Mois : avril 2021

  • Édito du 5ème dimanche de Pâques, 2 mai 2021

    Où demeures-tu ?

    « Où demeurez-vous ? ». « Où habites-tu ? » Il nous arrive de poser la question à une personne que nous rencontrons. Mais la question au-delà de la localisation invite l’interlocuteur à se présenter plus avant. 

    Cette question « où demeures-tu ? » a été la première que pose les futurs apôtres à Jésus. « Venez et voyez » avait-il répondu.  

    « Ou demeures-tu ? » C’est peut-être aussi la question que, comme croyant, ou futur croyant, nous avons posé, en notre for intérieur, un jour ou l’autre, à Jésus. Chacun garde la mémoire spirituelle de l’histoire de sa relation avec le Seigneur. Une relation qui évolue, s’approfondit, est remise en question selon l’étape de la vie où l’on se trouve ou les événements qui surviennent.

    « Où demeures-tu ?» La question reste toujours actuelle.

    Ce verbe « demeurer » nous le retrouvons dans l’Évangile de ce dimanche qui à travers l’image de la vigne qui, après, celle dimanche dernier du Bon Pasteur, développe les liens que nous tissons dans la foi avec Jésus et son Père.

    « Demeurez en moi comme moi en vous ».

    L’image de la vigne, est en effet une image majeure pour exprimer la relation que les humains cherchent à nouer avec Jésus et son Père et que Jésus et son Père souhaitent nouer avec chacun de nous.

    Dans l’Évangile de Saint Jean dit un spécialiste, le père D.Mollat ,  « Demeurer » exprime un aspect capital de la réponse de l’homme à la démarche de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. L’homme doit non seulement reconnaître, aimer, accueillir, voir, entendre, croire, connaître, aimer mais aussi « demeurer ». Ce verbe fait partie du vocabulaire caractéristique de la théologie et de la spiritualité johanniques. »

    C’est à chacun de découvrir où Jésus demeure. Mais plus encore, selon Saint Jean, Jésus souhaite demeurer en chacun de nous. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » dit Jésus. Le disciple demeure en Jésus et Jésus en lui. Comme Jésus demeure dans le Père et le Père en lui.

    L’image de la vigne qui est présente dans de nombreuses civilisations et chez les prophètes, dans le judaïsme, symbolise la démarche multilatérale de l’invitation à « demeurer » qui est au cœur de l’enseignement de Jésus.

    « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits ». 

    Père Édouard Bois

  • Edito du 4ème dimanche de Pâques, 25 avril 2021

    “Je suis le bon Pasteur…

    Je donne ma vie pour mes brebis. “

    Le quatrième dimanche de Pâques est, traditionnellement, celui où le Christ se présente à nous sous les traits du Bon Pasteur ; et c’est aussi celui où nous sommes tous invités à prier plus spécialement pour les vocations dans l’Eglise.

    C’est un lieu commun, depuis des années, que de parler de “la crise des vocations“, même si les Parisiens ont encore le sentiment d’être moins touchés, au moins pour un temps, que de l’autre côté du périphérique, ou que les diocèses de province. Et les récentes révélations scandaleuses concernant quelques membres du clergé risquent encore plus de décourager les futures vocations.

    Mon ancien supérieur de séminaire, Mgr Emile Marcus qui est devenu évêque par la suite, aimait souligner le lien entre ce que les communautés chrétiennes attendent des prêtres, et l’appel qui pourrait justifier le fait que des jeunes aient envie de consacrer toute leur vie, dans le célibat, au service de l’Eglise.

    Il écrivait : “Les jeunes n’iront pas vers le ministère de prêtre pour des raisons confuses ou des besoins secondaires. Je veux dire pour remplir des tâches auxquelles il semblerait que d’autres puissent suppléer sans grand dommage. Les jeunes ne viendront au sacerdoce ministériel que s’ils en voient la nécessité pour que l’Eglise soit le grand sacrement du Christ qui sauve le monde. “

    Et il poursuivait : “Mais vous, qu’attendez-vous des prêtres ? Je souhaite que vous vous interrogiez sur ce que vous demandez aux prêtres, dans la conviction que, pour une bonne part, ils sont façonnés comme prêtres par vos attentes et vos demandes.

    Demandez-leur de vous faire grandir dans la foi, et vous les aiderez eux-mêmes à être plus enracinés dans la confiance au Christ.

    Demandez-leur le pardon de notre Père du ciel et ils ne s’en livreront eux-mêmes que mieux à sa miséricorde.

