Auteur/autrice : ParoisseNDB

  • Édito du dimanche 4 octobre 2020

    C’est l’histoire d’un maître parti en voyage….

    Depuis plusieurs dimanches Jésus se sert de la vigne (souvent employée comme allégorie du peuple d’Israël) pour illustrer ses paraboles. Mais aujourd’hui l’histoire est beaucoup plus dramatique.

    Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.

    “Quand le chat est parti, les souris dansent“ dit le proverbe. Les ouvriers qui cultivent cette vigne vont oublier qu’ils n’en sont pas les propriétaires, et ce ne seront ni les envoyés du maître, ni même son propre fils, qui pourront les faire revenir sur ce sentiment de droit acquis : “ Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage.

    La parabole des vignerons homicides est comme une préfiguration de Pâques. Jésus annonce ce qu’il a pressenti depuis le début de sa vie publique : son rejet par ceux qui se sont appropriés l’héritage de Moïse, et sa crucifixion.

    A nous qui relisons cette parabole aujourd’hui, nous devons admettre qu’elle nous concerne tout autant que ceux à qui elle était destinée.

    Elle évoque ce Dieu silencieux qui est comme ce “maître parti en voyage“. Cette “absence“ de Dieu qui nous laisse penser que nous pouvons nous passer de Lui quand nous nous retrouvons face à nous-mêmes.

    Le premier enseignement de cette parabole nous invite donc à ne pas oublier que nous ne sommes que les serviteurs d’une vigne qui nous est confiée ; nous n’en sommes pas propriétaires. C’est ce que nous a rappelé avec force notre pape dans son encyclique “ Laudato si “ en ce qui concerne les biens de la nature et notre “maison commune“.

     La parabole nous donne aussi quelques pistes pour réaliser que le maître n’est pas totalement absent : il a envoyé des hommes et des femmes pour, patiemment, nous inviter à retisser un lien de communion avec Lui : les différents prophètes de la Bible, puis ce Fils unique.

    Enfin Jésus nous révèle la manière tout à fait unique dont agit ce Maître : loin de chercher à se venger et à exterminer ceux qui ont tué son Fils, il va se servir de ce geste meurtrier pour montrer l’infini de son amour et de son pardon.

    C’est ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, “sacrifice du Fils“, qui nous introduit dans cette communion d’amour qui est en Dieu.

    Souhaitons aux enfants qui communient ce dimanche pour la première fois d’entrer à leur tour dans ce mystère d’amour que nous n’aurons jamais fini de découvrir avec eux.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 27 septembre 2020

    « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne… »

    Il est facile de se reconnaître dans cette parabole des deux fils appelés à travailler à la vigne de leur père. Il y a celui qui dit “non“ mais peu après, regrettant sa réponse, y va ; et celui qui dit “oui“ mais se contente de parole et ne bouge pas. Tout parent, tout éducateur a été confronté à cette réalité : l’obéissance ne réside pas dans de pieuses paroles, elle se vérifie dans les actes.

    C’est ce que Jésus veut faire réaliser aux scribes et aux pharisiens, alors que ceux-ci le harcèlent et l’interpellent sur l’autorité qu’il s’adjuge : “Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. “

    Aujourd’hui, pour nous, l’autorité des paroles de Jésus ne repose pas uniquement sur la sagesse interne qu’elles renferment, mais sur le fait qu’il les a incarnés jusqu’au bout, en actes. St Paul dans son épitre aux Philippiens nous le rappelle : “Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » “

    Pour les disciples du Christ qui reconnaissent en Lui le Chemin, la Vérité et la Vie il n’y a donc pas d’autres choix possibles que de se faire, à leur tour, serviteurs des pauvres et des exclus de notre société. Les membres de la Conférence Saint Vincent de Paul au sein de notre paroisse en sont le signe, eux qui célèbrent aujourd’hui leur messe de rentrée en cette journée mondiale du migrant et du réfugié.

