Catégorie : Édito

  • Homélie de Monseigneur Laurent Ulrich à Bercy

                 Fêter le baptême du Seigneur, c’est un moment solennel dans la vie liturgique de l’Église, c’est une sorte de résumé de tout ce que nous avons entendu depuis un mois environ, dans les jours qui précèdent la fête du baptême du Seigneur. […] De l’Épiphanie au Baptême, la liturgie nous montre, à travers des épisodes évangéliques, que la puissance de Dieu est à l’œuvre dans la vie de Jésus. Jésus n’est pas simplement un modèle extraordinaire : il est bien le fils de Dieu, armé de la puissance qui se manifeste à travers lui. Les évangiles que nous avons entendus ces jours-ci disaient la belle prédication de Jésus, sa parole qui porte, et qui porte du fruit de conversion. La parole de Jésus est la parole de Dieu ; la parole de Dieu est une invitation permanente à la conversion, à la transformation des cœurs, et cela c’est la puissance de Dieu qui agit dans nos propres cœurs à l’écoute de la parole de Jésus. […]

    Ce Jésus n’est pas simplement un homme extraordinaire, il agit avec la puissance de Dieu et, dans le baptême, nous voyons bien que c’est cette puissance de Dieu qui se manifeste : à travers le baptême, il est révélé que Jésus est fils de Dieu, celui que Dieu aime, celui qu’il a envoyé pour notre conversion et pour notre acheminement vers le Royaume de Dieu. Voilà le grand mystère que nous fêtons dans le baptême du Seigneur et dans lequel nous comprenons que nous sommes appelés sur un chemin tout à fait extraordinaire, une destinée des hommes qui les ouvre à une espérance que le monde ne porte pas facilement.

    Nous avons entendu notamment le Livre d’Isaïe, et je cite ceci qui me paraît très suggestif : « Monte sur une haute montagne, toi qui portes la Bonne Nouvelle à Sion ». Et la Bonne Nouvelle qu’il s’agit de porter, c’est bien celle que je viens de dire : Dieu est tellement proche des hommes que, dès avant la venue du Sauveur, il se montre porteur de Bonne Nouvelle à travers ses prophètes. Mais ce qui est intéressant c’est que, dans le texte que je viens de vous lire, les spécialistes de la Bible disent qu’il y a deux traductions possibles. Celle que nous venons d’entendre.

    Mais il y a une autre traduction possible, qui est : « Monte sur une haute montagne, Sion, sois une bonne messagère. » Ce n’est pas tout à fait la même chose. « Sois une bonne messagère », cela veut dire non seulement « tu as reçu la Bonne Nouvelle grâce au prophète », mais « maintenant c’est toi qui es le prophète, c’est toi qui dois annoncer depuis Sion la Bonne Nouvelle au monde. » C’est très important pour nous, la Bonne Nouvelle du baptême de Jésus, la Bonne Nouvelle de la venue comme un homme du Fils de Dieu : nous ne pouvons pas le garder pour nous. Alors nous sommes entraînés, par Jésus, à entrer dans son mystère et dans sa vie ; nous sommes entraînés par Jésus à ce qu’il va vivre et qu’il nous fait vivre avec lui. […]

    Quand nous nous préparons au baptême, quand nous préparons des enfants au baptême, quand des adultes se préparent au baptême – et ils sont de plus en plus nombreux à Paris, en France et ailleurs dans la société sécularisée que nous connaissons – nous disons et ils disent : « j’attends quelque chose de Dieu et je sais que Dieu va me le donner. »

    Alors nous pouvons estimer que nous ne sommes qu’une petite paroisse, la paroisse d’un petit quartier : est-ce que cela a de l’importance pour le monde entier qui va être sauvé ? Bien sûr que cela a de l’importance ! Nous sommes une communauté chrétienne et comme Sion, comme Jérusalem, nous sommes chargés d’annoncer la Bonne Nouvelle, monter sur une haute montagne, être vus, être repérés comme des témoins de l’amour de Dieu universel.

