Auteur/autrice : ParoisseNDB

  • Édito du 3ème dimanche de l’Avent, dimanche 13 décembre 2020

    Qui es-tu ?

     

    Jean Baptiste est un homme qui pose question : sa manière de vivre et son franc-parler va intriguer ses contemporains jusqu’à son exécution par Hérode : était-il le Messie ?

    Aujourd’hui, c’est la vérification d’identité ! Dans l’évangile de St Jean, Jean-Baptiste est interpellé par les émissaires du pouvoir religieux qui ont établi à l’avance la liste des réponses possibles… Il n’y a plus qu’à cocher la case utile : Christ ?  Elie ? Prophète ?

    Mais Jean Baptiste ne se laisse pas enfermer dans le jeu des étiquettes ; il cherche à emmener ses interlocuteurs plus loin que le bout de leurs questions : alors qu’ils se fixent sur les apparences, le déjà connu, il veut ouvrir leurs yeux à Celui qu’ils ne connaissent pas encore. A ces personnes qui pensent déjà tout savoir, il leur propose de continuer à creuser en eux ce désir de chercher : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. “

    Rainer Maria Rilke écrit : “Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes… Peut-être simplement en les vivant finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. “ (Lettre à un jeune poète)

    Et si l’Avent était justement ce temps pour réveiller en nous cette soif de curiosité.

    Il est vrai que ce méchant virus a bousculé cette année un certain nombre de nos certitudes scientifiques, d’habitudes réconfortantes et de planifications sur l’avenir. Mais n’est-ce pas justement l’occasion :

    – De redécouvrir le nomadisme de la foi, comme le peuple juif pendant le temps de l’Exode. Accepter, sans les écarter ou les calmer par des mots tranquillisants, de bons sentiments ou des euphorisants éphémères, les grandes questions de l’homme : le sens de la vie, l’amour, la souffrance, la mort, Dieu… ?

    – De ranimer à nouveau en nous le mystère de l’autre ou de Dieu sans se contenter d’une étiquette qui me rassure. Accepter aussi d’aller à sa redécouverte en prenant le risque d’une réponse qui dérange.

    – Enfin, en adoptant l’humilité de Jean Baptiste (“Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales“ – “Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue“ Jn 3,30), de savoir nous effacer devant Celui qui seul compte.

    Alors nous pourrons redécouvrir dimanche prochain la beauté du “oui“ de Marie, une foi sans réserve dans la Parole de Dieu (“Que tout m’advienne selon ta Parole“) ; un oui qui accepte de vivre toutes les questions qui se poseront par la suite autour de Jésus comme la cachette de cette Parole de Dieu.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de l’Avent, dimanche 6 décembre 2020

    En Avent… aller de l’avant !

    « En Avent » titrait dimanche dernier le père Luc dans son éditorial pour ouvrir ce temps de préparation de Noël. Beau jeu de mot qui nous fait penser à une expression bien connu : « en avant » avec un « a » qui dans notre langage courant veut dire deux choses : être devant ou se mettre en route, aller de l’avant.  

    Etre devant. Jésus l’est par le moment de sa naissance dont nous allons célébrer l’anniversaire mais aussi par sa vision du monde et bien sûr sa résurrection puisque nous attendons son retour comme nous le disons à la messe.  « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Mais nous risquerions de trouver le temps long si nous ne gardions aussi au cœur qu’il vient sens cesse au-devant de chacun de nous en illuminant de sa présence notre chemin terrestre : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte J’entrerai chez lui ; je dinerai avec lui et lui avec moi. » Les mesures contre le covid19 ne l’interdisaient pas à l’époque !  

    Jean-Baptiste également nous devance en interrogeant ses contemporains sur leurs valeurs sociales et morales et nous aussi par la même occasion sur notre manière d’être en humanité par les temps qui sont les nôtres. Ainsi nous inviterait-il sans doute à veiller les uns sur les autres par nos gestes, notre attention, nos paroles, notre solidarité. Peut-être nous interrogerait-il sur ce qui est essentiel pour nous aujourd’hui et quel sens nous donnons à notre présence sur notre planète terre alors que des signaux passent au rouge dans bien des domaines.  

