Catégorie : Édito

  • Une monde nouveau naît

                  Dans le passage de l’Apocalypse, saint Jean nous présente deux images de l’Église : « elle est une Cité, Jérusalem » et « elle est l’Épouse qui vit de l’amour de Jésus ». Une Cité, c’est des frères et des sœurs réunis qui vivent d’un amour mutuel. Jésus nous l’a dit dans l’évangile, c’est le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés », alors l’amour rejaillit de notre cœur vers celui de nos frères et sœurs. L’Église est comme un ciel nouveau, un monde nouveau car Jésus dit aussi dans l’évangile : « Voici que Je fais toutes choses nouvelles, l’univers nouveau ». Nous sommes renouvelés de l’intérieur par cette nouveauté qui est la caractéristique même de Dieu. Dieu est toujours neuf. C’est bien le même monde, mais ce monde est devenu neuf ; il a été restauré, renouvelé.

    Les paroles de Jésus prononcées au cours de son dernier repas avec ses disciples sont lourdes de sens et de conséquences. Ce sont des paroles d’adieux qui sont devenues un testament spirituel. Le legs d’un commandement qui le continue et qui rend encore efficaces sa vie et ses gestes de salut. « Comme je vous ai aimés », est certainement la phrase la plus connue de tous les évangiles. Demandez à n’importe qui, ce qu’il a retenu des évangiles, il vous répondra : « Aimez-vous les uns les autres. » Trop souvent malheureusement, il n’ira pas plus loin. Il dira : « Aimez-vous les uns les autres » comme nous disons machinalement : « Comment ça va ». Se pourrait-il que notre formule tirée de l’évangile soit devenue phrase passe-partout que nous savons par cœur, mais qui n’a pas d’impact dans la vie de tous les jours ? Lorsque Jésus a dit : « Aimez-vous les uns les autres », il a tout de suite ajouté : « Comme je vous ai aimés. » Ça fait toute la différence.

    C’est avoir les attitudes d’une vie partagée au quotidien, d’une vie axée vers la libération, pour le bonheur des autres. C’est une manière d’agir qui dépasse notre propre intérêt, qui fait entrer l’intérêt de l’autre dans nos propres objectifs. C’est un don qui n’est pas refus ou destruction de soi, mais qui est partage. Aimer comme il a aimé, et ainsi continuer sa présence, être sa présence au-delà des signes de l’absence, en ce monde.

    Jésus, pas plus que son Père, ne se manifeste d’abord aux sages et aux savants, mais aux petits et aux humbles. Paul et Barnabé, revenus de leur première mission, racontent aux fidèles de Syrie comment Dieu a ouvert aux nations païennes la porte de la foi. C’était une nouveauté. Ce récit nous montre avec quelle ardeur Paul annonça l’Évangile aux nations païennes. L’Église cherche aujourd’hui encore des chemins nouveaux pour faire connaître Jésus. Participons à ses efforts. Il ne s’agit pas de connaître par cœur, il s’agit plutôt de connaître par le cœur. Il s’agit d’aimer. Aimez-vous les uns les autres. Si déjà nous nous efforcions d’essuyer toute larme des yeux les uns des autres ? Ce serait peut-être le moyen de faire vivre la consigne de Jésus : Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres !

     

    P. Modeste MEGNANOU

     

  • Jésus, le bon pasteur et ses brebis

               En ce quatrième dimanche de Pâques, la liturgie nous offre une précieuse synthèse de la figure du Christ, bon Pasteur. Cette synthèse lumineuse sur les qualités du bon Pasteur est la bienvenue en ce temps où l’église et le monde entier attendent ou accueillent dans la sérénité et dans l’action de grâce le nouveau successeur de Saint Pierre, le 267ème pape.

    Aussi, depuis de nombreuses années, à la demande du Pape Paul VI, ce dimanche est également consacré à la prière pour les vocations sacerdotales et religieuses. Car, répondre à une telle vocation, c’est avant tout, accepter de donner sa vie à Dieu et à son peuple dans le service.