    Mais ce mouvement d’abaissement est déjà inscrit dans notre baptême. Le sens même de ce mot, “être plongé“, nous rappelle ce rite antique où le catéchumène était plongé dans la piscine baptismale, englouti dans les eaux, pour renaître à la vie nouvelle, à cette gloire de tous ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu. C’est cette dignité qui est donnée à Rose, Eve, Suzanne et Constance qui sont baptisées ce dimanche, en souhaitant qu’elles découvrent à leur tour, tout au cours de leur vie, la joie du service.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 20 septembre 2020

    Dieu embauche !

    Jésus souvent dans les paraboles force le trait. En partant d’un fait de la vie ordinaire de son temps il invite chacun, par un propos excessif, à se poser des questions, à se remettre en cause, à voir la vie et la foi autrement. 

    C’est le cas dans la parabole des ouvriers de la dernière heure qui nous est proposée ce dimanche où des ouvriers embauchés pour travailler à la vigne en fin de journée sont payés autant que ceux qui ont peiné depuis le début du jour.

    Le propos est pédagogique pour nous faire entrer dans l’esprit du Royaume de Dieu.

    Dans la première lecture Dieu fait dire à Isaïe : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

    L’enseignement de cette parabole n’enlève pour autant rien à la justice qui doit régler nos relations humaines et particulièrement dans le travail. Beaucoup y veillent de nos jours y compris l’Eglise dont la doctrine sociale est très élaborée. 

    Mais observant l’embauche, par un patron, d’ouvriers désœuvrés Jésus nous entraîne ailleurs.  C’est-à-dire au cœur même de Dieu.

    Il y a en Dieu, tel que Jésus en a l’expérience, un excès de gratuité, de liberté, de bonté, d’amour. Dieu ne compte pas, ne calcule pas.

    Les relations que le Dieu et Père de Jésus Christ veut tisser avec nous ne sont pas de l’ordre de la relation marchande, du donnant donnant ou même de la simple justice humaine. 

    Et ce n’est pas pour rien si Jésus rencontre surtout ceux qui ne peuvent pas rendre en retour : les enfants, les malades, les pécheurs, les soldats.

    Dieu brouille les cartes de notre bonne conscience relationnelle. Les convertis de la dernière heure seront accueillis aussi bien sinon mieux que les chrétiens de toujours. Et ceux-ci sont invités à s’en réjouir aussi. Le baptême n’est pas un passe-droit. Il nous invite à inscrire nos vies, sans négliger la justice, dans une certaine forme de gratuité qui a saveur de divin.

    Père Edouard Bois

  • Édito du dimanche 13 septembre 2020

     » Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
    mais jusqu’à 70 fois sept fois. “

    Nous connaissons bien cette répartie de Jésus en réponse à la question de Pierre : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »

    Celui-ci pensait faire bonne mesure en allant jusqu’au chiffre sept, le chiffre parfait, alors que les rabbins de l’époque estimaient que l’on pouvait pardonner jusqu’à trois fois.

    La réponse de Jésus reprend, en l’inversant, le chant féroce de Lamek, un descendant de Caïn (Gen. 4,24) : « Caïn est vengé sept fois, mais Lamek soixante dix fois sept fois ». A l’engrenage de la vengeance, il substitue la spirale contagieuse du pardon sans mesure.

    La parabole du débiteur impitoyable qui suit nous place devant ces deux logiques, ces deux lois que nous pouvons choisir pour guider nos vies :

    La Loi du Royaume, celle où le pardon de Dieu est accordé gratuitement à tous, aussi énorme soit la faute, si on est capable d’en appeler humblement à sa bienveillance ; et celle de la justice humaine où toute faute doit être payée.