    Noël célèbre les enfants. On va malgré tout faire la fête, échanger des cadeaux. Ce n’est pas rien. Fêter l’enfance c’est fêter et partager une espérance.

    Mais qui ne voit, si les apparences festives sont sauves, le danger de vouloir simplement faire comme avant. Qui pourra fêter Noël, même si on ne veut pas gâcher la fête, sans intérieurement s’inquiéter du demain de ce monde que Dieu a remis à notre liberté et notre responsabilité sans s’en désintéresser loin de là ?

    En Avent… allons de l’avant ! Jésus a ouvert devant nous, après Isaïe, Jean-Baptiste, l’apôtre Pierre et tant d’autres, de manière unique, un chemin baptismal de vie et de lumière.

    Ce Noël fait de nous tous des recommençants en humanité et en vie chrétienne.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 29 novembre 2020.

    En Avent…

    C’est reparti !  Malgré le virus qui continue à circuler, nous pouvons à nouveau nous retrouver pour célébrer la messe ensemble (ou presque !). Et c’est aussi le premier dimanche de l’Avent où, comme chaque année, nous nous mettons en marche vers Noël.

    L’autre jour j’entendais à la radio une personne qui demandait si on ne pourrait pas repousser la fête de Noël, comme on repousse la date du black-Friday ?

    Mais Noël pour les chrétiens n’est pas dépendant des conditions dans lesquelles on le fête ; la naissance de Jésus dans la crèche, alors que Marie et Joseph étaient en plein déplacement, n’a pas été véritablement aisée et festive !

    Déjà une famille de notre paroisse a travaillé pour installer la crèche. Et notre Conseil Pastoral, même pendant le confinement, a réfléchi à un petit pèlerinage dans l’église, adapté aux contraintes du protocole, pour nous inviter à entrer résolument dans la préparation spirituelle de Noël.

    L’évangile de ce premier dimanche de l’Avent commence par une exhortation vigoureuse à sortir de notre sommeil : « Veillez-donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis ».

    Veiller ? Ce n’est pas s’enfermer chez soi dans la peur. Non, veiller consiste essentiellement à rendre notre cœur disponible et ouvert afin de reconnaître les passages de Dieu dans nos vies. C’est celle des bergers qui veillent dans la nuit, ou encore celle des mages qui scrutent le ciel pour découvrir une étoile.

    L’Avent qui prépare la célébration du mystère de l’avènement, de la venue du Fils de Dieu, nous amène à découvrir que nous-mêmes, comme notre monde, nous avons sans cesse à naître, à advenir comme filles et fils de Dieu. Chacun, nous sommes en cours de renaissance, et donc d’une attente de nouveauté.

    Un enfantement qui, tout particulièrement cette année, se déroule dans l’épreuve et la souffrance (cf. Rm 8, 22). Mais notre attente s’appuie d’abord sur la foi en la promesse de Dieu, et sur l’espérance du retour du maître de maison. Quand on n’attend plus rien, c’est peut-être qu’on est mort.

    Comme un veilleur guette l’aurore…“ dit le psaume 129. Comme Isaïe dans la première lecture, comme tous les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons été institués, grâce à notre baptême, guetteurs d’une espérance qui ne déçoit pas, de la miséricorde de Dieu qui recrée toujours de la nouveauté.

    Saurons-nous nous remettre à l’ouvrage en nous disant : Aujourd’hui je commence !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 22 novembre, solennité du Christ-Roi

    Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…?

    En cette fête du Christ roi de l’univers, l’évangéliste Matthieu, qui a guidé notre marche tout au long de cette année, nous dresse une inquiétante parabole du jugement dernier ; une grande fresque qui a souvent été illustrée dans ces merveilleux tympans qui ornent nos cathédrales ou basiliques, comme celle de Conques, de Vézelay ou de Notre Dame de Paris.

    Au centre, sur un trône, le roi berger séparant “les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. “

    Nos contemporains sont souvent mal à l’aise avec cette notion de “jugement“ Michel Polnareff ne chantait-il pas dans les années 1970 “nous irons tous au paradis“. Par jugement, on comprend souvent une condamnation qui tombe d’en-haut de manière péremptoire et unilatérale : le verdict du juge. Et l’on a tendance à comprendre le jugement de Dieu comme cette sentence qu’il prononcera sur la qualité de ce que nous avons vécu.