    Pour le chrétien, il n’y a rien d’humiliant ni de péjoratif d’être appelés « brebis », par le Christ, quand on se rappelle le geste bouleversant qu’il a posé ce soir-là en se mettant à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds.  Et c’est précisément sur ce point que se joue toute la différence en matière d’autorité. Les grands de ce monde conçoivent leur autorité en termes de domination; il en va tout autrement dans la relation qu’établit le Christ avec ses brebis. L’évangile de ce dimanche énumère quelques signes qui distinguent l’action de ce « Pasteur par excellence » :  tout d’abord, il fait entendre sa voix pour que les brebis le suivent en toute quiétude; reconnaître la voix de son pasteur est donc une chose importante pour la brebis. Ensuite, le Christ promet la vie éternelle à ceux qui le suivront ; cette vie éternelle est sa propre vie offerte en sacrifice pour les siens. Enfin, Jésus promet la sécurité à ceux qui se mettront à sa suite : « personne ne les arrachera de ma main ».

    Le dernier verset de la péricope dévoile le secret de tout ce qui précède. De fait, si le Christ peut se présenter comme l’unique vrai berger, c’est en raison de la relation particulière qui existe entre lui et le Père : « le Père et moi, nous sommes Un ». Jamais, Jésus n’est allé aussi loin dans l’affirmation de sa nature divine. Un jour, un homme se présenta chez un psychanalyste pour lui dire : « Mes amis m’ont recommandé de parler avec vous parce qu’ils estiment que j’ai un problème de mégalomanie. » Ne vous en faites pas, lui dit le praticien; vous avez frappé à la bonne porte; mais dîtes-moi : comment cela a-t-il commencé?  « Eh bien, reprit le monsieur, au commencement j’ai créé le ciel et la terre ». Et le psychanalyste de conclure : « Effectivement le problème est sérieux. » J’imagine que c’est la même réaction que les Juifs ont dû avoir en écoutant Jésus déclarer que le Père et lui ne font qu’un. Et pourtant, c’est bien cela qui lui donne d’être un Pasteur particulier, dont tous les autres, en définitive ne sont que des représentants.

    P. Anatole DEDEGBE

     

  • « Sois le pasteur de mes brebis »

               Nous sommes encore dans l’attente de l’élection du futur pape par le Conclave qui ne va pas tarder à se réunir. Et voilà que par une curieuse coïncidence l’évangile de saint Jean de 3ème dimanche de Pâques nous présente, outre l’apparition de Jésus aux pêcheurs au petit matin au bord du lac, la désignation par lui de Pierre comme responsable de l’Église à venir. Jésus sait bien pourtant le triple abandon de Pierre par son silence et il n’ignore pas qu’au fil de l’histoire la famille divine qu’il vient rassembler sera pécheresse de bien des manières. Nous ne le savons que trop nous aussi. Cette désignation du futur pape invite à l’humilité, à la conversion et non au spectacle et à la curiosité.

    Ce n’est pas pour rien non plus que ce qui se passe dans l’évangile de ce dimanche c’est au lever du jour que cela arrive. Comme pour les apparitions aux femmes qui ont eu lieu au petit matin au tombeau. Ainsi Jésus est-il le symbole de la lumière qui vient vaincre l’obscurité du monde et donner confiance en un avenir au-delà de toute espérance. « Sois le pasteur de mes brebis » a dit Jésus à Pierre. Il le dira bientôt à celui dont nous ignorons le nom. Cette élection est d’un autre ordre que d’être seulement un évènement médiatique aussi mondial soit-il.

    Puisse notre nouveau pape être au service de la foi que le Ressuscité a voulu partager avec ces premiers disciples en mangeant avec eux un bon poisson au bord du lac rempli de souvenirs profonds. « La foi à la quelle nous sommes invités, dit Éloi Leclerc dans un livre sur saint Jean, n’est pas l’adhésion aveugle à une vérité extérieure qui s’imposerait à nous d’une manière autoritaire, dogmatique et totalement incontrôlable. Croire au Fils unique c’est croire que Dieu aime le monde ; c’est croire que cet amour est la réalité première et absolue, c’est s’ouvrir soi-même à cet amour, l’accueillir en soi, se laisser pénétrer, inspirer par lui. Et du coup c’est en éprouver la force vivifiante et créatrice. » Puisse le futur pape, de quelque origine soit-il, nous aider et aider le monde et l’Église à ce qu’il en soit ainsi comme l’a fait le Pape François de vénérée mémoire.

    Père Édouard Bois

  • Jésus est ressuscité, je l’ai rencontré !

               A Pâques les chrétiens célèbrent l’événement le plus important pour eux : la résurrection de Jésus. Les chrétiens affirment qu’il est, le premier, sorti vivant du tombeau et que cela change radicalement la vie des hommes.  
    Mais admettre qu’un homme, Jésus, ait triomphé de la mort, c’est impensable pour beaucoup, qui refusent d’y croire. Voici ce que rapporte le livre des Actes des Apôtres en évoquant des Grecs, des Juifs et des Romains.

