Auteur/autrice : ParoisseNDB

  • Edito du 33ème dimanche du temps ordinaire, 19 novembre 2017

    N’aimons pas en paroles, mais par des actes

     

    […] Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couverts de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : «Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité» (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58). […]

     

    Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

    J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion. […]

    Extrait de la lettre du Pape François pour la Journée des Pauvres

  • Edito du 32ème dimanche du temps ordinaire, 12 novembre 2017

    Veillez donc…

     

    On raconte cette petite histoire à propos de saint Louis de Gonzague : ce dernier étant encore novice, ses camarades pendant une récréation s’amusèrent à se poser mutuellement cette question : « Si nous apprenions tout d’un coup, en ce moment même, que le Jugement dernier aura lieu dans vingt-cinq minutes, il est onze heure dix-sept, l’horloge est là, qu’est-ce que vous feriez ? »

    Les uns répondirent qu’ils se confondraient alors en prière, tous courraient se confesser, les uns allaient se réconcilier avec leurs proches, d’autres se recommandaient à leur saint Patron. Louis de Gonzague répondit simplement : « Je continuerai à jouer à la balle au chasseur ».

     

    Les évangiles des derniers dimanches de notre année liturgique tournent justement notre regard vers le retour du Seigneur dans sa gloire, à la fin des temps.

    Aujourd’hui les cinq vierges prévoyantes et les cinq insensées sont réveillées brutalement au milieu de la nuit par un cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. »

    Une parabole cruelle pour les vierges insensées qui ne pourront même pas profiter de la provision d’huile des autres, et finiront par se retrouver dehors, derrière la porte fermée.

    « Veillez-donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

     

    “Veiller ! “, qu’est-ce à dire ? Faut-il vivre en permanence avec cette pensée de la fin ultime qui paralyse et risque de nous faire voir tout en noir ?

    N’est-il pas préférable de jouir jusqu’au bout du moment présent, en fuyant cette conscience de la mort, comme semble le suggérer l’apparente frivolité de Louis de Gonzague ?

    Ainsi, beaucoup d’hommes et de femmes aujourd’hui traversent la vie comme des somnambules, remettant toujours au lendemain, ou à des spécialistes, les grandes questions de la vie et de la mort.

     

    La réponse de Louis de Gonzague atteste plutôt qu’il se tenait déjà dans la gravité de la question. Et l’imminence du jugement dernier ne l’a pas paralysé. Elle l’a poussé à agir comme les autres, mais en profondeur et vérité. La balle au chasseur n’était pas qu’une distraction, mais sa tâche d’homme à ce moment-là. Une tâche qu’il vivait déjà intensément, dans l’amour et la remise complète de soi à la Providence. Tant il est vrai que ce n’est pas la grandeur et l’héroïsme de ce qu’on fait qui compte, mais la vérité et l’amour avec lesquels on le fait.

     

    Et si chacun se demandait aujourd’hui ce qu’il ferait si on lui posait la même question ?

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 31ème dimanche du temps ordinaire, 5 novembre 2017

    Vous n’avez qu’un seul Père !

    Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce dimanche suscitent toujours beaucoup de débats entre les chrétiens au sujet de la manière d’appeler les prêtres puisqu’il n’y a qu’un seul Père et la question m’est souvent posée lorsque j’arrive dans une nouvelle paroisse :  Comment faut-il vous appeler ?   

    Mais il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. L’enseignement de Jésus est plus qu’une affaire de protocole et concerne tout le monde. C’est à la foule et aux disciples que Jésus parle.

    C’est vrai, nous n’avons qu’un seul Père des cieux. Mais le prêtre par sa mission est au service de cette paternité divine. A lui de ne pas suivre l’exemple de ceux que Jésus montre du doigt. Ils se font appeler maître, agissent pour être vu des hommes et rechercher les honneurs. Cela s’appelle, dans l’Eglise, le cléricalisme.

    En réalité tout prêtre, digne de ce nom, devrait pouvoir dire ce que Saint Paul écrit dans l’épître aux Corinthiens : « Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ Jésus, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus… ».

    Et puis, dans la deuxième lecture de ce dimanche, pour brouiller encore un peu plus les pistes : « Frères, nous avons été plein de douceur avec vous comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons ! ».

    Quel que soit le vocabulaire et le sens de la paternité, ce qui compte en définitif c’est la manière, dans une communauté chrétienne, dont chacun se fait serviteur des autres : « Vous n’avez qu’un seul Maître mais vous êtes tous frères. » 

    Personne n’est le tout de la vie chrétienne. Chacun, selon sa vocation et sa situation propre, est signe de la manière dont le Père veut se rendre présent à notre monde. La plupart des baptisés ne quittent pas la vie commune. Ils nous apprennent ce que veut dire vivre l’Evangile dans la vie de couple, de famille, de célibat, la vie professionnelle, sociale, la communauté ecclésiale qu’ils servent au lieu de s’en servir, etc.

