Mois : novembre 2024

  • « Redressez-vous et relevez la tête car votre rédemption approche.»

    Luc 21, 28

                  Une nouvelle année liturgique commence : l’occasion de lever les yeux, de sortir de nous-même, de nous mettre en chemin vers le Seigneur, ou plutôt de l’accueillir car c’est Lui qui daigne venir nous chercher.

    Après nous avoir donné des avertissements dans un discours eschatologique pour nous maintenir dans une saine tension et nous faire attendre le retour de celui qui est notre espérance, Jésus nous interpelle : « redressez-vous et relevez la tête » (v. 28).

    Mais comment vivons-nous cela dans le concret de nos existences ?

    Face aux souffrances et imperfections de ce monde, désirons-nous le royaume qui vient et œuvrons-nous pour qu’il advienne ?

    L’Avent est un temps de conversion. Nous pouvons, au cours de ce mois, nous fixer des objectifs concrets pour aimer plus généreusement et au-delà de notre cercle habituel. N’oublions pas qu’une des plus excellentes formes de la charité est d’attirer notre prochain vers le Christ.

    L’Avent est une marche vers la lumière qui nous arrache aux ténèbres, comment pourrions-nous laisser les autres hommes errer dans leurs prisons intérieures ?

    Benoît XVI nous invite à faire cette démarche : « Vivre conformément à l’Avent signifie vivre comme quelqu’un qui est sorti du sommeil, et cela comporte également la responsabilité de veiller, de tirer les autres du sommeil, de montrer aux autres ce qui donne de l’importance à notre vie. » (Enseigner et apprendre l’amour de Dieu, 2016)

    Dans la 1ère lecture, l’oracle de Jérémie nourrit notre espérance. Le Dieu fidèle à son Alliance tiendra sa Parole, il accomplira « la parole de bonheur » (v. 14) pour son peuple. Lors de son avènement à la fin des temps, la « promesse de bonheur » s’élargira au don de la gloire sans fin dans le ciel. Le Pape François rappelle : « Le temps de l’Avent nous redonne l’horizon de l’espérance, une espérance qui ne déçoit pas parce qu’elle est fondée sur la parole de Dieu […]. Le Seigneur ne déçoit pas ! Lui, est fidèle ! ». (Angélus 1er décembre 2013)

    Il a d’ailleurs déclaré l’année sainte 2025, année jubilaire avec pour thème : « Pèlerins d’espérance. »     

    Laissons-nous dès aujourd’hui attirer par l’espérance et faisons en sorte qu’elle devienne contagieuse à travers nous, pour ceux qui la désirent. Puisse notre vie leur dire : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » (Ps 27, 14)

     

    François LALAU, diacre permanent

     

  • Ma royauté n’est pas de ce monde

               C’est un dialogue un peu étrange entre Jésus et Pilate que nous présente l’évangile de ce dimanche de la fête du Christ, Roi de l’univers ; tout, ou presque, y est déconcertant.

    La première question de Pilate est assez surprenante : « Es-tu le roi des Juifs ? » Il y a bien plus ou moins un « roi des Juifs » en titre ! La deuxième étrangeté réside dans la réponse de Jésus, qui n’en est pas une : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Jésus fait sans doute allusion à des débats qui ont précédé sa comparution devant Pilate. Mais il est surprenant de répondre à une question en en posant une autre. On comprend la réaction de Pilate : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Or voici que Jésus apporte des éléments de réponse à la question initiale : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »  À l’envers de ce qu’on pense d’habitude, Jésus se présente de manière implicite comme « serviteur », se sacrifiant par amour pour tous les hommes, et non comme un potentat.

    Le plus ardu reste dans la finale de cette page d’Évangile. Jésus déclare sa mission devant Pilate : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Il est regrettable que le lectionnaire ait omis la réplique de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38). Cette question fondamentale et existentielle est aussi la nôtre.

    Par bonheur, l’évangile selon saint Jean apporte quelques réponses. Celle-ci, par exemple, quand Thomas demande : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas : comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 5), ce à quoi Jésus répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6).

    Loin de n’être qu’un concept philosophique, il se trouve que la « vérité » dont parle Jésus est une personne et que cela le concerne de façon tout à fait directe, comme il l’indique à Thomas, à Pilate et à chacun de nous : « Je suis la vérité ».

    . Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il l’entende et intègre cette vérité, qu’est Jésus, Fils de Dieu, dans sa vie.

    P. Anatole DEDEGBE

  • Les derniers temps

              Traditionnellement l’année liturgique se termine fin novembre peu après la fête du Christ-Roi de l’univers. S’ouvre alors le temps de l’Avent qui nous prépare à fêter chrétiennement la Nativité du Seigneur. Nous n’en sommes pas encore là même si de Noël on commence déjà à parler dans les rues et les familles.

              En attendant, pour conclure l’année liturgique, les textes bibliques retenus pour les messes, en particulier l’évangile de ce dimanche, mettent l’accent sur les derniers  temps et les catastrophes qui y seraient liées.

              La deuxième lecture, l’épitre aux Hébreux, elle, met en valeur aussi ce dimanche le rôle unique et décisif du Christ pour ce moment-là. Jésus, dans cette épitre, est qualifié de Grand Prêtre mais d’une manière bien différente de celle des prêtres de la première Alliance.