    On peut se dire cela, et je voudrais l’affirmer en citant le pape François dans l’encyclique Dilexit nos (Il nous a aimés) qu’il a donnée il y a quelques semaines, sur l’amour du cœur de Jésus. Il y rappelle que nous sommes faits pour redonner avec Jésus du cœur à ce monde et, comme dit le pape dans la conclusion de cette encyclique, que nous sommes faits pour réinventer l’amour là où nous croyons qu’est morte la capacité d’aimer. Nous sommes faits pour cela : redonner cœur et réinventer l’amour là où nous croyons que cette capacité d’aimer est morte.

    Que le Seigneur nous y aide et que nous ne nous considérions pas comme perdus pour cela dans le monde sans espérance d’aujourd’hui : soyons des signes et des pèlerins d’espérance.

     

    +Laurent Ulrich, archevêque de Paris

  • Année Jubilaire 2025

               Le temps du jubilé est ouvert par le Pape François à Noël. En ouvrant la porte sainte de la Basilique Vaticane et en la franchissant, le Pape nous invite à investir ce temps de conversion et de réception de grâces abondantes. Notre Seigneur n’est jamais avare de grâces et l’Église puise dans ce trésor infini de grâces de son divin Rédempteur.

    En nous associant à la démarche proposée par l’Église, nous entrerons dans le flux de grâces qu’elle nous promet. Le thème que le Pape nous indique     « Pèlerins d’Espérance » précise la démarche qui doit être la nôtre. En redécouvrant l’initiative de l’amour premier du Seigneur, de cet amour rédempteur, inconditionnel et irrévocable, nous ouvrons nos âmes à la joie divine et cela suscite l’espérance en ses promesses pour aujourd’hui et pour l’avenir.

    Reconnaître la souveraineté du Seigneur sur ce monde qu’il a créé est générateur de d’espérance. Nous pouvons souhaiter que l’espérance s’affermisse toujours davantage en chacun de nous.

    La grâce de l’indulgence plénière prend la couleur particulière d’être signe concret de grâces et marque la profondeur de l’action de Dieu en nos vies. Nous savons qu’il n’est pas toujours possible de réparer les conséquences de nos fautes. Si le pardon est acquis par l’absolution, l’indulgence vient remettre les conséquences spirituelles de notre incapacité à la réparation des dégâts causés par nos péchés. Ce n’est pas une prime à l’inertie mais un encouragement à nous convertir en profondeur et « à dénouer les liens de servitudes. »

    Le Pape François nous demande d’être semeurs de signes d’espérance auprès des plus faibles mais aussi auprès de la jeunesse. Nous serons d’autant plus ardents à l’être que nous aurons été rénovés, nous-même, spirituellement.

    Le pèlerinage associé à l’année jubilaire est un déplacement géographique, vers Rome ou vers une porte sainte diocésaine locale ; il représente un effort intérieur personnel à se mettre en route vers le Seigneur. Il faut essayer de bouger, d’aller ailleurs pour devenir autre, pour devenir celui que Dieu espère et en qui il se réjouit. Il s’agit de notre conversion qu’une route peut nous aider à accomplir.

    Cette année jubilaire est donc une chance à saisir pour enrichir nos vies et celles de nos communautés : familiale, amicale, paroissiale, sociale, professionnelle etc. de l’espérance qui nous habite.

    « L’espérance ne déçoit pas » tel est le titre de la bulle d’indiction du pape. Nous allons donc nous lancer dans cette nouvelle année comme des porteurs d’espérance. Durant l’année jubilaire nous serons invités à nous rendre dans les lieux jubilaires du diocèse et à Rome pour ceux qui le pourront.

    Notre Archevêque, Mgr. Ulrich Laurent, nous fait l’honneur de sa présence chez nous à Bercy en ce dimanche. Occasion de le rencontrer et de prier avec lui au cours de cette fête du Baptême de notre Seigneur Jésus-Christ, gage de notre espérance.

     

    Père Anatole DEDEGBE

     

  • Etaient-ils trois ?

    C’est la fête de l’Epiphanie. Les Rois-Mages sont arrivés à la grande joie des enfants.

    On leur donne des noms : Melchior, Balthazar, Gaspard ! Des noms magiques qui font rêver…Mais qui sont-ils en réalité ? Combien étaient-ils ? Ont-ils vraiment existé ? Etaient-ils rois ?