    Les religieux, les consacrés, les moines nous rappellent eux que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. L’horizon de notre vie est plus vaste que celui du monde. En Dieu même.

    Les pasteurs, évêques, prêtres, diacres par leur ordination sont serviteurs du désir de Dieu d’établir sa demeure en ceux qui croient en lui et qui l’aiment. Serviteurs de son désir de rassembler déjà son peuple, sa famille. Pas seulement plus tard.

    En ce sens ils sont des serviteurs privilégiés de la paternité du seul Père, signe que tout vient de lui.

    Chacun se reçoit des autres et les sert. Telle est la règle en christianisme. Chacun se rend utile et rend utiles les autres.

    A chacun de s’interroger sur la place qu’il tient, les services qu’il rend, la mission qu’il accomplit dans la communauté et le monde pour que cela soit bien au nom de notre Père des Cieux qu’il le fait en accueillant la Parole de son Fils à la suite de tous les saints que nous avons fêtés le 1er novembre, fête de tous les Saints.

    P. Edouard Bois

  • Edito du 30ème dimanche du temps ordinaire, 29 octobre 2017

     Tu aimeras… 

     

    L’amour serait-il de l’ordre des choses qui puissent se commander ?

    N’est-il pas un mouvement naturel, un sentiment spontané ?

    Et pourtant, quand un docteur de la Loi pose la question à Jésus “ dans la Loi quel est le grand commandement “, celui-ci répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… Tu aimeras ton prochain ».

    En français, le mot “aimer“ recouvre une grande diversité de sens, ce qui donne lieu, souvent, à des confusions et malentendus.

    Ainsi je peux dire avec le même mot “ j’aime le chocolat “, “j’aime le tennis “, “ j’aime la peinture de Rembrandt “, “ j’aime ma femme “, ou “ j’aime Dieu “. Mais bien sûr je n’y mets pas le même sens !

    Quel est le sens qui serait alors compatible avec l’idée d’un commandement ?

    C’est certainement un amour qui est au-delà du plaisir ou de la jouissance, au-delà même de l’émotion et du sentiment, car ces amours là ne nécessitent pas un commandement.

    C’est un amour qui se rapproche plus de celui du Bon Samaritain, celui qui sait poser les mêmes actes envers l’inconnu blessé qu’il croise sur le chemin que ceux qu’il aurait avec quelqu’un envers qui il éprouve des sentiments d’affection. Les sentiments ne se commandent pas, mais les actes, eux peuvent être commandés.

    Cet amour que commande la Bible est un amour actif, et pas seulement un amour passif, passion que l’on subit. Il a une dimension de liberté. Et la liberté, ici, ce sera la volonté. Il faut que la notion d’amour soit compatible avec celle de volonté. C’est ce qu’ont vécu et nous ont témoigné tous ces saints que nous fêtons cette semaine.

    Le philosophe Alain, disait : « aimer, c’est vouloir aimer« .

    « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? » nous demande Jésus ? (Mat 5,46).

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edit du 29ème dimanche du temps ordinaire, 22 octobre 2017

    « Rendez à César… »

    Certaines phrases de l’évangile sont entrées dans notre mémoire collective. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » fait partie de celles-là. Mais cela ne nous empêche pas pour autant de l’interpréter de manière très différente.

    Certains vont y trouver les fondations de la séparation entre le spirituel et le temporel, entre le sacré et le profane, entre l’Eglise et l’Etat, entre le domaine laïc et celui du religieux.

    En fait, cette opposition stricte est bien peu chrétienne : le Dieu de la Bible a toujours été reconnu à travers son action dans l’histoire des hommes. Dans la première lecture de ce dimanche, le prophète Isaïe nous dit même qu’Il est capable de se servir du roi perse Cyrus le Grand, pourtant étranger à la foi d’Israël, pour accomplir son projet, à son insu.

    Et en se liant totalement à cette histoire par l’Incarnation de son Fils, le Dieu des chrétiens a aboli de manière définitive cette séparation que nous essayons sans cesse de reconstruire.

    Cette opposition est aussi anachronique : à cette époque l’empereur César faisait l’objet d’un culte, comme celui d’une divinité, et la séparation des pouvoirs n’existait pas encore.

    Alors comment comprendre cette maxime dans la bouche de Jésus ?

