Mois : mars 2021

  • Édito du dimanche des Rameaux, 28 mars 2021

    “Voici ton roi qui vient
    assis sur le petit d’une ânesse “

    Aujourd’hui, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, assis sur un ânon.

    Aujourd’hui “beaucoup de gens étendent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. “ Ceux qui marchent devant Jésus et ceux qui le suivent crient : “Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! “

    Mais demain, ces mêmes foules réclameront à Pilate que Barabbas, un bandit, soit libéré. Sur Jésus, elles crieront alors par deux fois : “Crucifie-le ! “.

    Nous arrivons au terme d’un carême éprouvant, qui nous permet quand même cette année de nous retrouver pour cette fête des Rameaux ; et nous pouvons faire un premier bilan de ces invitations, pendant ces quarante jours, à effectuer des passages, qui vont malheureusement durer… au-delà de Pâques.

    A travers les peurs et les fatigues provoquées par cette longue pandémie, les privations de nos libertés et de la maîtrise de nos projets d’avenir, les renoncements aux gestes d’affection et aux étreintes, surtout avec les grands parents ou les anciens qui vivent seuls, nous traversons une sorte de désert qui nous a peut-être permis de reprendre conscience des richesses que nous possédions avant, sans en mesurer vraiment l’importance.

    Un jour – il finira bien par arriver ! – nous serons à nouveau autorisés à reprendre notre vie normale et ce sera certainement une explosion de joie et de fêtes des retrouvailles. Mais, à la différence de ces foules versatiles de Jérusalem, saurons-nous alors toujours privilégier ces choses simples de la vie mais si essentielles, toutes ces personnes invisibles à notre service que nous aurons redécouvert pendant ce long et singulier carême.

    En méditant aujourd’hui la Passion de Jésus Christ dans l’évangile de St Marc, nous voyons que même l’apôtre Pierre fait la douloureuse expérience qu’il y a une distance entre son désir sincère de suivre le Christ dans la fidélité, et la réalité de ses forces en face de la première adversité. C’est toute l’ambiguïté de la fragilité humaine qui se retrouve au cœur de cette fête des Rameaux et qui est d’abord, pour nous, un appel à l’humilité.

    En entrant dans cette semaine sainte qui est le chemin vers la vie nouvelle, laissons-nous entraîner par le Christ Jésus dans sa fidélité à son message d’amour et de son obéissance en face de l’adversité : “Il s’est fait obéissant jusqu’à mourir et mourir sur une croix “ (Ph 2,8, 2ème lecture).

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 5ème dimanche de Carême, 21 mars 2021

    On n’est pas chrétien tout seul !      

    Le carême 2021 tire à sa fin. Même si l’attention de beaucoup est ailleurs dans le contexte de pandémie qui est le nôtre, dimanche prochain ce sera le traditionnel dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine sainte.

    Le Mercredi des Cendres, jour d’ouverture du Carême, nous avions entendu sur nos vies un appel : « Convertissez – vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

    Ce « vous » n’est pas simplement un « vous » de politesse. Plus que cela il signifie qu’il y a une dimension de communion dans cette démarche du Carême et la fête de Pâques. On ne nait pas chrétien tout seul et on n’est pas chrétien tout seul. Le carême n’est pas un exercice solitaire pour se regarder indéfiniment. Nous sommes fondamentalement des êtres de relation et de partage.

    L’évangile de ce dimanche nous rappelle que la vie divine qui nous est proposée par Jésus ne se superpose pas, comme de l’extérieur, à notre désir humain de vie qui nous fait redouter la mort avec angoisse.

    Dès à présent la vie éternelle nous est donnée. Pas plus tard. Déjà elle nous fait entrer dans l’extraordinaire mystère d’amour qu’est Dieu en lui-même. Notre baptême en est un signe privilégié.

    Jésus a fait don de sa vie pour cela jusque dans la tragédie qui s’annonce pour lui et qui, pour saint Jean, est un acte d’amour sans mesure. 

    Nous somme nous aussi, en ce temps de carême, invités, non à une introspection sans fin, mais à vérifier les liens de communion qui nous unissent aux autres, chrétiens ou non, et au Seigneur.  

    Philippe, nous dit saint Jean, est attentif aux questions de ces grecs venus d’ailleurs pour la Pâque juive et qui veulent voir Jésus. Philippe est aussi attentif à partager cette demande avec André et ensemble de décider d’en parler à Jésus. Un rappel pour nous d’être à l’écoute de tous et de partager entre chrétiens de bien des manières. Dans les groupes paroissiaux de carême par exemple. Mais pas seulement.

    Sans négliger la communion avec ceux proches ou lointains qui sont dans en grande difficulté et ont besoin d’aide. Comme par exemple, en ce dimanche du partage avec les écoles du Liban, à l’initiative du diocèse de Paris, et dont Marc Chécri nous a si bien parlé dimanche dernier.

    « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, fin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 20-21).

    Père Edouard Bois

  • Édito du 4ème dimanche de carême, 14 mars 2021

    “Celui qui fait la vérité vient à la lumière.“

            Un passage des ténèbres à la lumière.