    La pointe de la parabole nous indique que nous serons traités selon nos propres agissements : si, de par notre baptême, nous n’avons pas compris que nous sommes les premiers bénéficiaires du pardon immérité reçu de Dieu, nous nous excluons nous-même du Royaume et nous serons jugés selon la loi humaine qui a guidé notre vie. C’est ce que nous disons dans la prière du Notre Père :  « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

    Alors que notre pape François s’apprête à publier sa troisième encyclique sur la Fraternité (“Fratelli tutti“ – “Tous frères“), cette invitation de Jésus à pardonner gratuitement nous encourage, en cette fête paroissiale de début d’année scolaire, à redonner tout son sens à ces liens fraternels au sein de notre communauté.

    Même si le pardon est une pratique de plus en plus étrangère à notre monde – quel est le parent qui ne dirait à son enfant qu’il vaut mieux ne pas se laisser marcher sur les pieds et se défendre quand il est agressé ? – elle est pourtant essentielle pour construire des relations de fraternité entre des hommes qui sont malheureusement faillibles ; quel est le couple qui n’a pas eu à se pardonner quelque chose un jour ?

    Ainsi, sans oublier le mal ou l’injustice qui nous a peut-être blessé un jour, sachons puiser dans notre foi la force de prier avec Celui qui a pardonné le premier : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 6 septembre 2020.

    Demander à quoi ça sert ?

    C’est le temps de la rentrée. Une rentrée a des côtés sympathiques en particulier de retrouver des visages connus ou d’en découvrir d’autres mais elle n’est pas toujours facile pour tous et particulièrement cette année avec ce Covid19 qui n’a pas dit son dernier mot.

    Que peuvent alors nous apporter, en cela, les textes de la messe de ce dimanche qui ont l’air bien loin de nos préoccupations immédiates et bien légitimes.

    « Si deux d’entre vous se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit ils l’obtiendront de mon Père qui est au cieux…Quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux. »

    Même si bien sûr « quoi que ce soit » ne veut pas dire « n’importe quoi » la prière de demande nous laisse toujours un peu perplexe. A quoi bon s‘adresser à Dieu pour résoudre nos problèmes ?  Les choses suivent leur cours, les virus continuent de mener leur vie à nos dépens, à notre prière le Ciel semble bien souvent de rester sourd même si notre prière se veut authentique. 

    La tentation est grande de passer outre à la prière de demande dont parle Jésus et de douter par exemple de l’intérêt de la Prière Universelle de la messe pourtant préparée avec grande attention. Après tout Dieu sait mieux que nous ce que nous demandons ! Il connait nos soucis avant que nous les lui confions…

    En réalité à toutes nos demandes Dieu répond par le don de l’Esprit afin de nous rendre capable d’utiliser la santé ou la maladie, la réussite ou l’échec pour aimer d’avantage à sa ressemblance. 

    La prière de demande ne change peut-être pas toujours le cours des choses elle nous rend aptes à y faire face, apte à gérer les événement heureux ou malheureux pour en faire le terrain d’un plus grand amour.

    Ce que fit Jésus sur la croix. Sa prière « éloigne de moi ce calice » n’a pas éloigné le calice mais le breuvage amer de la passion est devenu source de vie éternelle et nourriture de l’homme.

    « Frère, n’ayez de dette envers personne, dit Saint Paul dans la deuxième lecture, sauf celle de l’amour mutuel »

    La Parole de Dieu en ce temps de rentrée nous rappelle qu’en tout nous ne sommes pas chrétiens tout seul.    

    Père Edouard Bois                                                                            

  • Édito été 2020

    Admirer

    (Dans l’esprit de l’encyclique “Laudato si“

    que ce temps particulier de l’été nous ouvre à la contemplation)

    Prendre du temps pour n’avoir d’autre occupation qu’admirer

    Le lac serti dans les rochers, la calme obscurité de la forêt

    Les arbres jetant aux quatre coins le chant vibrant de leurs frondaisons,

    La palette éclatante du ciel

    Alors que le soleil regagne son refuge aux bords de l’horizon.

    Les fruits offrant leurs saveurs,

    L’écharpe du vent enroulant

    Dans ses plis les délicats pastels des nuages effilochés.

