Auteur/autrice : ParoisseNDB

  • Edito du 2ème dimanche de Carême, 25 février 2018

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

     

    Cette scène de la Transfiguration proposée à notre méditation en ce deuxième dimanche du carême 2018 a de quoi nous surprendre.

    La scène se passe sur une montagne. Le Thabor très probablement pensent les spécialistes. En tout cas pour ceux qui ont fait un pèlerinage en Palestine, ce lieu évoque immédiatement beaucoup de souvenirs, et d’émotion.

    Le Thabor. Une montagne c’est beaucoup dire. Ce n’est pas la cordillère des Andes ou l’Himalaya. Un peu plus qu’une colline quand même. Un vrai mont qui domine de ses 588m la Galilée environnante.

    Mais l’important ici ce n’est pas la géomorphologie du site mais le sens symbolique de la montagne.

    Dans la Bible la montagne est le lieu où Dieu réside, le lieu de sa rencontre, le lieu des apparitions.

    Dans la Bible, tous les grands personnages ont leur montagne : là où pour eux il s’est passé quelque chose d’important avec Dieu : Abraham a la montagne que Dieu lui désigne, Moise au Sinaï, Elie à l’Horeb, Jésus au Thabor. La montagne, c’est le lieu traditionnel des manifestations divines et des envois en mission.

    La Transfiguration de Jésus a lieu pendant qu’il priait, précise Saint Luc.

    Ainsi la scène de la Transfiguration nous dit-elle la relation privilégiée de Dieu le Père et de son Fils et le confirme dans sa mission.

    La présence énigmatique d’Elie et de Moise souligne, de son côté, la continuité de l’histoire de l’Alliance à travers les siècles.

    Les apôtres, quant à eux, sont fascinés par ce qui arrive et voudraient bien rester là.

    C’est trop beau ! Mais Jésus invite ses compagnons à redescendre de la montagne.

    Après avoir été transfiguré il sera dans quelques jours défiguré, défiguré pour que l’humanité soit, elle, transfigurée. Jésus ne veut pas se sauver seul. Jésus refuse la tentation de se désolidariser de l’humanité et de son Père.

    «Celui-ci est mon Fils bien aimé. Ecoutez-le ». Ces paroles divines s’adressent aussi à chacun de nous, à chaque humain : tu es mon fils, ma fille, mon enfant bien aimé. Qu’est-ce que cela change pour moi d’entendre ces paroles sur ma vie ?

    Ai-je moi aussi un lieu favori, mémoire de ma rencontre du Seigneur ?

    Jésus transfiguré, Jésus plus tard défiguré. Le chemin n’est pas fini. Mais déjà se dévoile la profondeur et le sens de notre baptême et de celui de ceux et celles qui le seront à Pâques.

    Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 1er dimanche de Carême, 18 février 2018

    Les temps sont accomplis

     

    Le temps du carême est commencé. Mercredi dernier, chacun a pu recevoir le signe des cendres et en ce premier dimanche de Carême traditionnellement la lecture du récit des tentations de Jésus au désert est celle qui nous est proposée.

    Cette année dans la version de l’évangéliste Marc. C’est un excellent conteur mais ici il fait preuve de plus de sobriété que Luc ou Matthieu. Rien sur les trois fameuses tentations que tout le monde a en mémoire et dont l’invitation à sauter du haut du Temple pour épater les foules n’est pas la moindre. Mais Jésus renoncera à cet atout commercial !

    Quoi qu’il en soit du détail, le fait est là. Jésus, après avoir été baptisé par Jean-Baptiste dans le Jourdain, commence sa mission par une retraite de 40 jours au désert où il est tenté.

    Mais puisqu’il est le Fils de Dieu, Jésus a-t-il pu vraiment être tenté ?

    Son Père l’aurait-il laissé entrer en tentation ?

    Nous pouvons nous poser la question.

    Mais autre chose que Jésus soit entré en tentation, autre chose qu’il y ait succombé.