    Quand cela arrivera-t-il ? Le Christ lui-même ne le savait pas nous dit l’évangéliste Marc. Seul le Père en décide ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils n’en n’ont pas parlé mais cela souligne la confiance de Jésus.

              Alors nous, quelle attitude avoir au regard de cette perspective des derniers temps ?

    La fin dernière annoncée par Jésus, les premiers chrétiens la pensaient imminente. Cela avait entrainé les nouvelles communautés à se croiser les bras. A quoi bon se fatiguer si la fin est proche !

              Saint Paul dans ses lettres invite fermement les chrétiens de son temps à se remettre au travail et à vivre leur vie chrétienne. Le conseil vaut aussi pour nous. Mais le père Teilhard de Chardin dans un livre « le Milieu Divin » dénonçait, en son temps, une autre tentation dans l’attitude des chrétiens : la fin du monde n’est pas pour demain alors ne nous fatiguons pas à l’attendre !

    Certes l’image du figuier qui continue à pousser, jointe à celle des catastrophes annoncées, est une invitation à la confiance et les forces diaboliques que symbolisent divers astres ne doivent pas être source de découragement ou d’immobilisme. Ce serait alors oublier que le rassemblement final est déjà commencé.

    L’assemblée que nous formons le dimanche, sans oublier le nombre plus grand des baptisés qui ne sont pas toujours là, dit le déjà-là du rassemblement promis. L’assemblée dominicale est aussi le Corps du Christ. 

     

                                                                          Père Edouard Bois

     

  • Donner de soi

                  Si un pauvre venait frapper à votre porte, agiriez-vous comme cette veuve en donnant votre nécessaire ? Généralement, beaucoup gardent leur nécessaire ainsi que leur superflu et ils délaissent le pauvre. D’autres gardent leur nécessaire et partagent leur superflu. La veuve de notre texte va plus loin, elle donne de son nécessaire. La principale différence entre l’obole de la veuve et celles des autres n’est pas du tout la somme donnée mais le sens de son don. Les veuves de l’époque étaient laissées à elles-mêmes. La femme pauvre de l’Évangile donne ce qu’elle a pour vivre, son « nécessaire ». D’une certaine façon elle donne sa vie. Souvent, nous donnons parce que cela fait partie d’une bonne vie en société, nous donnons par convention ou par intérêt. La veuve, elle, donne tout. Elle refuse la fatalité de sa misère. Puisque de toute façon elle n’a plus rien, inutile de garder ce rien, autant en faire quelque chose. Elle retrouve ainsi sa vraie liberté. Par son don, elle n’est plus une pauvre veuve mais elle devient l’égale de celui qui donnerait toute sa fortune. Le jeune homme riche avait reculé devant le don mais pas la veuve. Elle est sortie de la logique des contrats, des sacrifices pour la bonne conscience ou le prestige.

    À l’époque où un sundae de crème glacée ne coûtait pas cher, un petit garçon de 10 ans entre dans le café d’un hôtel et, s’assoit à une table. Une serveuse dépose un verre d’eau devant lui. C’est combien pour un sundae de crème glacée ? demande-t-il. 50 cents, répondit la serveuse.  Le petit garçon sort la main de sa poche et se met à compter la monnaie qu’elle contient. Bien… Combien pour un simple plat de crème glacée ? Demande-t-il à nouveau. Et pendant ce temps-là, des clients attendent pour une table et la serveuse commence à perdre patience… 35 cents, répond-elle sèchement. Je vais prendre le plat de crème glacée, dit-il finalement. La serveuse lui apporte sa crème glacée, dépose l’addition sur la table et s’en retourne. Le garçon finit sa crème glacée, paie à la caisse et s’en va.

    Quand la serveuse revient, elle a des larmes à l’œil, en nettoyant sa table. Bien placé à côté du plat vide…Elle voit 15 cents. Le petit garçon ne pouvait pas prendre le sundae, pour la simple raison qu’il ne lui restait suffisamment pas de monnaie pour laisser de pourboire !  Il avait donné de son superflu et un peu de son nécessaire.

    Beaucoup n’ont pas grand-chose, ils n’ont qu’un nécessaire minable. Ceux-là peuvent quand même donner beaucoup car il n’est pas nécessaire de donner de l’or, car la richesse la plus importante à partager, c’est la Parole de Dieu.

    En chacun de nous se mêlent l’attitude du scribe et celle de la veuve. D’un côté, la recherche de possessions toujours plus grandes pour soi à travers les honneurs et la richesse. De l’autre, le don humble et gratuit de soi-même. Il nous faut, nous aussi donner ce que nous avons de plus précieux et c’est souvent donner de notre temps. Ne nous laissons pas décourager par l’ampleur de la tâche et la faiblesse de nos moyens. Depuis les origines, Dieu ne cesse de nous montrer qu’il est capable de faire des merveilles avec peu de choses. Dieu ne demande pas grand-chose, il souhaite seulement que chacun lui apporte le « vrai » de sa personne. Que donnons-nous : des choses ? des gestes ? notre cœur ? Que donnons-nous aux autres ? C’est avec ce que nous donnons que Dieu peut tout construire ou transformer…

     

    P. Modeste MEGNANOU