    Les œuvres sorties des mains humaines,

    L’architecture des villes nouvelles, la solidité trapue des églises romanes,

    Les nervures entrelacées des arcs gothiques,

    Les cathédrales murmurant aux passants la foi capable de sculpter la pierre,

    Les peintures aux lignes folles transfigurant la réalité.

    Les rues bruissantes d’humanité, les cris des enfants,

    Les visages venus d’ailleurs.

    Et derrière ce qui est beau, deviner la présence de Celui

    Qui a offert la terre aux humains

    Afin qu’ils la transforment en espace de beauté pour tous.

    Charles Singer  

  • Édito du 14ème dimanche du temps ordinaire, 05 juillet 2020

    « Mon fardeau est léger ! »

    Il nous est donné d’entendre une belle prière d’action grâce de Jésus dans l’Evangile de ce jour : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. “

    Dans les passages qui précèdent, la mission de Jésus a rencontré une forte opposition de la part des pharisiens et des scribes qui se reconnaissent comme les sages et les savants de la Loi mosaïque.

    Or la Révélation de Dieu n’est pas de l’ordre conceptuel, elle ne demande pas d’avoir fait de longues études, ni d’avoir suivi un long chemin d’intériorité et de sagesse. Elle est de l’ordre de l’ouverture et de la disponibilité du cœur, de notre capacité à recevoir et à s’émerveiller du don reçu, c’est là le privilège de l’enfant et des tout-petits.

    Et c’est dans le prolongement de cette prière de Jésus que se comprend la deuxième partie de l’évangile : “ Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. […] Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. “

    La première chose qui nous vient à l’esprit en entendant ces paroles c’est qu’il exagère. Quand on lit les évangiles, et qu’on prend conscience de toutes les exigences qu’implique la condition de disciple, on a peine à croire que ce fardeau soit si facile à porter.

    Mais ce que Jésus veut nous dire, c’est que, lorsque notre vie est habitée par l’amour, alors les choses pénibles deviennent supportables. N’est-ce pas ce que dirait une maman après avoir passé toute la nuit au chevet de son enfant malade ? A la question : “N’êtes-vous pas trop fatiguée ? “ elle répondrait simplement : “Mais je l’aime ! “

    C’est une action de grâce aussi qui monte de nos cœurs, en faisant mémoire de tout ce que nous avons vécu cette année qui a pourtant été si particulière.

    Mais c’est aussi le temps de replacer tous nos efforts, nos objectifs, sous le regard aimant du Père.

    Quelles sont les avancées et les échecs qui ont marqué cette année ?

    Que reste-t-il de positif et d’insatisfaisant dans ce que j’ai essayé d’entreprendre ?

    En quoi cela rejoint-il le projet de Dieu sur notre humanité ?

    Peut-être pourrons-nous alors discerner de réels motifs pour rendre grâce, et une nouvelle impulsion pour vivre de manière renouvelée, à la rentrée de septembre, la mission reçue à notre baptême et être de vrais témoins de l’évangile.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 13ème dimanche du temps ordinaire, 28 juin 2020

    “Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. “

    Nous venons de traverser une période éprouvante, et qui n’est pas terminée. Depuis plusieurs mois les éditions spéciales des journaux télévisés commentent les statistiques des décès et des malades touchées par le virus, alors que nous étions confinés, seuls ou avec nos proches.

    Certains ont vécu cette épreuve de manière particulièrement difficiles : je pense à ceux qui ont perdu un parent à l’hôpital ou en EPHAD, le personnel qui était en première ligne pour se battre contre le virus ou assurer les services nécessaires pour que la vie continue et que nous avons applaudi tous les soirs, les personnes seules ou “à risques“, … Nous avons aussi tous ressentis la peur quand il fallait sortir faire des courses, prendre les transports en commun, aller chez le médecin…

    En parlant de tout cela avec les différents groupes qui se sont réunis ces derniers jours, beaucoup ont souligné combien cette période avait été propice à s’interroger sur le sens de la course folle de notre vie, sur les choses essentielles auxquelles nous tenions, sur notre rapport à la consommation et l’incidence pour notre planète, sur la fragilité de notre existence et la question de la mort ?