    Dans l’évangile de St Matthieu, les ennemis traditionnels, hérodiens et pharisiens, se sont ligués pour tendre un piège à Jésus : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »

    Refuser de payer ce tribut humiliant, au nom de la toute puissance de Dieu, et c’est la menace d’être dénoncé aux romains pour rébellion.

    Cautionner cet impôt, et c’est renier le Dieu d’Israël en se situant résolument comme collaborateur de l’occupant.

    Jésus ne se laisse pas enfermer dans ce piège en invitant à la fois à ne pas négliger son devoir de citoyen en respectant le pouvoir en place dont la pièce porte l’image, mais sans oublier que, étant aussi “image de Dieu“, chacun est appelé à devenir citoyen du ciel, avec une autre Loi qui régit ce Royaume.

    Combien de fois, au cours de son histoire, l’Eglise ne s’est-elle pas trouvée dans cette alternative “pour ou contre“ les pouvoirs en place avec ses lois parfois injustes ; obligée de se compromettre avec les puissants ou de choisir une parole et des actions prophétiques, avec le risque d’être souvent mal comprise.

    En ce dimanche des missions, nous sommes invités à nous interroger sur notre manière d’être présents comme chrétien au milieu de notre société. Rendre à César ce qui est à César, mais sans sacraliser ce pouvoir humain, et en n’oubliant pas non plus de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ; nous savons combien, dans toutes les questions importantes qui agitent aujourd’hui nos sociétés, cela nous oblige à beaucoup de discernement.

     

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 28ème dimanche du temps ordinaire, 15 octobre 2017

    « Heureux les invités au repas des noces »

    « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son Fils … »

    Tout est prêt, les invitations ont été lancées, mais rien ne marche comme prévu : « les invités n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce… »

    Cette parabole fait partie des controverses entre Jésus et « les grands prêtres et les pharisiens », dans l’enceinte même du Temple de Jérusalem ; l’opposition est particulièrement violente chez St. Matthieu en raison du refus opposé au message évangélique par l’Israël officiel, à l’époque où il rédige son évangile. Mais elle vient encore nous interroger aujourd’hui sur la manière dont, chacun, nous répondons à l’invitation toujours actuelle du Seigneur.

    « Tout est prêt : venez à la noce. »

    D’aucuns ne préfèreront-ils pas aujourd’hui, pour l’un son travail, pour l’autre son émission télévisée préférée ou sa messagerie sur internet, ou encore telle ou telle activité tellement importante qu’elle ne nous permet plus de répondre à une invitation imprévue. Chaque année, des parents nous expliquent très sérieusement que leur enfant a vraiment trop d’activités pour venir au catéchisme.

    D’autres, comme aujourd’hui, ont choisi de se retrouver pour cette belle journée de sortie paroissiale. Ils savent que des liens communautaires ne se construisent que si on choisit de prendre du temps pour mieux connaître l’autre, vivre un moment fraternel, élaborer des projets en commun …

    « ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. »

    La noce aura pourtant bien lieu et le roi finira par remplir la salle de fête, même avec ceux que, parfois, nous jugeons comme indignes ; et pour les premiers invités ce sera alors trop tard, car leurs places seront toutes occupées.  » Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

    Il est encore temps de remettre des priorités dans notre vie, pour ne pas nous réveiller un jour en réalisant qu’on est passé à côté de l’essentiel.

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 27ème dimanche du temps ordinaire, 8 octobre 2017

    C’est l’histoire d’un maître parti en voyage….

    Depuis plusieurs dimanches Jésus se sert de la vigne pour illustrer ses paraboles. Mais aujourd’hui le contexte est beaucoup plus dramatique.

    Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.

    On devine ce qui va se passer : un bien qui semble vacant risque un jour d’être squatté par ceux qui y travaillent et ce ne seront pas les envoyés du maître, ni même son propre fils, qui pourront les faire revenir sur ce droit acquis : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !

    La parabole des vignerons homicides est donc une sorte de prophétie pascale. Jésus annonce ce qui va lui arriver et sa crucifixion sera la conclusion logique de ce qui s’est enclenché depuis le début de sa vie publique : l’appropriation de l’héritage de Moïse par les grands prêtres et les scribes qui iront jusqu’à l’élimination du gêneur.

    A nous qui relisons cette parabole aujourd’hui, ce texte nous concerne tout autant que ceux à qui elle était destinée. Elle nous parle de ce Dieu qui est comme ce propriétaire “parti en voyage“. Cette absence visible de Dieu qui nous laisse un peu démuni quand nous nous retrouvons face à nous-mêmes.