    Oui Jésus a vraiment été tenté au désert. Il n’a pas fait semblant. Il a été tenté pour de vrai car il est le nouvel Adam et Adam a été tenté. II a été tenté car il est le nouveau Moïse et Moïse a été tenté.

    Et surtout Jésus a été tenté comme Fils de Dieu sur la terre. « Si tu es le Fils de Dieu… » tu peux faire ce que bon te semble. Profites-en ! Mets-toi à ton compte !

    Satan est habile !

    L’enjeu de la réponse de Jésus face aux tentations qui l’assaillent ici et plus tard est considérable. C’est la réussite ou non de sa mission. C’est l’avenir de l’humanité qui se joue là : oui ou non Jésus va-t-il accomplir la mission qui lui est confiée par son Père pour sauver l’humanité ou bien va-t-il s’en écarter, se mettre à son compte, faire un coup d’état ou un coup d’éclat au lieu de restaurer le lien divin originel avec la création ?

    Y aura-t-il un jour un humain capable de vaincre le mal ? De nous relier vraiment à Dieu ?

    Avec ce récit des tentations, c’est de notre vie et de notre mort qu’il s’agit, de notre libération ou de notre enfermement faisant de la terre notre prison.

    Avec Jésus, l’un des nôtres a été vraiment fidèle.

    « Du fait qu’il a enduré lui-même l’épreuve, il est en mesure de secourir ceux qui sont éprouvés. » (Hébreux 2/18).

    L’Envoyé nous ouvre le chemin de la réconciliation, de la recréation, de l’avenir.

    La retraite de carême et les groupes de partage qui se sont constitués nous permettront d’approfondir ce grand mystère : celui du Christ, celui de l’humanité, en nous aidant mutuellement, au fil du carême, à repérer les tentations propres à notre temps.

    C’est beau un arc en ciel (cf.1ère lecture). Dans la Bible c’est le signe de l’alliance retrouvée entre l’humanité et Dieu.

    Puisse la fête de Pâques être, après ce chemin du carême, un bel arc en ciel sur chacune de nos vies.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 6ème dimanche du temps ordinaire, 11 février 2018

    « Saisi de compassion,

    Jésus étendit la main et le toucha »

     

     

    L’évangile qui nous est proposé aujourd’hui est un véritable petit bijou. Alors que nous ne sommes encore qu’à la fin du premier chapitre, en quelques versets tout est noué.

     

    Dans le passage qui précède, l’évangéliste Marc nous rapporte que Jésus « guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ».

     

    Or l’homme qui s’avance aujourd’hui vers lui n’est pas un malade ordinaire : c’est un lépreux. Et la loi juive, qui nous est rappelée dans la première lecture, est très claire à leur sujet : « Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !”[…] C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

     

    Manifestement le lépreux n’a pas respecté cet interdit car il est entré dans la ville pour supplier Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

    La réaction de Jésus est la même que celle qui l’a poussé à soulager toutes les souffrances qu’il a rencontrées sur son chemin : saisi de compassion, il étend la main, le touche et le purifie.

     

    Mais, en faisant ce geste, il réalise en même temps que c’est lui qui a enfreint la Loi. Et il a beau imposer le silence au lépreux guéri, et lui demander même de faire constater sa guérison à postériori par les prêtres, rien n’y fait.

    Et c’est finalement Lui qui est obligé de fuir la ville en se retrouvant à la place initiale du lépreux.

    On sait jusqu’où cette logique va l’entraîner.

     

    Ce dimanche plusieurs d’entre nous vont recevoir le sacrement de l’onction des malades. A travers cette prière et ces gestes de l’imposition des mains et de l’onction d’huile, c’est le Christ qui touche et relève, en se rendant du même coup solidaire des souffrances de ceux qui sont atteints par la maladie.

    Que le beau témoignage de leur foi plus forte que l’épreuve nous aide nous aussi à traverser toutes les adversités de la vie.

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche du temps ordinaire, 4 février 2018

    « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre… »

    Mes jours sont plus rapides

    que la navette du tisserand,

    ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil. »

     

    Cette plainte de Job est malheureusement toujours d’actualité ; c’est celle des employés qui sont meurtris par le stress de la vie et la dureté du monde du travail ; c’est aussi celle des personnes âgées qui sentent que le temps s’écoule trop vite sans qu’ils aient pu profiter de tous leurs efforts et du travail accompli !

