Catégorie : Édito

  • Édito de la Solennité de la Toussaint, vendredi 1er novembre.

    La Toussaint, que nous fêtons le 1er novembre, fait partie des grandes fêtes chrétiennes. Au même titre que Noël, Pâques ou la Pentecôte. C’est une fête importante. Mais pourquoi vient-elle la dernière ? Pourquoi à ce moment-là ?

    Elle n’a pas toujours, en effet, été le 1er novembre.

    Dans les Eglises orthodoxes on fête la Toussaint le premier dimanche après la Pentecôte. Chez les catholiques romains elle a été fêtée à divers dates et finalement, par décision papale, au 1er novembre. 

    Si on l’a mise après les autres ce n’est pas simplement une question de hasard, de disponibilité du calendrier ou de hiérarchie dans l’importance voire de saison parce que les feuilles commencent à tomber !

    Si elle est là c’est que la fête de la Toussaint serait incompréhensible sans les autres !  Et les autres sans elle.

    La Toussaint renvoie en effet au mystère du Christ, à sa naissance, sa passion, sa résurrection, au mystère de Pâques et du don de l’Esprit Saint dont nous faisons mémoire chaque dimanche à la messe.

    Mais Jésus et les saints ne sont pas à mettre sur le même plan.

    Le cardinal Marty disait « la sainteté c’est le resplendissement du Christ à travers le visage d’un homme, d’une femme ». 

    La fête de la Toussaint nous tourne vers le Christ.

    Pour autant elle n’en n’est pas moins importante que Noël, Pâques, la Pentecôte.

    Que serait, en effet, l’événement de Jésus Christ sans les saints et les saintes, connus ou inconnus que nous honorons aujourd’hui ?

    Un événement sans suite. Une histoire inachevée. Un salut annoncé et reporté sans cesse plus loin, au terme de l’histoire, aux calendes grecs

    L’accomplissement de l’homme serait toujours attendu, désiré, jamais réalisé.

    Mais fêter les saints c’est être habité par l’intime conviction que, dès ici- bas, en cette terre, et dans l’au-delà, des frères en humanité comme nous, pas des privilégiés, pas des surhommes, pas des héros même si certains ont été martyrs, ont laissé leur vie être comme habité par l’Esprit d’amour, l’Esprit de Dieu en un mot l’Esprit de sainteté.   

    Fêter les saints c’est croire que les forces de vie, de résurrection, la force de Pâques sont à l’œuvre dans ce monde, travaillent le cœur des hommes. Déjà et avec succès.

    Dieu est à l’œuvre au cœur du monde pour conduire chaque existence à son plein épanouissement, son plein accomplissement. En un mot sa divinisation.

    Père Edouard Bois.

  • Édito du 30ème dimanche du temps ordinaire, 27 octobre 2019

    Y aurait-il des prières stériles ?

    “Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, l’autre publicain. “

    Jésus poursuit aujourd’hui son enseignement sur la prière.

    Nous avons entendu tant de fois cette parabole, ainsi que la dénonciation récurrente par Jésus de l’hypocrisie de certains pharisiens, que nous ne prêtons plus attention au côté scandaleux de la morale de cette petite histoire : “Quand le publicain rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare qui était devenu juste, et non pas l’autre. “

    Comment justifier le comportement de ce collecteur d’impôt qui vole pour son compte et collabore avec l’occupant romain, en maniant toute la journée de l’argent impur, alors que le pharisien débute sa prière en rendant grâce à Dieu, jeûne plus que ne l’exige la Loi de Moïse, et reverse le dixième de ses gains aux pauvres.

    Fidèle à ce Dieu décrit par Ben Sirac le Sage dans la première lecture qui ne juge pas sur l’apparence, Jésus ne cherche pas ici à comptabiliser les mérites de chacun ; mais cela ne l’empêche pas de fustiger durement une manière hypocrite de prier : “Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres“.