    Demandez-leur la grâce de la sainteté, par le conseil spirituel, l’intercession, les sacrements, et ils se risqueront eux-mêmes plus avant sur le chemin de la sainteté.

    Demandez-leur de vous ouvrir aux horizons de la mission apostolique et ils entendront mieux l’ordre du Seigneur d’“aller dans le monde entier prêcher l’Évangile à toute la création“. (Mc 16,15).

    Prions donc ce dimanche pour que des jeunes acceptent, à l’image du Christ bon Pasteur, de consacrer leur vie au service de l’Église et de l’Évangile, mais en purifiant nos attentes pour qu’elles soient au niveau de cet engagement que nous leur demandons.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 3ème dimanche de Pâques, 18 avril 2021

    Contrôle d’identité  

    De nos jours, avec la covid19, les contrôles d’identité se multiplient pour faire respecter les règles nécessaires à l’éviction de cette pandémie.

    Dans les Évangiles aussi il est question de contrôle d’identité. Mais pas pour les mêmes raisons.

    Les récits d’apparitions témoignent en effet que les apôtres ont tout fait pour éviter un contrôle d’identité de la part de ceux qui avaient fait crucifier Jésus. Eux-mêmes, se sont livrés à un contrôle à l’égard de Jésus tant sa mort les avaient perturbés.

    « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous je ne croirai pas !» avait dit Thomas. Dans l’Évangile ce dimanche, c’est Jésus lui-même qui les invite à ce contrôle : « Voyez mes mains et mes pieds. C’est bien moi ! Touchez-moi. Regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. ».

    Mais dans leur joie et saisis d’étonnement, ils n’osaient pas encore y croire ! Et Jésus va devoir apporter d’autres preuves dont le fait de « manger » devant eux  qui devait évoquer bien des souvenirs et l’explication des Ecritures.

    Mais c’est finalement le don de l’Esprit Saint qui affermira leur foi et fera d’eux les témoins que Jésus leur demandait d’être.

    Sans doute notre statut de croyant n’est-il pas le même que celui des apôtres. Mais ce qui leur est arrivé nous concerne directement. Que disons-nous quand nous parlons du Corps du Christ ? Et lorsque dans le Credo nous affirmons que nous croyons à la résurrection de la chair ?

    Nous ne devons pas oublier la triple dimension du Corps du Christ : son corps historique et glorieux, son corps eucharistique, son corps ecclésial en croissance dans l’histoire. Ces trois présences réelles sont inséparables.

    Quant à nous, croire à la résurrection des corps c’est avoir l’assurance que nous retrouverons ce que notre corps nous permet aujourd’hui : la relation, la communication, l’amour, le travail, que sais-je encore. 

    Croire à la résurrection c’est « croire à l’amour de Dieu qui s’est manifesté dans le Fils. C’est s’ouvrir intérieurement à une réalité qui nous dépasse mais qui nous met en mouvement vers notre être authentique. » (Eloi Leclerc).   

    À nous d’en être, comme les premiers apôtres, les témoins.

    Père Édouard Bois

  • Édito du 2ème dimanche de Pâques, 11 avril 2021

    Avec Thomas, l’incrédule.

    “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! “

    Combien de fois, n’avons-nous pas traversé les mêmes périodes d’incrédulité et de doutes que l’apôtre Thomas. Tout récemment encore des parents du catéchisme me rapportaient une remarque entendue de leur enfant : “Jésus je veux bien le prier, mais c’est difficile quand on ne le voit pas ? “ (sous-entendu, c’est aussi la même question que je me pose !).

    D’une certaine façon, nous sommes tous des jumeaux de Thomas, appelé Didyme (c.a.d. jumeau). Des hommes et des femmes qui ne se laissent pas convaincre par de belles paroles. Thomas a besoin de voir et toucher pour croire. Marie de Magdala, au tombeau, n’avait-elle pas voulu, elle aussi, toucher son Seigneur en le reconnaissant ?

    “Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. “

    C’est dans ce lieu confiné que se déroule, dans l’évangile de St Jean, la reconnaissance de Jésus ressuscité ; une reconnaissance qui ne sera jamais de l’ordre de l’évidence, d’après ce que nous disent tous les récits d’apparitions : c’est bien Lui, ce n’est pas un fantôme (il va manger et boire avec eux), mais c’est aussi quelqu’un de différent (il est là alors que les portes sont verrouillées).