               Les opinions divergent là-dessus. On ne sait pas grand-chose d’eux, sur leur origine, leur pays. 

    A moins qu’ils ne soient nés dans l’imagination d’Isaïe et de Matthieu pour nous faire comprendre quelque chose d’important.

    Selon la prophétie d’Isaïe, ils étaient des rois. Plus sûrement des astrologues venus de Babylonie.

    En tout cas ce qu’en disent les poètes, les artistes, les écrivains, les musiciens montre bien la richesse de ce que leur figure évoque.

    Leur longue aventure avant leur rencontre de Jésus n’est-elle pas la figure de l’humanité en marche, en quête d’essentiel. Ils sont  l’image de tous ceux qui cherchent une orientation à leur vie, qui avancent souvent dans les ténèbres, parfois avec une étoile qui les guide, parfois à tâtons.

    Ils sont un peu nous, tous les humains de cette planète, en quête de sens, de bonheur. Où est notre essentiel ? Que cherchons-nous dans la vie ? Comment allons-nous avancer ? « Au lieu de rechercher des satisfactions superficielles et de jouer un rôle devant les autres, dit le pape François dans sa dernière lettre, il vaut mieux laisser surgir les questions décisives ! Qui suis-je vraiment ? Qu’est–ce que je cherche ? Quel sens je veux donner à ma vie, à mes choix ou à mes actions ? Pourquoi et dans quel but suis-je dans ce monde ? Comment donner de la valeur à mon existence lorsqu’elle s’achèvera ?  Quel sens je veux donner à tout ce que je vis ? Qui est-ce que je veux être devant les autres ? Qui suis-je devant Dieu ? »

    Ces Mages ont rencontré Jésus le Christ, l’ont adoré, se sont réunis autour de lui et sont repartis, par un autre chemin dit-on, sauvé, protégé d’un danger fatal.

    Les mages sont aussi l’image de l’Eglise. L’Eglise qui rassemble autour du Christ dans la diversité de ses membres et des Peuples. Jésus est pour tous : ce mystère c’est que les païens sont associés au même héritage, au partage de la même promesse dit saint Paul.

    Une Eglise rassemblée mais aussi une Eglise dispersée dans le monde. Les mages ne restent pas là au pied de l’enfant. Ils vont rejoindre leurs lieux de vie, le cœur habité de l’espérance de ceux qui ont reconnu le Christ et sont venus l’adorer. Ces mages sont la figure des croyants à la fois réunis autour du Christ et dispersés au cœur du monde pour y être sa présence.

     Père Edouard Bois 

     

  • NOËL – EMMANUEL – DIEU CHEZ NOUS

              En cette période, nous célébrons l’événement de la venue de Jésus. À la lumière des évangiles, les chrétiens comprennent qu’en Jésus se réalise le désir de Dieu de venir habiter chez les hommes. Il continue à venir dans le monde tourmenté qui est le nôtre aujourd’hui. Avec toute l’Église, nous rendons grâce à Dieu pour cette merveille.

              Nous connaissons le récit de l’Annonciation ou plutôt celui de la vocation de Marie. L’ange Gabriel se rend chez elle pour lui annoncer qu’elle a été choisie par Dieu pour être la mère de son Fils. Et Marie répond librement : “Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole”. Cet évangile est une réponse au roi David qui voulait construire une grande maison pour le Seigneur. Or, Dieu ne veut pas habiter une maison grandiose. Son grand désir c’est d’habiter le cœur de l’homme. Il est “Emmanuel”, Dieu avec nous. Il nous invite à être en communion d’amour avec lui et avec tous nos frères. Marie a répondu oui à cet appel. Elle a accepté librement d’être la “servante du Seigneur”. Elle a aussi servi l’humanité en lui donnant le Sauveur. Sa cousine Elisabeth la proclame bienheureuse et partage son bonheur et sa joie.

              Oui, le Christ vient habiter en nous ; c’est là tout le message de Noël.  Noël, c’est Jésus qui vient. Il frappe discrètement à notre porte et il attend notre réponse. Le plus beau cadeau de Noël c’est Jésus qui vient demeurer en nous. Il faut l’accueillir et le donner au monde comme Marie. Nous y trouvons une joie que personne ne peut nous enlever.