    Mais cette conception suppose une fausse idée de Dieu, que dément la dynamique de la révélation : “Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que, par Lui, le monde soit sauvé. “ (Jn 3,17)

    Le mot jugement en grec se dit krisis, qui se traduit aussi par “discernement“, “dévoilement“. Un procès est en fait ce processus qui prend du temps pour faire advenir une vérité la plus objective possible. Le jugement ne vient que sanctionner cette vérité qu’on a fait advenir.

    Le Jugement dernier est donc le lieu où se dévoilera la vérité de ce que nous sommes face à cette altérité de Dieu qui nous aime comme un Père.

    La parabole du jugement dernier nous invite à porter notre regard, moins sur le Christ lui-même, que sur le type de Royaume dans lequel il nous invite à entrer. Elle ne répond pas à la question initiale des disciples “quand cela va-t-il arriver ? “ mais nous indique “comment s’y préparer“.

     Elle nous invite tout d’abord à ne pas nous laisser enfermer dans les apparences trompeuses : si nos regards sont plus spontanément attirés par les dorures et le faste de toute cour royale, le Royaume de Dieu ne pourra s’ouvrir pour nous que si nous savons, comme Jésus, nous laisser toucher, et que nous posons des actes personnels face à cette souffrance et cette pauvreté qui touche une partie de notre humanité. Jésus, dans sa passion, a voulu s’identifier à tous ceux qui souffrent, ont soif et faim, sont emprisonnés. “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. “

    Ainsi, dans le visage de l’homme qui souffre, même le plus défiguré, il y a véritablement la rencontre avec la présence réelle de notre Seigneur, nous devons l’accueillir avec le même respect.

    Une deuxième leçon que nous pouvons tirer de cette parabole c’est que le jugement dernier n’est pas à attendre dans un futur hypothétique mais qu’il se joue chaque jour, dans chacune de nos rencontres, même les plus anodines. Le jugement et le sort final de chacun se décide, en réalité, dès maintenant.

    Nous allons bientôt nous remettre en route vers Noël. Dimanche prochain nous célébrerons le premier dimanche de l’Avent. Que cette venue de notre Dieu jusqu’à nous, sous la forme d’un tout petit enfant dans la crèche, nous redonne le goût et la joie de ces petits gestes d’humanité au quotidien.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 15 novembre 2020

    “Tu as été fidèle pour peu de choses,

    je t’en confierai beaucoup.“

    Nous méditons aujourd’hui la parabole des talents, sans doute l’une des plus connues, alors que nous nous approchons de la fin de notre année liturgique : dimanche prochain en effet, nous fêterons le Christ Roi de l’univers.

    Nous le savons, c’est une histoire particulièrement dérangeante. Et c’est aussi ce dimanche particulier que notre pape a voulu dédier chaque année aux pauvres (avec la quête traditionnelle pour le Secours Catholique), ce qui lui donne en plus une connotation toute particulière.

    Un premier danger serait de prendre le mot “talent“ au premier degré. Bien-sûr en français, un talent c’est un don reçu à la naissance : on parle du talent d’un artiste, de tel ou tel comédien, grand pianiste ou peintre, d’un talent pour comprendre les mathématiques, pour bien parler, etc…

    Un autre écueil consisterait aussi à ne réduire le mot talent qu’à sa dimension pécuniaire. Il est vrai qu’un talent représentait à cette époque une somme très importante puisqu’il équivalait environ 6000 deniers ; or, un denier représentait l’équivalent d’une journée de travail pour un ouvrier.

    Dans ces deux acceptions, on serait redevable de toutes les richesses ou talents dont nous avons hérité et qu’il faudrait faire fructifier pendant sa vie sur terre. Mais c’est sans doute une interprétation un peu moralisatrice et réductrice de cette parabole.

