Auteur/autrice : ParoisseNDB

  • Edito du 6ème dimanche de Pâques, 6 mai 2018

    “ Ce que je vous commande

    c’est de vous aimer les uns les autres “

     

    Nous sommes au tout début de l’Eglise naissante. Deux personnages qui n’ont rien en commun se rencontrent :

    Pierre qui appartient au monde juif, ce qui lui interdit, sous peine d’impureté rituelle, toute relation suivie avec les païens ; mais c’est aussi lui qui a reçu du Seigneur la mission d’être le pasteur de ses brebis.

    De l’autre côté Corneille, un païen chercheur de Dieu, centurion de l’armée romaine d’occupation, en garnison à Césarée maritime, et qui n’hésite pourtant pas à venir se jeter au pied de Pierre et se prosterner devant lui.

     

    La première réaction de l’apôtre est d’abord un geste de fraternité humaine : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi-aussi. »

    Puis, dans l’Esprit de Celui qui a voulu donner sa vie pour tous les hommes, il va faire ce pas décisif pour l’Eglise à jamais : « En vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. »

    Et d’autorité, reconnaissant là l’œuvre de l’Esprit, il prendra l’initiative de faire baptiser ce païen au nom de Jésus Christ, avant d’accepter l’invitation de demeurer quelques jours avec les siens, alors qu’il sait très bien que cela va lui être vivement reproché par ses frères juifs.

    L’amour qui prime sur la Loi et qui permet de dépasser les frontières.

     

    Sans doute s’est-il souvenu de ces paroles que Jésus avait prononcées au cours de son dernier repas et que nous rapporte l’évangéliste St Jean aujourd’hui : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

    Des paroles qui resteront gravées dans le cœur des disciples, après la mort et la résurrection de leur Seigneur, jusqu’à bousculer toutes les certitudes établies et provoquer des chamboulements dont nous voyons les premiers effets dans ce geste d’autorité de Pierre.

     

    Comme l’écrit le dernier successeur de Pierre dans sa dernière exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté (Gaudete et exultate § 60) : “ Il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c’est « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Nous sommes appelés à préserver plus soigneusement la charité : « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi […]. La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14). “

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche de Pâques, 29 avril 2018

    Vous êtes les sarments

     

    Il y a déjà un certain temps, mais je m’en souviens encore, on a pu voir sur les écrans un très beau film sur le rapport entre le vigneron et sa vigne. Un rapport profond, affectif même. Mais, racontait le film, ce lien s’est perdu lorsque la vigne est devenue uniquement une question de rapport mais de rapport économique.

    Si ce souvenir me revient à l’esprit c’est que, ce dimanche, l’enseignement de Jésus porte précisément sur la vigne et les liens qui unissent le vigneron à sa vigne et les sarments au cep.

     

    Lorsque saint Jean se fait l’écho des paroles de Jésus sur la vigne, il s’adresse à l’Eglise de la fin du premier siècle. Une Eglise sous tension, avec divers courants gnostiques et le risque de retour à la synagogue de chrétiens juifs convertis.

    Alors pour les chrétiens de son temps, et pour nous aussi où il n’est pas facile non plus de croire, Jean rappelle des passages obligés pour être croyant.

     

    Le premier enseignement c’est la place centrale de Jésus dans notre foi. Ce n’est pas matière à option. C’est à prendre ou à laisser si on veut se dire chrétien.

    Pour bien nous le faire comprendre, Jésus par l’entremise de Jean emploie donc l’image de la vigne. Image bien connue dans le Premier Testament où elle est omniprésente pour désigner le Peuple de l’Alliance aimé de Dieu.

    Mais ici c’est Jésus qui dit : Mon Père est le vigneron. Je suis la vigne. Vous êtes les sarments.

    Ainsi Jean rappelle-t-il aux chrétiens de sa communauté et à ceux de tous les temps la place unique, incontournable de Jésus dans la foi des chrétiens.

    Alors où en sommes-nous de notre relation à Jésus ? Qui est-il pour nous ?