    Le Seigneur compte sur nous pour toujours lui préparer une place dans notre vie. Il a besoin de nos mains pour continuer les siennes. Il a besoin de nos lèvres pour prononcer ses paroles. Il a besoin de nos yeux pour voir la souffrance humaine et la soulager. Il nous invite à lui répondre positivement pour qu’il soit en nous et nous, en lui.

    En nous rassemblant dans l’église, nous répondons à son appel. Il rejoint les communautés réunies en son nom en nous nourrissant de sa Parole et de son Corps. Il veut être avec nous et en nous pour nous conduire vers le Royaume qu’il est venu annoncer. Nous pouvons lui adresser cette humble prière : “Dieu, qui veux habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure. Amen”


    P. Anatole DEDEGBE

  • Soyez dans la joie du Seigneur

               La fête de Noël est proche. Dans bien des domaines familiaux et sociétaux beaucoup consacrent du temps à sa préparation, depuis un moment déjà. Noël est en attente, au plan chrétien aussi !

    Une attente bien particulière puisqu’elle est célébration de la naissance du Sauveur. C’est pourquoi cette attente n’est pas triste mais traversée par une joie et une espérance spirituelle que soulignent les textes de la messe de ce dimanche. Mais quelle place dans nos vies à cette attente chrétienne ?

    Une prière le dit de belle manière : « Dieu merci de venir réveiller notre attente endormie sous les soucis de la bousculade des jours et nos ennuis. Dieu merci de venir réveiller notre attente endormie sous le poids des choses Dieu merci pour ce temps de l’Avent. Merci d’arriver à l’improviste, visiteur inattendu ! Car si Noël est programmé sur nos calendriers Toi Dieu tu n’as jamais fini de nous surprendre. ! »

    A 10 jours de Noël il est donc temps de se demander de quoi est faite notre attente ? La paroisse voudrait aider chacun, ce dimanche, à faire le point en invitant entre les deux messes à un temps de prière silencieuse et d’adoration avec la possibilité de recevoir le sacrement du pardon auprès des prêtres qui seront là.

    Dans l’évangile de ce dimanche Jean-Baptiste invite aussi les gens de son pays à se convertir et à se plonger dans l’eau du Jourdain en signe de volonté de purification et de libération. N’oublions donc pas ceux et celles qui, le jour de Noël seront probablement seuls et se tiendront, amèrement, à l’écart de la dimension chrétienne et humaine des réjouissances.

    N’oublions pas non plus la réflexion du Pape François dans sa dernière lettre : « Quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d’une relation individuelle, sans nous intéresser à aider les autres à moins souffrir et à mieux vivre ? Peut-on plaire au Cœur qui a tant aimé en restant dans une expérience religieuse intime, sans conséquences fraternelles et sociales ? » 

     

    Bonne fin du temps de l’Avent et belle fête de Noël : « Soyez dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes » (St Paul aux Philippiens).

     

                                                                            Père Edouard Bois

  • La prophétie de Baruc

                  Les puissances du monde, comme au temps de Jésus, sont des pouvoirs de domination, qui s’imposent par la force et la crainte. Du côté des petits, il y a Jean-Baptiste, qui ne vit pas dans des palais royaux, mais au désert. C’est là que la parole de Dieu s’adresse aux hommes. Le désert, c’est aussi le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu, mais aussi le lieu du combat spirituel quand nous nous trouvons confrontés avec nous-mêmes.

    Le cri de Jean-Baptiste fait référence au texte du prophète Isaïe, mais aussi au livre plus récent de Baruc. Ces textes sont une annonce du salut à venir, dans une situation qui semble au peuple d’Israël sans espoir. Ils sont une annonce de la fin de la servitude, du retour du Seigneur parmi son peuple, du retour du peuple vers sa terre. Le salut que Jean-Baptiste proclame est un salut qui ne concerne pas que le peuple d’Israël, mais bien toute l’humanité. Quand Jean-Baptiste appelle à « préparer les chemins du Seigneur », « à aplanir sa route », il nous appelle à nous convertir, à changer de vie, à corriger notre conduite mauvaise. Il nous invite nous aussi à choisir notre camp.