    Nous même, ne nous arrive t’il pas de temps en temps de nous plaindre ainsi à Dieu ?

     

    La tentation naturelle, en face de ces souffrances, c’est de se boucher les oreilles et de fermer sa porte, de durcir son cœur pour ne pas être touché, de tenter de s’en sortir avec ses propres ressources en essayant de se préserver des petits moments de bonheur personnel.

     

    Dans l’évangile nous voyons que, dès le début de sa mission, Jésus accepte de se laisser submerger par cette détresse humaine: » le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. »

     

    Avec sa connaissance de la Loi juive, il aurait pu enseigner dans les synagogues et même à Jérusalem, être un Rabbi important capable de dialoguer avec les docteurs de la Loi et les pharisiens.

    Ou bien mener une vie irréprochable comme ces esséniens retirés dans le désert !

    Mais il a décidé d’ouvrir sa porte aux blessés de la vie, de partir à l’aventure sur les routes de Palestine, à la rencontre de tous ceux qui souffrent et sont en quête d’un message d’espérance : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle; car c’est pour cela que je suis sorti. »

    En cela il est fidèle à sa mission qui est toute entière inscrite dans ce nom donné à sa naissance : Jésus (Dieu sauve) – Emmanuel (Dieu avec nous).

     

    « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »  C’est ce même élan qui a poussé St Paul à partir sur les chemins pleins d’embûches à travers tout le bassin méditerranéen, jusqu’à son arrestation, son emprisonnement et sa mise à mort à Rome. « Je me suis fais tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. »

     

    Quand la vie est trop dure, saurons-nous, nous aussi, résister à cette tentation de se sauver soi-même pour rester ouverts et solidaires aux joies et aux peines de ceux qui nous entourent ?

     

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 14 janvier 2018

    Où demeures-tu ?

    – Venez et vous verrez.

     

    Après avoir fêté l’Epiphanie dimanche dernier et lundi le Baptême du Seigneur, nous reprenons ce dimanche le cours de la liturgie dite “ordinaire“.

     

    Ce dimanche est aussi celui où l’Eglise nous invite à porter une attention toute particulière aux migrants et aux réfugiés. Nous connaissons les appels répétés de notre pape dans ce sens ; et notre diocèse organisait ce samedi une grande rencontre de tous les Conseils Pastoraux avec des migrants ainsi qu’un partage sur les initiatives prises dans les différentes paroisses de Paris pour les accueillir.

     

    Notre vicaire général, Mgr Denis Jachiet, qui est aussi chargé de la Pastorale des migrants au sein de la commission épiscopale, évoque dans un interview les nombreuses réticences naturelles qu’il rencontre sur cette question difficile. Il disait :

    « Face aux migrants, la plupart des gens ressentent un danger. Ils les assimilent, je crois, à des peurs ancestrales liées à la question des invasions et à la peur de l’islam. Mais cette peur n’est pas chrétienne. Une peur chrétienne serait une peur de pécher, de ne pas vivre l’Évangile. La peur païenne, c’est la peur d’être envahi. Et celle-ci nous conduit à ne plus penser l’Évangile comme un trésor à annoncer mais comme une espèce de capital en train de se perdre pour des raisons géopolitiques. C’est triste. C’est prendre l’Évangile à l’envers. »

     

    Et, pour ceux qui considèrent que notre pape François fait preuve de beaucoup de naïveté dans ce domaine, il ajoutait :

    « Le pape n’est pas naïf. Il n’est pas contre le devoir des pays de réguler les flux migratoires. Il rappelle juste le message de l’Évangile, de la doctrine sociale de l’Église, à savoir qu’on ne peut pas être indifférent à son frère. Une fois qu’une personne est entrée sur notre territoire, nous ne pouvons pas la considérer comme une chose. Nous avons le devoir de l’accueillir, de la protéger, de la promouvoir et de l’intégrer. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » C’est la rencontre avec le Christ qui se joue. »

     

    Nous sommes tous conscients que ces déclarations de notre pape sont dérangeantes et souvent incomprises dans nos pays d’Europe. Mais l’évangile est un appel permanent à la conversion du regard, une aventure à la suite du Christ : “Venez et vous verrez “ répond simplement Jésus aujourd’hui à ceux qui cherchent à le rencontrer.