    Cette parabole étant placée résolument dans le contexte de l’annonce de la fin des temps, il est clair que ces talents sont beaucoup plus vastes que ces qualités naturelles que chacun porte en lui-même ou du patrimoine reçu qu’il a mission de faire fructifier. D’ailleurs, malgré l’importance de la somme confiée, le maître qualifie cela de “peu de choses“. Il s’agit en fait du don que Dieu fait à l’Homme dès la création du monde, de son amour et de sa confiance donnée gratuitement à chacun. On remarque dans ce sens que la parabole ne dit pas que le Maître va reprendre ce qu’il a confié, cela reste un cadeau, un don sans retour ; il demande juste à chacun de rendre compte de ce qu’il en a fait.

    On pourrait aussi être choqué du partage inégal. Pourquoi l’un reçoit cinq talents et l’autre un seul ? En fait, on le constate tous les jours, les dons reçus sont différents : il a des enfants qui, dès leur naissance, vont être entourés d’amour et d’autres moins, et même, mystérieusement, la foi elle-même sera transmise à certains et pas à d’autres.

    La petite Thérèse de Lisieux s’expliquera ces différences en prenant la comparaison des verres d’eau : elle disait que nous avons tous des verres de tailles différentes et que, même si Dieu ne verse pas la même quantité dans chaque verre, ils sont tous remplis à moitié ; et c’est à chacun de compléter la quantité qui manque pour qu’ils soient pleins, ceux qui ont un plus grand verre et qui ont plus reçus devant ajouter plus d’eau que les autres pour le remplir. L’important n’est donc pas de se comparer mais de se dépasser.

    Mais la pointe de la parabole est d’abord à chercher dans l’attitude du troisième personnage.

    Les deux premiers serviteurs sont fiers de présenter au Maître le résultat de leur travail fruit de la confiance placée en eux, mais le troisième serviteur rend le talent qu’il a enfoui parce qu’il se défie de son maître. Il le voit comme un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé. C’est un signe qu’il refuse cette relation de confiance que le Maître a voulu établir avec lui, qu’il refuse ce don, et veut simplement être quitte avec son Maître.

    La même Thérèse de Lisieux disait que Dieu se comporte avec nous selon l’image que nous nous faisons de lui : « Vous croyez en un maître dur ? Eh bien vous aurez affaire à un maître dur » … C’est bien ce qui arrive dans la parabole.

    L’obstacle se trouve donc bien du côté de l’homme : c’est lui qui se ferme à l’amour, à cet amour dont il refuse la proposition en se défiant de Celui qui lui avait fait confiance le premier. En enterrant le talent, c’est la relation de confiance que le troisième serviteur a enterrée.

    Le jugement du maître reprend alors mot à mot la vision de son serviteur pour le juger lui-même. Et ce qu’il possédait de plus précieux, cette confiance qu’il avait reçue de son maître, il l’a perdu pour qu’elle soit remise à un autre qui pourra la faire fructifier. Il aurait pu se retrouver riche et il a tout perdu, et d’abord ce qui est le plus important, la confiance qui lui avait été faite.

    Lire cette parabole en cette journée que notre pape a consacrée aux pauvres nous invite aussi à en tirer une interprétation toute particulière.

    Même si les dons fait à chacun ne sont pas équitables au début, il est important de reconnaître que nous avons tous reçu au moins un talent à faire fructifier. Saurons-nous le reconnaître dans ceux qui nous entourent, même les plus pauvres ? Et comment permettrons-nous à chacun de faire fructifier son propre talent ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 8 novembre 2020

    Sages ou insouciantes ?

    Les trois derniers dimanches de notre année liturgique orientent notre regard vers le retour du Seigneur dans sa gloire. Une fin des temps souvent décrite comme la venue de l’époux qui désire nous associer à la joie de ses noces.

    Dans la parabole racontée aujourd’hui par Jésus, ce sont à ces noces que dix jeunes filles, avec leurs lampes, sont invitées “pour sortir à la rencontre de l’époux“. Cinq sont sages et prévoyantes car elles ont emporté de l’huile en réserve, et cinq sont insouciantes.

    Soudain, elles sont réveillées brutalement au milieu de la nuit par un cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. »

    Cette parabole est cruelle pour les jeunes filles insouciantes qui ne pourront même pas profiter de la provision d’huile des autres, et finiront par se retrouver dehors, derrière la porte fermée.

