Catégorie : Édito

  • Edito du 5ème dimanche du temps ordinaire, 4 février 2018

    « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre… »

    Mes jours sont plus rapides

    que la navette du tisserand,

    ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil. »

     

    Cette plainte de Job est malheureusement toujours d’actualité ; c’est celle des employés qui sont meurtris par le stress de la vie et la dureté du monde du travail ; c’est aussi celle des personnes âgées qui sentent que le temps s’écoule trop vite sans qu’ils aient pu profiter de tous leurs efforts et du travail accompli !

    Nous même, ne nous arrive t’il pas de temps en temps de nous plaindre ainsi à Dieu ?

     

    La tentation naturelle, en face de ces souffrances, c’est de se boucher les oreilles et de fermer sa porte, de durcir son cœur pour ne pas être touché, de tenter de s’en sortir avec ses propres ressources en essayant de se préserver des petits moments de bonheur personnel.

     

    Dans l’évangile nous voyons que, dès le début de sa mission, Jésus accepte de se laisser submerger par cette détresse humaine: » le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. »

     

    Avec sa connaissance de la Loi juive, il aurait pu enseigner dans les synagogues et même à Jérusalem, être un Rabbi important capable de dialoguer avec les docteurs de la Loi et les pharisiens.

    Ou bien mener une vie irréprochable comme ces esséniens retirés dans le désert !

    Mais il a décidé d’ouvrir sa porte aux blessés de la vie, de partir à l’aventure sur les routes de Palestine, à la rencontre de tous ceux qui souffrent et sont en quête d’un message d’espérance : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle; car c’est pour cela que je suis sorti. »

    En cela il est fidèle à sa mission qui est toute entière inscrite dans ce nom donné à sa naissance : Jésus (Dieu sauve) – Emmanuel (Dieu avec nous).

     

    « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »  C’est ce même élan qui a poussé St Paul à partir sur les chemins pleins d’embûches à travers tout le bassin méditerranéen, jusqu’à son arrestation, son emprisonnement et sa mise à mort à Rome. « Je me suis fais tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. »

     

    Quand la vie est trop dure, saurons-nous, nous aussi, résister à cette tentation de se sauver soi-même pour rester ouverts et solidaires aux joies et aux peines de ceux qui nous entourent ?

     

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 14 janvier 2018

    Où demeures-tu ?

    – Venez et vous verrez.

     

    Après avoir fêté l’Epiphanie dimanche dernier et lundi le Baptême du Seigneur, nous reprenons ce dimanche le cours de la liturgie dite “ordinaire“.

     

    Ce dimanche est aussi celui où l’Eglise nous invite à porter une attention toute particulière aux migrants et aux réfugiés. Nous connaissons les appels répétés de notre pape dans ce sens ; et notre diocèse organisait ce samedi une grande rencontre de tous les Conseils Pastoraux avec des migrants ainsi qu’un partage sur les initiatives prises dans les différentes paroisses de Paris pour les accueillir.

     

    Notre vicaire général, Mgr Denis Jachiet, qui est aussi chargé de la Pastorale des migrants au sein de la commission épiscopale, évoque dans un interview les nombreuses réticences naturelles qu’il rencontre sur cette question difficile. Il disait :

    « Face aux migrants, la plupart des gens ressentent un danger. Ils les assimilent, je crois, à des peurs ancestrales liées à la question des invasions et à la peur de l’islam. Mais cette peur n’est pas chrétienne. Une peur chrétienne serait une peur de pécher, de ne pas vivre l’Évangile. La peur païenne, c’est la peur d’être envahi. Et celle-ci nous conduit à ne plus penser l’Évangile comme un trésor à annoncer mais comme une espèce de capital en train de se perdre pour des raisons géopolitiques. C’est triste. C’est prendre l’Évangile à l’envers. »

     

    Et, pour ceux qui considèrent que notre pape François fait preuve de beaucoup de naïveté dans ce domaine, il ajoutait :

    « Le pape n’est pas naïf. Il n’est pas contre le devoir des pays de réguler les flux migratoires. Il rappelle juste le message de l’Évangile, de la doctrine sociale de l’Église, à savoir qu’on ne peut pas être indifférent à son frère. Une fois qu’une personne est entrée sur notre territoire, nous ne pouvons pas la considérer comme une chose. Nous avons le devoir de l’accueillir, de la protéger, de la promouvoir et de l’intégrer. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » C’est la rencontre avec le Christ qui se joue. »

     

    Nous sommes tous conscients que ces déclarations de notre pape sont dérangeantes et souvent incomprises dans nos pays d’Europe. Mais l’évangile est un appel permanent à la conversion du regard, une aventure à la suite du Christ : “Venez et vous verrez “ répond simplement Jésus aujourd’hui à ceux qui cherchent à le rencontrer.