    Nous ne sommes plus dans la situation de Jean-Baptiste, il ne s’agit plus de préparer la venue de Dieu. Aujourd’hui nous sommes dans la situation où il est déjà venu, où il est là, mais nous sommes habiles pour imaginer toute une série de détours sur le chemin qui va jusqu’à Dieu. Cela peut prendre diverses formes, par exemple lorsque nous sombrons dans la confusion où nous croyons un peu de tout ce qui se dit. Cela peut consister en un simple aveuglement, au moment où nous comprenons ce qui se passe et ne voulons pas l’admettre. Le cri de Jean-Baptiste dans le désert ne se limite pas à un changement ponctuel. La rencontre avec Jésus est l’affaire de tous les temps. Nos repères, opposent l’intelligence et les sentiments, qui sont plutôt dans le cœur. Mais, pour nous préparer à accueillir Dieu qui vient à nous il faut l’intelligence du cœur. L’intelligence qui quitte son orgueil, et laisse monter la soif de Dieu. Le cœur qui écoute la promesse, discerne les chemins de Dieu, et cherche à comprendre, avec finesse. Nous nous préparons à Noël, mais à proprement parler, c’est Noël tous les jours. Car c’est tous les jours que Jésus nous attend et nous accompagne. C’est tous les jours que nous avons à lui faire une place dans nos vies et dans nos pensées, à lui faire la première place.

    Dieu ne vient pas comme un tyran qui exige mais comme un enfant qui se contente de la place que nous voulons bien lui laisser. Dieu est toujours à naître sur la rugueuse paille de nos vies bouleversées. Nous pouvons vivre l’Avent comme une aventure, celle de l’écoute, celle du murmure qui nous annonce la présence de Dieu dans nos vies, la présence qui nous met en action.

     

    P. Modeste MEGNANOU

     

  • « Redressez-vous et relevez la tête car votre rédemption approche.»

    Luc 21, 28

                  Une nouvelle année liturgique commence : l’occasion de lever les yeux, de sortir de nous-même, de nous mettre en chemin vers le Seigneur, ou plutôt de l’accueillir car c’est Lui qui daigne venir nous chercher.

    Après nous avoir donné des avertissements dans un discours eschatologique pour nous maintenir dans une saine tension et nous faire attendre le retour de celui qui est notre espérance, Jésus nous interpelle : « redressez-vous et relevez la tête » (v. 28).

    Mais comment vivons-nous cela dans le concret de nos existences ?

    Face aux souffrances et imperfections de ce monde, désirons-nous le royaume qui vient et œuvrons-nous pour qu’il advienne ?

    L’Avent est un temps de conversion. Nous pouvons, au cours de ce mois, nous fixer des objectifs concrets pour aimer plus généreusement et au-delà de notre cercle habituel. N’oublions pas qu’une des plus excellentes formes de la charité est d’attirer notre prochain vers le Christ.

    L’Avent est une marche vers la lumière qui nous arrache aux ténèbres, comment pourrions-nous laisser les autres hommes errer dans leurs prisons intérieures ?

    Benoît XVI nous invite à faire cette démarche : « Vivre conformément à l’Avent signifie vivre comme quelqu’un qui est sorti du sommeil, et cela comporte également la responsabilité de veiller, de tirer les autres du sommeil, de montrer aux autres ce qui donne de l’importance à notre vie. » (Enseigner et apprendre l’amour de Dieu, 2016)

    Dans la 1ère lecture, l’oracle de Jérémie nourrit notre espérance. Le Dieu fidèle à son Alliance tiendra sa Parole, il accomplira « la parole de bonheur » (v. 14) pour son peuple. Lors de son avènement à la fin des temps, la « promesse de bonheur » s’élargira au don de la gloire sans fin dans le ciel. Le Pape François rappelle : « Le temps de l’Avent nous redonne l’horizon de l’espérance, une espérance qui ne déçoit pas parce qu’elle est fondée sur la parole de Dieu […]. Le Seigneur ne déçoit pas ! Lui, est fidèle ! ». (Angélus 1er décembre 2013)

