Mois : mai 2021

  • Édito de la solennité de la Trinité, 30 mai 2021

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

    C’est traditionnel, le dimanche qui suit la Pentecôte est celui de la fête de la Sainte Trinité. Mais sans doute attachons-nous à cette fête moins d’importance qu’à l’Ascension ou à la Pentecôte qui nous valent, chrétiens ou pas, des ponts toujours bien appréciés et encore plus en ces temps de pandémie. 

    Pour la Trinité la concurrence est rude avec, le même jour, la fête des Mères. Cette fête retient plus notre attention pour exprimer aux mamans, de bien des manières, ce que nous leur devons.

    La Trinité fête-t-elle aussi la fête des mères ? Est-il  incongru de se poser la question ? Marie recevra-t-elle, en ce jour, un beau bouquet de roses divines de la part de la Trinité Sainte ? Elle le mériterait bien. Et n’oublions pas qu’elle est aussi la nôtre.

    Adrienne von Speyr, une grande spirituelle polonaise, disait que prier c’est entrer dans la conversation de Dieu avec Dieu.

    Le Dieu des chrétiens n’est pas solitude mais communion de personnes « Trinité ». S’il en est ainsi, et nous avons de bonnes raisons de le croire, il doit y avoir, avec tout ce qui arrive en notre monde, de la conversation en Dieu en ce moment. 

    Quant à notre prière elle a diverses facettes. Mais à son degré le plus élevé elle est, ce que dit d’elle Adrienne von Speyr : entrer dans la conversation de Dieu avec Dieu. Jésus nous a appris à le faire. Il nous a donné le Notre Père. 

    Le pain quotidien à demander, c’est le pain de l’amour divin, le pain de la communion, de la présence de l’autre et à l’autre. 

    Oui, le Dieu Trinité que nous prions est déjà conversation en lui-même. Il est communion de personnes. Cela doit façonner les rapports que les chrétiens et les humains établissent aussi entre eux. 

    S’il faut prier Dieu pour la fin de la pandémie, comme il nous est parfois demandé de le faire, pourquoi pas ! Le faire – c’est moins pour qu’il fasse les choses à notre place pour gagner ce combat -mais que l’humanité fasse tout ce qui est en son pouvoir et sa responsabilité, pour vivre elle-même dans une solidarité responsable. 

    « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur. Mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils,»  nous dit encore Paul dans la lettre aux romains.

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?                                                                                   

    Père Édouard Bois

  • Édito de la Solennité de la Pentecôte, 23 mai 2021

    Viens Esprit Saint !

    Les catéchistes le savent bien. Il est très difficile de parler de l’Esprit Saint de manière simple et compréhensible par les enfants.

    Aussi insaisissable que les différentes représentations qui le décrivent dans la Bible, le souffle, l’eau, le feu, la colombe…, il est comme “le vent dont on ne sait d’où il vient et où il va(Jn 3,8) ; il faut donc chercher sa présence invisible dans ce qu’il fait bouger et qu’il transforme.

    St Paul lui-même, dans son épitre aux Galates, plutôt que de chercher à le définir, préfère parler des “fruits de l’Esprit “ : “Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. “

    Le dominicain Yves Congar, un grand théologien du Concile, dans son très beau petit livre intitulé “La Parole et le Souffle“ rappelait que l’œuvre de Dieu se réalise conjointement par sa Parole, le Verbe fait chair en Jésus Christ, et par son Esprit Saint. Dès le début de la création Dieu dit et il fait.

    Dans l’Évangile de ce jour, Jésus reconnaît que les paroles qu’il a cherché à transmettre à ses apôtres ne suffisent pas, il faudra que l’Esprit agisse à travers ceux qui seront les témoins de sa mort et de sa résurrection : “ J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. “

    Ainsi, quand nous lisons les paroles de la Bible, nous disons qu’elle est “inspirée“, c’est-à-dire que l’Esprit Saint habitait le cœur et l’esprit des auteurs en sorte que, à travers leurs mots et leurs récits quelque chose de la relation entre Dieu et les hommes nous soit révélé.

    Si l’Esprit Saint est à l’origine de la Bible, Parole de Dieu, il doit être aussi à l’origine de notre lecture de la Bible et de notre compréhension de celle-ci.

    C’est donc l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, qui nous permet de lire la Parole de Dieu non pas comme une parole d’hier, intéressante certes, mais lointaine sinon dépassée, mais tout au contraire comme une parole d’aujourd’hui, touchant notre cœur et nous invitant à convertir nos façons de vivre.

    Nous avons besoin que l’Esprit nous éclaire sur la Parole du Christ. En effet, les circonstances changent, la vie évolue, nous sommes confrontés à des situations nouvelles pour lesquelles la parole de Jésus n’apporte que des orientations de fond, sans donner de réponses concrètes qu’il nous faut sans cesse inventer.