    Après avoir fait mémoire, en ce temps de Noël, de la sainte famille qui a dû fuir la cruauté du roi Hérode pour se réfugier en Egypte (cf. Mt 2, 13-15), que cette présence sur notre sol de tous ceux qui ont quitté leur pays à cause des violences subies soit une invitation à dépasser nos peurs pour risquer la rencontre.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, dimanche 7 janvier 2018

    “Or, voici que des mages venus d’Orient

    arrivèrent à Jérusalem…“

     

    Ils viennent de Mongolie, d’Arménie, de Géorgie, d’Algérie, de Côte d’Ivoire, du Congo, d’Albanie, du Cameroun, du Sénégal, du Bénin, de Mauritanie, du Mali, de Guinée, de Bulgarie, de Roumanie, d’Iran, et même du Tibet. Ce sont ces 50 enfants qui sont accueillis au centre d’hébergement de la porte de Bercy et à qui nous avons distribué, en cette veille de Noël, tous les jouets apportés par les paroissiens.

    Et en ce jour où la tradition nous relate l’histoire de ces trois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar, qui seraient venus d’Europe, d’Asie et d’Afrique, je ne peux oublier ce moment magique avec ces enfants : une Epiphanie avant l’heure, même si ce sont eux qui viennent de tous les continents et nous qui apportions nos cadeaux. Etrange retournement de situation !

    L’évangile ne nous dit pas ce que Jésus a ressenti à l’arrivée de ces étranges personnages, mais ce qui brillait dans les yeux de ces enfants, ce jour-là, ressemblait bien à une étoile scintillante.

     

    Epiphanie signifie “dévoilement“, manifestation de Dieu. Et St Paul dans l’épitre aux Ephésiens nous révèle le dévoilement du projet de Dieu dans le mystère de l’Incarnation : “Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. “

    Il y a donc dans l’Épiphanie la révélation que toutes les nations pourront un jour véritablement cheminer ensemble et qu’en Jésus Christ une véritable universalité (on dirait aujourd’hui “mondialisation“) est possible !

     

    Mais cette universalité (ou catholicité) n’est pas une uniformité. C’est l’universalité de la Pentecôte quand chacun, dans sa langue maternelle, peut entendre proclamer les merveilles du Dieu de Jésus Christ. Un peu comme un orchestre où chaque instrument, dans sa diversité, apporte une touche indispensable à l’ensemble.

     

    Dans ce concert de louange mettons-nous en route, nous aussi, pour apporter nos propres richesses, en plus de l’or, l’encens et la myrrhe, à celui qui est chemin de communion entre tous les hommes.

     

    Belle et sainte année à chacun.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 4ème dimanche de l’Avent, 24 décembre 2017

    « Le Seigneur te fait savoir

    qu’il te fera lui-même une maison ».

    (2 Sam 7,11)

     

     

    « Comment cela se fera-t-il ? » demande Marie ;

     

    Elle ne pose la question que pour que lui soit répondu :

    « C’est l’ombre de l’Esprit… »

    ce qui n’est pas une réponse, mais une autre question.

     

    Cette ombre est celle qui, au début du monde,

    plane sur les eaux.

    Marie est donc une nouvelle genèse

    et une nouvelle création ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui marche devant le Peuple,

    en tête comme un drapeau pour traverser les déserts.

    Marie est donc un nouvel Exode, un nouveau départ,

    et en tête d’un nouveau peuple ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui couvre la montagne du Sinaï

    lorsque Dieu parle à Moïse.

    Marie est donc une parole neuve

    et une loi nouvelle,.

    Marie est donc un nouveau livre ouvert,

    et une nouvelle Bible ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui fait irruption

    à l’inauguration du Temple de Salomon.

    Marie est donc un nouveau Temple ?

     

    Désormais, la maison de Dieu

    n’est plus dans l’enceinte du Temple,

    mais dans une femme enceinte,

    et c’est l’Homme

    qui sera le Temple de Dieu.

     

    1. Debruyne,

    « Jésus, sa chair et ses racines » Desclée, pp. 134-135

     

  • Edito du 3ème dimanche de l’Avent, 17 décembre

     Que dis-tu sur toi-même ?

