Mois : mars 2018

  • Edito du dimanche de Pâques, 1er avril 2018

    Extraits du livre du P. Jean-Marie Poirier 

    [Nocturnes de lumière – Méditations pour vivre la Semaine Sainte (Editions Saint Augustin 2004)].

    Ouverture… « Il faisait encore sombre »

     

    Ce matin de Pâques, il fait encore sombre dans notre monde… dans notre Église… et sur l’homme…

    Ce matin de Pâques, il fait encore sombre en ma vie. Voici à présent de nombreuses années que je célèbre cette fête de Pâques et, si je reste lucide sur moi-même, je découvre toujours plus de résistances à la lumière dans les zones encore trop ombreuses de mon existence. Comme je voudrais m’écrier avec l’apôtre : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1,21) ; ou bien : « Je vis, mais c’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,19) ! Mais quand je fais la lumière en moi, je réalise que je suis bien loin de ce programme de vie.

    Nier ces réalités, les oublier ou les balayer avec quelques Alléluia, serait refuser de voir la réalité en face.

    À ces inquiétudes et à ces doutes, l’Évangile me répond ce matin qu’il faisait encore sombre quand les femmes se rendirent au tombeau. Et pourtant Jésus est déjà ressuscité !

    Les visages des deux disciples se dirigeant vers Emmaüs étaient encore bien sombres, malgré qu’ils aient entendu des femmes annoncer qu’elles l’avaient vu. Pourtant Jésus cheminait avec eux, mais leurs yeux ne savaient pas le reconnaître.

    Dans l’évangile de Marc, alors que les femmes viennent de recevoir l’annonce de la résurrection de la bouche d’un jeune homme vêtu de blanc, voilà qu’elles « s’enfuient du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » (Mc 16,8).

    Alors que nous attendions l’irruption soudaine de la plus vive clarté dans les ténèbres de ce monde, une annonce glorieuse et triomphante, voici que la Résurrection pointe lentement à l’horizon de l’histoire. Plutôt que l’éclat du Ressurexit du Credo de la Missa Solemnis de Beethoven, nous entendons des Alléluia montant lentement de la nuit comme dans les Vêpres de la Résurrection de Rachmaninov. Non, le monde n’a pas brutalement changé au matin de Pâque, se conformant à nos désirs les plus fous par quelque coup de baguette divine !

    Mais avec Nicodème, Marthe et Marie, les apôtres, Marie Madeleine et les autres femmes nous poursuivons notre chemin dans la foi. Le monde n’est pas bouleversé, mais si nous sommes entrés au cœur de nos nuits les plus ténébreuses avec Jésus en sa Passion, une lumière s’est levée en nous. Cette lumière reçue au cours de ces jours saints, signifiée par le cierge pascal allumé dans la nuit de Pâque, allume en nous un feu qui veut se répandre par nous. Le soleil est en train de se lever. Avant le zénith de midi, il faut observer les faibles lueurs de l’aube pour en être les prophètes.

    Nous trouvons le monde encore trop obscur ? À nous de lui porter la lumière ! […]

    « Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière ! … Désormais, ce n’est plus le soleil qui sera pour toi la lumière du jour, ce n’est plus la lune avec sa clarté, qui sera pour toi la lumière de la nuit. C’est YHWH qui sera pour toi la lumière de toujours ! » (Is 60,1.19).

    Pendant ces jours saints, nous avons aussi compris que sous les apparences de l’échec, l’Amour triomphait de tous ces adversaires, parce qu’un homme, le Christ Jésus, est allé jusqu’à l’extrême du don de soi ! Laissons les apparences, ne cherchons pas à tout prix le succès dans nos entreprises, ni la reconnaissance dans toutes nos démarches. Mais porteurs de la lumière qui s’est levé en cœurs, partons vers nos frères en humanité, dans la tenue de service, à cause de Jésus et comme témoins du Ressuscité. « Car le Dieu qui a dit : La lumière brillera au milieu des ténèbres, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2Co 4,6).