    Si la Parole de Dieu nous semble aride, n’hésitons donc pas à prier l’Esprit Saint pour qu’il “nous conduise dans la vérité tout entière.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 7ème dimanche de Pâques, 16 mai 2021

    Dernières paroles

    Tout le monde connait par cœur la fable de La Fontaine « Le laboureur et ses enfants »

    « Un riche laboureur sentant sa mort prochaine fit venir ses enfants, leur parla sans témoins… ».

    Lorsqu’on peut les recueillir, les paroles dernières d’un proche, sur la fin de sa vie, sont en effet très importantes et sont reçues le plus souvent comme un ultime message d’amour.     

    Avec l’Évangile de ce dimanche nous sommes là, comme dimanche dernier, dans une situation analogue. 

    Les paroles de Jésus que nous rapporte l’évangéliste Jean, connu sous le nom de prière sacerdotale, se situent entre le moment de la Cène et les tragiques événements qui marqueront la fin de sa vie  dont il pressent l’imminence et l’impact sur ses disciples et proches. 

    Il est bon que la liturgie nous les rappelle alors que nous venons de fêter le départ de Jésus à l’Ascension et que la fête de la Pentecôte approche.

    « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés » dit Jésus.

    Il ne faut pas bien sûr confondre cette joie avec différentes formes de joie plus ou moins superficielles ou profondes dont nous faisons l’expérience dans notre vie terrestre :  le plaisir, le confort, la joie artistique ou intellectuelle, la joie du travail bien fait ou de l’entreprise réussie et, particulièrement, dans nos relations humaines. 

    C’est à la racine de notre être que nous sommes habités par cette joie qui nait de notre relation au Christ et qui est le fruit de l’Esprit Saint que nous célébrerons bientôt.

    Ne perdons pas de vue que c’est sa joie que Jésus nous partage. Joie de son retour auprès du Père et de son lien avec lui. Joie de la mission accomplie sur terre. Joie de savoir l’humanité et la création restaurée et entrée déjà dans la vie de Dieu. 

    Une joie qui déborde la vie de ce monde mais qui ne nous en écarte pas cependant mais, bien au contraire, approfondit notre présence et notre responsabilité.

    « Bien aimé, ajoute encore saint Jean dans sa lettre (cf.2ème lecture),  puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres. Dieu personne ne l’a jamais vu, mais si nous nous aimons les-uns les-autres, Dieu demeure en nous et en nous son amour atteint sa perfection. »

    Père Édouard Bois

  • Édito du 6ème dimanche de Pâques, 9 mai 2021

    Aimer

     Avant de célébrer la disparition de Jésus du regard de ses disciples le jour de l’Ascension, la liturgie nous replonge dans le discours d’adieu de Jésus au cours de son dernier repas dans l’Évangile de St Jean. Il définit les relations que les disciples doivent avoir entre eux après sa mort : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

    Ce commandement de Jésus nous rappelle qu’il y a plusieurs façons d’aimer. C’est ce que développait notre pape émérite, Benoit XVI dans son encyclique “Deus caritas est“ en 2005 :

    “Rappelons en premier lieu le vaste champ sémantique du mot “amour“ : on parle d’amour de la patrie, d’amour pour son métier, d’amour entre amis, d’amour du travail, d’amour entre parents et enfants, entre frères et entre proches, d’amour pour le prochain et d’amour pour Dieu. Cependant, dans toute cette diversité de sens, l’amour entre homme et femme, dans lequel le corps et l’âme concourent inséparablement et dans lequel s’épanouit pour l’être humain une promesse de bonheur qui semble irrésistible, apparaît comme l’archétype de l’amour par excellence, devant lequel s’estompent, à première vue, toutes les autres formes d’amour. […]

    À l’amour entre homme et femme, qui ne naît pas de la pensée ou de la volonté mais qui, pour ainsi dire, s’impose à l’être humain, la Grèce antique avait donné le nom d’“eros“. Disons déjà par avance que l’Ancien Testament grec utilise deux fois seulement le mot “eros“, tandis que le Nouveau Testament ne l’utilise jamais : des trois mots grecs relatifs à l’amour – “eros“, “philia“ (amour d’amitié) et “agapè“ – les écrits néotestamentaires privilégient le dernier, qui dans la langue grecque était plutôt marginal. En ce qui concerne l’amour d’amitié (philia), il est repris et approfondi dans l’Évangile de Jean pour exprimer le rapport entre Jésus et ses disciples. La mise de côté du mot “eros“, ainsi que la nouvelle vision de l’amour qui s’exprime à travers le mot “agapè“, dénotent sans aucun doute quelque chose d’essentiel dans la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de l’amour. “

    Et notre ancien pape poursuit en définissant plus précisément l’“agapè“ biblique : “En opposition à l’amour indéterminé et encore en recherche, ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même. “

    Qu’en célébrant l’eucharistie, mémorial du sacrifice du Christ par amour pour tous les hommes, nous puissions être entrainés dans ce même amour pour les autres.

    Père Luc de Saint-Basile