    En Grèce, à Athènes, Paul annonçait Jésus devant l’Aréopage : « Quand ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns riaient, et les autres déclarèrent : « Sur cette question, nous t’écouterons une autre fois ! » (Actes des Apôtres 17, 32).

    Chez les Juifs, le roi Hérode Agrippa évoque : « certaines discussions au sujet d’un certain Jésus qui est mort et que Paul déclarait toujours vivant ». (Actes 25, 19)

    Et devant le tribunal juif : Paul venait d’affirmer : « C’est à cause de notre espérance en la résurrection des morts que je passe en jugement. A peine eut-il dit cela qu’une dispute éclata et que l’assemblée se divisa. En effet les sadducéens prétendent qu’il n’y a ni résurrection, ni anges, ni esprits, tandis que les pharisiens y croient. » (Actes 23, 6-8)                         
    A Rome : « Paul s’efforçait de les convaincre au sujet de Jésus… Les uns se laissaient convaincre par ce qu’il disait, les autres refusaient de croire. » (Actes 28, 23)

     

      Les apôtres eux-mêmes commencent par refuser de croire à cet événement avant que Jésus lui-même se manifeste à eux le soir de Pâques. Et même Thomas, l’un d’entre eux qui n’était pas présent à ce moment, répondit à ceux qui avaient vu Jésus vivant : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas ! » (Jean 20, 25) Huit jours plus tard, il vit Jésus et il crut.

     

    Aujourd’hui, si Thomas n’est pas là pour nous faire partager son expérience, il peut nous faire comprendre que croire ce n’est pas admettre un événement ; c’est rencontrer la personne de Jésus. Thomas a pu voir et toucher ses cicatrices. Et Jésus lui a dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jean 20, 29) Les chrétiens d’aujourd’hui peuvent reconnaître Jésus vivant par des signes : la Parole transmise fidèlement au cours des siècles, la vie de l’Eglise par le don des sacrements et l’amour fraternel et enfin l’Esprit-Saint reçu depuis la Pentecôte. C’est là que l’on peut reconnaître Jésus vivant.

     

    P. Anatole DEDEGBE

  • Cela devait arriver

              La manière dont Luc relate l’Entrée de Jésus à Jérusalem et sa Passion est significative. Les différentes réponses de Jésus sont mises en évidence. Les événements tournent rapidement, mais il est toujours au contrôle. Il prononce les mots qui l’envoient à la mort, sans avoir besoin de témoins extérieurs. Bien que tous ses proches disciples l’abandonnent, y compris Pierre, il suit toujours le chemin de la volonté de Dieu. Bien que les soldats l’insultent et le narguent, il va toujours à la croix pour eux. On se moque de Jésus comme d’un prophète qui ne sait pas ce qui se passe, mais il est tout à fait conscient de ce qu’il fait et pourquoi. La scène se déroule avec l’ironie tragique de l’hostilité de l’humanité envers le plan de Dieu et de la ténacité du Fils de Dieu de rectifier ce qui ne va pas chez nous tous. Jésus est si complètement homme qu’il partage la peur naturelle que nous inspire la mort. Il vient à Dieu avec l’angoisse humaine que lui inspire la mort, la grande ennemie. Jésus voudrait rester uni avec Dieu, aussi étroitement qu’il l’a été durant toute sa vie terrestre. Jésus est seul, abandonné sur la croix, mais il prie. Jusqu’au bout il ne casse pas cette relation qu’il a avec son Père, même dans ce moment difficile pour lui, où il pourrait douter de l’amour et de la fidélité de Dieu, il lui parle encore. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’astu abandonné ? » L’espérance dans ce cri n’est pas morte puisqu’il s’adresse à Dieu. Comme l’écrit Paul, Jésus n’a pas revendiqué son droit d’être traité à l’égal de Dieu. Il n’a pas suivi la logique humaine. C’est la foi qui nous permet de saisir toute la portée de ce qui s’est passé. C’est la foi qui doit nous permettre de grandir à travers les situations de détresse, à travers le mal et la souffrance. L’humiliation et la mort de Jésus ne sont pas la fin. Il va ressusciter. C’est là l’essentiel du christianisme.

