Auteur/autrice : ParoisseNDB

  • Édito du 6ème dimanche du temps ordinaire, 16 février 2020

    Et moi je vous dis !

    L’actualité nous le montre chaque jour, il est bien difficile de faire des lois ou de les adapter à un nouvel environnement sociétal.

    On y est attaché. On n’aime pas trop le changement même si tout n’est pas parfait et que certains en pâtissent et d’autres en bénéficient.

    C’est pourquoi Jésus a dû rassurer ses auditeurs venus l’écouter en disant qu’il n’est pas venu abolir la loi mais l’accomplir.

    Cette loi divine, depuis Moïse, elle a traversé les âges. Certes alourdie quand même par une casuistique sans fin qui la rendait pesante. Mais on y restait attaché car constitutive, avec l’enseignement des prophètes, du Peuple de l’Alliance.

    Mais à bien y regarder Jésus a l’air quand même de changer un peu les règles du jeu : On vous a appris… Moi je vous dis …

    Ailleurs, en réponse à la question d’un scribe, Jésus se prononce sur ce qui est le plus important dans la loi : tu aimeras Dieu et ton prochain comme toi-même.

    Ici, dans l’évangile de ce dimanche, dans le Sermon sur la montagne, Jésus durcit l’exigence d’un vivre ensemble.

    Accomplir pour Jésus, c’est mettre en œuvre réellement la loi et les prophètes.   

    Accomplir pour Jésus c’est aussi rappeler que dans les préceptes de la loi, tout ne vaut pas de la même manière. C’est l’amour qui est le cœur de tout. 

    Accomplir pour Jésus c’est enfin appeler à la sainteté : Soyez parfaits dans vos relations comme votre Père céleste est parfait ! 

    Jésus nous invite ainsi à prendre conscience de nos réactions spontanées vis-à-vis de son enseignement.

    Pour le mettre en œuvre, croyons-nous vraiment que le Royaume de Dieu est déjà là mystérieusement présent en notre monde en croissance et plein de questions ? 

    Car on hésite devant de telles exigences. Ce n’est pas à notre portée disons-nous.

    Mais ne l’oublions pas nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes. Jésus a vécu notre condition d’homme. Il nous promet la force de l’Esprit et la miséricorde du Père.

    L’Eucharistie est le moment où nous prenons conscience et accueillons l’accomplissement que Jésus apporte à nos vies dès aujourd’hui et l’appel à le mettre en œuvre au quotidien. « Allez dans la paix du Christ » veut dire : je suis avec vous. Allez maintenant œuvrer, avec moi, pour que ce monde change.

    Comme l’a écrit Sirac le Sage : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposés aux hommes, l’une ou l’autre leur est donné selon leur choix. »

    Père Édouard Bois

  • Édito du 5ème dimanche du temps ordinaire, 9 février 2020

    Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde !

    Il est question dans l’évangile de ce dimanche de sel et de lumière. Voilà deux éléments dont nous aurions du mal à nous passer. Ils font partis de notre vie ordinaire comme l’air qu’on respire.

    « Tu as mis trop de sel ! » dit-on parfois à table.

    « Ne laisse pas la lumière allumée !» dit-on aussi pour faire des économies d’énergie.

    Le sel et la lumière habitent notre quotidien.

    Le sel est nécessaire pour le goût mais aussi pour la conservation des aliments. Les anciens explorateurs ou les marins le savaient bien et dans bien des pays le sel est signe de l’accueil de l’autre.

    La lumière tient aussi une grande place dans nos vies. Nous ne pouvons nous en passer longtemps. Les coupures liées aux tempêtes récentes viennent nous le rappeler. 

    Dans la Bible le sel et la lumière sont aussi des symboles importants.

    Jésus y fait référence dans sa prédication. « Vous êtes le sel de la terre, dit-il, la lumière du monde. »

    Prenant ces paroles au pied de la lettre, les chrétiens se sont crus parfois supérieurs aux autres avant que des événements ne les ramènent à plus d’humilité.

    Mais dit saint Paul dans la deuxième lecture si nous sommes lumière ou sel cela ne  repose pas sur le langage des hommes ou sur une sagesse qui veut convaincre ou démontrer mais sur la puissance de Dieu qui touche les cœurs et que je reçois et partage dans ma fragilité.