    Les lectures de ce jour nous interrogent, elles-aussi : quelle est la réelle fécondité de notre vie ?

    Fécondité charnelle pour la femme du pays de Sunam ; comme Sara, la femme d’Abraham, en récompense de l’accueil plein de délicatesse qu’elle prodigue au prophète Elisée, elle va attendre un enfant dans sa vieillesse.

    Une fécondité qui n’est que le signe d’une fécondité spirituelle plus profonde que Jésus nous promet. Et c’est le paradoxe affirmé au début de l’évangile : “Qui a perdu sa vie à cause de moi, la trouvera… “, et à la fin : “ Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraiche à l’un de ces petits, en sa qualité de disciple, en vérité, je vous le dis : non il ne perdra pas sa récompense. “

    L’évangile, comme tous les choix que fera Jésus pendant sa vie terrestre, nous révèlent que la fécondité est d’abord le fruit de l’ouverture à l’autre. Elle ne se mesure pas à la quantité de choses faites, à leur nombre ou à leur importance, elle se mesure à la transformation de notre cœur en un cœur aimant à la manière de Dieu.

    Mais cette ouverture du cœur ne va pas sans perdre, sans abandonner quelque chose ; prendre sur soi (c.a.d. prendre de soi-même) pour donner un peu de temps, un peu de confiance, un service, un verre d’eau fraiche, un geste qui nous comble d’une joie intérieure bien au-delà de l’effort accompli.

    Alors que plus de 120 hommes sont ordonnés prêtres en cette fin d’année pour tous nos diocèses de France, alors que nous nous souvenons – le P. Bois qui a été ordonné il y a 50 ans, et moi-même il y a 40 ans – de ce choix renouvelé chaque jour de donner notre vie à la suite du Christ vivant, nous pouvons témoigner tous les deux que la fécondité de nos ministères est sans commune mesure avec ce que nous avons perdu.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 12ème dimanche du temps ordinaire, 21 juin 2020

    Dans l’ombre ou au grand jour ?

    « Ce que je vous ai dit dans l’ombre, dites-le au grand jour. »

    « Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. »

    Ces paroles de Jésus, dans l’évangile de ce dimanche, nous disent l’importance de l’écoute et du partage dans toute vie chrétienne. 

    Il faut que le message du Christ pénètre en nous, touche notre moi profond pour qu’il puisse ensuite apparaître au grand jour, qu’il n’entre pas par une oreille pour sortir par l’autre.

    La dispersion de l’été n’est pas loin. Ce moment peut être favorable pour vérifier comment, chacun, nous avons, au long de cette année si particulière, vécu cette double dimension de la foi : l’écoute et le partage.  

    La dimension d’intériorité, d’écoute, d’abord : quelle place a eu dans ma vie l’écoute de la Parole de Dieu, la prière, l’accueil des sacrements, les propositions paroissiales ?  

    La dimension de visibilité de notre foi : en famille, dans notre environnement et notre travail, en paroisse. Comment ai-je été attentif aux préoccupations des autres, et comment ont-ils pu pressentir la source de ma présence, de mon écoute, de ma parole, de mon attention aux événements qui ont marqué leur vie au plan humain ou religieux.