              Le pouvoir de la croix ne nous aidera que dans la mesure où nous réfléchissons à sa signification. « Faites ceci en mémoire de moi » n’est pas simplement un mémorial vivant, c’est le moyen même par lequel Jésus revigore son peuple en y vivant. Jésus nous entraîne sur un chemin nouveau et nous fait perdre nos repères. C’est à l’ombre d’une croix qu’il faut le trouver et se retrouver.  Mais qui suivra ce sentier ? Croyons-nous comme Jésus que l’amour devrait être le nouveau chemin qui mène notre vie ?

    P. Modeste MEGANOU

  • Bientôt la semaine sainte !

               Nous entamons en ce cinquième dimanche de ce temps de marche vers Pâques la dernière semaine de carême avant la semaine sainte qui arrive dès dimanche prochain, dit des rameaux et de la passion, et passe vite. Nous pouvons peut-être déjà nous réjouir ou au contraire nous désoler un peu de notre route jusqu’à présent. Peu importe ! Avançons résolument vers la semaine sainte ; elle est le sommet de la vie liturgique de l’église catholique : mystère du Christ qui donne Sa Vie pour donner la Vie, mystère de nos renoncements en union au Christ, mystère de notre intercession pour le monde dont nous présentons les fractures et les manques au Père du ciel par les mains percées, mais précieuses, du Christ.

    La semaine entière est consacrée au Seigneur, comme un grand dimanche. De même qu’au cœur du dimanche il y a la messe, au cœur de la semaine sainte, il y a une grande célébration liturgique, qui commence le jeudi Saint par la Sainte Cène, continue le vendredi saint par la Célébration de la Croix et trouve son point culminant le samedi soir dans la Veillée Pascale. Ainsi, une seule et même célébration déploie le mystère du salut chrétien par Jésus : don de Communion (jeudi), renoncement à soi par amour à travers le mal (vendredi), source de vie éternelle (veillée pascale). Une seule et même célébration pour nous faire comprendre que nos eucharisties rendent actuels à la fois la Communion de la Sainte Cène, le Sacrifice de la Croix et la Résurrection du Christ. Ainsi, nous comprenons mieux que recevoir les espèces eucharistiques, c’est à la fois communier (au Christ et à nos frères et sœurs) ; recevoir l’Hostie, c’est-à-dire la Victime du Sacrifice (du latin Hostia), et recevoir le Pain de Vie pour la vie éternelle.

    Puisse la Semaine Sainte nous permettre de contempler davantage la grandeur infinie du don de la vie baptismale et de l’Eucharistie ! Et pourquoi pas, cette année, faire l’effort de vivre entièrement le Triduum Pascal ? L’Eglise nous y encourage, en favorisant le rassemblement de toute la paroisse pour vivre ces jours saints.

     

    P. Anatole DEDEGBE

     

  • Nos aveuglements

              Nos yeux nous permettent de voir le monde, les personnes, les événements, mais notre regard est fait de préjugés, de principes qui nous permettent de porter un jugement sur ce que nous voyons. Notre regard est tantôt illuminé par la bienveillance ou l’admiration, et tantôt obscurci par des poutres ou des pailles. Il passe les réalités que nous voyons au crible de nos lunettes, avec ou sans œillères et de nos prismes déformants. Au point qu’il nous arrive de les considérer comme bonnes ou mauvaises selon nos préjugés. Il en est ainsi pour les acteurs du récit de saint Jean, et surtout pour les pharisiens, convaincus qu’ils sont clairvoyants en considérant l’aveugle et ce Jésus qui l’a guéri comme des pécheurs.

    Pour croire, il faut voir et c’est dans ce contexte que Jésus prend l’initiative de guérir l’aveugle-né en effectuant un geste créateur : il prend de la terre qu’il mélange avec sa propre salive à l’image de Dieu dans le livre de la Genèse qui pétrit du sol l’homme puis il l’applique sur les yeux de l’aveugle et lui demande d’aller se laver à la piscine de Siloé. Voici qu’apparaît le signe du baptême, ce premier sacrement de l’initiation chrétienne qui vient nous arracher de l’aveuglement des péchés pour nous conduire vers la lumière du Seigneur.

    Le regard de Jésus transforme celui de l’aveugle sur lui-même, lui redonne confiance. Il va se laver les yeux, se laver le regard et l’emplir de la lumière d’estime qu’il a perçue dans le regard de Jésus sur lui. Jésus se présente comme celui qui vient recréer cet homme, restaurer en lui l’image positive de Dieu dès sa naissance. Il dénonce l’erreur de croire qu’une faute pourrait être à l’origine d’une infirmité humaine et dénonce le mauvais œil que tous posent sur cet aveugle.