     

    Le deuxième enseignement de Jean est dans ce verbe qui revient 7 ou 8 fois dans la bouche de Jésus et qui est un mot clef de son évangile : demeurer !

    « Demeurez en moi comme moi en vous, comme je demeure dans le Père et le Père en moi ».

    Demeurer signifie la profondeur d’une relation, son intériorité, sa réciprocité mais ici demeurer veut être aussi une invitation à adhérer fidèlement, durablement.

    C’est un appel à chacun venant du Christ lui-même : demeurez en moi. Tenez bon malgré toutes les sollicitations et les dérives, les tentations.

     

    Le troisième enseignement que souligne saint Jean n’est pas le moins important : « Ce qui fait la gloire de mon Père c’est que vous portiez beaucoup de fruits. »

    De quels fruits s’agit-il ? Tout simplement de la réalisation du dessein d’amour du Père, de l’extension du règne de Dieu sur la terre.

    Ce que nous avons à demander, c’est cela ! Nous le faisons en priant le Notre Père : que ton Règne vienne.

    Jésus nous associe ainsi intimement à sa mission « que leur unité soit parfaite ainsi le monde saura que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ». Jésus compte sur nous pour porter du fruit. Des fruits aussi imprévisibles que la conversion de Paul (cf.1ère lecture : Actes de Apôtres 9,26-31).

     

    P. Edouard Bois

     

     

  • Edito du 4ème dimanche de Pâques, 22 avril 2018

    Le Bon Pasteur

    Méditer la figure du Christ Bon Pasteur en ce dimanche qui est aussi celui de l’appel à la prière pour les vocations nous rappelle que le prêtre n’est pas prêtre tout seul et que les communautés chrétiennes ont un rôle essentiel pour permettre aux prêtres d’épanouir leur vocation.

    Ce beau petit témoignage d’un prêtre d’origine colombienne, venu exercer son ministère en France, l’exprime très simplement :

    « Je crois profondément que nous les prêtres, et surtout les prêtres diocésains, nous ne pouvons pas exercer notre ministère pastoral si nous ne sommes pas en relation avec la communauté paroissiale qui nous aide à vivre notre célibat et notre mission.

    Nous avons besoin d’amis avec qui nous partageons nos peines et nos joies, nous avons besoin de familles qui nous apprennent les espoirs, les difficultés, les bonheurs et les souffrances propres au couple et à la famille.

    Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui sont dans le monde de l’entreprise, de la recherche, du travail… qui nous aident à rester toujours en contact avec la réalité qui nous entoure et avec les préoccupations de notre société.

    Nous avons besoin d’amis qui partagent leur table avec nous, qui nous invitent et que nous invitons aussi pour parler d’autres choses que de l’Église ou de la foi et qui nous permettent de rencontrer des hommes et des femmes d’autres religions ou qui n’appartiennent pas à une communauté particulière.

    Nous avons besoin d’enfants et de jeunes qui nous ouvrent les yeux sur les nouvelles évolutions de la technique, de la musique, du cinéma,… du monde.

    Nous avons besoin de femmes qui nous disent avec compétence et fraternellement que les chaussettes bleues ne vont pas ensemble avec la chemise rouge.

    Nous avons besoin d’amis qui nous conseillent quand il s’agit de prendre un nouvel ordinateur ou quand nous hésitons à acheter le nouvel IPad.

    Nous avons besoin de paroissiens qui nous disent : « je n’ai pas très bien compris ton homélie du dimanche ou les paroles que tu as dites dans la rencontre de jeunes couples m’ont permis d’entamer une discussion profonde avec ma femme ».

    Nous avons besoin de gens sincères et honnêtes qui nous aident à adapter notre discours et à mieux comprendre la communauté dans laquelle nous avons été envoyés. Le prêtre a besoin de se sentir accueilli et de partager sa vie avec la communauté pour exercer sa mission avec joie, pour grandir en humanité et pour approfondir sa relation avec Dieu.

    Je suis convaincu que plus nous nous sentons aimés et accueillis par une communauté, plus nous donnons le meilleur de nous-mêmes et plus les uns avec les autres nous grandissons dans notre intimité avec Dieu et dans notre relation avec nos frères et sœurs.