     

    En ce 3ème dimanche de l’Avent notre regard est, encore, orienté vers Jean-Baptiste ici dans l’évangile de Saint Jean.

    Une présentation un peu différente des autres évangélistes.

    Le remue-ménage que provoque Jean-Baptiste aux confins du désert, en attirant beaucoup de monde, inquiète les responsables de l’ordre public et les dignitaires religieux.

    Alors de Jérusalem, on envoie des émissaires mener une discrète enquête.

    « Qui es-tu ? Est-ce toi le Messie, le libérateur que certains attendent ?

    Dis-le-nous ? On doit donner une réponse. Il faut qu’on sache à quoi s’en tenir ! »

    Et sous-entendu prendre au besoin les mesures qu’il faut pour rétablir l’ordre.

    La réponse de Jean-Baptiste est claire : « Je ne suis pas le Christ. Mais il vient et moi je prépare son chemin, sa venue. C’est pour cela que je suis ici dans cette tenue étrange, celle du désert. Cela devrait vous rappeler quelque chose. Notre histoire. La première libération d’Egypte… la traversée du désert avec Moïse, l’Alliance avec Yahvé, l’entrée en Terre Promise. C’était là tout près d’ici, avec Josué en traversant cette rivière, le Jourdain. Celui qui vient, lui, va vous guider, à nouveau, vers une terre promise, un pays de paix et de salut, de lumière et de joie. Préparez-vous. »

    A quelques jours de Noël, à quelques jours de l’anniversaire de la naissance de Jésus, Jean-Baptiste désigne encore pour nous le sauveur, le libérateur, le guide de l’humanité, la lumière. La réalisation d’une promesse immémoriale.

    Une belle figure que ce Jean-Baptiste.

    Un personnage original, atypique, qui retient notre attention.

    Pour ma part j’aime son franc-parler, courageux, risqué.

    J’aime son absence de démagogie. Il dit à chacun sa vérité.

    J’aime son effacement malgré le succès. Il ne se met pas en avant.

    J’aime sa capacité à rassembler sans retenir à lui.

    J’aime sa conviction, sa foi, pour dire le Royaume tout proche.

    Jean-Baptiste est un homme passionnément habité par un secret, une présence…

    Pour tout cela, Jean-Baptiste mérite encore aujourd’hui d’être écouté lorsqu’il nous invite à vérifier nos priorités au moment de Noël, à nous demander ce que nous disons, sur nous-mêmes, ce que nous disons du Seigneur.

    Nous vivrons cette fête aussi dans un monde toujours perturbé comme le fut celui de Jean-Baptiste…un monde qui se cherche…un monde en quête de savoir vivre et de savoir vivre ensemble et qui aspire à autre chose. Un monde parfois loin de Jésus.

    Nous préparer à fêter Noël, c’est, dans la prière, désirer aujourd’hui la rencontre du Seigneur. Nous préparer c’est nous aussi, en cette période, au niveau familial, social, ecclésial, être des artisans de paix, de rassemblement, de consolation, de libération, être ainsi les porteurs d’une bonne et grande nouvelle.

    Et si nous pouvions chacun être les « Jean-Baptiste » de notre temps ?

    Père Edouard Bois

     

  • Edito du 2ème dimanche de l’Avent, 10 décembre 2017

    « Dans le désert une voix crie… »

     

    Comme chaque année au début de l’Avent, la voix de Jean Baptiste nous invite au désert.

     

    Les fêtes de Noël riment souvent avec cadeaux et abondance de biens, et les enfants comme les adultes sont impatients d’y parvenir. La publicité d’ailleurs ne se prive pas, et tout particulièrement en cette période, de promettre tout et tout de suite.

     

    Mais le personnage fascinant de Jean Baptiste nous convoque préalablement au désert, rejoignant ainsi l’expérience du peuple de la Bible au moment où s’est scellée la première Alliance avec son Dieu.

    Quand Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne leur fit pas prendre la route du pays des Philistins, bien qu’elle fût la plus directe. Dieu s’était dit : « Il ne faudrait pas qu’à la perspective des combats, le peuple revienne sur sa décision et retourne en Egypte.» Dieu fit donc faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux “

    (Ex 13, 17-18).

    “ Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?“ (Deut 8,2).

     

    Pour goûter pleinement la joie de Noël, chacun est donc invité à purifier ses attentes, à se dépouiller en effectuant un vrai travail sur lui-même, comme le disait déjà le prophète Isaïe cité par Jean Baptiste : “Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets en large vallée ! “

     

    Quelle route nous faut-il déblayer aujourd’hui, quels sont les ravins à combler et les collines à abaisser ?