    Ce n’est pas l’aveugle-né qui est le personnage central de ce passage, mais la cécité de ceux qui l’entourent, en particulier celle des prêtres et autres pharisiens. C’est toute la différence entre ceux qui ne peuvent pas voir et ceux qui ne veulent pas voir. Voir, c’est accepter le changement, c’est briser le statu quo, chose pas facile dans un monde fait de confort rassurant. Voir : c’est finalement se convertir ! La vie chrétienne suppose que nous regardions les personnes et les événements avec le regard même de Dieu, avec les yeux de Dieu. Si nous pouvions en face de telle personne, de tel événement nous demander : cette personne, cet événement, comment Dieu les voit-il ? Cela changerait radicalement nos attitudes et nous serions moins tentés de jugements a priori, hâtifs, de classer les gens dans des catégories, de chercher des boucs émissaires lorsque les choses vont mal, mais, sans pour autant rester passifs, nous aurions alors une vision différente et, comme Dieu remplie d’une espérance qui nous dépasse. Retenons aussi une phrase de la première lecture de ce dimanche : ce que déclare le Seigneur à Samuel qui s’apprête à choisir David, le plus jeune des fils comme roi d’Israël pour remplacer Saül qui a sombré dans la folie : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

    Tout est une question de regard.  Quel est notre regard sur Jésus ? Quel est notre regard sur l’autre ?

     

    Père Modeste MEGNANOU

     

  • J’ai soif…

              Jésus a réellement soif de notre amour et de notre conversion. Au milieu de ce carême, il semble nous demander à boire mais, en même temps, devant tous les hésitants comme devant la Samaritaine, il renverse les rôles en clamant : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive » pour que tu n’aies plus jamais soif… Jésus se met ainsi en face de notre liberté et viens à notre rencontre. Il ne forcera jamais quiconque à l’aimer ni à le suivre et à vivre de son enseignement.

    Si tu savais…, dit Jésus ! Tu restes libre de ne rien me demander, de chercher à te débrouiller tout seul ; mais je t’aime sans te demander ton avis, et je donne ma vie en rançon pour toi.

    Si tu savais… Je connais toute ta vie et rien ne m’empêche de t’aimer encore avec amour. « Des maris, tu en as eu cinq… ». La femme alerte alors tout le village : « Venez voir un homme qui m’a dit ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? ».

    Si tu savais… Je ne réduis jamais personne à son péché ou à son passé ; ce n’est pas son identité ; ces cinq maris, toutes les hontes de vos vies, c’est secondaire pour moi. Mon regard traverse cette carapace pour voir qui vous êtes vraiment. Je ne vois pas une prostituée quand je vois Marie Madeleine ni un lâche quand je vois Pierre… Tous mes face à face je les gagne par le haut quand chacun sent qu’il est créé à l’image de Dieu, qu’il est aimé et racheté au prix de mon sang.

    Si tu savais… Je suis à ta disposition dans le sacrement de ma miséricorde pour la réconciliation et pour te faire revivre. Profite donc du reste de ce temps de carême pour avancer vers l’eau baptismale ou recevoir le sacrement de la miséricorde, source d’eau vive.

     

    P. Anatole DEDEGBE

  • « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le. » Mt, 17,5

                  A quelque temps de sa Passion et de sa mort, le Christ fortifie la foi de ses disciples en levant le voile sur la réalité de sa personne. Jésus connaitra la Défiguration, et ce sera le drame de la Passion et de la Croix. Mais auparavant, il y aura eu la Transfiguration, moment où ses trois disciples les plus intimes, Pierre, Jacques et Jean, auront eu la vision du Christ en gloire au Thabor.

    Nous aussi, ne nous laissons pas défigurer par les ennemis de la foi : ce qu’on regarde, ce qu’on lit, ce qu’on entend autour de nous, le péché. Mais laissons-nous transfigurer en priant chacun à sa façon sans critiquer celle de l’autre, en vivant des sacrements, en lisant la Parole de Dieu, en faisant des actes de dévotion. Ainsi, au-delà des chemins de Croix qui parfois nous défient, voire nous défigurent, puissions-nous aussi durant ce temps de carême nous recentrer sur la promesse de Pâques que nous donne le Transfiguré.