    Et le prophète Isaïe disait déjà en son temps « Si tu fais disparaître de ta vie, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim et si tu combles le désir du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »

    En ce dimanche dans la paroisse quelques paroissiens vont recevoir le sacrement des malades au cours de la messe de 11h. Cela ne concerne pas qu’eux mais chacun d’entre nous.

    Ce sacrement doit en effet exprimer notre solidarité et nos liens fraternels. C’est ainsi que nous serons sel et lumière. Retenons ces paroles de Xavier Thevenot un grand malade  aujourd’hui décédé : « Quand ma foi en un Dieu sauveur est ébranlée  par les assauts du mal la seule façon de croire que l’amour de Dieu existe, c’est sans doute d’expérimenter  la fraîcheur d’une source d’amour si petite soit-elle : la présence silencieuse d’un conjoint, d’un enfant, d’un ami, le geste maladroit mais vrai d’un camarade…Alors je peux me dire : s’il y a une source d’amour, c’est peut-être qu’elle s’alimente à la véritable nappe d’amour qu’est le Dieu vivant de Jésus Christ »

    Père Edouard Bois.

  • Édito du dimanche 2 février, Présentation du Seigneur.

    La Présentation de Jésus au Temple

    La fête de la Présentation du Seigneur au Temple a lieu cette année un dimanche. Marie et Joseph viennent au Temple présenter à Dieu leur enfant 40 jours après sa naissance et offrir un sacrifice.

    Les chrétiens appellent aussi cette fête la « Chandeleur » car Jésus y est présenté, dans le récit de Luc, comme la lumière du monde. Et selon la tradition on déguste des crêpes. Dieu sait pourquoi !

    Cette fête en tout cas, nous rappelle Noël, fête de la lumière. Mais elle fait aussi le pont avec Pâques qui est la grande fête de la lumière par la célébration de la résurrection du Seigneur.

    La Présentation de Jésus au Temple est riche de beaucoup significations par la présence de divers personnages.

    En premier lieu, en faisant cette démarche, Marie et Joseph expriment leur foi profonde.

    Mais il y a aussi Syméon. Par son grand âge, il représente la longue attente d’Israël et l’Esprit Saint lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie. Celui qu’Israël attendait, celui que Syméon espérait dans la foi, est là dans ses bras. 

    Anne, une femme attachée au Temple dans la prière, est le symbole de la vie consacrée. D’où ce jour dédiée aussi à la vie religieuse.

    A l’occasion de la présentation d’un enfant on offrait un agneau. Pas ici. Est-ce question de moyen ? C’est possible. Mais il y a plus. L’agneau, pour Luc, c’est Jésus lui-même. Il est aussi qualifié par Syméon de lumière qui se révèle aux nations.

    Même si tout reste à faire, tout le message chrétien est présent dans le récit de la Présentation du Seigneur Temple.

    Quant à nous, chaque fois que « nous montons au temple », c’est-à-dire quand nous nous rassemblons dans notre église, poussé par l’Esprit, nous venons à la rencontre de celui qui est la lumière pour éclairer le monde, celui qui est la lumière qui éclaire ce qu’il y a encore de païen en nous, celui qui a fait don de sa vie. Comme le dit le concile Vatican II « Le Christ est la lumière des nations. Le saint concile assemblé dans l’Esprit Saint, souhaite ardemment, en annonçant la Bonne Nouvelle à toute la création, illuminer tous les hommes de la lumière du Christ que reflète l’Eglise ». 

    Par des chemins qui peuvent être bien divers, selon notre vocation propre, nous sommes ensemble responsables de réfracter cette lumière.

    Puissions-nous alors comme le vieillard Syméon, comme Marie ou Anne être habités, en cette fête, par beaucoup de joie, de paix et d’étonnement à l’annonce de la présence du Sauveur. 

    Père Edouard Bois.

  • Édito du 3ème dimanche du temps ordinaire, 26 janvier 2020

    La Géographie du salut

    On parle souvent d’ »Histoire du Salut “ pour décrire le projet de Dieu sur notre monde à travers la première puis la nouvelle Alliance.

