Catégorie : Édito

  • Edito du 5ème dimanche de Carême, 18 mars 2018

    Nous n’avons qu’une planète !

     

    Cette déclaration récente d’une haute personnalité politique pourrait nous sembler d’une grande évidence sinon d’une grande banalité.

    Pas si sûr cependant car la mondialisation, l’exploration de l’espace, des moyens de communication accrus font se rapprocher les frontières et augmentent les interactions entre humains. On n’est plus chacun chez soi comme avant.

    Nous n’avons qu’une seule planète ! En réalité cette observation, dont nous prenons de plus en plus conscience autrement, n’est pas anodine.

    Serons-nous capables à l’avenir de partager la planète, de la prendre en charge ensemble ou allons-nous nous la disputer et nous replier sur nous-mêmes ?

    En ce 5ème dimanche de carême dédié traditionnellement au partage, sans négliger les causes urgentes que la paroisse et le diocèse nous proposent de soutenir, la question mérite d’être posée.

    Les lectures bibliques de ce dimanche soulignent plusieurs dimensions chrétiennes de ce partage planétaire livré à nos initiatives.

    En premier lieu, Jésus nous partage ce qu’il a sur le cœur au moment où le drame se noue : le lien à son père, sa volonté de rassemblement de l’humanité dont la croix sera le signe. Le partage est constitutif de Dieu même.

    Une deuxième dimension du partage chrétien est celle que Jésus a eu toute sa vie et qu’il nous invite à avoir : agir de telle sorte que personne ne soit laissé pour compte. L’incarnation de Jésus est partage et dans les premiers temps de l’Eglise partager les biens  que l’on possède par héritage, par chance ou par travail était perçu comme une expérience vive de communion, comme une possibilité concrète d’avoir le même cœur que le Seigneur Jésus.  Un père de l’Eglise disait : le manteau en proie aux mites dans ton armoire n’appartient pas à toi mais au pauvre. Et Grégoire de Nysse : celui qui possède trop n’est pas un frère mais un voleur.

    Une dernière dimension du partage chrétien à laquelle Jésus nous ouvre est celle du partage de la Bonne Nouvelle. Des grecs viennent à Jérusalem pour la Pâque. La rumeur sur Jésus les a rejoints. Ils veulent le voir. C’est plus que de la simple curiosité.   Pour cela ils s’adressent à deux disciples avec qui ils ont des liens de proximité culturelle. Conduis-nous à lui, disent-ils à Philippe qui va en parler à André. Belle image de l’Eglise en mission qui partage la Bonne Nouvelle à travers les liens que tissent la vie des chrétiens. Si dans notre immeuble, au travail, en famille on sait que nous sommes chrétiens il n’est pas impossible que des gens viennent nous trouver : que vivez- vous à Pâques vous les chrétiens ? Etre baptisé c’est quoi ?

    Même si notre planète à ses limites et si pour les chrétiens elle a ses racines dans le ciel nous avons de bonnes raisons de croire en la vie.

    Le partage, c’est pour maintenant.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 4ème dimanche de Carême, 11 mars 2018

    « De même que le serpent de bronze

    fut élevé par Moïse dans le désert… »

     

    Voici une bien curieuse histoire rappelée aujourd’hui dans l’évangile de St. Jean pour faire comprendre le salut manifesté dans le Christ crucifié.

     

    A la base, sans doute, des croyances ancestrales qui ressemblent plus à de la superstition et dont nous trouvons encore des traces dans les caducées arborés dans nos pharmacies. Le serpent n’est-il pas, avec son venin, celui qui peut donner la mort mais aussi servir à confectionner des vaccins ? Animal ambigu par excellence !

     

    L’histoire, en fait, remonte à la traversée du désert, alors que le peuple hébreux tenté par le désespoir se rebelle contre Moïse et contre Dieu. Des serpents particulièrement « brûlants »  (vénéneux) viennent alors leur rappeler que Dieu reste seul maître de la vie et de la mort.