    De fait, en rendant grâce à Dieu pour ses éminents mérites, le pharisien ne loue pas le Seigneur : il s’adresse à lui-même de vibrants éloges. Au lieu d’être centrée sur Dieu, sa prière est centrée sur lui-même, en lui faisant mépriser “le reste des humains“.

    Comme lui, trop souvent, nous avons tendance à diviser le monde en deux : les bons dont nous sommes, bien sûr, et les méchants, les autres ; l’axe du bien et l’axe du mal, alors que le bon et le mauvais traversent notre propre cœur.

    A l’inverse, le publicain, écrasé par ses fautes et sachant qu’il ne peut pas s’en sortir seul, s’en remet à Dieu pour sa justification parce qu’il attend tout de Lui. Il est ajusté à Dieu dans la mesure où il essaye d’être vrai devant Lui, dans la confiance.

    Sainte Thérèse d’Avila avait une très belle expression pour dénoncer cette attitude, présente même chez ses sœurs carmélites: elle parlait de l’oraison fausse qui consiste à “s’encapuchonner“ pour ignorer autrui.

    Et au XXème siècle, Charles Péguy disait dans le même esprit : ce qui fait le chrétien, ce n’est pas l’étiage, le niveau de la vie morale. Ce qui fait le chrétien, “c’est qu’il donne la main. “

    Que le publicain de l’évangile nous apprenne à reconnaître en toute humilité que nous avons besoin de la main de Dieu qui nous est toujours tendue.

    Père Luc de Saint-BAsile

  • Édito du 29ème dimanche du temps ordinaire, 20 octobre 2019

    Prier sans se décourager…

    « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. »

    Romano GUARDINI, dans un livre qui date maintenant, mais qui reste un grand classique, écrivait : « On entend souvent dire que la prière authentique ne dépend ni d’un vouloir ni d’un ordre, mais qu’elle doit jaillir spontanément de l’intérieur de l’âme, comme le fleuve de sa source. Si ce n’est pas le cas, si le cœur ne s’y porte pas, on devrait s’en abstenir, sous peine de tomber dans l’inauthentique et l’artificiel. A première vue cela paraît très convaincant ; mais quand on connaît mieux l’homme et sa vie religieuse, on ne peut se défendre du soupçon que celui qui parle ainsi pourrait bien n’avoir jamais eu sérieusement affaire à la prière. Sans doute, il y a des prières qui sortent spontanément de l’âme…. Mais la prière qui jaillit d’une impulsion intérieure paraît, dans l’ensemble, être presque l’exception. Qui voudrait édifier sur elle seule sa vie religieuse en viendrait vraisemblablement à ne plus prier. Il ressemblerait à un homme qui voudrait s’en remettre complètement à l’intuition et à l’inspiration, et à laisser de côté l’ordre, la discipline, le travail. » (Initiation à la prière)

    Prier Dieu sans se décourager, qu’est-ce que cela veut dire ? Dieu aurait-il besoin qu’on lui répète les choses, qu’on le supplie à maintes reprises ? Certainement pas.

    La persévérance est importante car elle est le signe de notre fidélité et de notre confiance. Il ne s’agit pas de prier jusqu’à ce qu’on soit exaucé. Il s’agit tout simplement de prier sans cesse, comme expression de notre confiance et de notre amour.

    Entre prier “jusqu’à“ et prier “sans cesse“, il y a plus qu’une nuance : ce n’est pas une question de durée, c’est une question de proximité. On prie sans cesse comme on aime sans cesse. La persévérance dans la prière n’a pas comme objectif d’obtenir quelque chose, mais de signifier un amour qui ne se dément pas.

    Comme Moïse devait tenir les bras levés vers Dieu pendant que son peuple combattait dans la plaine, de même nous devons persévérer dans la prière, même si la fatigue ou le découragement nous guette. Car si, comme lui parfois, il nous arrive de voir l’effet produit par notre persévérance, il se peut aussi que nous soyons tentés de baisser les bras devant cette impression de vide, comme beaucoup de grands saints ont avoué l’avoir expérimenté (Thérèse d’Avila, St Jean de La Croix, Thérèse de Lisieux, et plus récemment Mère Theresa).