    La première leçon de cette parabole nous invite à ne pas oublier que nous ne sommes que les serviteurs d’une vigne qui nous est confiée. Nous n’en sommes pas propriétaire.

    Notre pape l’a rappelé avec force dans son encyclique “Laudato si “ en ce qui concerne les biens de la nature, mais il faudrait arriver à le reconnaître aussi dans ce qui fait le fruit de notre travail et les richesses que nous accumulons. Un jour, tout cela nous sera enlevé pour être remis dans les mains d’un autre.

    La parabole nous donne aussi quelques clés pour ne pas oublier que le maître n’est pas totalement absent, en nous parlant de ces envoyés de Dieu que nous devons accueillir et écouter : les prophètes, puis ce Fils unique.

    Enfin il nous révèle la manière tout à fait unique dont agit ce Maître tout puissant : loin de se venger et d’exterminer ceux qui ont tué son Fils, il va se servir de ce geste meurtrier pour bâtir son Royaume. Un Royaume construit sur l’amour et le pardon. Et en y associant ces ouvriers nouveaux, tous ceux qui n’ont pas eu la chance de le connaître et qui sont appelés à leur tour à travailler à sa vigne.

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 26ème dimanche du temps ordinaire, dimanche 30 septembre 2018

    « Bonnet blanc ou blanc bonnet !

    A qui cela n’est-il jamais arrivé, enfant, de dire oui à ses parents et de n’en rien faire ?

    Cette parabole des deux fils au comportement opposé peut réveiller bien des souvenirs en nous.

    Elle est cependant plus qu’une gentille fable pour éveiller les enfants à la cohérence entre leurs paroles et leurs actes.

    Ne nous y trompons pas, c’est de tout autre chose qu’il s’agit ici.

    Pour le comprendre il faut resituer cette petite histoire dans son contexte au cœur de l’Evangile de Matthieu.

    Nous sommes au chapitre 21. La mission de Jésus est bien avancée.

    Jésus achève ici sa longue et dramatique marche vers Jérusalem, conscient de ce qui l’attend et que les apôtres ont bien du mal à admettre lorsqu’il le leur annonce et les met dans la confidence.

    Pensez donc : suivre un condamné à mort. On les comprend.

    Jésus est arrivé au bout de sa longue marche. Il se tient dans le Temple.

    Les dignitaires religieux lui demandent de se justifier encore une fois : au nom de qui   fais-tu tout cela,  dis-tu tout cela…jusqu’à venir dans le Temple dont nous sommes responsables.

    La question n’est pas illégitime mais Jésus y a déjà plusieurs fois répondu en particulier quand on l’accusait d’agir au nom de Belzébul et que sa famille inquiète voulait le ramener à la maison.

    Ici Jésus répond par le silence, refuse de se justifier une fois de plus et par là montre qu’il ne tient pas son autorité des hommes.

    Jésus sait qu’il met de l’huile sur le feu avec cette parabole et surtout avec la suivante, celle des vignerons homicides…que nous écouterons dimanche prochain.

    Mais la vérité l’exige.

    L’attitude de ces deux fils représente donc les deux attitudes que Jésus a rencontré tout au long de sa mission et de sa vie.

    Mais devant l’annonce du Royaume prêché par Jean Baptiste et Jésus, ceux qui se prétendent dépositaires de la Loi ne suivent pas l’appel à la conversion mais ceux qui en sont loin et sont rejetés par tous s’ouvrent finalement à l’annonce du Royaume et changent leur manière de vivre. Le petit Zachée en est un bon exemple.

    Alors pour nous quelles leçons tirer de cette parabole ?

    D’abord le Royaume est pour tous…Rendons grâce à Dieu de cette Bonne Nouvelle. Cela interroge mon regard sur les autres quels qu’ils soient.

    « Va travailler aujourd’hui à la vigne. »

    Chacun a un travail à faire sur lui-même pour entendre cette invitation : au plan de sa vie personnelle, familiale, sociale, professionnelle.

    Et puis, ce n’est pas négligeable, entendre aussi un appel à travailler à la vie de l’Eglise, la faire exister en prenant sa part de service plus ou moins important ou durable. Mais surtout bien sûr en suivant les conseils de Paul dans la manière d’être en lien les uns avec les autres. …. « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même mais des autres. Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ. »

     

  • Edito du 26ème dimanche du temps ordinaire, 24 septembre 2017

    « Ainsi les derniers seront premiers,  et les premiers seront derniers. »

    Bien qu’entendues maintes fois, certaines pages de l’évangile arrivent encore à nous surprendre.