    Il a d’ailleurs déclaré l’année sainte 2025, année jubilaire avec pour thème : « Pèlerins d’espérance. »     

    Laissons-nous dès aujourd’hui attirer par l’espérance et faisons en sorte qu’elle devienne contagieuse à travers nous, pour ceux qui la désirent. Puisse notre vie leur dire : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » (Ps 27, 14)

     

    François LALAU, diacre permanent

     

  • Ma royauté n’est pas de ce monde

               C’est un dialogue un peu étrange entre Jésus et Pilate que nous présente l’évangile de ce dimanche de la fête du Christ, Roi de l’univers ; tout, ou presque, y est déconcertant.

    La première question de Pilate est assez surprenante : « Es-tu le roi des Juifs ? » Il y a bien plus ou moins un « roi des Juifs » en titre ! La deuxième étrangeté réside dans la réponse de Jésus, qui n’en est pas une : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Jésus fait sans doute allusion à des débats qui ont précédé sa comparution devant Pilate. Mais il est surprenant de répondre à une question en en posant une autre. On comprend la réaction de Pilate : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Or voici que Jésus apporte des éléments de réponse à la question initiale : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »  À l’envers de ce qu’on pense d’habitude, Jésus se présente de manière implicite comme « serviteur », se sacrifiant par amour pour tous les hommes, et non comme un potentat.

    Le plus ardu reste dans la finale de cette page d’Évangile. Jésus déclare sa mission devant Pilate : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Il est regrettable que le lectionnaire ait omis la réplique de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38). Cette question fondamentale et existentielle est aussi la nôtre.

    Par bonheur, l’évangile selon saint Jean apporte quelques réponses. Celle-ci, par exemple, quand Thomas demande : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas : comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 5), ce à quoi Jésus répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6).

    Loin de n’être qu’un concept philosophique, il se trouve que la « vérité » dont parle Jésus est une personne et que cela le concerne de façon tout à fait directe, comme il l’indique à Thomas, à Pilate et à chacun de nous : « Je suis la vérité ».

    . Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il l’entende et intègre cette vérité, qu’est Jésus, Fils de Dieu, dans sa vie.

    P. Anatole DEDEGBE

  • Les derniers temps

              Traditionnellement l’année liturgique se termine fin novembre peu après la fête du Christ-Roi de l’univers. S’ouvre alors le temps de l’Avent qui nous prépare à fêter chrétiennement la Nativité du Seigneur. Nous n’en sommes pas encore là même si de Noël on commence déjà à parler dans les rues et les familles.

              En attendant, pour conclure l’année liturgique, les textes bibliques retenus pour les messes, en particulier l’évangile de ce dimanche, mettent l’accent sur les derniers  temps et les catastrophes qui y seraient liées.

              La deuxième lecture, l’épitre aux Hébreux, elle, met en valeur aussi ce dimanche le rôle unique et décisif du Christ pour ce moment-là. Jésus, dans cette épitre, est qualifié de Grand Prêtre mais d’une manière bien différente de celle des prêtres de la première Alliance.

    Quand cela arrivera-t-il ? Le Christ lui-même ne le savait pas nous dit l’évangéliste Marc. Seul le Père en décide ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils n’en n’ont pas parlé mais cela souligne la confiance de Jésus.

              Alors nous, quelle attitude avoir au regard de cette perspective des derniers temps ?

    La fin dernière annoncée par Jésus, les premiers chrétiens la pensaient imminente. Cela avait entrainé les nouvelles communautés à se croiser les bras. A quoi bon se fatiguer si la fin est proche !

              Saint Paul dans ses lettres invite fermement les chrétiens de son temps à se remettre au travail et à vivre leur vie chrétienne. Le conseil vaut aussi pour nous. Mais le père Teilhard de Chardin dans un livre « le Milieu Divin » dénonçait, en son temps, une autre tentation dans l’attitude des chrétiens : la fin du monde n’est pas pour demain alors ne nous fatiguons pas à l’attendre !