     

  • Edito du dimanche des Rameaux, 25 mars 2018

    Extrait du livre de Jean Michel Poirier

    « Nocturnes de lumière“

     

    Aujourd’hui, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, la ville « belle et altière » (Ps 48,3), choisie par Dieu pour y établir sa demeure. Elle est aussi celle « qui tue les prophètes et lapide ceux qui [lui] sont envoyés » (Mt 23,37).

    Aujourd’hui « le peuple, en foule, étend ses vêtements sur la route. Certains coupent des branches aux arbres et en jonchent le chemin ». Ceux qui marchent devant Jésus comme ceux qui le suivent peuvent bien s’écrier : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mt 21,8-9). Mais demain, ces mêmes foules réclameront à Pilate que Barabbas, un bandit, soit libéré. Sur Jésus, elles crieront alors par deux fois : « Crucifie-le ! » (Mc 15,13-14).

     

    On peut longuement méditer sur la versatilité des foules et leur inlassable capacité à se laisser manipuler. Aujourd’hui les sondages ou l’audimat construisent des célébrités que demain ils oublient ou, pire encore, envoient dans l’enfer de la réprobation et de la déchéance.

    Et c’est comme de bons moutons que la majorité d’une population se comporte envers ceux qu’on lui désigne à acclamer ou bien à huer.

     

    L’évangéliste Luc cherche d’ailleurs à dédouaner la foule pour désigner les véritables commanditaires de l’injuste meurtre : les grands prêtres et les chefs du peuple. Mais à chacun de reconnaître sa part de responsabilité. Il serait trop facile de se délester sur d’autres de nos participations à l’injustice, de nos complicités actives ou passives, par inertie ou par omission. La scène des Rameaux en lien avec celle du jugement nous interroge directement sur la vérité et la solidité de notre rapport au Christ […]

    _______________________________

     

    En nous proposant d’écouter en ce jour tout le récit de la Passion, la liturgie nous invite à aller plus loin dans notre foi au Christ : sommes-nous de ces foules qui se laissent entraîner par ceux qui crient les plus forts ? Ou acceptons-nous de nous laisser interroger personnellement par ce Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ, Lui qui a délaissé toutes les vaines gloires humaines pour se faire serviteur jusqu’au bout ?

     

    Entrons résolument dans cette grande semaine sainte ; laissons-nous entraîner dans ce grand élan d’amour de Dieu qui s’abaisse devant l’Homme pour lui montrer jusqu’où il l’aime. Alors « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rom 8, 11)

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche de Carême, 18 mars 2018

    Nous n’avons qu’une planète !

     

    Cette déclaration récente d’une haute personnalité politique pourrait nous sembler d’une grande évidence sinon d’une grande banalité.

    Pas si sûr cependant car la mondialisation, l’exploration de l’espace, des moyens de communication accrus font se rapprocher les frontières et augmentent les interactions entre humains. On n’est plus chacun chez soi comme avant.

    Nous n’avons qu’une seule planète ! En réalité cette observation, dont nous prenons de plus en plus conscience autrement, n’est pas anodine.

    Serons-nous capables à l’avenir de partager la planète, de la prendre en charge ensemble ou allons-nous nous la disputer et nous replier sur nous-mêmes ?

    En ce 5ème dimanche de carême dédié traditionnellement au partage, sans négliger les causes urgentes que la paroisse et le diocèse nous proposent de soutenir, la question mérite d’être posée.

    Les lectures bibliques de ce dimanche soulignent plusieurs dimensions chrétiennes de ce partage planétaire livré à nos initiatives.

    En premier lieu, Jésus nous partage ce qu’il a sur le cœur au moment où le drame se noue : le lien à son père, sa volonté de rassemblement de l’humanité dont la croix sera le signe. Le partage est constitutif de Dieu même.

    Une deuxième dimension du partage chrétien est celle que Jésus a eu toute sa vie et qu’il nous invite à avoir : agir de telle sorte que personne ne soit laissé pour compte. L’incarnation de Jésus est partage et dans les premiers temps de l’Eglise partager les biens  que l’on possède par héritage, par chance ou par travail était perçu comme une expérience vive de communion, comme une possibilité concrète d’avoir le même cœur que le Seigneur Jésus.  Un père de l’Eglise disait : le manteau en proie aux mites dans ton armoire n’appartient pas à toi mais au pauvre. Et Grégoire de Nysse : celui qui possède trop n’est pas un frère mais un voleur.