    Ainsi en est-il de la parabole des ouvriers de la cinquième heure que nous entendons ce dimanche : n’y-a-t-il pas lieu d’être choqué par cette injustice flagrante qui consiste à payer de la même manière ceux qui ont peiné toute la journée et ceux qui n’ont travaillé qu’une heure ? Travailler plus sans gagner plus ! N’importe quel chef d’entreprise qui agirait de la sorte déclencherait automatiquement une grève, et serait dénoncé à l’inspection du travail.

    Le prophète Isaïe avait déjà compris que le Dieu de l’Alliance n’agit pas forcément selon la logique humaine : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur » (1ère lecture).

    Ce qui importe pour le Maître c’est de sortir, encore et encore, pour inviter inlassablement des ouvriers à travailler à sa vigne ; il ne prendra jamais son parti qu’un seul soit laissé pour compte. Et il ne fait pas de différence entre ceux qui sont appelés dès leur naissance et ceux qui ne le rencontreront qu’au terme de leur existence. Comme dans la parabole de l’enfant prodigue, le Père ne peut traiter différemment le fils retrouvé de celui qui a toujours travaillé à ses côtés. Et le bon larron sera invité comme les premiers apôtres à partager la vie du Christ dans le Royaume.

    « C’est pas juste » disent les enfants quand ils se sentent lésés par rapport à leur frère ou sœur. « Allez, vous aussi, à ma vigne. Je vous donnerai ce qui est juste » dit le Maître qui remettra à chacun la même pièce d’argent promise

    « Dieu ne sait pas compter », écrivait le P. Jean Noël Besançon.

    Laissons-nous transformer par la Parole de Dieu. Alors nous découvrirons un Dieu Père qui ne calcule pas parce que lui-même a tout donné, jusqu’à son Fils bien aimé. L’amour véritable fait sortir de la logique du donnant-donnant, de ce regard calculateur qui nous fait sans cesse nous comparer aux autres, pour entrer dans ce monde, de plus en plus incompréhensible pour nos contemporains, de la grâce et de la gratuité par amour.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

     

  • Edito du 24ème dimanche ordinaire, 17 septembre 2017

    La dette de l’Amour

     En ce dimanche, la parabole que Jésus raconte en réponse à la question de Pierre  (combien de fois faut-il pardonner ?) nous est très connue.

    Elle fait partie des souvenirs de famille que les chrétiens retiennent précieusement en lisant les Evangiles.


    Pour autant elle n’est peut-être pas la parabole qui soulève le plus d’enthousiasme. Non que sa compréhension soit difficile. Mais parce que nous savons bien que le pardon (comme une dette à remettre) dont il s’agit ici n’est pas chose facile et constitue une réalité complexe inséparable de la justice et de la vérité.

    Pardonner n’est pas un pur élan affectif de générosité.

    Chacun a pu en faire l’expérience dans sa propre vie et ses relations.

    Jésus, ici, nous met au pied du mur c’est-à-dire devant nos responsabilités et l’évaluation de notre manière d’être et d’agir.

     

    La parabole décrit le jugement dernier : la miséricorde nous est promise à condition qu’en retour, à notre échelle, nous même pardonnions et fassions justice.

    La fine pointe de la parabole c’est d’attirer notre attention sur le fait qu’il n’y a pas de proportion entre le pardon de Dieu qui est compassion et le nôtre.

    Celui de Dieu est sans mesure. Le nôtre est limité mais décisif.

    Ce qui vaut pour la fin des temps vaut déjà pour aujourd’hui : les temps derniers sont déjà là. Ce sont ceux que nous vivons.

    Les sacrements le signifient.

    C’est d’abord de Dieu que nous sommes débiteurs. Le pardon sans limite peut déjà être reçu.

    C’est notre manière d’être aujourd’hui au regard du pardon qu’interroge cette parabole.

    Un ami prêtre africain, le père André, me disait : « J’ai l’habitude d’inviter les fidèles rassemblés pour les funérailles, au moment de l’absoute, à accorder leur pardon au défunt qu’ils ont connu et aimé, et de demander au défunt aussi d’accorder son pardon à ceux qui sont rassemblés autour de son corps, avant d’implorer la miséricorde de Dieu pour tous. »

    La mesure sans mesure de cet amour c’est le Christ qui en est l’étalon en s’engageant totalement jusqu’à pardonner au moment du supplice comme il l’a fait tout au long de sa mission palestinienne.

    L’amour de Dieu dont nous sommes redevables nous rend responsable et débiteur les uns des autres. Comme le dit Saint François de Sales « au soir de notre vie nous serons juger sur l’amour. »

     

    Père Edouard Bois