    Et quand le peuple se repent d’avoir « péché contre Yahvé », le Seigneur demande à Moïse de « façonner un serpent que tu placeras sur une hampe. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. » (Nbr 21,8).

     

    Certaines de nos croix portent toujours ce serpent entrelacé. L’image est belle : elle nous rappelle que toute chose en ce monde porte en elle une part d’ambiguïté et peut être utilisée par l’homme pour le bien ou pour le mal, pour la vie ou la mort.

     

    Un signe d’espérance nous est donné dès à présent : ce poteau de mort où le Christ a été élevé et dont Dieu a voulu faire le signe de son amour sans limite.

    Ainsi tout homme qui accepte de lever les yeux vers cette croix glorieuse en se laissant guider par la lumière de l’évangile « ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle ».

     

    Discerner la lumière des ténèbres (en latin « scrutare »), c’est le sens de cette dernière étape qui va conduire ce dimanche Elie, Anaïs, Axel, Clémence, Joakim, Héloïse et Thomas à être baptisés prochainement le jour de Pâques.

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 3ème dimanche de Carême, 4 mars 2018

    Quel signe peux-tu nous donner… ?

     

    Sur notre route du carême, l’évangile de ce dimanche nous présente un aspect surprenant de Jésus au moment où il chasse les marchands du Temple de Jérusalem.

    Il serait un peu simpliste de ne voir dans ce geste d’indignation que le sentiment qui nous envahit parfois, en traversant les nombreux commerces d’objets de piété qui  entourent nos sanctuaires, comme celui de Lourdes.

     

    Non, ce geste et les paroles de Jésus ont une toute autre portée.

     

    Tout d’abord parce que ces “marchands“ et “changeurs“ étaient indispensables pour le culte rendu à l’intérieur du Temple : ils fournissaient les colombes, les brebis et les bœufs pour les sacrifices et permettaient d’échanger la monnaie romaine impure pour les offrandes faites au Temple.

     

    Mais surtout, la parole de Jésus fait référence à la prophétie de Zacharie annonçant le renouvellement de Jérusalem devenue, à la fin des temps, la cité sainte vers laquelle afflueront tous les peuples de la terre : « Il n’y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur, en ce jour là » (Zach 14, 21).

     

    Jésus se présente donc, ce jour là, comme le Messie annoncé par les prophètes. D’où la surprise de ceux qui l’entendent parler du Temple non pas comme tout juif en disant « la maison du Seigneur » mais « la maison de mon Père ».

     

    « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » lui lancent les juifs car, à leurs yeux, l’autorité messianique que Jésus vient de s’arroger ainsi dans les choses du Temple doit être authentifié par un signe.

    « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » – « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

     

    Un nouveau signe est donné, dont la signification profonde, nous dit l’évangile d’aujourd’hui, ne sera véritablement comprise par les disciples que quand Jésus se « réveilla d’entre les morts ».

     

    Ainsi le lieu de l’Alliance nouvelle avec ce Dieu Père révélé par Jésus ne sera plus désormais à chercher dans un Temple fait de main d’hommes, mais dans son Corps ressuscité.

     

    Comme le dit St Paul dans l’épître aux Corinthiens, « les juifs réclament des signes » et « les grecs une sagesse ». Sachons rendre grâce pour le plus beau signe que Dieu nous fait dans chacune de nos eucharisties en nous offrant le Corps de son Fils, « Messie crucifié ». Ces eucharisties qui sont la source et le fondement de ce qui nous unit dans un même Corps, cette mystérieuse communauté chrétienne que nous formons sur notre quartier.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 2ème dimanche de Carême, 25 février 2018

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

     

    Cette scène de la Transfiguration proposée à notre méditation en ce deuxième dimanche du carême 2018 a de quoi nous surprendre.

    La scène se passe sur une montagne. Le Thabor très probablement pensent les spécialistes. En tout cas pour ceux qui ont fait un pèlerinage en Palestine, ce lieu évoque immédiatement beaucoup de souvenirs, et d’émotion.