       Mais y a-t-il une “Géographie du Salut “ ? L’Evangile de ce dimanche nous la présente. Il nous montre ce choix délibéré de Jésus de commencer sa vie publique en Galilée, “Carrefour des Nation“ comme plaque tournante pour la diffusion de la Bonne Nouvelle. Etymologiquement, le carrefour s’ouvre sur quatre directions. Et symboliquement, Jésus commence par appeler ses quatre premiers disciples, Pierre et André, Jacques et Jean.

       L’évangéliste Matthieu nous précise en même temps la double raison de ce choix de la Galilée : tout d’abord un principe de précaution après l’arrestation de Jean Baptiste ; il est ainsi plus prudent, pour celui qui s’est lié à lui par son baptême, de s’éloigner quelque temps de la Judée et de Jérusalem, de faire un mouvement de retraite.

       Mais il y a aussi une raison de fond : elle est suggérée à travers la citation du prophète Isaïe, proposée en première lecture : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. “ (Is 8, 23b ; 9,1)

       L’évocation d’un souvenir douloureux pour le peuple juif : les années 734 – 732 avant JC qui avaient vu la défaite du Royaume du nord. Les pays des tribus de Zabulon et de Nephtali, les plus au nord du pays, avaient été les premiers envahis puis annexés par l’Assyrie, l’actuel Irak. Et en longs et pitoyables cortèges, les populations avaient été déportées vers Babylone, tandis que des colons étrangers étaient venus s’installer sur les terres désertées, faisant de cette région un “carrefour des païens“.

       Ainsi Jésus, en débutant sa prédication dans cette région, annonce que le temps de l’accomplissement de la promesse d’Isaïe est enfin arrivé. Ces régions traditionnellement méprisées par les bien-pensants de Jérusalem et de la Judée, accèdent enfin, et les premières, à la lumière. Et cette Galilée, région où Jésus va appeler ses premiers apôtres, sera aussi le lieu où il se manifestera à eux après sa résurrection, avant de les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier.

    Ce carrefour, bien sûr, s’est déplacé.… Aujourd’hui, il est à portée de notre regard, de nos échanges, de nos solidarités. C’est notre paroisse, c’est notre quartier, c’est le palier de notre immeuble, c’est le lieu de notre travail… Autant de lieux où peut se partager la Bonne Nouvelle.

    Que Ste Geneviève, avec qui nous prions plus spécialement ce samedi, nous donne l’audace de nous aventurer dans nos Galilées d’aujourd’hui en étant une “Eglise en sortie“, comme nous y invite régulièrement notre pape François.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche du temps ordinaire, 19 janvier 2020

    “Moi j’ai vu, et je rends témoignage…“

    Après avoir fêté dimanche dernier le baptême du Christ dans le Jourdain, nous sommes entrés dans le temps liturgique qu’on appelle “ordinaire“.

    Pourtant, nous retrouvons à nouveau aujourd’hui le récit du baptême du Christ, mais tiré cette fois-ci de l’évangile de St Jean. A la différence des autres évangélistes, St Jean ne nous décrit pas directement la scène du baptême dans le Jourdain, mais nous la fait raconter par Jean Baptiste, après coup. La révélation est présentée au second degré, c’est à dire telle qu’elle a été intériorisée par le témoin : “Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. “

    Beaucoup ont besoin de voir pour croire. Jean Baptiste, lui, voit parce qu’il croit. Et en voyant Jésus venir à lui il le désigne avec cette expression complexe que le célébrant reprend à chaque messe en élevant l’hostie : “ Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde“.

    Jean voit déjà en Jésus cette figure messianique du serviteur souffrant, annoncée par le prophète Isaïe, qui prend sur lui la condition pécheresse du monde : “Comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent…“ (Isaïe 53,7).

    En disant cela, Jean Baptiste récapitule en une phrase toute l’expérience et l’attente du Peuple d’Israël. En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, il proclame que toutes les prophéties de l’Ancien Testament vont se réaliser en Lui. La grande espérance d’Israël n’est plus une simple promesse, elle devient, désormais, une réalité.

    Ayant ainsi témoigné, Jean Baptiste va s’effacer en laissant ses disciples suivre Celui qu’il vient de révéler : “L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. “

    Que nous puissions, à l’exemple de Jean Baptiste, être de ces témoins qui révèlent la présence de Jésus Christ à notre monde tout en sachant s’effacer devant Lui.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 12 janvier 2020, Baptême du Seigneur.