    « Veillez-donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

    Comment alors comprendre cet avertissement inquiétant et peu habituel dans la bouche de Jésus ? Et que faut-il faire pour acquérir cette sagesse, glorifiée dans la première lecture, qui nous permettra de faire des provisions d’huile en vue du jour imprévisible du retour du Seigneur ?

    En nous souvenant de la vie que nous menions avant le confinement nous réalisons aujourd’hui, sans doute avec nostalgie, de l’insouciance qui la caractérisait depuis les grands conflits du siècle dernier. Chacun était libre de tout faire, et les plus fortunés ne s’en privaient pas : prendre l’avion pour aller trois jours aux Maldive, manger des fraises en janvier, visiter toutes les capitales d’Europe et fêter le mariage de son cousin d’Amérique en Australie, commander sur internet des produits bons marchés fabriqués dans des pays d’Asie, se projeter dans un transhumanisme sans finitude…

    C’était le temps de la liberté totale, faire ce que je veux quand je veux, sans contrainte, y compris celle de mourir quand je l’ai décidé. C’était le temps de la légèreté, où tout est possible sans limite grâce à la puissance technique qui semblait pouvoir supprimer toutes les barrières.

    Aujourd’hui nous mesurons douloureusement que, si rien n’est interdit, tout n’est pas possible (cf. Gn 2, 16-17 “Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras.“) La crise climatique nous dit la même chose, mais autrement. En perdant une partie de notre insouciance et de notre liberté, nous avons peut-être grandi en sagesse ?

    L’insouciance c’est de croire que l’on peut se contenter de sa propre lumière, à horizon humaine, en oubliant Celui qui ouvre ou ferme sa maison, l’époux qui accueille celui ou celle qui veille dans l’attente de cette rencontre. Car c’est lui seul qui peut nous arracher à la nuit pour nous inviter à la fête de l’Alliance nouvelle.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Edito de la solennité de la Toussaint, 1er novembre 2020

    Heureux !

    Comme chaque année, la fête de la Toussaint est accompagnée des sentiments nostalgiques de l’automne : les feuilles qui tombent, le vent qui s’engouffre dans le manteau qu’on vient juste de ressortir, les jours qui raccourcissent, le gris du ciel traversé par des averses.

    Mais, en cette année si particulière, l’actualité vient encore plus assombrir ce climat déjà morose : un nouveau confinement, les statistiques du Covid qui s’affolent, les soignants fatigués, l’économie déprimée et le chômage qui menace… et ces lâches et barbares meurtres dans la basilique de Nice !

    La liturgie de ce temps, en nous faisant remémorer tous nos défunts, n’a pas pour intention d’ajouter du tragique à ces pensées déjà sombres. Se souvenir de tous ceux qui nous ont quittés, évoquer la mort, c’est aussi s’interroger sur nos raisons de vivre, sur le sens de notre vie, à nous, aujourd’hui ?

    Et, au milieu de tous ces souvenirs, celui de ces hommes et de ces femmes qui ont réussi leur vie puisqu’on les appelle “heureux“, ou “bienheureux“ : les saints.

    Qu’ont-ils de plus que les autres ? Peuvent-ils, en ces temps difficiles, nous révéler leur secret du bonheur ?

    L’évangile des Béatitudes, que nous entendons en cette fête de la Toussaint, parle de ces gens “heureux“ en mettant curieusement en avant “ceux qui pleurent“, ceux qui sont “artisans de paix“, ceux qui “œuvrent pour la justice“, “les persécutés“, etc.…

    Trop souvent nous résumons le bonheur à une satisfaction sensible, une réussite affective ou professionnelle, un moment de fête partagé. Mais cela reste souvent éphémère.

    Le bonheur proposé dans les Béatitudes est d’un tout autre ordre. Il émane d’un accord profond avec soi-même, une harmonie qui vient du fait qu’on se sent “ajusté“ à ses convictions les plus fortes, en cohérence avec ce qu’on désire le plus profondément. Et pour le chrétien ce bonheur est en cohérence avec ce à quoi on se sent appelé par Dieu qui veut notre bonheur.