    Merci Seigneur pour les communautés que tu as mises sur ma route ; grâce à ces hommes et ces femmes avec qui je partage ma vie je suis un prêtre heureux. » (Père Germàn Sânchez)

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 3ème dimanche de Pâques, 15 avril 2018

    Entrons dans la grâce et rendons grâce !

             En ces semaines qui suivent Pâques, les pages d’Evangile qui nous sont proposées le dimanche sont des récits d’apparitions de Jésus ressuscité, c’est-à-dire des récits qui nous situent par delà « le scandale de la croix. » Elles comportent souvent la même question lancinante : comment croire alors que l’affaire Jésus semble s’être achevée dans l’humiliation d’une mort réservée aux plus rejetés de la société ? Aujourd’hui St Luc nous rapporte un face à face entre les onze apôtres – Judas n’est plus là – et Jésus. Les disciples vont devoir choisir entre la peur ou bien la paix. En effet le maître leur dit : « la paix soit avec vous » et les onze sont saisis de frayeur et de crainte… Cette apparition ne serait-elle pas celle d’un fantôme ?

     

    Pour progresser, les disciples devront franchir plusieurs étapes. La première est celle de la « vérification » : il s’agit pour les onze de voir les pieds et les mains de Jésus et de manger avec lui. L’apparition n’est pas un fantôme. Ils se trouvent bien en face de Jésus de Nazareth, le juste condamné injustement : son corps porte les traces de la fixation sur la croix. Les disciples perçoivent que la victoire du Christ n’est pas une négation ou bien une sorte de mine de la mort. La résurrection de ce maître bien vivant parmi eux n’a rien gommé de sa passion.

     

    Alors les disciples sont prêts pour la deuxième étape que leur propose Jésus : l’Evangéliste nous dit : « Il ouvre leur intelligence à la compréhension des Ecritures ». Jésus explique à ses auditeurs que les textes de la loi de Moïse, des psaumes et des prophètes annonçaient son passage par la mort. Le passage par la souffrance et par la mort est nécessaire, jusqu’au bout, pour que la victoire de la résurrection soit complète.

     

    Vient alors la troisième étape proposée aux disciples : devenir des témoins de la conversion et du pardon des péchés. Jésus dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés » et il lance : « A vous d’en être les témoins ! » …Tout péché peut être pardonné puisque le péché maximum, mettre Dieu à mort, peut déboucher sur la vie. Dieu ne se venge pas de l’infamie de la croix, il propose gracieusement – gratuitement – une nouvelle alliance. Lorsqu’on réalise cette grâce que Dieu fait à tout homme, la conversion peut suivre. La conversion c’est pour tous les disciples le désir de changer leur vie, de s’efforcer de vivre selon les paroles et les actes de Jésus, simplement pour « rendre grâce. »

     

    Pour nous tous, disciples de Jésus, le chemin d’après Pâques consiste à réaliser la grâce que Dieu nous fait : tout péché, tout égarement dans notre vie peut être pardonné, gratuitement. Lorsque nous percevons cela, puissions-nous alors nous ouvrir au « rendre grâce » qui est dire merci à Dieu. Attention, il ne s’agit pas là seulement d’une pensée ou d’une parole ! Il s’agit concrètement, par nos actes et nos paroles, de devenir des témoins de l’amour auquel Dieu nous invite. Et cela change nos relations à nos sœurs et frères en humanité.

     

    P. Alexis Bacquet

     

  • Edito du 2ème dimanche de Pâques, 8 avril 2018

    La Profession de foi de Thomas, l’incrédule.

    Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux.“ Dans l’évangile de St Jean, c’est donc en ce deuxième dimanche de Pâques que se situe la rencontre entre Jésus ressuscité et l’apôtre Thomas.

    Que n’a-t-on pas dit sur ce dernier ; on l’a qualifié de “ sceptique “, “d’incrédule “. Nous connaissons son réalisme : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

    N’est-ce pas humain de vouloir toucher et voir pour croire ? Marie de Magdala, au tombeau, n’avait-elle pas voulu toucher son Seigneur en le reconnaissant ?