    Une dernière dimension du partage chrétien à laquelle Jésus nous ouvre est celle du partage de la Bonne Nouvelle. Des grecs viennent à Jérusalem pour la Pâque. La rumeur sur Jésus les a rejoints. Ils veulent le voir. C’est plus que de la simple curiosité.   Pour cela ils s’adressent à deux disciples avec qui ils ont des liens de proximité culturelle. Conduis-nous à lui, disent-ils à Philippe qui va en parler à André. Belle image de l’Eglise en mission qui partage la Bonne Nouvelle à travers les liens que tissent la vie des chrétiens. Si dans notre immeuble, au travail, en famille on sait que nous sommes chrétiens il n’est pas impossible que des gens viennent nous trouver : que vivez- vous à Pâques vous les chrétiens ? Etre baptisé c’est quoi ?

    Même si notre planète à ses limites et si pour les chrétiens elle a ses racines dans le ciel nous avons de bonnes raisons de croire en la vie.

    Le partage, c’est pour maintenant.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 4ème dimanche de Carême, 11 mars 2018

    « De même que le serpent de bronze

    fut élevé par Moïse dans le désert… »

     

    Voici une bien curieuse histoire rappelée aujourd’hui dans l’évangile de St. Jean pour faire comprendre le salut manifesté dans le Christ crucifié.

     

    A la base, sans doute, des croyances ancestrales qui ressemblent plus à de la superstition et dont nous trouvons encore des traces dans les caducées arborés dans nos pharmacies. Le serpent n’est-il pas, avec son venin, celui qui peut donner la mort mais aussi servir à confectionner des vaccins ? Animal ambigu par excellence !

     

    L’histoire, en fait, remonte à la traversée du désert, alors que le peuple hébreux tenté par le désespoir se rebelle contre Moïse et contre Dieu. Des serpents particulièrement « brûlants »  (vénéneux) viennent alors leur rappeler que Dieu reste seul maître de la vie et de la mort.

    Et quand le peuple se repent d’avoir « péché contre Yahvé », le Seigneur demande à Moïse de « façonner un serpent que tu placeras sur une hampe. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. » (Nbr 21,8).

     

    Certaines de nos croix portent toujours ce serpent entrelacé. L’image est belle : elle nous rappelle que toute chose en ce monde porte en elle une part d’ambiguïté et peut être utilisée par l’homme pour le bien ou pour le mal, pour la vie ou la mort.

     

    Un signe d’espérance nous est donné dès à présent : ce poteau de mort où le Christ a été élevé et dont Dieu a voulu faire le signe de son amour sans limite.

    Ainsi tout homme qui accepte de lever les yeux vers cette croix glorieuse en se laissant guider par la lumière de l’évangile « ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle ».

     

    Discerner la lumière des ténèbres (en latin « scrutare »), c’est le sens de cette dernière étape qui va conduire ce dimanche Elie, Anaïs, Axel, Clémence, Joakim, Héloïse et Thomas à être baptisés prochainement le jour de Pâques.

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 3ème dimanche de Carême, 4 mars 2018

    Quel signe peux-tu nous donner… ?

     

    Sur notre route du carême, l’évangile de ce dimanche nous présente un aspect surprenant de Jésus au moment où il chasse les marchands du Temple de Jérusalem.

    Il serait un peu simpliste de ne voir dans ce geste d’indignation que le sentiment qui nous envahit parfois, en traversant les nombreux commerces d’objets de piété qui  entourent nos sanctuaires, comme celui de Lourdes.

     

    Non, ce geste et les paroles de Jésus ont une toute autre portée.

     

    Tout d’abord parce que ces “marchands“ et “changeurs“ étaient indispensables pour le culte rendu à l’intérieur du Temple : ils fournissaient les colombes, les brebis et les bœufs pour les sacrifices et permettaient d’échanger la monnaie romaine impure pour les offrandes faites au Temple.

     

    Mais surtout, la parole de Jésus fait référence à la prophétie de Zacharie annonçant le renouvellement de Jérusalem devenue, à la fin des temps, la cité sainte vers laquelle afflueront tous les peuples de la terre : « Il n’y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur, en ce jour là » (Zach 14, 21).

