Mois : novembre 2020

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 29 novembre 2020.

    En Avent…

    C’est reparti !  Malgré le virus qui continue à circuler, nous pouvons à nouveau nous retrouver pour célébrer la messe ensemble (ou presque !). Et c’est aussi le premier dimanche de l’Avent où, comme chaque année, nous nous mettons en marche vers Noël.

    L’autre jour j’entendais à la radio une personne qui demandait si on ne pourrait pas repousser la fête de Noël, comme on repousse la date du black-Friday ?

    Mais Noël pour les chrétiens n’est pas dépendant des conditions dans lesquelles on le fête ; la naissance de Jésus dans la crèche, alors que Marie et Joseph étaient en plein déplacement, n’a pas été véritablement aisée et festive !

    Déjà une famille de notre paroisse a travaillé pour installer la crèche. Et notre Conseil Pastoral, même pendant le confinement, a réfléchi à un petit pèlerinage dans l’église, adapté aux contraintes du protocole, pour nous inviter à entrer résolument dans la préparation spirituelle de Noël.

    L’évangile de ce premier dimanche de l’Avent commence par une exhortation vigoureuse à sortir de notre sommeil : « Veillez-donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis ».

    Veiller ? Ce n’est pas s’enfermer chez soi dans la peur. Non, veiller consiste essentiellement à rendre notre cœur disponible et ouvert afin de reconnaître les passages de Dieu dans nos vies. C’est celle des bergers qui veillent dans la nuit, ou encore celle des mages qui scrutent le ciel pour découvrir une étoile.

    L’Avent qui prépare la célébration du mystère de l’avènement, de la venue du Fils de Dieu, nous amène à découvrir que nous-mêmes, comme notre monde, nous avons sans cesse à naître, à advenir comme filles et fils de Dieu. Chacun, nous sommes en cours de renaissance, et donc d’une attente de nouveauté.

    Un enfantement qui, tout particulièrement cette année, se déroule dans l’épreuve et la souffrance (cf. Rm 8, 22). Mais notre attente s’appuie d’abord sur la foi en la promesse de Dieu, et sur l’espérance du retour du maître de maison. Quand on n’attend plus rien, c’est peut-être qu’on est mort.

    Comme un veilleur guette l’aurore…“ dit le psaume 129. Comme Isaïe dans la première lecture, comme tous les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons été institués, grâce à notre baptême, guetteurs d’une espérance qui ne déçoit pas, de la miséricorde de Dieu qui recrée toujours de la nouveauté.

    Saurons-nous nous remettre à l’ouvrage en nous disant : Aujourd’hui je commence !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 22 novembre, solennité du Christ-Roi

    Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…?

    En cette fête du Christ roi de l’univers, l’évangéliste Matthieu, qui a guidé notre marche tout au long de cette année, nous dresse une inquiétante parabole du jugement dernier ; une grande fresque qui a souvent été illustrée dans ces merveilleux tympans qui ornent nos cathédrales ou basiliques, comme celle de Conques, de Vézelay ou de Notre Dame de Paris.

    Au centre, sur un trône, le roi berger séparant “les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. “

    Nos contemporains sont souvent mal à l’aise avec cette notion de “jugement“ Michel Polnareff ne chantait-il pas dans les années 1970 “nous irons tous au paradis“. Par jugement, on comprend souvent une condamnation qui tombe d’en-haut de manière péremptoire et unilatérale : le verdict du juge. Et l’on a tendance à comprendre le jugement de Dieu comme cette sentence qu’il prononcera sur la qualité de ce que nous avons vécu.

    Mais cette conception suppose une fausse idée de Dieu, que dément la dynamique de la révélation : “Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que, par Lui, le monde soit sauvé. “ (Jn 3,17)

    Le mot jugement en grec se dit krisis, qui se traduit aussi par “discernement“, “dévoilement“. Un procès est en fait ce processus qui prend du temps pour faire advenir une vérité la plus objective possible. Le jugement ne vient que sanctionner cette vérité qu’on a fait advenir.

    Le Jugement dernier est donc le lieu où se dévoilera la vérité de ce que nous sommes face à cette altérité de Dieu qui nous aime comme un Père.

    La parabole du jugement dernier nous invite à porter notre regard, moins sur le Christ lui-même, que sur le type de Royaume dans lequel il nous invite à entrer. Elle ne répond pas à la question initiale des disciples “quand cela va-t-il arriver ? “ mais nous indique “comment s’y préparer“.