    Après avoir fait mémoire, en ce temps de Noël, de la sainte famille qui a dû fuir la cruauté du roi Hérode pour se réfugier en Egypte (cf. Mt 2, 13-15), que cette présence sur notre sol de tous ceux qui ont quitté leur pays à cause des violences subies soit une invitation à dépasser nos peurs pour risquer la rencontre.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, dimanche 7 janvier 2018

    “Or, voici que des mages venus d’Orient

    arrivèrent à Jérusalem…“

     

    Ils viennent de Mongolie, d’Arménie, de Géorgie, d’Algérie, de Côte d’Ivoire, du Congo, d’Albanie, du Cameroun, du Sénégal, du Bénin, de Mauritanie, du Mali, de Guinée, de Bulgarie, de Roumanie, d’Iran, et même du Tibet. Ce sont ces 50 enfants qui sont accueillis au centre d’hébergement de la porte de Bercy et à qui nous avons distribué, en cette veille de Noël, tous les jouets apportés par les paroissiens.

    Et en ce jour où la tradition nous relate l’histoire de ces trois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar, qui seraient venus d’Europe, d’Asie et d’Afrique, je ne peux oublier ce moment magique avec ces enfants : une Epiphanie avant l’heure, même si ce sont eux qui viennent de tous les continents et nous qui apportions nos cadeaux. Etrange retournement de situation !

    L’évangile ne nous dit pas ce que Jésus a ressenti à l’arrivée de ces étranges personnages, mais ce qui brillait dans les yeux de ces enfants, ce jour-là, ressemblait bien à une étoile scintillante.

     

    Epiphanie signifie “dévoilement“, manifestation de Dieu. Et St Paul dans l’épitre aux Ephésiens nous révèle le dévoilement du projet de Dieu dans le mystère de l’Incarnation : “Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. “

    Il y a donc dans l’Épiphanie la révélation que toutes les nations pourront un jour véritablement cheminer ensemble et qu’en Jésus Christ une véritable universalité (on dirait aujourd’hui “mondialisation“) est possible !

     

    Mais cette universalité (ou catholicité) n’est pas une uniformité. C’est l’universalité de la Pentecôte quand chacun, dans sa langue maternelle, peut entendre proclamer les merveilles du Dieu de Jésus Christ. Un peu comme un orchestre où chaque instrument, dans sa diversité, apporte une touche indispensable à l’ensemble.

     

    Dans ce concert de louange mettons-nous en route, nous aussi, pour apporter nos propres richesses, en plus de l’or, l’encens et la myrrhe, à celui qui est chemin de communion entre tous les hommes.

     

    Belle et sainte année à chacun.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 4ème dimanche de l’Avent, 24 décembre 2017

    « Le Seigneur te fait savoir

    qu’il te fera lui-même une maison ».

    (2 Sam 7,11)

     

     

    « Comment cela se fera-t-il ? » demande Marie ;

     

    Elle ne pose la question que pour que lui soit répondu :

    « C’est l’ombre de l’Esprit… »

    ce qui n’est pas une réponse, mais une autre question.

     

    Cette ombre est celle qui, au début du monde,

    plane sur les eaux.

    Marie est donc une nouvelle genèse

    et une nouvelle création ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui marche devant le Peuple,

    en tête comme un drapeau pour traverser les déserts.

    Marie est donc un nouvel Exode, un nouveau départ,

    et en tête d’un nouveau peuple ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui couvre la montagne du Sinaï

    lorsque Dieu parle à Moïse.

    Marie est donc une parole neuve

    et une loi nouvelle,.

    Marie est donc un nouveau livre ouvert,

    et une nouvelle Bible ?