    Jésus, le « Fils bien-aimé »

    En ce temps de Noël, nous venons de célébrer la naissance dans notre chair humaine de Jésus, le fils du charpentier de Nazareth. Et chacune des annonces de l’Ange à Marie ou à Joseph est ponctuée par cette invitation : « Tu lui donneras le nom de Jésus« .

    Aujourd’hui, en sortant des eaux du Jourdain, ce même Jésus reçoit la révélation d’un nouveau nom qui lui est donné :

     » Celui-ci est mon Fils bien-aimé « .

    Désormais, alors qu’il entre dans sa vie publique, il faudra que les hommes découvrent ce que signifie réellement la nouveauté de ces deux noms accolés : « Jésus » et « Fils bien-aimé« , ou « Jésus Christ« .

    Ecoutons ce merveilleux commentaire de Saint Cyrille, évêque de Jérusalem de 315 à 386 : “Nous ne pouvons pas penser au Christ sans penser au Père et au Saint Esprit. En effet, pour qu’il y ait un Christ – ce mot signifie l’Oint, celui qui est imprégné d’une onction – il faut qu’il y ait quelqu’un qui l’oigne, le Père, et quelqu’un qui soit l’onction, le Saint Esprit. “ Sans la Trinité, le mot “Christ“ n’aurait aucun sens.

    C’est pourquoi l’icône du baptême de Jésus le représente toujours debout, dans le Jourdain. Tout en haut une main, la main de Celui qui fait l’onction, le Père invisible, et la colombe qui représente l’Esprit. Jésus est l’une des trois personnes de la Trinité. Aujourd’hui, c’est la révélation de ce grand mystère de la communion d’amour qui est en Dieu, et toutes les Eglises d’Orient vénèrent le baptême de Jésus comme une des plus grandes fêtes de l’année.

    Si l’Epiphanie est la manifestation de Jésus au monde, son baptême est la manifestation de Dieu au monde. Au Jourdain, pour la première fois, le ciel s’est “ouvert“ et le secret caché de Dieu, la Trinité, est manifestée.

    Le jour de notre propre baptême, nous sommes, nous aussi, nés d’eau et d’Esprit, et nous portons depuis un double nom : celui donné par nos parents à notre naissance et celui donné par notre Père qui est aux cieux de « Fils bien-aimé ».

    C’est notre dignité à nous; qu’elle nous aide à affronter notre propre mission de baptisé aujourd’hui.

    Père Luc de Saint-Basile.

  • Édito du 4ème dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019

    Saint Joseph, la sainteté dans la discrétion !

    Joseph est un homme comme nous tous. Comme nous, il avait fait des projets d’avenir. Le sien était simple et beau : fonder une famille avec Marie, cette jeune fille qu’il avait croisé à Nazareth, avoir avec elle des enfants qui seront sa joie et peut-être continueront son métier de charpentier. Les choses étaient d’ailleurs bien engagées puisque Marie était accordée en mariage avec lui.

    Et voilà que tout s’écroule : Marie est enceinte alors que, selon l’Evangile, elle n’habitait pas encore avec Joseph. Tous ses projets d’avenir sont bouleversés, il est rempli d’incertitude.

    Nous aussi, dans nos vies, nous faisons de magnifiques projets et il arrive que ces projets s’écroulent en raison d’un accident, d’une maladie, d’un échec… On a alors souvent un sentiment d’injustice, un profond désarroi, peut-être un certain désespoir. Puisque ce que j’ai projeté pour mon bonheur ne se réalise pas, alors la vie n’a plus de sens, ma vie est fichue. Et nous nous sentons, comme Joseph, désemparés.

    Dans un songe, Dieu fait comprendre à Joseph que l’enfant que porte Marie vient de Dieu : il est le Messie attendu par le peuple d’Israël. Il ne doit pas craindre de prendre chez lui Marie, malgré le “qu’en dira-t-on“. Dieu lui demande une confiance totale.

    Belle leçon pour nous : il nous faut garder confiance, malgré les apparences, garder notre foi en ce Dieu pourtant si imprévisible et silencieux, ne s’appuyer que sur la seule promesse que “Dieu est avec nous“ (“Emmanuel“) envers et contre tout.