    Thomas est bien comme chacun d’entre nous ; ne nous est-il jamais arrivé de nous dire : c’était facile pour les apôtres de croire : eux ont pu voir et même manger avec leur Seigneur ressuscité. Mais pour nous aujourd’hui, c’est tout autre chose !

    En fait, à travers les différents récits d’apparitions, l’évangéliste tente de nous faire comprendre que les rencontres avec Jésus ressuscité n’ont pas été vécues par les disciples comme des retrouvailles que l’on fait dans la vie ordinaire : pour tous ceux qui ont été les témoins de sa résurrection, cela a été réellement fondateur, recréateur.

    C’est un peu comme une nouvelle naissance : le Seigneur présent au milieu de ses disciples va les faire passer des ténèbres à la lumière, de la peur à la foi, de l’angoisse à la paix et la joie.

    Et ce souffle que Jésus répand sur eux a quelque similitude avec celui que le Créateur a insufflé dans le corps d’Adam au début de l’humanité. Même pour Thomas l’incrédule, c’est à une autre manière de voir et de percevoir qu’il accède. On ne sait pas, finalement, s’il a touché le corps glorieux du Christ ressuscité, comme celui-ci l’invite à le faire ; cela, en fait, est devenu totalement insignifiant. Par contre il accède à un autre type de reconnaissance de Jésus, différente de celle qu’il avait connue de son vivant. C’est le passage de l’incrédulité à la foi en Jésus Messie envoyé de Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

    Saint Thomas d’Aquin, le théologien, a une très belle formule à propos de son homonyme : « Il vit une chose, il en crut une autre. »

    Ce basculement qui renouvelle l’être tout entier s’est poursuivi, au cours de ces vingt siècles qui ont vu se lever tant de grands saints dans notre Eglise ; des hommes et des femmes comme chacun d’entre nous, mais qui ont laissé l’Esprit du ressuscité transformer leur vie. Cet Esprit toujours à l’œuvre qui fait se lever encore des catéchumènes et ces jeunes de l’aumônerie qui, malgré leurs doutes, font ce dimanche leur profession de foi.

    « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ». Que ce temps pascal renouvelle notre foi avec l’apôtre Thomas, et tous ceux qui mettent leur espérance dans le Christ vivant.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

     

  • Edito du dimanche de Pâques, 1er avril 2018

    Extraits du livre du P. Jean-Marie Poirier 

    [Nocturnes de lumière – Méditations pour vivre la Semaine Sainte (Editions Saint Augustin 2004)].

    Ouverture… « Il faisait encore sombre »

     

    Ce matin de Pâques, il fait encore sombre dans notre monde… dans notre Église… et sur l’homme…

    Ce matin de Pâques, il fait encore sombre en ma vie. Voici à présent de nombreuses années que je célèbre cette fête de Pâques et, si je reste lucide sur moi-même, je découvre toujours plus de résistances à la lumière dans les zones encore trop ombreuses de mon existence. Comme je voudrais m’écrier avec l’apôtre : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1,21) ; ou bien : « Je vis, mais c’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,19) ! Mais quand je fais la lumière en moi, je réalise que je suis bien loin de ce programme de vie.

    Nier ces réalités, les oublier ou les balayer avec quelques Alléluia, serait refuser de voir la réalité en face.

    À ces inquiétudes et à ces doutes, l’Évangile me répond ce matin qu’il faisait encore sombre quand les femmes se rendirent au tombeau. Et pourtant Jésus est déjà ressuscité !

    Les visages des deux disciples se dirigeant vers Emmaüs étaient encore bien sombres, malgré qu’ils aient entendu des femmes annoncer qu’elles l’avaient vu. Pourtant Jésus cheminait avec eux, mais leurs yeux ne savaient pas le reconnaître.

    Dans l’évangile de Marc, alors que les femmes viennent de recevoir l’annonce de la résurrection de la bouche d’un jeune homme vêtu de blanc, voilà qu’elles « s’enfuient du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » (Mc 16,8).