     

    Cette ombre de l’Esprit est celle qui fait irruption

    à l’inauguration du Temple de Salomon.

    Marie est donc un nouveau Temple ?

     

    Désormais, la maison de Dieu

    n’est plus dans l’enceinte du Temple,

    mais dans une femme enceinte,

    et c’est l’Homme

    qui sera le Temple de Dieu.

     

    1. Debruyne,

    « Jésus, sa chair et ses racines » Desclée, pp. 134-135

     

  • Edito du 3ème dimanche de l’Avent, 17 décembre

     Que dis-tu sur toi-même ?

     

    En ce 3ème dimanche de l’Avent notre regard est, encore, orienté vers Jean-Baptiste ici dans l’évangile de Saint Jean.

    Une présentation un peu différente des autres évangélistes.

    Le remue-ménage que provoque Jean-Baptiste aux confins du désert, en attirant beaucoup de monde, inquiète les responsables de l’ordre public et les dignitaires religieux.

    Alors de Jérusalem, on envoie des émissaires mener une discrète enquête.

    « Qui es-tu ? Est-ce toi le Messie, le libérateur que certains attendent ?

    Dis-le-nous ? On doit donner une réponse. Il faut qu’on sache à quoi s’en tenir ! »

    Et sous-entendu prendre au besoin les mesures qu’il faut pour rétablir l’ordre.

    La réponse de Jean-Baptiste est claire : « Je ne suis pas le Christ. Mais il vient et moi je prépare son chemin, sa venue. C’est pour cela que je suis ici dans cette tenue étrange, celle du désert. Cela devrait vous rappeler quelque chose. Notre histoire. La première libération d’Egypte… la traversée du désert avec Moïse, l’Alliance avec Yahvé, l’entrée en Terre Promise. C’était là tout près d’ici, avec Josué en traversant cette rivière, le Jourdain. Celui qui vient, lui, va vous guider, à nouveau, vers une terre promise, un pays de paix et de salut, de lumière et de joie. Préparez-vous. »

    A quelques jours de Noël, à quelques jours de l’anniversaire de la naissance de Jésus, Jean-Baptiste désigne encore pour nous le sauveur, le libérateur, le guide de l’humanité, la lumière. La réalisation d’une promesse immémoriale.

    Une belle figure que ce Jean-Baptiste.

    Un personnage original, atypique, qui retient notre attention.

    Pour ma part j’aime son franc-parler, courageux, risqué.

    J’aime son absence de démagogie. Il dit à chacun sa vérité.

    J’aime son effacement malgré le succès. Il ne se met pas en avant.

    J’aime sa capacité à rassembler sans retenir à lui.

    J’aime sa conviction, sa foi, pour dire le Royaume tout proche.

    Jean-Baptiste est un homme passionnément habité par un secret, une présence…

    Pour tout cela, Jean-Baptiste mérite encore aujourd’hui d’être écouté lorsqu’il nous invite à vérifier nos priorités au moment de Noël, à nous demander ce que nous disons, sur nous-mêmes, ce que nous disons du Seigneur.

    Nous vivrons cette fête aussi dans un monde toujours perturbé comme le fut celui de Jean-Baptiste…un monde qui se cherche…un monde en quête de savoir vivre et de savoir vivre ensemble et qui aspire à autre chose. Un monde parfois loin de Jésus.

    Nous préparer à fêter Noël, c’est, dans la prière, désirer aujourd’hui la rencontre du Seigneur. Nous préparer c’est nous aussi, en cette période, au niveau familial, social, ecclésial, être des artisans de paix, de rassemblement, de consolation, de libération, être ainsi les porteurs d’une bonne et grande nouvelle.

    Et si nous pouvions chacun être les « Jean-Baptiste » de notre temps ?

    Père Edouard Bois

     

  • Edito du 2ème dimanche de l’Avent, 10 décembre 2017

    « Dans le désert une voix crie… »

     

    Comme chaque année au début de l’Avent, la voix de Jean Baptiste nous invite au désert.