    Dans la rencontre de Jésus avec Nicodème, proposée en ce dimanche de carême, il y a trois mots qui reviennent en boucle : Jugement, vérité, lumière.

    Comment les articuler ensemble avec cette invitation, dans notre livret de carême, à effectuer un passage des ténèbres à la lumière ?

    Le mot français, “jugement“, a une connotation très juridique, – juger, c’est dire le droit – ; mais cela ne rend pas toute la saveur du mot grec krinein qui signifie séparer, distinguer, choisir, décider, trancher.

    Par jugement, on entend bien souvent une condamnation qui tombe d’en-haut de manière péremptoire et unilatérale : le verdict du juge. Et l’on a tendance à comprendre le jugement de Dieu comme cette sentence qu’il prononcera sur la qualité de ce que nous avons vécu, avec en arrière plan ces scènes du Jugement dernier qui ornent le fronton de nos basiliques ou cathédrales.

    Cette compréhension est pourtant démentie par toute la révélation biblique qui parle de Dieu comme un Dieu “riche en miséricorde“, comme le décrit St Paul dans la deuxième lecture.

    En fait, un “procès“ est ce processus qui prend du temps pour faire advenir une vérité la plus objective possible. Le jugement ne vient que sanctionner cette vérité qu’on a fait advenir. Le jugement c’est donc la capacité pour l’être humain à se mettre en vérité avec lui-même : “le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

    Le Jugement dernier sera donc le moment où se dévoilera la vérité de ce que nous sommes à la lumière de ce face à face avec Dieu. Et le Christ qui est “la lumière venue dans le monde“ nous permet déjà aujourd’hui de discerner ce qui est ténèbre en nous.

    En levant les yeux vers notre croix qui fleurit un peu plus chaque dimanche dans notre église, un signe d’espérance nous est donné. Comme les hébreux invités à lever les yeux vers le serpent de bronze dans le désert, ce signe nous rappelle qu’il “faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.“

    Pour cela il nous revient de “discerner“ en nous (en latin « scrutare » – scrutin) la lumière des ténèbres. C’est le sens de cette dernière étape qui va conduire ce dimanche Jacqueline, Hao Jing-Véronique et Eoghan à être baptisés prochainement en ce temps de Pâques.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 7 mars, 3ème dimanche de Carême

    Mais lui parlait du sanctuaire de son Corps.

    Les lectures méditées en ces dimanches de carême nous redisent ce désir insensé de Dieu de chercher, envers et contre tout, à tisser un lien d’Alliance avec l’homme. Ainsi, le premier dimanche de carême commençait avec l’Alliance avec Noé, et dimanche dernier nous relisions l’Alliance avec Abraham.

    Aujourd’hui, à travers le don des dix commandements gravés par Moïse au Sinaï, Dieu propose son Alliance avec ce peuple qu’il s’est choisi et qu’il a libéré de l’esclavage de l’Egypte. Les deux tables de la Loi, celle qui régule les relations avec Lui, et celle qui administre les relations à l’intérieur du peuple, vont désormais être inséparables.

    Ces tables ont d’abord été transportées dans le désert, dans “l’arche d’Alliance“ ; puis les premiers rois sédentaires, David et son fils Salomon, vont bâtir un Temple à Jérusalem pour leur donner une demeure définitive. Et ce Temple, même s’il sera détruit et rebâti plusieurs fois, et malgré la disparition des tables de la Loi, va rester le lieu symbolique de l’Alliance.

    Le passage de l’évangile de St Jean proposé aujourd’hui nous relate ce moment surprenant où Jésus, dans ce Temple, va chasser les vendeurs qui y sont installés.

    Il serait anachronique de comparer leurs boutiques à celles qui fleurissent autour de nos lieux de pèlerinage. Non, ces animaux vendus étaient nécessaires pour les sacrifices rituels, et les pièces utilisées dans la vie quotidienne devaient être échangées avec de la monnaie purifiée pour les offrandes. Le geste de Jésus revêt d’abord une signification messianique, comme s’il voulait annoncer que les sacrifices de l’ancienne Alliance ne sont plus nécessaires.

    D’ailleurs ses interlocuteurs juifs ne s’y sont pas trompés : «Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » – « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » –  «Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. »

    Ainsi Jésus annonce que le lieu de l’Alliance nouvelle avec son Père ne sera plus désormais un Temple fait de main d’hommes, mais son Corps ressuscité. Et tous les sacrifices de l’ancienne Alliance qui sont régis par la Loi Mosaïque sont dépassés par le sacrifice de Celui qui va offrir sa vie par amour pour tous les hommes.

    Aujourd’hui notre Eglise, Corps du Christ et Temple de l’Esprit est devenue le lieu de la rencontre avec notre Dieu. Ainsi, cette église de ND de Bercy, faite de main d’hommes dans laquelle nous nous retrouvons, n’aurait pas de signification si elle n’était habitée par ceux qui se reconnaissent comme les membres du Corps du Christ, cette communauté chrétienne que nous formons sur notre quartier.

    Comme l’enseignait St Augustin aux nouveaux baptisés, qu’en partageant cette eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche nous devenions un peu plus ce que nous recevons : le Corps du Christ.

    Père Luc de Saint-Basile