules et leur inlassable capacité à se laisser manipuler. Aujourd’hui les sondages ou l’audimat construisent des célébrités que demain ils oublient ou, pire encore, envoient dans l’enfer de la réprobation et de la déchéance.

    Et c’est comme de bons moutons que la majorité d’une population se comporte envers ceux qu’on lui désigne à acclamer ou bien à huer.

     

    L’évangéliste Luc cherche d’ailleurs à dédouaner la foule pour désigner les véritables commanditaires de l’injuste meurtre : les grands prêtres et les chefs du peuple. Mais à chacun de reconnaître sa part de responsabilité. Il serait trop facile de se délester sur d’autres de nos participations à l’injustice, de nos complicités actives ou passives, par inertie ou par omission. La scène des Rameaux en lien avec celle du jugement nous interroge directement sur la vérité et la solidité de notre rapport au Christ […]

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    En nous proposant d’écouter en ce jour tout le récit de la Passion, la liturgie nous invite à aller plus loin dans notre foi au Christ : sommes-nous de ces foules qui se laissent entraîner par ceux qui crient les plus forts ? Ou acceptons-nous de nous laisser interroger personnellement par ce Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ, Lui qui a délaissé toutes les vaines gloires humaines pour se faire serviteur jusqu’au bout ?

     

    Entrons résolument dans cette grande semaine sainte ; laissons-nous entraîner dans ce grand élan d’amour de Dieu qui s’abaisse devant l’Homme pour lui montrer jusqu’où il l’aime. Alors « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rom 8, 11)

     

    P. Luc de Saint Basile