    Et si Moïse a eu besoin d’Aaron et de Nour pour soutenir ses bras levés, nous avons besoin de la foi et de la générosité des autres pour soutenir notre cri vers le Seigneur. C’est ce que nous expérimentons chaque dimanche en nous épaulant les uns les autres pour prier sans se décourager, en communion avec le Christ.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 28ème dimanche du temps ordinaire, 13 octobre 2019

    Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger

    pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu !

    Il y a un lien évident, ce dimanche, entre la première lecture et l’évangile. Dans les deux récits, il s’agit de lépreux qui sont guéris ; dans les deux cas, les personnages importants sont des étrangers : Naaman, un syrien et, dans l’Evangile, un Samaritain ; et tous les deux vont revenir pour dire merci.

    Or si tous ont été guéris, et si le général syrien Naaman ira même jusqu’à reconnaître qu’“il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël “, un seul des dix lépreux s’entendra dire de la bouche de Jésus : “Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. “

    Il y a donc une différence entre la guérison de ces lépreux et le salut que Jésus est venu apporter.

    Pourtant tous on fait confiance à la Parole qui leur avait été dite, celle du prophète Elisée pour Naaman, celle de Jésus pour les dix lépreux, car ils n’ont pas été guéri immédiatement mais en se baignant dans le Jourdain pour le premier, ou sur le chemin pour aller se montrer aux grands prêtres, dans l’évangile.

    Ce n’est en fait qu’après leurs guérisons que tout se joue. Le lépreux samaritain ne va pas seulement se réjouir d’avoir retrouvé la santé et d’être ainsi réintégré dans la communauté, mais il va reconnaître dans ce signe l’action de Dieu qui s’accomplit par la Parole de Jésus.

    Le désir de Dieu est notre bonheur ; pourtant ce bonheur ne se trouve pas uniquement dans le fait d’être en bonne santé, mais dans la communion, le face à face avec Dieu. C’est ce qu’illustre magnifiquement la parole de St Irénée : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la gloire de l’homme, c’est la vision de Dieu“.

    Ce lépreux a compris que son salut va bien au-delà de sa guérison, contrairement aux autres lépreux guéris ; en retournant vers Jésus, et en rendant gloire à Dieu, il reconnait en Lui son vrai bonheur.

    Ces guérisons sont aussi pour nous une invitation à apprendre à discerner les signes de Dieu dans nos vies, non pas forcément des signes extraordinaires, mais la reconnaissance que Dieu est là dans tel événement, heureux ou malheureux, dans telle rencontre qui nous apporte une certaine paix intérieure, un certain courage et un désir d’avancer.

    Une reconnaissance de cette présence de Dieu qui devrait faire jaillir en nous l’action de grâce, la louange.

    Alors nous entendrons avec le lépreux : “ Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. “

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 27ème dimanche du temps ordinaire, 06 octobre 2019

     


    Les arbres dans la mer…

    Jésus vient de donner à ses disciples des consignes exigeantes sur la nécessité du partage et du pardon pour être témoins de l’Evangile. Dépassés par la charge qui leur incombe, les apôtres alors l’implorent en lui demandant : « Augmente en nous la foi. »

    Sans répondre directement à leur demande, Jésus va parler de la graine de moutarde qui, en Palestine, représente la plus petite de toutes le graines, et du sycomore qui est le type même de l’arbre indéracinable ; les autres évangélistes parlent eux d’une montagne à déplacer  : “La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au sycomore que voici : « Déracine-toi et va te planter dans la mer » ; il vous obéirait. “

    Puis suit l’histoire du « serviteur inutile » : « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous ; “Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir. “

    Que comprendre à tout cela ?

    Trop souvent nous confondons la foi avec la force de conviction, comme si c’était un capital personnel que l’on pouvait faire croître, ou … perdre.