    Pour l’un, ce sera d’accepter de se remettre en route, alors qu’il a depuis longtemps baissé les bras devant l’ampleur de la tâche à accomplir. Pour un autre, c’est de reprendre la bonne direction, alors qu’il s’est égaré dans un chemin de traverse ; pour un autre encore, c’est d’enlever les gros cailloux qui encombrent sa route pour se sentir plus libre d’avancer ; pour un autre, c’est d’abattre un mur qu’il a laissé s’édifier entre lui et tel ou tel proche.

     

    Ainsi le temps de l’Avent est un temps de conversion active, une invitation à poser des gestes concrets qui manifestent notre attente. « Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. » (Is. 40, 5).

    Père Luc de Saint Basile

  • Edito de la Solennité du Christ Roi de l’univers

    La fin du monde, c’est pour quand ?

    Nous arrivons au terme de notre année liturgique en célébrant la fête du Christ Roi de l’univers. Et ce dimanche, la méditation de la parabole du jugement dernier dans l’évangile de St. Matthieu nous propose moins de centrer notre regard sur le Christ Roi que sur le type de Royaume qu’il inaugure.

     

    Ce jour-là, les disciples avaient osé poser à Jésus la question qui taraude tout homme, même si, aujourd’hui, nos contemporains préfèrent l’occulter en se réfugiant dans des petits plaisirs éphémères ou dans un activisme forcené : Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. »

     

    La réponse viendra sous la forme de petites paraboles sur la fin des temps, avec notamment celle des talents dimanche dernier, et celle des brebis et des boucs aujourd’hui :« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. »

     

    Nous avons tous en mémoire ces splendides tympans du jugement dernier qui ornent nos cathédrales, ou celui de la basilique de Vézelay. Le Christ en gloire, avec à sa droite ceux qui vont partager l’amour de Dieu et, à sa gauche, ceux qui, la tête basse, sont emportés par des petits diables fourchus vers le royaume des ténèbres.

     

    Alors, quand cela arrivera t-il et quels sont les signes de sa venue ?

     

    Jésus répond à ses disciples : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

     

    Il nous révèle ainsi la véritable « date » de l’avènement de son Royaume.

    Ce Roi qu’ils croiront voir pour la première fois au moment du jugement final, ils l’auront croisé en fait depuis longtemps, tout au long de leur vie quotidienne, même s’ils n’en étaient pas conscients. L’homme rencontre le Christ, Roi de l’univers, chaque fois qu’il est devant son prochain, et plus particulièrement devant l’un de ces petits dont parle l’évangile ; le jugement et le sort final de chacun se décide, en réalité, dès maintenant.

     

    C’est l’instant présent, dans sa banalité apparente, qui est décisif. Cet instant revêt une gravité infinie de la présence réelle et mystérieuse du Christ-Roi dans le visage de celui qui souffre à côté de moi, même le plus défiguré.

     

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 33ème dimanche du temps ordinaire, 19 novembre 2017

    N’aimons pas en paroles, mais par des actes

     

    […] Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couverts de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : «Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité» (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58). […]

     

    Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

    J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion. […]

    Extrait de la lettre du Pape François pour la Journée des Pauvres

  • Edito du 32ème dimanche du temps ordinaire, 12 novembre 2017

    Veillez donc…

     

    On raconte cette petite histoire à propos de saint Louis de Gonzague : ce dernier étant encore novice, ses camarades pendant une récréation s’amusèrent à se poser mutuellement cette question : « Si nous apprenions tout d’un coup, en ce moment même, que le Jugement dernier aura lieu dans vingt-cinq minutes, il est onze heure dix-sept, l’horloge est là, qu’est-ce que vous feriez ? »

    Les uns répondirent qu’ils se confondraient alors en prière, tous courraient se confesser, les uns allaient se réconcilier avec leurs proches, d’autres se recommandaient à leur saint Patron. Louis de Gonzague répondit simplement : « Je continuerai à jouer à la balle au chasseur ».

     

    Les évangiles des derniers dimanches de notre année liturgique tournent justement notre regard vers le retour du Seigneur dans sa gloire, à la fin des temps.

    Aujourd’hui les cinq vierges prévoyantes et les cinq insensées sont réveillées brutalement au milieu de la nuit par un cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. »

    Une parabole cruelle pour les vierges insensées qui ne pourront même pas profiter de la provision d’huile des autres, et finiront par se retrouver dehors, derrière la porte fermée.