    Alors que nous attendions l’irruption soudaine de la plus vive clarté dans les ténèbres de ce monde, une annonce glorieuse et triomphante, voici que la Résurrection pointe lentement à l’horizon de l’histoire. Plutôt que l’éclat du Ressurexit du Credo de la Missa Solemnis de Beethoven, nous entendons des Alléluia montant lentement de la nuit comme dans les Vêpres de la Résurrection de Rachmaninov. Non, le monde n’a pas brutalement changé au matin de Pâque, se conformant à nos désirs les plus fous par quelque coup de baguette divine !

    Mais avec Nicodème, Marthe et Marie, les apôtres, Marie Madeleine et les autres femmes nous poursuivons notre chemin dans la foi. Le monde n’est pas bouleversé, mais si nous sommes entrés au cœur de nos nuits les plus ténébreuses avec Jésus en sa Passion, une lumière s’est levée en nous. Cette lumière reçue au cours de ces jours saints, signifiée par le cierge pascal allumé dans la nuit de Pâque, allume en nous un feu qui veut se répandre par nous. Le soleil est en train de se lever. Avant le zénith de midi, il faut observer les faibles lueurs de l’aube pour en être les prophètes.

    Nous trouvons le monde encore trop obscur ? À nous de lui porter la lumière ! […]

    « Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière ! … Désormais, ce n’est plus le soleil qui sera pour toi la lumière du jour, ce n’est plus la lune avec sa clarté, qui sera pour toi la lumière de la nuit. C’est YHWH qui sera pour toi la lumière de toujours ! » (Is 60,1.19).

    Pendant ces jours saints, nous avons aussi compris que sous les apparences de l’échec, l’Amour triomphait de tous ces adversaires, parce qu’un homme, le Christ Jésus, est allé jusqu’à l’extrême du don de soi ! Laissons les apparences, ne cherchons pas à tout prix le succès dans nos entreprises, ni la reconnaissance dans toutes nos démarches. Mais porteurs de la lumière qui s’est levé en cœurs, partons vers nos frères en humanité, dans la tenue de service, à cause de Jésus et comme témoins du Ressuscité. « Car le Dieu qui a dit : La lumière brillera au milieu des ténèbres, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2Co 4,6).

     

  • Edito du dimanche des Rameaux, 25 mars 2018

    Extrait du livre de Jean Michel Poirier

    « Nocturnes de lumière“

     

    Aujourd’hui, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, la ville « belle et altière » (Ps 48,3), choisie par Dieu pour y établir sa demeure. Elle est aussi celle « qui tue les prophètes et lapide ceux qui [lui] sont envoyés » (Mt 23,37).

    Aujourd’hui « le peuple, en foule, étend ses vêtements sur la route. Certains coupent des branches aux arbres et en jonchent le chemin ». Ceux qui marchent devant Jésus comme ceux qui le suivent peuvent bien s’écrier : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mt 21,8-9). Mais demain, ces mêmes foules réclameront à Pilate que Barabbas, un bandit, soit libéré. Sur Jésus, elles crieront alors par deux fois : « Crucifie-le ! » (Mc 15,13-14).

     

    On peut longuement méditer sur la versatilité des foules et leur inlassable capacité à se laisser manipuler. Aujourd’hui les sondages ou l’audimat construisent des célébrités que demain ils oublient ou, pire encore, envoient dans l’enfer de la réprobation et de la déchéance.

    Et c’est comme de bons moutons que la majorité d’une population se comporte envers ceux qu’on lui désigne à acclamer ou bien à huer.

     

    L’évangéliste Luc cherche d’ailleurs à dédouaner la foule pour désigner les véritables commanditaires de l’injuste meurtre : les grands prêtres et les chefs du peuple. Mais à chacun de reconnaître sa part de responsabilité. Il serait trop facile de se délester sur d’autres de nos participations à l’injustice, de nos complicités actives ou passives, par inertie ou par omission. La scène des Rameaux en lien avec celle du jugement nous interroge directement sur la vérité et la solidité de notre rapport au Christ […]

    _______________________________

     

    En nous proposant d’écouter en ce jour tout le récit de la Passion, la liturgie nous invite à aller plus loin dans notre foi au Christ : sommes-nous de ces foules qui se laissent entraîner par ceux qui crient les plus forts ? Ou acceptons-nous de nous laisser interroger personnellement par ce Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ, Lui qui a délaissé toutes les vaines gloires humaines pour se faire serviteur jusqu’au bout ?