    Le Thabor. Une montagne c’est beaucoup dire. Ce n’est pas la cordillère des Andes ou l’Himalaya. Un peu plus qu’une colline quand même. Un vrai mont qui domine de ses 588m la Galilée environnante.

    Mais l’important ici ce n’est pas la géomorphologie du site mais le sens symbolique de la montagne.

    Dans la Bible la montagne est le lieu où Dieu réside, le lieu de sa rencontre, le lieu des apparitions.

    Dans la Bible, tous les grands personnages ont leur montagne : là où pour eux il s’est passé quelque chose d’important avec Dieu : Abraham a la montagne que Dieu lui désigne, Moise au Sinaï, Elie à l’Horeb, Jésus au Thabor. La montagne, c’est le lieu traditionnel des manifestations divines et des envois en mission.

    La Transfiguration de Jésus a lieu pendant qu’il priait, précise Saint Luc.

    Ainsi la scène de la Transfiguration nous dit-elle la relation privilégiée de Dieu le Père et de son Fils et le confirme dans sa mission.

    La présence énigmatique d’Elie et de Moise souligne, de son côté, la continuité de l’histoire de l’Alliance à travers les siècles.

    Les apôtres, quant à eux, sont fascinés par ce qui arrive et voudraient bien rester là.

    C’est trop beau ! Mais Jésus invite ses compagnons à redescendre de la montagne.

    Après avoir été transfiguré il sera dans quelques jours défiguré, défiguré pour que l’humanité soit, elle, transfigurée. Jésus ne veut pas se sauver seul. Jésus refuse la tentation de se désolidariser de l’humanité et de son Père.

    «Celui-ci est mon Fils bien aimé. Ecoutez-le ». Ces paroles divines s’adressent aussi à chacun de nous, à chaque humain : tu es mon fils, ma fille, mon enfant bien aimé. Qu’est-ce que cela change pour moi d’entendre ces paroles sur ma vie ?

    Ai-je moi aussi un lieu favori, mémoire de ma rencontre du Seigneur ?

    Jésus transfiguré, Jésus plus tard défiguré. Le chemin n’est pas fini. Mais déjà se dévoile la profondeur et le sens de notre baptême et de celui de ceux et celles qui le seront à Pâques.

    Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 1er dimanche de Carême, 18 février 2018

    Les temps sont accomplis

     

    Le temps du carême est commencé. Mercredi dernier, chacun a pu recevoir le signe des cendres et en ce premier dimanche de Carême traditionnellement la lecture du récit des tentations de Jésus au désert est celle qui nous est proposée.

    Cette année dans la version de l’évangéliste Marc. C’est un excellent conteur mais ici il fait preuve de plus de sobriété que Luc ou Matthieu. Rien sur les trois fameuses tentations que tout le monde a en mémoire et dont l’invitation à sauter du haut du Temple pour épater les foules n’est pas la moindre. Mais Jésus renoncera à cet atout commercial !

    Quoi qu’il en soit du détail, le fait est là. Jésus, après avoir été baptisé par Jean-Baptiste dans le Jourdain, commence sa mission par une retraite de 40 jours au désert où il est tenté.

    Mais puisqu’il est le Fils de Dieu, Jésus a-t-il pu vraiment être tenté ?

    Son Père l’aurait-il laissé entrer en tentation ?

    Nous pouvons nous poser la question.

    Mais autre chose que Jésus soit entré en tentation, autre chose qu’il y ait succombé.

    Oui Jésus a vraiment été tenté au désert. Il n’a pas fait semblant. Il a été tenté pour de vrai car il est le nouvel Adam et Adam a été tenté. II a été tenté car il est le nouveau Moïse et Moïse a été tenté.

    Et surtout Jésus a été tenté comme Fils de Dieu sur la terre. « Si tu es le Fils de Dieu… » tu peux faire ce que bon te semble. Profites-en ! Mets-toi à ton compte !

    Satan est habile !