    Certes l’image du figuier qui continue à pousser, jointe à celle des catastrophes annoncées, est une invitation à la confiance et les forces diaboliques que symbolisent divers astres ne doivent pas être source de découragement ou d’immobilisme. Ce serait alors oublier que le rassemblement final est déjà commencé.

    L’assemblée que nous formons le dimanche, sans oublier le nombre plus grand des baptisés qui ne sont pas toujours là, dit le déjà-là du rassemblement promis. L’assemblée dominicale est aussi le Corps du Christ. 

     

                                                                          Père Edouard Bois

     

  • Donner de soi

                  Si un pauvre venait frapper à votre porte, agiriez-vous comme cette veuve en donnant votre nécessaire ? Généralement, beaucoup gardent leur nécessaire ainsi que leur superflu et ils délaissent le pauvre. D’autres gardent leur nécessaire et partagent leur superflu. La veuve de notre texte va plus loin, elle donne de son nécessaire. La principale différence entre l’obole de la veuve et celles des autres n’est pas du tout la somme donnée mais le sens de son don. Les veuves de l’époque étaient laissées à elles-mêmes. La femme pauvre de l’Évangile donne ce qu’elle a pour vivre, son « nécessaire ». D’une certaine façon elle donne sa vie. Souvent, nous donnons parce que cela fait partie d’une bonne vie en société, nous donnons par convention ou par intérêt. La veuve, elle, donne tout. Elle refuse la fatalité de sa misère. Puisque de toute façon elle n’a plus rien, inutile de garder ce rien, autant en faire quelque chose. Elle retrouve ainsi sa vraie liberté. Par son don, elle n’est plus une pauvre veuve mais elle devient l’égale de celui qui donnerait toute sa fortune. Le jeune homme riche avait reculé devant le don mais pas la veuve. Elle est sortie de la logique des contrats, des sacrifices pour la bonne conscience ou le prestige.

    À l’époque où un sundae de crème glacée ne coûtait pas cher, un petit garçon de 10 ans entre dans le café d’un hôtel et, s’assoit à une table. Une serveuse dépose un verre d’eau devant lui. C’est combien pour un sundae de crème glacée ? demande-t-il. 50 cents, répondit la serveuse.  Le petit garçon sort la main de sa poche et se met à compter la monnaie qu’elle contient. Bien… Combien pour un simple plat de crème glacée ? Demande-t-il à nouveau. Et pendant ce temps-là, des clients attendent pour une table et la serveuse commence à perdre patience… 35 cents, répond-elle sèchement. Je vais prendre le plat de crème glacée, dit-il finalement. La serveuse lui apporte sa crème glacée, dépose l’addition sur la table et s’en retourne. Le garçon finit sa crème glacée, paie à la caisse et s’en va.

    Quand la serveuse revient, elle a des larmes à l’œil, en nettoyant sa table. Bien placé à côté du plat vide…Elle voit 15 cents. Le petit garçon ne pouvait pas prendre le sundae, pour la simple raison qu’il ne lui restait suffisamment pas de monnaie pour laisser de pourboire !  Il avait donné de son superflu et un peu de son nécessaire.

    Beaucoup n’ont pas grand-chose, ils n’ont qu’un nécessaire minable. Ceux-là peuvent quand même donner beaucoup car il n’est pas nécessaire de donner de l’or, car la richesse la plus importante à partager, c’est la Parole de Dieu.

    En chacun de nous se mêlent l’attitude du scribe et celle de la veuve. D’un côté, la recherche de possessions toujours plus grandes pour soi à travers les honneurs et la richesse. De l’autre, le don humble et gratuit de soi-même. Il nous faut, nous aussi donner ce que nous avons de plus précieux et c’est souvent donner de notre temps. Ne nous laissons pas décourager par l’ampleur de la tâche et la faiblesse de nos moyens. Depuis les origines, Dieu ne cesse de nous montrer qu’il est capable de faire des merveilles avec peu de choses. Dieu ne demande pas grand-chose, il souhaite seulement que chacun lui apporte le « vrai » de sa personne. Que donnons-nous : des choses ? des gestes ? notre cœur ? Que donnons-nous aux autres ? C’est avec ce que nous donnons que Dieu peut tout construire ou transformer…

     

    P. Modeste MEGNANOU