    Joseph restera un personnage particulièrement discret dans l’évangile, il est aussi le modèle même de l’homme juste, c’est-à-dire accordé à Dieu, et disponible à son appel :

    En acceptant de changer ses projets pour se couler dans celui de Dieu, il nous fait mesurer la grandeur de l‘obéissance.

    En consentant à se laisser déposséder de sa paternité biologique, il nous révèle qu’une vraie fécondité est possible au sein même de la chasteté.

    En sachant rabaisser son orgueil bafoué de mari et de père, bien qu’il ait l’appui de la Loi, il manifeste un réel esprit d’humilité et de pauvreté.

    Ces trois vœux qui sont au cœur de toute vie consacrée et qui témoignent au milieu du monde que la promesse de Dieu peut déjà prendre corps dans des existences humaines.

    A nous qui sommes souvent en peine pour trouver des petits signes d’espérance autour de nous (ces “belles nouvelles“ qui décorent notre crèche), toutes ces vies discrètes des consacrés, moines, moniales, religieux, religieuses, sont là pour témoigner que le Royaume de Dieu est déjà là parmi nous.

    Père Luc de Saint Basile

  • 3ème dimanche de l’Avent, de Gaudete, 15 décembre 2019

    “ Es-tu celui qui doit venir ? “

    “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? “ Voici une question déconcertante dans la bouche de Jean Baptiste.

    Nous le retrouvons ce dimanche alors qu’il a été arrêté par Hérode, et qu’il est en proie au doute sur l’identité de Celui qu’il avait désigné comme l’Agneau de Dieu, l’envoyé de Dieu ! Est-ce qu’il ne s’est pas trompé ? Selon ce qu’on lui rapporte de Jésus, est-ce ainsi que doit procéder le Messie d’Israël ? Et, du fond de sa prison, il envoie ses disciples l’interroger : “Es-tu celui qui doit venir… ? “

    Ces doutes de Jean Baptiste rejoignent ceux des hommes et des femmes de toutes les époques. Ils ont été ceux des contemporains de Jésus qui espéraient un Messie qui prendrait la tête du peuple d’Israël pour chasser les occupants romains et rétablir une royauté plus belle encore que celle de leur père David.

    Aujourd’hui encore les attentes d’un salut espéré, d’un sauveur providentiel peuvent prendre la forme d’un homme politique particulièrement charismatique, des progrès de la science, de tel ou tel gourou promettant la sérénité, la santé ou le bonheur.

    Et, comme Jean Baptiste, il y a aussi ceux qui doutent : Y a-t-il seulement un sauveur ? Voilà 2000 ans que Jésus est venu au milieu de nous mais peut-on vraiment dire que le monde est sauvé ? Peut-on encore croire en un homme providentiel ?

    Dans ce passage d’évangile, Jésus ne répond pas directement aux envoyés de Jean en affirmant qu’il est bien le Messie. Il dit simplement : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez. “ Et il se contente de rappeler ce qu’annonçait le prophète Isaïe : “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. “

    Jésus reprend les signes annoncés par les prophètes qui sont des signes de compassion et de miséricorde, d’attention aux petits, aux malades, aux isolés. Des signes de guérison et de libération.

    Alors que nous nous préparons à fêter Noël, il nous arrive de croiser des hommes et des femmes qui s’interrogent toujours sur Jésus. Comment pouvez-vous affirmer que c’est bien le Messie, celui qui peut sauver tous les hommes ?

    La réponse apportée par Jésus aux envoyés de Jean nous invite à ne pas nous enliser dans des justifications intellectuelles mais à nous interroger sur les signes que nous donnons, à inviter les hommes à juger sur ce qu’ils voient.

    Bien sûr il nous arrive parfois de donner à voir une Eglise peu tolérante, fermée sur ses certitudes, peu accessible à ce que vivent certains. La conversion demandée par Jean Baptiste en cette période de l’Avent consiste principalement à chercher à accorder notre vie à l’annonce du prophète Isaïe. C’est un magnifique travail à reprendre chaque jour. N’est-ce pas cela naître avec le Christ de Noël ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de l’Avent, 8 décembre 2019

    “En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste…“

    En ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est la voix vigoureuse de Jean Baptiste qui vient nous interpeller : “Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? “

    “Jean portait un vêtement de poils de chameau …“, comme autrefois le grand prophète Elie dont le retour devait préluder la venue du Messie.