     

    Entrons résolument dans cette grande semaine sainte ; laissons-nous entraîner dans ce grand élan d’amour de Dieu qui s’abaisse devant l’Homme pour lui montrer jusqu’où il l’aime. Alors « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rom 8, 11)

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche de Carême, 18 mars 2018

    Nous n’avons qu’une planète !

     

    Cette déclaration récente d’une haute personnalité politique pourrait nous sembler d’une grande évidence sinon d’une grande banalité.

    Pas si sûr cependant car la mondialisation, l’exploration de l’espace, des moyens de communication accrus font se rapprocher les frontières et augmentent les interactions entre humains. On n’est plus chacun chez soi comme avant.

    Nous n’avons qu’une seule planète ! En réalité cette observation, dont nous prenons de plus en plus conscience autrement, n’est pas anodine.

    Serons-nous capables à l’avenir de partager la planète, de la prendre en charge ensemble ou allons-nous nous la disputer et nous replier sur nous-mêmes ?

    En ce 5ème dimanche de carême dédié traditionnellement au partage, sans négliger les causes urgentes que la paroisse et le diocèse nous proposent de soutenir, la question mérite d’être posée.

    Les lectures bibliques de ce dimanche soulignent plusieurs dimensions chrétiennes de ce partage planétaire livré à nos initiatives.

    En premier lieu, Jésus nous partage ce qu’il a sur le cœur au moment où le drame se noue : le lien à son père, sa volonté de rassemblement de l’humanité dont la croix sera le signe. Le partage est constitutif de Dieu même.

    Une deuxième dimension du partage chrétien est celle que Jésus a eu toute sa vie et qu’il nous invite à avoir : agir de telle sorte que personne ne soit laissé pour compte. L’incarnation de Jésus est partage et dans les premiers temps de l’Eglise partager les biens  que l’on possède par héritage, par chance ou par travail était perçu comme une expérience vive de communion, comme une possibilité concrète d’avoir le même cœur que le Seigneur Jésus.  Un père de l’Eglise disait : le manteau en proie aux mites dans ton armoire n’appartient pas à toi mais au pauvre. Et Grégoire de Nysse : celui qui possède trop n’est pas un frère mais un voleur.

    Une dernière dimension du partage chrétien à laquelle Jésus nous ouvre est celle du partage de la Bonne Nouvelle. Des grecs viennent à Jérusalem pour la Pâque. La rumeur sur Jésus les a rejoints. Ils veulent le voir. C’est plus que de la simple curiosité.   Pour cela ils s’adressent à deux disciples avec qui ils ont des liens de proximité culturelle. Conduis-nous à lui, disent-ils à Philippe qui va en parler à André. Belle image de l’Eglise en mission qui partage la Bonne Nouvelle à travers les liens que tissent la vie des chrétiens. Si dans notre immeuble, au travail, en famille on sait que nous sommes chrétiens il n’est pas impossible que des gens viennent nous trouver : que vivez- vous à Pâques vous les chrétiens ? Etre baptisé c’est quoi ?

    Même si notre planète à ses limites et si pour les chrétiens elle a ses racines dans le ciel nous avons de bonnes raisons de croire en la vie.

    Le partage, c’est pour maintenant.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 4ème dimanche de Carême, 11 mars 2018

    « De même que le serpent de bronze

    fut élevé par Moïse dans le désert… »

     

    Voici une bien curieuse histoire rappelée aujourd’hui dans l’évangile de St. Jean pour faire comprendre le salut manifesté dans le Christ crucifié.

     

    A la base, sans doute, des croyances ancestrales qui ressemblent plus à de la superstition et dont nous trouvons encore des traces dans les caducées arborés dans nos pharmacies. Le serpent n’est-il pas, avec son venin, celui qui peut donner la mort mais aussi servir à confectionner des vaccins ? Animal ambigu par excellence !

