Mois : février 2021

  • Edito du 28 février 2021, 2ème dimanche de Carême

    La Transfiguration du Christ,

    passage de la peur à la foi.

    En nous remémorant ce que nous vivions il y a un an, juste avant le premier confinement, nous avons du mal à réaliser la légèreté avec laquelle nous menions alors nos existences :  déplacements, fêtes, et sorties festives sans contraintes, vacances qui nous faisaient parfois prendre l’avion sans se poser de questions, et bien sûr aucun masque, geste barrière, dérogations ou protocole sanitaire…

    Depuis lors c’est un climat d’anxiété et d’incertitude en face de l’avenir qui pèse sur notre monde : tout peut être bousculé du jour au lendemain par de nouvelles mesures sanitaires, un problème de santé, de chômage, des faillites, par la montée de la violence, ou des risques de crises internationales !

    Face à ces peurs et ces inquiétudes, comment arriver à redécouvrir cette sérénité que donne la foi ?

    La Transfiguration du Christ se situe, lui aussi, à un moment particulièrement anxiogène. Jésus a commencé à annoncer à ses disciples “qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. “ Une prédiction tragique qui a aussitôt été rejetée par Pierre et les autres disciples comme inimaginable.

    L’évangile de ce jour poursuit : “ Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. “

    Un moment de grâce et de paix offert à ces trois hommes, les plus proches de Jésus et qui seront là avec lui dans le dernier combat à Gethsémani. Une vision anticipée du Christ en gloire qui va leur permettre de le suivre dans sa montée à Jérusalem, fortifiés par ce souvenir qu’il leur est demandé de garder secret jusqu’à ce que “le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. “

    Saint Paul dans l’épitre aux hébreux nous dit : “La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. “ (He 11,1)

    Et un peu plus loin : “ Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses. “ (v. 17). C’est ce que nous décrit la première lecture de ce dimanche. Et ce jour-là, la main de l’ange va heureusement arrêter le geste sacrificiel d’Abraham.

     « Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ? » C’est le cri de reconnaissance de l’apôtre Paul, dans l’épitre aux Romains, devant cette folie de l’amour infini de Dieu.

    Qu’en franchissant avec Pierre, Jacques et Jean ce nouveau passage vers Pâques, nous avancions avec le souvenir transfiguré de ce don d’amour que Dieu, notre Père, nous a fait, une fois pour toutes.

    Père Luc de Saint-Basile.

  • Édito du 1er dimanche de Carême, 21 février 2021

    Aussitôt l’Esprit le pousse au désert…

    Nous voici entrés en carême et invités dès le premier dimanche à suivre Jésus au désert.

    St Marc situe cet épisode juste après le baptême de Jésus, avec ce mot “aussitôt“ qui semble souligner encore plus fortement le lien entre le baptême et la tentation. Comme si le baptême induisait naturellement ce combat avec nous même qui est une lutte permanente contre les tentations. (cf livret de carême)

    Nous savons aussi que ces 40 jours au désert, qui inaugurent le ministère public de Jésus, est lourd de signification pour celui ou celle qui est bercé par la Bible : il renvoie aux 40 années qu’il a fallu aux hébreux pour traverser le désert, avant d’arriver en Terre promise.

    Mais la première lecture nous rappelle aussi que, pendant quarante jours et quarante nuits, l’eau du déluge a submergé la terre. Et c’est l’Alliance avec Noé, après la chute d’Adam, qui marque le début d’une nouvelle création, alors que le mal semblait vouloir tout dominer. Ainsi l’arc en ciel dans la nuée rappelle cette Alliance entre Dieu et l’humanité qui a été tissée de toute éternité et qui est à l’épreuve du temps : quoique fasse l’homme, il n’y aura plus jamais de déluge, de nouveaux recommencements.

    Cette description de Jésus, vivant pendant 40 jours au désert, au milieu des bêtes sauvages et servi par les anges, nous laisse percevoir qu’il inaugure une Alliance nouvelle, des temps nouveaux : “Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. “

    Mais le désert, diamétralement opposé au jardin d’Eden, signifie bien l’enjeu de ce temps qui n’est pas un recommencement, comme pour Noé après le déluge, mais un salut apporté au cœur d’un monde marqué par la mort, la sécheresse et le péché.

    Et, comme pour Jésus, c’est par le baptême que nous entrons dans ce combat contre les tentations, ainsi que nous le rappelle l’épitre de St Pierre : “Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu…“

    C’est notre baptême qu’il va falloir revivifier au désert pendant ces 40 jours du carême, les yeux fixés vers ce monde réconcilié qui est l’espérance de notre foi, et avec cet appel à la conversion qui nous fait renoncer au mal et choisir de manière renouvelée de mettre le Christ au centre de nos vies.

    Que nous puissions le faire avec cet élan des catéchumènes, appelés ce samedi par notre archevêque, et qui seront baptisés dans ce temps de Pâques.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 14 février, 6ème dimanche du temps ordinaire

    “Saisi de compassion, Jésus étendit la main et le toucha”

    L’évangile de ce dimanche nous rapporte la rencontre de Jésus et d’un lépreux. Sans doute sur une route entre deux bourgades. D’après la loi donnée à Moise en effet une sorte de cordon sanitaire est établi à l’égard des lépreux pour se protéger de la terrible maladie et éviter toute contamination. Le lépreux doit vivre à l’écart et être reconnaissable. Toute pandémie induit ainsi des règles de sécurité. Celle que nous vivons aujourd’hui aussi. Mais Jésus se montre néanmoins attentif à celui dont il croise la route.