     

    Les fêtes de Noël riment souvent avec cadeaux et abondance de biens, et les enfants comme les adultes sont impatients d’y parvenir. La publicité d’ailleurs ne se prive pas, et tout particulièrement en cette période, de promettre tout et tout de suite.

     

    Mais le personnage fascinant de Jean Baptiste nous convoque préalablement au désert, rejoignant ainsi l’expérience du peuple de la Bible au moment où s’est scellée la première Alliance avec son Dieu.

    Quand Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne leur fit pas prendre la route du pays des Philistins, bien qu’elle fût la plus directe. Dieu s’était dit : « Il ne faudrait pas qu’à la perspective des combats, le peuple revienne sur sa décision et retourne en Egypte.» Dieu fit donc faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux “

    (Ex 13, 17-18).

    “ Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?“ (Deut 8,2).

     

    Pour goûter pleinement la joie de Noël, chacun est donc invité à purifier ses attentes, à se dépouiller en effectuant un vrai travail sur lui-même, comme le disait déjà le prophète Isaïe cité par Jean Baptiste : “Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets en large vallée ! “

     

    Quelle route nous faut-il déblayer aujourd’hui, quels sont les ravins à combler et les collines à abaisser ?

    Pour l’un, ce sera d’accepter de se remettre en route, alors qu’il a depuis longtemps baissé les bras devant l’ampleur de la tâche à accomplir. Pour un autre, c’est de reprendre la bonne direction, alors qu’il s’est égaré dans un chemin de traverse ; pour un autre encore, c’est d’enlever les gros cailloux qui encombrent sa route pour se sentir plus libre d’avancer ; pour un autre, c’est d’abattre un mur qu’il a laissé s’édifier entre lui et tel ou tel proche.

     

    Ainsi le temps de l’Avent est un temps de conversion active, une invitation à poser des gestes concrets qui manifestent notre attente. « Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. » (Is. 40, 5).

    Père Luc de Saint Basile

  • Edito de la Solennité du Christ Roi de l’univers

    La fin du monde, c’est pour quand ?

    Nous arrivons au terme de notre année liturgique en célébrant la fête du Christ Roi de l’univers. Et ce dimanche, la méditation de la parabole du jugement dernier dans l’évangile de St. Matthieu nous propose moins de centrer notre regard sur le Christ Roi que sur le type de Royaume qu’il inaugure.

     

    Ce jour-là, les disciples avaient osé poser à Jésus la question qui taraude tout homme, même si, aujourd’hui, nos contemporains préfèrent l’occulter en se réfugiant dans des petits plaisirs éphémères ou dans un activisme forcené : Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. »

     

    La réponse viendra sous la forme de petites paraboles sur la fin des temps, avec notamment celle des talents dimanche dernier, et celle des brebis et des boucs aujourd’hui :« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. »

     

    Nous avons tous en mémoire ces splendides tympans du jugement dernier qui ornent nos cathédrales, ou celui de la basilique de Vézelay. Le Christ en gloire, avec à sa droite ceux qui vont partager l’amour de Dieu et, à sa gauche, ceux qui, la tête basse, sont emportés par des petits diables fourchus vers le royaume des ténèbres.

     

    Alors, quand cela arrivera t-il et quels sont les signes de sa venue ?

     

    Jésus répond à ses disciples : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

     

    Il nous révèle ainsi la véritable « date » de l’avènement de son Royaume.

    Ce Roi qu’ils croiront voir pour la première fois au moment du jugement final, ils l’auront croisé en fait depuis longtemps, tout au long de leur vie quotidienne, même s’ils n’en étaient pas conscients. L’homme rencontre le Christ, Roi de l’univers, chaque fois qu’il est devant son prochain, et plus particulièrement devant l’un de ces petits dont parle l’évangile ; le jugement et le sort final de chacun se décide, en réalité, dès maintenant.

     

    C’est l’instant présent, dans sa banalité apparente, qui est décisif. Cet instant revêt une gravité infinie de la présence réelle et mystérieuse du Christ-Roi dans le visage de celui qui souffre à côté de moi, même le plus défiguré.

     

    P. Luc de Saint Basile