     

    L’histoire, en fait, remonte à la traversée du désert, alors que le peuple hébreux tenté par le désespoir se rebelle contre Moïse et contre Dieu. Des serpents particulièrement « brûlants »  (vénéneux) viennent alors leur rappeler que Dieu reste seul maître de la vie et de la mort.

    Et quand le peuple se repent d’avoir « péché contre Yahvé », le Seigneur demande à Moïse de « façonner un serpent que tu placeras sur une hampe. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. » (Nbr 21,8).

     

    Certaines de nos croix portent toujours ce serpent entrelacé. L’image est belle : elle nous rappelle que toute chose en ce monde porte en elle une part d’ambiguïté et peut être utilisée par l’homme pour le bien ou pour le mal, pour la vie ou la mort.

     

    Un signe d’espérance nous est donné dès à présent : ce poteau de mort où le Christ a été élevé et dont Dieu a voulu faire le signe de son amour sans limite.

    Ainsi tout homme qui accepte de lever les yeux vers cette croix glorieuse en se laissant guider par la lumière de l’évangile « ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle ».

     

    Discerner la lumière des ténèbres (en latin « scrutare »), c’est le sens de cette dernière étape qui va conduire ce dimanche Elie, Anaïs, Axel, Clémence, Joakim, Héloïse et Thomas à être baptisés prochainement le jour de Pâques.

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 3ème dimanche de Carême, 4 mars 2018

    Quel signe peux-tu nous donner… ?

     

    Sur notre route du carême, l’évangile de ce dimanche nous présente un aspect surprenant de Jésus au moment où il chasse les marchands du Temple de Jérusalem.

    Il serait un peu simpliste de ne voir dans ce geste d’indignation que le sentiment qui nous envahit parfois, en traversant les nombreux commerces d’objets de piété qui  entourent nos sanctuaires, comme celui de Lourdes.

     

    Non, ce geste et les paroles de Jésus ont une toute autre portée.

     

    Tout d’abord parce que ces “marchands“ et “changeurs“ étaient indispensables pour le culte rendu à l’intérieur du Temple : ils fournissaient les colombes, les brebis et les bœufs pour les sacrifices et permettaient d’échanger la monnaie romaine impure pour les offrandes faites au Temple.

     

    Mais surtout, la parole de Jésus fait référence à la prophétie de Zacharie annonçant le renouvellement de Jérusalem devenue, à la fin des temps, la cité sainte vers laquelle afflueront tous les peuples de la terre : « Il n’y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur, en ce jour là » (Zach 14, 21).

     

    Jésus se présente donc, ce jour là, comme le Messie annoncé par les prophètes. D’où la surprise de ceux qui l’entendent parler du Temple non pas comme tout juif en disant « la maison du Seigneur » mais « la maison de mon Père ».

     

    « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » lui lancent les juifs car, à leurs yeux, l’autorité messianique que Jésus vient de s’arroger ainsi dans les choses du Temple doit être authentifié par un signe.

    « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » – « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

     

    Un nouveau signe est donné, dont la signification profonde, nous dit l’évangile d’aujourd’hui, ne sera véritablement comprise par les disciples que quand Jésus se « réveilla d’entre les morts ».

     

    Ainsi le lieu de l’Alliance nouvelle avec ce Dieu Père révélé par Jésus ne sera plus désormais à chercher dans un Temple fait de main d’hommes, mais dans son Corps ressuscité.

     

    Comme le dit St Paul dans l’épître aux Corinthiens, « les juifs réclament des signes » et « les grecs une sagesse ». Sachons rendre grâce pour le plus beau signe que Dieu nous fait dans chacune de nos eucharisties en nous offrant le Corps de son Fils, « Messie crucifié ». Ces eucharisties qui sont la source et le fondement de ce qui nous unit dans un même Corps, cette mystérieuse communauté chrétienne que nous formons sur notre quartier.

     

    P. Luc de Saint Basile