    Bien sûr, on est loin ici d’un plaisir sensible ; il s’agit d’une unité de tout notre être qui laisse transparaître un équilibre intérieur heureux.

    Quand on regarde chacune des Béatitudes, on s’aperçoit qu’elles expriment toutes une attitude en cohérence avec les choix que Jésus, le Saint par excellence, a fait tout au long de sa vie ici-bas. En ce sens on peut dire que Jésus était parfaitement heureux, car parfaitement en accord avec sa mission, en accord avec son Père des cieux. Et sa dernière parole “Tout est accompli“ exprime le sentiment d’un accord profond de sa vie, une véritable paix intérieure, même au cœur de la souffrance.

    Célébrons donc la Toussaint comme un rayon de soleil qui traverse ce ciel gris de novembre en osant être heureux à la manière du Christ. Demandons-lui de nous apprendre sa joie.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 25 octobre 2020

    Un savoir du cœur

    « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Que de fois n’avons-nous pas entendu ces paroles de Jésus que nous rapporte encore l’évangile de ce dimanche.

    L’essentiel est dit. Mais est-ce pour nous un savoir par cœur ou un savoir du cœur ?

    Ces paroles sont si importantes que nous les retrouvons dans les trois évangiles ;

    *Marc fait poser la question du premier commandement par un scribe bien disposé.

    *Luc situe l’entretien dans des circonstances bien différentes et y rattache la parabole du Bon Samaritain.

    *Matthieu, dans sa version, voit dans la question posée une nouvelle tentative des pharisiens pour mettre Jésus en difficulté.

    La question était dans l’air du temps de Jésus à cause du nombre important d’articles de la loi. Les rabbins avaient relevé 613 préceptes à observer pour ne pas être en faute. Il y avait de quoi s’y perdre. Quel était le précepte le plus fondamental ? Y-a-t-il une hiérarchie de prescriptions ? Le livre de l’Exode insistait déjà fortement sur ce lien de la foi et de l’attention à l’autre (cf. 1ère lecture).

    Le pape François fait de même aujourd’hui, à sa manière, dans son encyclique récente sur la fraternité : « Le monde, dit-il, existe pour tous, car nous tous, en tant qu’êtres humains, nous naissons sur cette terre avec la même dignité. Les différences de couleurs, de religion, de capacités, de lieu de naissance, de lieu de résidence, ne peuvent être priorisées ou utilisées pour justifier les privilèges de certains sur les droits de tous. Par conséquent, en tant que communauté, nous sommes appelés à veiller à ce que chaque personne vive dans la dignité et ait des opportunités appropriées pour son développement intégral. »

    Ainsi donc chacun est invité à aimer Dieu et son prochain sans oublier que c’est le Seigneur qui nous aime le premier avec nos ratés, notre péché, nos blessures.

    Il prend soin de chacun avec un infini amour. 

    Si notre écoute de cet évangile, se fait plus profonde alors de notre cœur surgira l’action de grâce. Comme celle de Sainte Claire qui, au moment de sa mort et dans la maladie, pouvait dire :« Merci de m’avoir créée ».

    Puisse chacun pouvoir le dire aussi, en vérité, dans le secret de son cœur et dans les circonstances actuelles de sa vie et de la vie du monde.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 18 octobre 2020

    Rendre à qui et pourquoi ?

    L’être humain est un être de relation et le verbe « rendre » est l’un des plus riche de sens qui soit : rendre c’est donner en retour, rendre des coups ou la pareille, restituer, s’acquitter d’une obligation, d’un devoir. On parle aussi de rendre service, rendre les armes, se livrer, rendre le bien pour le mal, être reconnaissant, rendre la place, rendre compte, rendre l’âme, produire un effet, aller quelque part. etc.

    Dans l’évangile de ce jour Jésus emploie ce verbe pour répondre aux pharisiens qui étaient venus lui tendre un piège sur la question de savoir à qui payer l’impôt et dont la réponse faisait de lui un opposant ou un collaborateur dans un pays sous occupation romaine.