    La foi est d’un tout autre ordre : c’est d’abord la confiance que l’on fait à Dieu, et dans sa puissance d’amour infinie qu’il peut déployer en nous. Cette confiance nous permet de surmonter nos peurs et prendre des risques. Ce qui paraissait impossible devient alors possible.

    Et Jésus rappelle à ses apôtres qu’ils ne sont que les humbles serviteurs d’un projet qui les dépasse. Ce n’est pas pour déprécier le travail apostolique qu’ils déploient, ni dénigrer leurs efforts pour mettre leur vie en accord avec l’évangile. Jésus rappelle qu’avec Dieu on n’est jamais dans l’ordre du mérite et du droit, mais dans celui de l’amour et de la gratuité. On peut mériter la reconnaissance de quelqu’un, pas l’amour. Et l’amour de Dieu en nous peut aller jusqu’à déplacer des arbres dans la mer.

    C’est précisément ce qu’expérimentaient les apôtres au moment où Saint Luc écrit son évangile : ainsi ces simples pécheurs du lac de Galilée pouvaient déjà contempler la puissance de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ qui, à travers leur pauvre prédication, s’était répandue sur tout le pourtour du bassin méditerranéen.

    Une citation du poète indien Rabindranath Tagore convient bien au sens du service dont parle Jésus : “Je dormais et rêvais que la vie n’était que joie. Je m’éveillais et je vis que la vie n’était que service. Je servis et je compris que le service était la joie. “

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 26ème dimanche du temps ordinaire, dimanche 29 septembre

     

     


    Il ne s’agit pas seulement de migrants

     C’est ce dimanche la Journée Mondiale des Migrants et Réfugiés.  

    Le message du Pape François, à cette occasion, s’intitule : Il ne s’agit pas seulement de migrants. 

    Le Pape y reprend, à sa manière, le cri d’alarme que nous livrent les textes de la messe qui attirent notre attention sur l’attitude des nantis face aux pauvres.

    Car la question ne date pas d’aujourd’hui. Déjà le prophète Amos (cf.1ère lecture) dénonçait, avec vigueur, l’attitude de toute une classe de riches.  

    Jésus dans l’Evangile, en racontant l’histoire d’un pauvre qui mange les miettes du festin d’un riche qui l’ignore totalement, fait le même constat et dénonce le même penchant. Bien d’autres, les François d’Assise, Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, etc. feront de même au fil de l’histoire.

    Il ne s’agit pas seulement des migrants ,souligne donc le Pape François

    Leur situation concerne aussi notre relation aux plus démunis de notre société quels qu’ils soient. La Société de Saint Vincent de Paul, qui a une antenne dans notre paroisse, et dont c’est aujourd’hui aussi la campagne nationale, attire pareillement notre attention.  

    Mais par ce titre le Pape veut dire plus. L’aide apportée à ceux et celles en difficulté, quels qu’ils soient, n’est pas qu’une question matérielle. C’est une invitation à la rencontre qui souvent déroute et fait peur. Le Pape nous invite à nous laisser transformer, toucher et pas simplement à donner de loin. Une rencontre qui doit être source de joie pour les uns et les autres.

    « Il ne s’agit pas seulement de migrants. » En intitulant ainsi son message le pape nous invite enfin à mesurer l’enjeu ecclésial et mondial de cette attention aux plus défavorisés et aux migrants : « Chers frères et sœurs, la réponse au défi posé par les migrations contemporaines peut se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Mais ces verbes ne valent pas seulement pour les migrants et pour les réfugiés. Ils expriment la mission de l’Eglise envers tous les habitants des périphéries existentielles, qui doivent être accueillis, protégés, promus et intégrés. Si nous mettons ces verbes en pratique nous contribuons à construire la cité de Dieu et de l’homme, nous encourageons le développement humain intégral de toutes les personnes et nous aidons la communauté mondiale à s’approcher des objectifs du développement durable qu’elle s’est donnés et qu’il sera difficile d’atteindre autrement. Donc ce n’est pas seulement la cause des migrants qui est en jeu, ce n’est pas seulement d’eux qu’il s’agit, mais de nous tous, du présent et de l’avenir de la famille humaine…A travers les migrants, le Seigneur nous invite à nous réapproprier notre vie chrétienne dans son entier et à contribuer, chacun selon sa vocation, à l’édification d’un monde qui corresponde toujours davantage au projet de Dieu ».