     Elle nous invite tout d’abord à ne pas nous laisser enfermer dans les apparences trompeuses : si nos regards sont plus spontanément attirés par les dorures et le faste de toute cour royale, le Royaume de Dieu ne pourra s’ouvrir pour nous que si nous savons, comme Jésus, nous laisser toucher, et que nous posons des actes personnels face à cette souffrance et cette pauvreté qui touche une partie de notre humanité. Jésus, dans sa passion, a voulu s’identifier à tous ceux qui souffrent, ont soif et faim, sont emprisonnés. “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. “

    Ainsi, dans le visage de l’homme qui souffre, même le plus défiguré, il y a véritablement la rencontre avec la présence réelle de notre Seigneur, nous devons l’accueillir avec le même respect.

    Une deuxième leçon que nous pouvons tirer de cette parabole c’est que le jugement dernier n’est pas à attendre dans un futur hypothétique mais qu’il se joue chaque jour, dans chacune de nos rencontres, même les plus anodines. Le jugement et le sort final de chacun se décide, en réalité, dès maintenant.

    Nous allons bientôt nous remettre en route vers Noël. Dimanche prochain nous célébrerons le premier dimanche de l’Avent. Que cette venue de notre Dieu jusqu’à nous, sous la forme d’un tout petit enfant dans la crèche, nous redonne le goût et la joie de ces petits gestes d’humanité au quotidien.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 15 novembre 2020

    “Tu as été fidèle pour peu de choses,

    je t’en confierai beaucoup.“

    Nous méditons aujourd’hui la parabole des talents, sans doute l’une des plus connues, alors que nous nous approchons de la fin de notre année liturgique : dimanche prochain en effet, nous fêterons le Christ Roi de l’univers.

    Nous le savons, c’est une histoire particulièrement dérangeante. Et c’est aussi ce dimanche particulier que notre pape a voulu dédier chaque année aux pauvres (avec la quête traditionnelle pour le Secours Catholique), ce qui lui donne en plus une connotation toute particulière.

    Un premier danger serait de prendre le mot “talent“ au premier degré. Bien-sûr en français, un talent c’est un don reçu à la naissance : on parle du talent d’un artiste, de tel ou tel comédien, grand pianiste ou peintre, d’un talent pour comprendre les mathématiques, pour bien parler, etc…

    Un autre écueil consisterait aussi à ne réduire le mot talent qu’à sa dimension pécuniaire. Il est vrai qu’un talent représentait à cette époque une somme très importante puisqu’il équivalait environ 6000 deniers ; or, un denier représentait l’équivalent d’une journée de travail pour un ouvrier.

    Dans ces deux acceptions, on serait redevable de toutes les richesses ou talents dont nous avons hérité et qu’il faudrait faire fructifier pendant sa vie sur terre. Mais c’est sans doute une interprétation un peu moralisatrice et réductrice de cette parabole.

    Cette parabole étant placée résolument dans le contexte de l’annonce de la fin des temps, il est clair que ces talents sont beaucoup plus vastes que ces qualités naturelles que chacun porte en lui-même ou du patrimoine reçu qu’il a mission de faire fructifier. D’ailleurs, malgré l’importance de la somme confiée, le maître qualifie cela de “peu de choses“. Il s’agit en fait du don que Dieu fait à l’Homme dès la création du monde, de son amour et de sa confiance donnée gratuitement à chacun. On remarque dans ce sens que la parabole ne dit pas que le Maître va reprendre ce qu’il a confié, cela reste un cadeau, un don sans retour ; il demande juste à chacun de rendre compte de ce qu’il en a fait.

    On pourrait aussi être choqué du partage inégal. Pourquoi l’un reçoit cinq talents et l’autre un seul ? En fait, on le constate tous les jours, les dons reçus sont différents : il a des enfants qui, dès leur naissance, vont être entourés d’amour et d’autres moins, et même, mystérieusement, la foi elle-même sera transmise à certains et pas à d’autres.

    La petite Thérèse de Lisieux s’expliquera ces différences en prenant la comparaison des verres d’eau : elle disait que nous avons tous des verres de tailles différentes et que, même si Dieu ne verse pas la même quantité dans chaque verre, ils sont tous remplis à moitié ; et c’est à chacun de compléter la quantité qui manque pour qu’ils soient pleins, ceux qui ont un plus grand verre et qui ont plus reçus devant ajouter plus d’eau que les autres pour le remplir. L’important n’est donc pas de se comparer mais de se dépasser.

    Mais la pointe de la parabole est d’abord à chercher dans l’attitude du troisième personnage.