    La réplique de Jésus, à l’aide d’une pièce de monnaie de l’occupant, est très habile et a suscité bien des commentaires sur les rapports entre la religion et l’Etat. Sans doute n’est-ce pas là le propos direct de Jésus.

    « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » leur dit-il

    Rendre à Dieu. Oui mais quelle image avons-nous de lui ? Un horloger, un ingénieur, ou une personne qui nous aime. Cela change tout. Rendre ici serait-il à lier à reconnaissance comme on rend à des parents l’amour qu’ils nous portent ?

    Et rendre à César c’est-à-dire au pouvoir civil ? Que donnons-nous en retour de ce que la société nous donne pour vivre ? Ou oublie de le faire…  

    Tout est à Dieu bien sûr. Pour autant Jésus renvoie les humains à gérer leur être ensemble de manière autonome et autant que faire de manière pacifique.

    Le pape François le rappelle avec insistance dans sa dernière encyclique sur la fraternité.

    Demandez-vous, nous dit-il, comme individus ou collectivités, ce que vous avez à rendre à Dieu et aux peuples avec qui vous partagez cette planète et avec les pauvres dont vous retenez ce qui leur revient.

    Rendre, Jésus, lui, le vit de manière unique en partageant notre vie pour la rendre plus humaine et unie à son Père. 

    Finalement rendre à Dieu n’est-ce pas rendre grâce ?

    Saint Paul dans le passage de l’épître aux Thessaloniciens de ce dimanche nous y invite : A tout instant nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père.

    Père Edouard Bois

  • Édito du 28ème dimanche du temps ordinaire

    En Lui nous espérons.

    Dans la Bible, nous avons chacun des textes que nous préférons, que nous gardons en mémoire, dont nous aimons nous souvenir ici et là en allant au travail, la nuit lorsqu’on ne dort pas, ou sur son lit d’hôpital parfois, que sais-je…

    Chacun peut ainsi vérifier sa familiarité avec la Parole de Dieu. Comment elle fait partie de nous ? Comment elle devient nous.

    Pour vous en faire la confidence, pour moi, la première lecture qui nous est proposée ce dimanche est l’un de mes textes favoris.

    Ce passage du prophète Isaïe est rempli d’espérance et ce n’est sans doute pas pour rien qu’il est souvent choisi à l’occasion de cérémonies d’obsèques.

    “Le Seigneur préparera pour tous les peuples un grand festin sur sa montagne. “ 

    Une belle image. La montagne lieu symbolique pour désigner où Dieu réside.

    Un festin de viandes grasses et de vins capiteux (à consommer avec modération !) où tout le monde sera autour de la même table !

    J’aime cette image très concrète du paradis pour trois raisons :

    D’abord parce que j’aime bien me retrouver autour d’une belle table avec des amis, partager des plats succulents préparés par la maitresse de maison.

    J’imagine bien le paradis où chacun apportera la spécialité de sa région ou de son pays, son plat préféré.

    J’aime cette image du festin, en second lieu, parce que nous savons tous que des peuples n’ont pas leur compte de faim et de pain. Il faut lutter dès maintenant contre cela.

    “Il n’a pas eu, bonne gens, tout son compte de vie“ chantait avec succès le père Duval. Mais la colère gronde ajoutait-il. Au ciel il y aura sans doute des surprises dans le plan de table comme nous le rappelle aussi l’évangile de ce dimanche. 

    Enfin dernière raison d’aimer ce passage d’Isaïe. Il est dit que Dieu essuiera les larmes sur tous les visages. Pour essuyer les larmes de quelqu’un il faut l’aimer beaucoup, être attentif à tout ce qu’il vit. Un beau geste ! 

    Mais au Ciel, s’il y a des larmes, ce seront des larmes de bonheur. Pas besoin de les essuyer celle-là.

    Même si les circonstances pandémiques actuelles l’interdisent nous gardons toujours l’espoir de faire table commune dès ici-bas comme le rappelle le pape François dans sa nouvelle encyclique.   

    Isaïe et l’encyclique de très beaux textes à lire, à méditer, à agir par les temps qui sont les nôtres. Sans oublier que la messe nous fait déjà faire table commune.

    Père Édouard Bois