    Père Edouard Bois.

  • Édito du 25ème dimanche du temps ordinaire, dimanche 22 septembre

    Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête… !

    Voici sans doute l’une des paraboles de Jésus la plus provocante : celle de ce maître qui va faire l’éloge de son gérant malhonnête qui a trafiqué ses comptes “car il avait agi avec habileté“.

    Dans ses paraboles, Jésus part toujours d’une réalité qu’il a observée. Or, en Galilée, à cette époque, les intendants étaient nombreux. Ils géraient de grands domaines au profit des propriétaires qui habitaient dans les grandes villes. Et il arrivait que l’un d’entre eux se fasse prendre la main dans le sac, ou dans le livre de comptes, lors d’un contrôle.

    Jésus décrit l’un de ces filous qui réagit très rapidement, une fois renvoyé. Après avoir écarté plusieurs reconversions dont il se sent incapable (travailler la terre, mendier), il sait comment se faire des amis avant qu’il ne soit trop tard : chaque débiteur de son maître est invité à falsifier sa dette sous le regard du gérant pour la diminuer d’une centaine de journée de travail ; c’est beaucoup !

    Ainsi les débiteurs et l’intendant sont liés par un même secret : les premiers sont trop heureux d’une telle aubaine en échange de leur silence ; le second est assuré de trouver “des gens pour l’accueillir, une fois renvoyé de sa gérance. “

    Jésus ferait-il l’éloge d’un magouilleur débrouillard qui trafique les comptes ? Ce serait surprenant.

    De fait Jésus ne loue pas son attitude : il dit bien que ce gérant est malhonnête. Mais il souligne un aspect positif de son comportement : il est habile et manifeste une rapidité exemplaire, en face d’une situation critique, pour assurer malgré tout son avenir. Et en direction de ses disciples, Jésus conclut : Et vous, les fils de lumière, êtes-vous aussi habiles pour le Royaume de Dieu ? Savez-vous faire preuve de la même rapidité de décision et de la même habileté, car le temps presse, il n’y a pas un instant à perdre.

    A sa manière, cette parabole est aussi une formidable désacralisation de l’argent. L’argent n’est pas bon ou mauvais en soi, ce n’est qu’un outil, sans plus : on peut s’en faire des amis comme s’en faire un maître en le pervertissant ; on peut s’en servir ou le servir. Autrement dit, si l’on en fait une fin en oubliant qu’il n’est qu’un moyen d’échange, un outil de relation, il devient alors une idole, ce que Jésus désignera sous le nom de “Mammon“.

     “Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’Argent“, conclura Jésus. Entre le service de Dieu et celui de l’Argent il n’y a pas de compromissions possibles.

    A nous qui sommes souvent très créatifs pour trouver des astuces pour gagner un peu plus d’argent, saurons-nous avoir la même inventivité et la même énergie au service de ce Royaume d’amour et de paix auquel Dieu nous invite et qu’il nous confie ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito du 24ème dimanche du temps ordinaire, dimanche 15 septembre

     

     

    Trouver sa route !

    Nous pouvons encore avoir des souvenirs de vacances et, par exemple, d’avoir parcouru des sentiers de grande randonnée et d’avoir perdu notre chemin pour ne pas avoir tenu compte des signaux qui le balisent, ou ne pas les avoir découvert.

    L’évangile de ce dimanche nous propose, lui, trois paraboles où nous voyons des personnages en recherche, comme si quelque chose ou quelqu’un avait été perdu et demandait à être retrouvé.