    L’enjeu de la réponse de Jésus face aux tentations qui l’assaillent ici et plus tard est considérable. C’est la réussite ou non de sa mission. C’est l’avenir de l’humanité qui se joue là : oui ou non Jésus va-t-il accomplir la mission qui lui est confiée par son Père pour sauver l’humanité ou bien va-t-il s’en écarter, se mettre à son compte, faire un coup d’état ou un coup d’éclat au lieu de restaurer le lien divin originel avec la création ?

    Y aura-t-il un jour un humain capable de vaincre le mal ? De nous relier vraiment à Dieu ?

    Avec ce récit des tentations, c’est de notre vie et de notre mort qu’il s’agit, de notre libération ou de notre enfermement faisant de la terre notre prison.

    Avec Jésus, l’un des nôtres a été vraiment fidèle.

    « Du fait qu’il a enduré lui-même l’épreuve, il est en mesure de secourir ceux qui sont éprouvés. » (Hébreux 2/18).

    L’Envoyé nous ouvre le chemin de la réconciliation, de la recréation, de l’avenir.

    La retraite de carême et les groupes de partage qui se sont constitués nous permettront d’approfondir ce grand mystère : celui du Christ, celui de l’humanité, en nous aidant mutuellement, au fil du carême, à repérer les tentations propres à notre temps.

    C’est beau un arc en ciel (cf.1ère lecture). Dans la Bible c’est le signe de l’alliance retrouvée entre l’humanité et Dieu.

    Puisse la fête de Pâques être, après ce chemin du carême, un bel arc en ciel sur chacune de nos vies.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 6ème dimanche du temps ordinaire, 11 février 2018

    « Saisi de compassion,

    Jésus étendit la main et le toucha »

     

     

    L’évangile qui nous est proposé aujourd’hui est un véritable petit bijou. Alors que nous ne sommes encore qu’à la fin du premier chapitre, en quelques versets tout est noué.

     

    Dans le passage qui précède, l’évangéliste Marc nous rapporte que Jésus « guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ».

     

    Or l’homme qui s’avance aujourd’hui vers lui n’est pas un malade ordinaire : c’est un lépreux. Et la loi juive, qui nous est rappelée dans la première lecture, est très claire à leur sujet : « Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !”[…] C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

     

    Manifestement le lépreux n’a pas respecté cet interdit car il est entré dans la ville pour supplier Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

    La réaction de Jésus est la même que celle qui l’a poussé à soulager toutes les souffrances qu’il a rencontrées sur son chemin : saisi de compassion, il étend la main, le touche et le purifie.

     

    Mais, en faisant ce geste, il réalise en même temps que c’est lui qui a enfreint la Loi. Et il a beau imposer le silence au lépreux guéri, et lui demander même de faire constater sa guérison à postériori par les prêtres, rien n’y fait.

    Et c’est finalement Lui qui est obligé de fuir la ville en se retrouvant à la place initiale du lépreux.

    On sait jusqu’où cette logique va l’entraîner.

     

    Ce dimanche plusieurs d’entre nous vont recevoir le sacrement de l’onction des malades. A travers cette prière et ces gestes de l’imposition des mains et de l’onction d’huile, c’est le Christ qui touche et relève, en se rendant du même coup solidaire des souffrances de ceux qui sont atteints par la maladie.

    Que le beau témoignage de leur foi plus forte que l’épreuve nous aide nous aussi à traverser toutes les adversités de la vie.

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche du temps ordinaire, 4 février 2018

    « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre… »

    Mes jours sont plus rapides

    que la navette du tisserand,

    ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil. »

     

    Cette plainte de Job est malheureusement toujours d’actualité ; c’est celle des employés qui sont meurtris par le stress de la vie et la dureté du monde du travail ; c’est aussi celle des personnes âgées qui sentent que le temps s’écoule trop vite sans qu’ils aient pu profiter de tous leurs efforts et du travail accompli !

    Nous même, ne nous arrive t’il pas de temps en temps de nous plaindre ainsi à Dieu ?

     

    La tentation naturelle, en face de ces souffrances, c’est de se boucher les oreilles et de fermer sa porte, de durcir son cœur pour ne pas être touché, de tenter de s’en sortir avec ses propres ressources en essayant de se préserver des petits moments de bonheur personnel.