    “Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. “.

    Le Jourdain, à l’endroit même où le peuple de l’Alliance était entré autrefois en Terre Promise, sous la conduite de Josué (Jos 3) ; et ce jour-là les eaux s’étaient ouvertes, comme celles de la mer rouge, pour que tous puissent traverser à pied sec.

    C’est bien l’entrée dans un monde nouveau qu’annonce Jean : “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ! “ Les mots même de la première prédication de Jésus.

    Une nouvelle création se profile, celle qu’annonçait le prophète Isaïe autrefois : “Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau […]. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte. “

    Jean Baptiste nous fait entrevoir l’espérance d’un monde nouveau, un monde de justice et de paix, au-delà de toutes nos déceptions et lassitudes.

    “Convertissez-vous…“, ajoute-t-il. Ce monde nouveau n’est pas à situer au terme de tous nos efforts, mais dans la confiance que nous faisons à ce Dieu qui a scellé une Alliance avec son peuple et qui ne peut le décevoir.

    Pour cela il faut, comme Jean Baptiste nous y invite, ne pas désespérer de l’avenir et nous mettre au travail. Comme l’artiste imagine déjà la statue qu’il va faire (ce qui ne l’empêche pas pour autant de pendre le burin), comme le navigateur imagine déjà la côte (ce qui ne l’empêche pas de tenir bon la barre), viendront des vents contraires, viendront des nœuds dans le bois de la statue, viendront des chamboulements dans la vie ; la confiance en Dieu, à la différence des décisions inflexibles et intransigeantes n’en ressortira que fortifiée.

    Jean Baptiste nous donne déjà à voir le futur, à déceler le “pas-encore-visible“, ce Messie qui est déjà là au milieu de nous. Futur et présent réconciliés.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 1 er décembre.

    C’est Noël chaque jour !

    C’est le 1er dimanche de l’Avent. Noël 2019 n’est plus très loin. C’est réglé comme du papier musique et chacun commence à penser aux cadeaux à faire ou à recevoir. 

    Et pourtant l’évangile est clair : personne ne sait quand le Seigneur viendra !

    Y aurait-il un autre Noël à attendre ? Une autre venue du Seigneur que celle, déjà passée, que nous célébrons le 25 décembre ? Une venue qui, elle, risque de nous prendre par surprise et qui nous invite à être des veilleurs, à être attentif. Plus que les gens du temps de Noé, qui ne se sont doutés de rien quand le déluge arriva.

    A la racine de « veiller », il y a le verbe latin « vigilare ». Veiller, cela veut dire non seulement ne pas dormir dans le temps destiné au sommeil mais cela veut dire aussi être sur ses gardes, être attentif. Ne pas se conduire n’importe comment. 

    Veiller c’est être vigilant. On parle de Vigipirate, pour notre sécurité, de Vigilance Orange pour des régions en risque de forte pluie, de vent. Dans la pub, on est invité à être vigilant sur l’abus d’alcool.  Le réchauffement climatique sollicite aussi de plus en plus notre vigilance dans nos manières de vivre et de consommer. 

    Mais pour un chrétien, qui n’est pas dispensé de ces vigilances-là, c’est quoi être vigilant ? Le temps de l’Avent nous invite à nous poser la question ? 

    Les vigies du haut du navire donnaient l’alerte. On parle aujourd’hui des lanceurs d’alerte, de ces gens qui dénoncent les scandales et les causes de catastrophes.

    Les chrétiens ne le sont-ils pas à leur manière en discernant, au cœur des événements, la lumière du Christ qui vient toujours au-devant de nous ? 

    C’est ce que le Pape a rappelé à Hiroshima et dans son message pour la paix en nous invitant à la paix intérieure et communautaire : « La paix avec soi-même en refusant colère et l’impatience. La paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ; La paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir »

    Puissions-nous, sincèrement, en ce temps de l’Avent qui commence, avoir un cœur tourné vers Dieu, vers les autres et le monde et faire nôtre la dernière parole de l’Apocalypse : « Viens Seigneur Jésus, viens ».

    Père Édouard Bois