    Ainsi de la parabole de la brebis perdue, de celle de la femme qui cherche une pièce dans sa maison et de la célèbre parabole de l’enfant prodigue.

    La plupart du temps, dans la méditation, on s’arrête au dénouement. On se réjouit à juste titre de ces retrouvailles.

    Peut-être est-il bon aussi de s’arrêter à la démarche des chercheurs.

    La recherche est une attitude humaine profondément ancrée dans notre culture : recherche scientifique, technologique, médicale, astrale, etc.

    Et tout simplement au niveau de nos vies ordinaires chacun, d’une manière ou d’une autre, revêt l’habit du chercheur. 

    On cherche ce qui a été perdu mais aussi ce qui n’a pas encore été découvert.

    Chercher fondamentalement pour nous a rapport au sens, c’est-à-dire à la direction et à la signification. On cherche sa route, ou à la retrouver si on l’a perdu. On cherche le sens de sa vie.

    Particulièrement en ce temps de rentrée, nous pouvons nous identifier ainsi à l’un ou l’autre de ces chercheurs de l’Evangile pour donner sens à nos vies et rencontrer Dieu.

    Mais bien sûr dans ces personnages que sont le berger, la femme dans sa maison et le père de l’enfant prodigue, nous y reconnaissons surtout l’image de Dieu, Père de Jésus et notre Père, qui n’a de cesse de chercher et de rencontrer chacun de nous de manière unique et personnelle.

    Pour notre plus grande joie et la sienne quand cela arrive.

    Puisse cette année, pour tous, être riche de découvertes sur les chemins plus ou moins balisées que notre vie en société, et en Eglise, nous propose.   

    Soyons donc cette année, ensemble, des chercheurs de vie et des chercheurs de Dieu.

    « Mon âme n’est pas en paix tant qu’elle ne demeure en toi » (saint Augustin)

                                                                                                      Père Edouard Bois

  • Edito du 23ème dimanche du temps ordinaire,08 septembre 2019

     

     

    Notre Dame de la Nativité de Bercy

    Les hasards du calendrier ont placé cette année la fête de la nativité de la Vierge Marie un dimanche. C’est donc une joie de se retrouver ensemble, en ce début d’année scolaire, pour célébrer notre fête patronale.

    Nous ne savons pas grand-chose de la naissance et de l’enfance de Marie puisque ni les évangiles, ni les lettres de St Paul n’en parlent. Ce ne sont que les évangiles apocryphes, notamment le Protévangile de Jacques, qui nous révèlent le nom de ses parents, Joachim et Anne. Tout ce qu’on peut dire avec certitude c’est qu’elle fut une villageoise de Nazareth, connue comme l’épouse du charpentier Joseph (Mt 13,55), dont Jésus continua le métier (Mc 6,3). Une femme pauvre (Lc 1,48) et “servante“, le seul titre qu’elle se donne par deux fois (Lc 1,38 et 48).

    La petite Thérèse de Lisieux, dans une de ses dernières lettres, avoue que tous les sermons entendus sur Marie l’ont laissée jusqu’ici insensible. Juste avant de mourir, le 23 août 1897, elle écrit :

    « Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la sainte Vierge. Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à son sujet.

    J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connait peu sa vie. Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s’offrir à Dieu, avec des sentiments brûlants d’amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu’elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents. […]

    Pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi, comme nous, en donner des preuves par l’Evangile où nous lisons : “Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.“ Et cette autre, non moins mystérieuse : “Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui.“ Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ? […]

    C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du commencement à la fin de s’exclamer et de faire Ah ! Ah ! on en a assez. Qui sait si quelque âme n’irait pas même jusqu’à sentir un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : “Si c’est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin ! “ »

    Alors que nous reprenons le cours de notre vie ordinaire après cette parenthèse de l’été, que la fête de la nativité de Marie nous aide à reconnaître, avec la petite Thérèse, la puissance de Dieu qui agit à travers l’humble service quotidien.

    Père Luc de Saint-Basile