     

    Jésus se présente donc, ce jour là, comme le Messie annoncé par les prophètes. D’où la surprise de ceux qui l’entendent parler du Temple non pas comme tout juif en disant « la maison du Seigneur » mais « la maison de mon Père ».

     

    « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » lui lancent les juifs car, à leurs yeux, l’autorité messianique que Jésus vient de s’arroger ainsi dans les choses du Temple doit être authentifié par un signe.

    « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » – « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

     

    Un nouveau signe est donné, dont la signification profonde, nous dit l’évangile d’aujourd’hui, ne sera véritablement comprise par les disciples que quand Jésus se « réveilla d’entre les morts ».

     

    Ainsi le lieu de l’Alliance nouvelle avec ce Dieu Père révélé par Jésus ne sera plus désormais à chercher dans un Temple fait de main d’hommes, mais dans son Corps ressuscité.

     

    Comme le dit St Paul dans l’épître aux Corinthiens, « les juifs réclament des signes » et « les grecs une sagesse ». Sachons rendre grâce pour le plus beau signe que Dieu nous fait dans chacune de nos eucharisties en nous offrant le Corps de son Fils, « Messie crucifié ». Ces eucharisties qui sont la source et le fondement de ce qui nous unit dans un même Corps, cette mystérieuse communauté chrétienne que nous formons sur notre quartier.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 2ème dimanche de Carême, 25 février 2018

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

     

    Cette scène de la Transfiguration proposée à notre méditation en ce deuxième dimanche du carême 2018 a de quoi nous surprendre.

    La scène se passe sur une montagne. Le Thabor très probablement pensent les spécialistes. En tout cas pour ceux qui ont fait un pèlerinage en Palestine, ce lieu évoque immédiatement beaucoup de souvenirs, et d’émotion.

    Le Thabor. Une montagne c’est beaucoup dire. Ce n’est pas la cordillère des Andes ou l’Himalaya. Un peu plus qu’une colline quand même. Un vrai mont qui domine de ses 588m la Galilée environnante.

    Mais l’important ici ce n’est pas la géomorphologie du site mais le sens symbolique de la montagne.

    Dans la Bible la montagne est le lieu où Dieu réside, le lieu de sa rencontre, le lieu des apparitions.

    Dans la Bible, tous les grands personnages ont leur montagne : là où pour eux il s’est passé quelque chose d’important avec Dieu : Abraham a la montagne que Dieu lui désigne, Moise au Sinaï, Elie à l’Horeb, Jésus au Thabor. La montagne, c’est le lieu traditionnel des manifestations divines et des envois en mission.

    La Transfiguration de Jésus a lieu pendant qu’il priait, précise Saint Luc.

    Ainsi la scène de la Transfiguration nous dit-elle la relation privilégiée de Dieu le Père et de son Fils et le confirme dans sa mission.

    La présence énigmatique d’Elie et de Moise souligne, de son côté, la continuité de l’histoire de l’Alliance à travers les siècles.

    Les apôtres, quant à eux, sont fascinés par ce qui arrive et voudraient bien rester là.

    C’est trop beau ! Mais Jésus invite ses compagnons à redescendre de la montagne.

    Après avoir été transfiguré il sera dans quelques jours défiguré, défiguré pour que l’humanité soit, elle, transfigurée. Jésus ne veut pas se sauver seul. Jésus refuse la tentation de se désolidariser de l’humanité et de son Père.

    «Celui-ci est mon Fils bien aimé. Ecoutez-le ». Ces paroles divines s’adressent aussi à chacun de nous, à chaque humain : tu es mon fils, ma fille, mon enfant bien aimé. Qu’est-ce que cela change pour moi d’entendre ces paroles sur ma vie ?

    Ai-je moi aussi un lieu favori, mémoire de ma rencontre du Seigneur ?

    Jésus transfiguré, Jésus plus tard défiguré. Le chemin n’est pas fini. Mais déjà se dévoile la profondeur et le sens de notre baptême et de celui de ceux et celles qui le seront à Pâques.

    Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?

    Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

    P. Edouard Bois