    Le pape François, à ce sujet, a écrit de belles paroles :

    « Être disciple, dit-il, c’est avoir la disposition permanente de porter aux autres l’amour de Jésus, de partager l’amour du Christ. Ceci se manifeste spontanément en tout lieu : sur la route, sur les places, au travail, en chemin. Là où l’autre personne peut exprimer, partager ses joies, ses espérances, ses préoccupations et beaucoup de choses qu’elle porte sur son cœur. Là où je peux, raconter ma rencontre de l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous. »

    Oui, la vie divine est, pour les chrétiens, bien autre chose qu’un morceau de ciel tombé sur terre. Elle passe par les hommes, par leurs soifs, leurs tâtonnements, leurs erreurs, leurs projets, leur recherche d’un hypothétique sens à leur vie.
    Voilà le lieu où Jésus nous demande de nous déclarer, de partager son amitié avec les autres, de demeurer,  

    J’aime cette parole d’un jésuite, le père Etienne Grieu : « Lorsque je prends, dit-il, au sérieux la vie de mon quartier, de ma ville, de mon entreprise je peux y déceler un rendez-vous avec celui qui cherche à se frayer un passage dans le cœur des hommes. » 

    La paroisse, malgré des circonstances bien spéciales cette année, par diverses propositions a, je l’espère, aidé chacun à vivre cette double dimension de sa foi.

    « Ce que je vous ai dit dans l’ombre dites-le au grand jour.

    Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille proclamez-le sur les toits. »

    Père Édouard Bois

  • Édito de la fête du Corps et du Sang du Christ, 14 juin 2020

    « Ceci est mon corps… »

    Les anciens se souviennent de la “Fête Dieu“ avec ses processions dans les rues et les Saluts du Saint Sacrement accompagnés du “Tantum ergo sacramentum“.

    Le renouveau conciliaire issu de Vatican II, en donnant à cette fête le nom de “Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ“ a voulu recentrer cette fête sur le sacrement de l’eucharistie et la place qu’il tient dans nos vies de chrétiens.

    Rappelons-nous, le jour de l’Ascension nous entendions ces derniers mots du Christ ressuscité qui concluent l’évangile de St Matthieu : “Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. “

    Et le jour de la Pentecôte nous célébrions cette présence de Jésus au cœur de chacun de nous par son Esprit Saint ; mais il nous a aussi donné des signes de sa présence, et l’un des signes privilégiés c’est ce repas célébré en mémoire de lui.

    Le discours de Jésus sur le Pain de Vie dans l’évangile de St Jean lu pour cette fête peut nous heurter par le réalisme des expressions employées : “Celui qui mange ma chair et boit mon sang…“

    Il est évident qu’il s’agit de toute autre chose qu’une cérémonie d’anthropophagie. A travers le réalisme des mots, Jésus veut souligner la réalité de sa présence qui n’est pas que dans le souvenir. Le souvenir est dans notre tête ou dans notre cœur quand nous pensons à quelqu’un que nous avons perdu. La présence de Jésus dans l’eucharistie reste mystérieuse et extérieure à nous, mais bien réelle. En communiant à la messe, nous avons une relation réelle avec le Seigneur ressuscité et pas seulement une évocation de sa présence au milieu de ses apôtres il y a vingt siècles.

    Dans le même temps il faut résister à la tentation de chosifier ce sacrement. Nous avons en effet toujours tendance à identifier le réel avec ce que nous pouvons toucher et voir – ne chantons-nous pas parfois “je veux voir Dieu“. Or le Christ ressuscité que nous rencontrons à la messe reste en dehors de nos catégories humaines. Simplement il se manifeste à nous sous le signe du pain et du vin, sous le signe d’une nourriture pour nous dire qu’il veut nourrir notre vie de sa vie. Cela signifie que l’amour qui a glorifié Jésus pour l’établir comme Fils bien aimé du Père peut aussi nous pénétrer, nous saisir, nous transformer. La Pâque que le Christ a vécue en passant de la mort à la vie nous est ainsi offerte dans le rite eucharistique.

    Saint Augustin l’exprimait déjà : “Soyez donc ce que vous voyez et recevez ce que vous êtes“.

    Qu’en cette année particulière où nous avons dû nous contenter pendant plusieurs semaines d’eucharisties virtuelles imposées par le Covid 19, nous redécouvrions de manière nouvelle cette présence vivifiante du Christ qui vient transformer nos vies.

    Père Luc de Saint-Basile