L’élément qui choque le plus dans la parabole dite des « ouvriers de la dernière heure », c’est que ses derniers ont travaillé une heure, et ils touchent le même salaire que ceux qui ont travaillé depuis la première heure, c’est-à-dire toute la journée, 12h à l’époque. Les premiers, qui ont travaillé beaucoup plus, sont choqués : d’ailleurs, ce n’est pas juste !
Mais est-ce vraiment injuste ? D’abord les ouvriers de la première heure ont eu de la chance : ils ont été appelés dès le début, ils n’ont pas connu l’angoisse du chômage. Ensuite, à la fin, ils ne sont pas lésés, puisqu’ils touchent ce qui était convenu au départ ; le salaire des ouvriers de la dernière heure ne les pénalise pas, si ce n’est qu’ils deviennent jaloux. Ils ont reçu le salaire normal de l’époque. Ce salaire, enfin, est ce que gagne normalement un ouvrier en une journée, car cela correspond à ses besoins. Le critère du salaire versé par le propriétaire n’est pas la quantité ou la qualité de travail accompli, mais ce qui est nécessaire pour que chacun puisse vivre. C’est un vrai renversement de valeur par rapport à nos critères !
Ainsi est la justice de Dieu : non pas une récompense pour nos mérites, mais une grâce faite pour chacun, et la grâce que Dieu donne à l’autre ne me lèse pas ; elle devrait même me réjouir. A moins que je ne sois jaloux, possessif, égoïste, que je n’ai pas encore compris que l’amour de Dieu pour les autres ne m’ôte rien, comme le propriétaire le dit d’ailleurs : « Mon ami – « mon ami », dit-il à celui qui est jaloux ! –, ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux, ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? ».
La grâce de Dieu, ce n’est pas nous qui la mesurons, qui en sommes propriétaires. Un chrétien doit se réjouir pour chaque personne touchée par l’Evangile, que ce soit depuis plusieurs générations ou tout récemment, que ce soit exprimé dans un travail acharné depuis longtemps ou que ce soit tout neuf. Chacun bénéficie de l’amour de Dieu, donc de sa pleine place dans l’Eglise !
P. Anatole DEDEGBE

Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.