    “Cesse d’être incrédule, sois croyant. “ La foi en la résurrection nous demande de dépasser le scepticisme et le doute par la confiance, car on ne peut pas tout enfermer dans la rationalité humaine et l’expérience sensible.

    Mais, dans le même temps, les évangiles nous disent que ces rencontres avec Jésus vivant n’ont pas été vécues comme des retrouvailles ordinaires. Ainsi, pour tous ceux qui ont été les témoins de sa résurrection, cela a été réellement fondateur, recréateur.

    C’est un peu comme une nouvelle naissance : les retrouvailles avec leur Seigneur ressuscité vont les faire passer des ténèbres à la lumière, de la peur à la foi, de l’angoisse à la paix et la joie.  Et ce souffle que Jésus répand sur eux a quelque similitude avec celui que le Créateur a insufflé dans le corps d’Adam au début de l’humanité.

    Même pour Thomas l’incrédule, c’est à une autre manière de voir et de percevoir qu’il accède. On ne sait pas, finalement s’il a touché le corps glorieux du Christ ressuscité, comme Celui-ci l’invite à le faire ; cela, en fait, est devenu totalement insignifiant. Par contre il accède à un autre type de reconnaissance de Jésus, différente de celle qu’il avait connu de son vivant. C’est le passage de l’incrédulité à la foi en Jésus Messie envoyé de Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »  Saint Thomas d’Aquin, le théologien, a une très belle formule à propos de son homonyme : “Il vit une chose, il en crut une autre. “

    Que ce dimanche de la miséricorde renouvelle notre foi avec l’apôtre Thomas, et tous ceux qui mettent leur espérance dans le Christ vivant.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito de la Résurrection du Seigneur, dimanche 4 avril 2021

    “Il faisait encore sombre “

    Ce matin de Pâques, il fait sombre sur notre monde touché depuis plus d’un an par ce sinistre virus…, dans notre Église éprouvée …, et sur l’homme qui s’inquiète pour son avenir…

    Ce matin de Pâques, il fait sombre dans nos cœurs, alors que nous ne savons toujours pas quand nous pourrons reprendre une vie normale, avec cette menace permanente qui peut à tout moment nous atteindre, ou frapper nos proches.

    Il faisait encore sombre en ce petit matin quand les saintes femmes se rendent au tombeau. Et pourtant le tombeau était ouvert et Jésus est déjà ressuscité !

    Et bien qu’ils aient entendu les femmes annoncer ce qu’elles avaient vu, il restait bien sombre le visage de ces deux disciples qui s’en retournaient vers Emmaüs. Pourtant Jésus cheminait avec eux, mais leurs yeux ne savaient pas le reconnaître.

    Ce petit matin de Pâques Pierre et Jean courent eux aussi au tombeau.

    L’évangéliste St Jean, dans un raccourci saisissant, résume à l’aide de deux verbes le passage brusque qui se produisit en lui ce jour-là :

    “Il vit“. Qu’a-t-il vu en fait ? Le tombeau ouvert et vide.

    “Il crut “. C’est comme si une révélation lumineuse était venue tout éclairer d’un jour nouveau : “Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. “

    Ainsi la foi ne nécessite plus de voir ou de toucher. Un simple signe suffit.

    Et petit à petit, tous ceux pour qui la vie du Christ a compté vont eux aussi passer de l’inquiétude à la joie, de l’incompréhension à l’évidence, des ténèbres à la lumière de la foi.

    C’est comme si la résurrection du Christ les touchait chacun dans leur être le plus profond : « Ressuscités avec le Christ » dira St Paul.

    Tout au cours de ce carême, nous avons médité sur ces différents passages qui sont au cœur de notre foi ; et notre croix est aujourd’hui fleurie de tous ces petits passages qui ont jalonné ces quarante jours de désert.

    Mais il faudra encore du temps, cinquante jours nous dit l’évangéliste Luc, et le souffle de l’Esprit saint, pour que tous les disciples effectuent eux aussi cette “Pâque intérieure“ et osent sortir de leur confinement pour proclamer avec Pierre : “ Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. “

    Le monde n’a pas brutalement changé au matin de Pâque, par quelque coup de baguette divine ! Mais avec Nicodème, Marthe et Marie, les apôtres, Marie Madeleine et les autres femmes, et tous les saints de tous les temps, nous poursuivons chacun notre chemin dans la foi. Le monde n’est pas bouleversé mais, dans nos nuits les plus ténébreuses vécues avec Jésus en sa Passion, une lumière s’est levée qui ne pourra jamais s’éteindre.

    Père Luc de Saint-Basile