    Sur le chemin de Damas, c’est une expérience similaire aux trois apôtres du Thabor qu’a vécue saint Paul, enveloppé par la lumière et la gloire de Dieu. Il a entendu la voix du Christ l’appeler par son nom et désormais, toute sa vie sera tournée vers la proclamation de l’Evangile, soutenu par son espérance d’entrer définitivement dans la gloire du Christ. C’est la raison pour laquelle il invite Timothée à supporter sa situation et à annoncer la Bonne Nouvelle : « Souffre avec moi pour l’Evangile, soutenu par la force de Dieu. » 2 Tm,1,8.  Nous aussi, n’oublions pas de nous tourner vers nos frères et n’attendons pas d’être entre nous pour parler de notre foi.

    Le pape François rappelle à ce sujet : « Nous ne pouvons pas rester là ! La rencontre dans la prière avec Dieu nous pousse à descendre de la montagne et à retourner en bas, dans la plaine, où nous rencontrons tant de frères qui ploient sous les peines, les maladies, les injustices, l’ignorance, la pauvreté matérielle et spirituelle. » (Angélus, 16 mars 2014)

    Pendant ce temps de carême, demandons au Seigneur la grâce de faire le Bien en faisant nôtre cette Prière du matin de saint François d’Assise :

     « Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens vous demander la paix, la sagesse et la force. Je veux regarder aujourd’hui le monde avec des yeux remplis d’amour ; être patient, compréhensif, doux et sage ; voir vos enfants au-delà des apparences, comme vous les voyez vous-même, et ainsi, ne voir que le bien en chacun. Fermez mes oreilles à toute calomnie, gardez ma langue de toute malveillance et que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit. Que je sois si bienveillant et si joyeux que tous ceux qui m’approchent sentent votre puissance et votre présence. Revêtez-moi de votre beauté, Seigneur, et qu’au long du jour je vous révèle. Ainsi soit-il. »

     

                                                             François LALAU, diacre permanent

     

  • Tentation, épreuve et vie quotidienne

              Ce n’est pas un hasard si Jésus se retrouve dans le désert après son baptême. Le désert représente un lieu de préparation, un lieu d’attente pour le prochain mouvement de Dieu, un lieu d’apprentissage pour faire confiance à la miséricorde de Dieu.

              Les trois tentations rejetées par Jésus démontrent non seulement qu’il est juste selon la Loi, mais prouvent également son identité en tant que fils divin et bien-aimé de Dieu. Chaque tentation invite Jésus à se détourner de la confiance en Dieu d’une manière différente. C’est pour lui une occasion d’affirmer son identité et son avenir sur le caractère et la fiabilité de Dieu. Lorsqu’il est tenté, Jésus répond par des affirmations bibliques tirées de passages de l’Ancien Testament faisant référence au temps dans le désert. En ce sens, Jésus répète les épreuves qui se déroulent devant Israël alors qu’il s’apprête à commencer son ministère public. De même qu’Israël est sorti de ses errances purifié et prêt à hériter des bénédictions et des promesses de Dieu, Jésus émerge également de ses épreuves, confirmé dans son identité, et renforcé pour sa mission. Cette scène non seulement relie Jésus au passé de ses ancêtres, elle le marque comme supérieur à eux et prêt à inaugurer une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité et de ses relations avec Dieu.

              Être humain, c’est être conscient que nous portons en nous un vide que nous serons toujours désireux de combler. Adam et Ève voient le fruit de la connaissance et concluent que leur vide sera comblé par celui-ci.   Pourtant, après en avoir mangé, le vide demeure. Aujourd’hui, nous pourrions imaginer que ce vide a la forme d’une voiture neuve, d’un ordinateur, d’une meilleure maison, etc.  Mais après avoir travaillé, et obtenu ces choses en en sacrifiant d’autres, le vide demeure. Blaise Pascal a décrit le vide en nous comme un trou en forme de Dieu, un véritable gouffre infini dans le cœur humain. Il n’y a pas de comblement permanent de ce trou, sauf dans et par notre relation avec Dieu. Être chrétien, c’est accepter que nous sommes créés pour être en relation avec Dieu et les uns avec les autres. Peut-être que le but de la vie de foi n’est pas d’échapper à la limitation humaine, mais de découvrir Dieu au milieu de nos besoins et d’apprendre, avec Paul, que la grâce de Dieu nous suffit. La foi ne supprime pas les difficultés qui font partie intégrante de cette vie, mais elle nous donne le courage de nous tenir debout, non seulement de survivre, mais en fait de prospérer en Jésus et par lui.

              Nos propres épreuves et faiblesses peuvent devenir le lieu privilégié de notre rencontre avec Dieu.  À quelle mission Dieu appelle-t-il l’Église ? Que faut-il pour se préparer à Pâques ?

    P. Modeste MEGNANOU