     

    Dans l’évangile nous voyons que, dès le début de sa mission, Jésus accepte de se laisser submerger par cette détresse humaine: » le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. »

     

    Avec sa connaissance de la Loi juive, il aurait pu enseigner dans les synagogues et même à Jérusalem, être un Rabbi important capable de dialoguer avec les docteurs de la Loi et les pharisiens.

    Ou bien mener une vie irréprochable comme ces esséniens retirés dans le désert !

    Mais il a décidé d’ouvrir sa porte aux blessés de la vie, de partir à l’aventure sur les routes de Palestine, à la rencontre de tous ceux qui souffrent et sont en quête d’un message d’espérance : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle; car c’est pour cela que je suis sorti. »

    En cela il est fidèle à sa mission qui est toute entière inscrite dans ce nom donné à sa naissance : Jésus (Dieu sauve) – Emmanuel (Dieu avec nous).

     

    « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »  C’est ce même élan qui a poussé St Paul à partir sur les chemins pleins d’embûches à travers tout le bassin méditerranéen, jusqu’à son arrestation, son emprisonnement et sa mise à mort à Rome. « Je me suis fais tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. »

     

    Quand la vie est trop dure, saurons-nous, nous aussi, résister à cette tentation de se sauver soi-même pour rester ouverts et solidaires aux joies et aux peines de ceux qui nous entourent ?

     

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 14 janvier 2018

    Où demeures-tu ?

    – Venez et vous verrez.

     

    Après avoir fêté l’Epiphanie dimanche dernier et lundi le Baptême du Seigneur, nous reprenons ce dimanche le cours de la liturgie dite “ordinaire“.

     

    Ce dimanche est aussi celui où l’Eglise nous invite à porter une attention toute particulière aux migrants et aux réfugiés. Nous connaissons les appels répétés de notre pape dans ce sens ; et notre diocèse organisait ce samedi une grande rencontre de tous les Conseils Pastoraux avec des migrants ainsi qu’un partage sur les initiatives prises dans les différentes paroisses de Paris pour les accueillir.

     

    Notre vicaire général, Mgr Denis Jachiet, qui est aussi chargé de la Pastorale des migrants au sein de la commission épiscopale, évoque dans un interview les nombreuses réticences naturelles qu’il rencontre sur cette question difficile. Il disait :

    « Face aux migrants, la plupart des gens ressentent un danger. Ils les assimilent, je crois, à des peurs ancestrales liées à la question des invasions et à la peur de l’islam. Mais cette peur n’est pas chrétienne. Une peur chrétienne serait une peur de pécher, de ne pas vivre l’Évangile. La peur païenne, c’est la peur d’être envahi. Et celle-ci nous conduit à ne plus penser l’Évangile comme un trésor à annoncer mais comme une espèce de capital en train de se perdre pour des raisons géopolitiques. C’est triste. C’est prendre l’Évangile à l’envers. »

     

    Et, pour ceux qui considèrent que notre pape François fait preuve de beaucoup de naïveté dans ce domaine, il ajoutait :

    « Le pape n’est pas naïf. Il n’est pas contre le devoir des pays de réguler les flux migratoires. Il rappelle juste le message de l’Évangile, de la doctrine sociale de l’Église, à savoir qu’on ne peut pas être indifférent à son frère. Une fois qu’une personne est entrée sur notre territoire, nous ne pouvons pas la considérer comme une chose. Nous avons le devoir de l’accueillir, de la protéger, de la promouvoir et de l’intégrer. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » C’est la rencontre avec le Christ qui se joue. »

     

    Nous sommes tous conscients que ces déclarations de notre pape sont dérangeantes et souvent incomprises dans nos pays d’Europe. Mais l’évangile est un appel permanent à la conversion du regard, une aventure à la suite du Christ : “Venez et vous verrez “ répond simplement Jésus aujourd’hui à ceux qui cherchent à le rencontrer.