    Même si nous n’avons pas les pouvoirs de guérison de Jésus c’est une longue tradition chrétienne d’être attentif aux malades qui nous entourent. Que cela soit en les visitant à l’hôpital ou à proximité de chez soi. 

    Dans les deux situations le témoignage de Cécile Grandjean qui a été bénévole en hôpital peut nous aider à vivre cette dimension de notre vie chrétienne.

    « Le milieu hospitalier est une école pour vivre la Compassion. Ce lieu permet de  rencontrer et de respecter l’autre dans son humanité. La radicalité de la maladie dénude l’âme et le cœur, centre le malade sur l’essentiel et le déstabilise. On peut vivre une relation authentique avec lui, le rejoindre en vérité.

    Chez les malades beaucoup d’inquiétudes sont liées à la question du sens. Pourquoi moi ? Notre rôle est principalement d’écoute, de présence, de respect de la personne souffrante. Pas de prosélytisme, mais simplement partager avec elle sans distinction de race et de culture.

    La souffrance laisse sans voix. Elle peut sidérer, faire voler en éclats nos repères. Certains traversent un chemin de détresse, une pauvreté, même une déstructuration. Devant un tel mystère, poser sur lui un « regard intérieur “ qui ne fixe ni ne juge, mais accueille, écoute, peut l’aider à garder sa dignité personnelle. Notre présence n’a de sens que si nous savons écouter la souffrance. Devant tant de détresses, la mission demande délicatesse, tact, amour, humilité, simplicité, respect. Il me semble important de demander à Jésus de passer le premier afin d’être avec Lui à l’écoute de l’Esprit Saint qui guidera gestes et paroles.

    S’il est chrétien, nous pouvons aider le malade à accepter d’entrer dans un autre mode de vie, plus secret, plus mystérieux où l’offrande silencieuse de ses souffrances aura une grande valeur. L’aider à ne pas considérer sa vie comme désormais sans importance pour l’Eglise. L’aider à faire des petits actes d’Amour. C’est le mystère de la Visitation, mystère de la rencontre.

    Dans cette mission, je me sens témoin de la mission d’écoute, de compassion de l’Eglise, de sa mission de révéler l’amour et la miséricorde de Dieu. »

    Puisse la célébration du sacrement des malades, ce dimanche dans notre communauté paroissiale, rendre chacun attentif de bien des manières, à la suite du Christ, à ceux et celles qui traversent l’épreuve de la maladie ou de la vieillesse. 

    Père Édouard Bois

  • Édito du dimanche 7 février, 5ème dimanche du temps ordinaire

    « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée,

              il fait des journées de manœuvre… »

    Le livre de Job décrit, de façon radicale et sans concession, la dure réalité de la vie. Oui, il y a des moments où la vie est vraiment trop pesante, avec des journées seuls devant les écrans, les cours en ligne enfermé chez soi, la course folle pour respecter le couvre-feu à 18h00. Pour d’autres au contraire, confinés pour éviter la propagation du virus ou cloués par la maladie dans leur lit d’hôpital, les jours et les nuits sont interminables et désœuvrés.

    Dès le début de sa mission, Jésus est submergé par cette détresse humaine : c’est d’abord la belle-mère de Simon qui est “au lit avec de la fièvre“ et qui ne peut pas les accueillir dans sa maison ; or, à peine a-t-elle été “relevée“ par Jésus (c’est le même mot en grec que “ressuscitée“), qu’“on lui amène tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons »


    L’Evangile de Saint Marc, dès le premier chapitre, nous décrit ainsi l’activité débordante de Jésus pour guérir, soulager la misère, libérer ceux qui sont emprisonnés par des esprits mauvais. Il n’est pas d’abord venu faire de beaux discours mais sauver des corps, apporter une libération concrète à ceux qui sont enfermés dans leurs souffrances ; et il invitera ses disciples à faire de même : au chapitre 6, les douze apôtres sont envoyés en mission et “ ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.“

    Pourtant, le lendemain, après s’être retiré dans un endroit désert pour prier son Père, Jésus va donner un nouveau sens à sa mission : “Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. “

    “Partons ailleurs“, c’est une invitation à ne pas nous enfermer dans la petite sphère de ceux avec qui nous nous sentons le mieux, ceux qui partagent notre foi, nos idées, et avec qui nous nous soutenons les uns les autres. Notre pape dans son encyclique “Fratelli tutti“ nous invitait lui aussi à élargir sans cesse le cercle de notre fraternité.

    “Partons ailleurs“, c’est aussi accepter des remises en question qui nous font progresser dans la connaissance et l’amour de Dieu et des autres. C’est tout le sens de cette marche à la suite du Christ qui nous porte de vie nouvelle en vie nouvelle, et qui nous conduira un jour à la plénitude de notre résurrection.

    Quand la vie est trop dure, saurons-nous, nous aussi, résister à cette tentation d’isolement et de repli sur nous même, ou avec nos proches, pour rester toujours accueillants à cette vie nouvelle que le Christ vient nous proposer ?

    Père Luc de Saint-Basile