    Les deux premiers serviteurs sont fiers de présenter au Maître le résultat de leur travail fruit de la confiance placée en eux, mais le troisième serviteur rend le talent qu’il a enfoui parce qu’il se défie de son maître. Il le voit comme un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé. C’est un signe qu’il refuse cette relation de confiance que le Maître a voulu établir avec lui, qu’il refuse ce don, et veut simplement être quitte avec son Maître.

    La même Thérèse de Lisieux disait que Dieu se comporte avec nous selon l’image que nous nous faisons de lui : « Vous croyez en un maître dur ? Eh bien vous aurez affaire à un maître dur » … C’est bien ce qui arrive dans la parabole.

    L’obstacle se trouve donc bien du côté de l’homme : c’est lui qui se ferme à l’amour, à cet amour dont il refuse la proposition en se défiant de Celui qui lui avait fait confiance le premier. En enterrant le talent, c’est la relation de confiance que le troisième serviteur a enterrée.

    Le jugement du maître reprend alors mot à mot la vision de son serviteur pour le juger lui-même. Et ce qu’il possédait de plus précieux, cette confiance qu’il avait reçue de son maître, il l’a perdu pour qu’elle soit remise à un autre qui pourra la faire fructifier. Il aurait pu se retrouver riche et il a tout perdu, et d’abord ce qui est le plus important, la confiance qui lui avait été faite.

    Lire cette parabole en cette journée que notre pape a consacrée aux pauvres nous invite aussi à en tirer une interprétation toute particulière.

    Même si les dons fait à chacun ne sont pas équitables au début, il est important de reconnaître que nous avons tous reçu au moins un talent à faire fructifier. Saurons-nous le reconnaître dans ceux qui nous entourent, même les plus pauvres ? Et comment permettrons-nous à chacun de faire fructifier son propre talent ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 8 novembre 2020

    Sages ou insouciantes ?

    Les trois derniers dimanches de notre année liturgique orientent notre regard vers le retour du Seigneur dans sa gloire. Une fin des temps souvent décrite comme la venue de l’époux qui désire nous associer à la joie de ses noces.

    Dans la parabole racontée aujourd’hui par Jésus, ce sont à ces noces que dix jeunes filles, avec leurs lampes, sont invitées “pour sortir à la rencontre de l’époux“. Cinq sont sages et prévoyantes car elles ont emporté de l’huile en réserve, et cinq sont insouciantes.

    Soudain, elles sont réveillées brutalement au milieu de la nuit par un cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. »

    Cette parabole est cruelle pour les jeunes filles insouciantes qui ne pourront même pas profiter de la provision d’huile des autres, et finiront par se retrouver dehors, derrière la porte fermée.

    « Veillez-donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

    Comment alors comprendre cet avertissement inquiétant et peu habituel dans la bouche de Jésus ? Et que faut-il faire pour acquérir cette sagesse, glorifiée dans la première lecture, qui nous permettra de faire des provisions d’huile en vue du jour imprévisible du retour du Seigneur ?

    En nous souvenant de la vie que nous menions avant le confinement nous réalisons aujourd’hui, sans doute avec nostalgie, de l’insouciance qui la caractérisait depuis les grands conflits du siècle dernier. Chacun était libre de tout faire, et les plus fortunés ne s’en privaient pas : prendre l’avion pour aller trois jours aux Maldive, manger des fraises en janvier, visiter toutes les capitales d’Europe et fêter le mariage de son cousin d’Amérique en Australie, commander sur internet des produits bons marchés fabriqués dans des pays d’Asie, se projeter dans un transhumanisme sans finitude…

    C’était le temps de la liberté totale, faire ce que je veux quand je veux, sans contrainte, y compris celle de mourir quand je l’ai décidé. C’était le temps de la légèreté, où tout est possible sans limite grâce à la puissance technique qui semblait pouvoir supprimer toutes les barrières.

    Aujourd’hui nous mesurons douloureusement que, si rien n’est interdit, tout n’est pas possible (cf. Gn 2, 16-17 “Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras.“) La crise climatique nous dit la même chose, mais autrement. En perdant une partie de notre insouciance et de notre liberté, nous avons peut-être grandi en sagesse ?

    L’insouciance c’est de croire que l’on peut se contenter de sa propre lumière, à horizon humaine, en oubliant Celui qui ouvre ou ferme sa maison, l’époux qui accueille celui ou celle qui veille dans l’attente de cette rencontre. Car c’est lui seul qui peut nous arracher à la nuit pour nous inviter à la fête de l’Alliance nouvelle.

    Père Luc de Saint-Basile