    Après avoir fait mémoire, en ce temps de Noël, de la sainte famille qui a dû fuir la cruauté du roi Hérode pour se réfugier en Egypte (cf. Mt 2, 13-15), que cette présence sur notre sol de tous ceux qui ont quitté leur pays à cause des violences subies soit une invitation à dépasser nos peurs pour risquer la rencontre.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, dimanche 7 janvier 2018

    “Or, voici que des mages venus d’Orient

    arrivèrent à Jérusalem…“

     

    Ils viennent de Mongolie, d’Arménie, de Géorgie, d’Algérie, de Côte d’Ivoire, du Congo, d’Albanie, du Cameroun, du Sénégal, du Bénin, de Mauritanie, du Mali, de Guinée, de Bulgarie, de Roumanie, d’Iran, et même du Tibet. Ce sont ces 50 enfants qui sont accueillis au centre d’hébergement de la porte de Bercy et à qui nous avons distribué, en cette veille de Noël, tous les jouets apportés par les paroissiens.

    Et en ce jour où la tradition nous relate l’histoire de ces trois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar, qui seraient venus d’Europe, d’Asie et d’Afrique, je ne peux oublier ce moment magique avec ces enfants : une Epiphanie avant l’heure, même si ce sont eux qui viennent de tous les continents et nous qui apportions nos cadeaux. Etrange retournement de situation !

    L’évangile ne nous dit pas ce que Jésus a ressenti à l’arrivée de ces étranges personnages, mais ce qui brillait dans les yeux de ces enfants, ce jour-là, ressemblait bien à une étoile scintillante.

     

    Epiphanie signifie “dévoilement“, manifestation de Dieu. Et St Paul dans l’épitre aux Ephésiens nous révèle le dévoilement du projet de Dieu dans le mystère de l’Incarnation : “Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. “

    Il y a donc dans l’Épiphanie la révélation que toutes les nations pourront un jour véritablement cheminer ensemble et qu’en Jésus Christ une véritable universalité (on dirait aujourd’hui “mondialisation“) est possible !

     

    Mais cette universalité (ou catholicité) n’est pas une uniformité. C’est l’universalité de la Pentecôte quand chacun, dans sa langue maternelle, peut entendre proclamer les merveilles du Dieu de Jésus Christ. Un peu comme un orchestre où chaque instrument, dans sa diversité, apporte une touche indispensable à l’ensemble.

     

    Dans ce concert de louange mettons-nous en route, nous aussi, pour apporter nos propres richesses, en plus de l’or, l’encens et la myrrhe, à celui qui est chemin de communion entre tous les hommes.

     

    Belle et sainte année à chacun.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 4ème dimanche de l’Avent, 24 décembre 2017

    « Le Seigneur te fait savoir

    qu’il te fera lui-même une maison ».

    (2 Sam 7,11)

     

     

    « Comment cela se fera-t-il ? » demande Marie ;

     

    Elle ne pose la question que pour que lui soit répondu :

    « C’est l’ombre de l’Esprit… »

    ce qui n’est pas une réponse, mais une autre question.

     

    Cette ombre est celle qui, au début du monde,

    plane sur les eaux.

    Marie est donc une nouvelle genèse

    et une nouvelle création ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui marche devant le Peuple,

    en tête comme un drapeau pour traverser les déserts.

    Marie est donc un nouvel Exode, un nouveau départ,

    et en tête d’un nouveau peuple ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui couvre la montagne du Sinaï

    lorsque Dieu parle à Moïse.

    Marie est donc une parole neuve

    et une loi nouvelle,.

    Marie est donc un nouveau livre ouvert,

    et une nouvelle Bible ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui fait irruption

    à l’inauguration du Temple de Salomon.

    Marie est donc un nouveau Temple ?

     

    Désormais, la maison de Dieu

    n’est plus dans l’enceinte du Temple,

    mais dans une femme enceinte,

    et c’est l’Homme

    qui sera le Temple de Dieu.

     

    1. Debruyne,

    « Jésus, sa chair et ses racines » Desclée, pp. 134-135