    « Veillez-donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

     

    “Veiller ! “, qu’est-ce à dire ? Faut-il vivre en permanence avec cette pensée de la fin ultime qui paralyse et risque de nous faire voir tout en noir ?

    N’est-il pas préférable de jouir jusqu’au bout du moment présent, en fuyant cette conscience de la mort, comme semble le suggérer l’apparente frivolité de Louis de Gonzague ?

    Ainsi, beaucoup d’hommes et de femmes aujourd’hui traversent la vie comme des somnambules, remettant toujours au lendemain, ou à des spécialistes, les grandes questions de la vie et de la mort.

     

    La réponse de Louis de Gonzague atteste plutôt qu’il se tenait déjà dans la gravité de la question. Et l’imminence du jugement dernier ne l’a pas paralysé. Elle l’a poussé à agir comme les autres, mais en profondeur et vérité. La balle au chasseur n’était pas qu’une distraction, mais sa tâche d’homme à ce moment-là. Une tâche qu’il vivait déjà intensément, dans l’amour et la remise complète de soi à la Providence. Tant il est vrai que ce n’est pas la grandeur et l’héroïsme de ce qu’on fait qui compte, mais la vérité et l’amour avec lesquels on le fait.

     

    Et si chacun se demandait aujourd’hui ce qu’il ferait si on lui posait la même question ?

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 31ème dimanche du temps ordinaire, 5 novembre 2017

    Vous n’avez qu’un seul Père !

    Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce dimanche suscitent toujours beaucoup de débats entre les chrétiens au sujet de la manière d’appeler les prêtres puisqu’il n’y a qu’un seul Père et la question m’est souvent posée lorsque j’arrive dans une nouvelle paroisse :  Comment faut-il vous appeler ?   

    Mais il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. L’enseignement de Jésus est plus qu’une affaire de protocole et concerne tout le monde. C’est à la foule et aux disciples que Jésus parle.

    C’est vrai, nous n’avons qu’un seul Père des cieux. Mais le prêtre par sa mission est au service de cette paternité divine. A lui de ne pas suivre l’exemple de ceux que Jésus montre du doigt. Ils se font appeler maître, agissent pour être vu des hommes et rechercher les honneurs. Cela s’appelle, dans l’Eglise, le cléricalisme.

    En réalité tout prêtre, digne de ce nom, devrait pouvoir dire ce que Saint Paul écrit dans l’épître aux Corinthiens : « Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ Jésus, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus… ».

    Et puis, dans la deuxième lecture de ce dimanche, pour brouiller encore un peu plus les pistes : « Frères, nous avons été plein de douceur avec vous comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons ! ».

    Quel que soit le vocabulaire et le sens de la paternité, ce qui compte en définitif c’est la manière, dans une communauté chrétienne, dont chacun se fait serviteur des autres : « Vous n’avez qu’un seul Maître mais vous êtes tous frères. » 

    Personne n’est le tout de la vie chrétienne. Chacun, selon sa vocation et sa situation propre, est signe de la manière dont le Père veut se rendre présent à notre monde. La plupart des baptisés ne quittent pas la vie commune. Ils nous apprennent ce que veut dire vivre l’Evangile dans la vie de couple, de famille, de célibat, la vie professionnelle, sociale, la communauté ecclésiale qu’ils servent au lieu de s’en servir, etc.

    Les religieux, les consacrés, les moines nous rappellent eux que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. L’horizon de notre vie est plus vaste que celui du monde. En Dieu même.

    Les pasteurs, évêques, prêtres, diacres par leur ordination sont serviteurs du désir de Dieu d’établir sa demeure en ceux qui croient en lui et qui l’aiment. Serviteurs de son désir de rassembler déjà son peuple, sa famille. Pas seulement plus tard.

    En ce sens ils sont des serviteurs privilégiés de la paternité du seul Père, signe que tout vient de lui.

    Chacun se reçoit des autres et les sert. Telle est la règle en christianisme. Chacun se rend utile et rend utiles les autres.

    A chacun de s’interroger sur la place qu’il tient, les services qu’il rend, la mission qu’il accomplit dans la communauté et le monde pour que cela soit bien au nom de notre Père des Cieux qu’il le fait en accueillant la Parole de son Fils à la suite de tous les saints que nous avons fêtés le 1er novembre, fête de tous les Saints.

    P. Edouard Bois