Mois : juin 2020

  • Édito du 13ème dimanche du temps ordinaire, 28 juin 2020

    “Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. “

    Nous venons de traverser une période éprouvante, et qui n’est pas terminée. Depuis plusieurs mois les éditions spéciales des journaux télévisés commentent les statistiques des décès et des malades touchées par le virus, alors que nous étions confinés, seuls ou avec nos proches.

    Certains ont vécu cette épreuve de manière particulièrement difficiles : je pense à ceux qui ont perdu un parent à l’hôpital ou en EPHAD, le personnel qui était en première ligne pour se battre contre le virus ou assurer les services nécessaires pour que la vie continue et que nous avons applaudi tous les soirs, les personnes seules ou “à risques“, … Nous avons aussi tous ressentis la peur quand il fallait sortir faire des courses, prendre les transports en commun, aller chez le médecin…

    En parlant de tout cela avec les différents groupes qui se sont réunis ces derniers jours, beaucoup ont souligné combien cette période avait été propice à s’interroger sur le sens de la course folle de notre vie, sur les choses essentielles auxquelles nous tenions, sur notre rapport à la consommation et l’incidence pour notre planète, sur la fragilité de notre existence et la question de la mort ?

    Les lectures de ce jour nous interrogent, elles-aussi : quelle est la réelle fécondité de notre vie ?

    Fécondité charnelle pour la femme du pays de Sunam ; comme Sara, la femme d’Abraham, en récompense de l’accueil plein de délicatesse qu’elle prodigue au prophète Elisée, elle va attendre un enfant dans sa vieillesse.

    Une fécondité qui n’est que le signe d’une fécondité spirituelle plus profonde que Jésus nous promet. Et c’est le paradoxe affirmé au début de l’évangile : “Qui a perdu sa vie à cause de moi, la trouvera… “, et à la fin : “ Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraiche à l’un de ces petits, en sa qualité de disciple, en vérité, je vous le dis : non il ne perdra pas sa récompense. “

    L’évangile, comme tous les choix que fera Jésus pendant sa vie terrestre, nous révèlent que la fécondité est d’abord le fruit de l’ouverture à l’autre. Elle ne se mesure pas à la quantité de choses faites, à leur nombre ou à leur importance, elle se mesure à la transformation de notre cœur en un cœur aimant à la manière de Dieu.

    Mais cette ouverture du cœur ne va pas sans perdre, sans abandonner quelque chose ; prendre sur soi (c.a.d. prendre de soi-même) pour donner un peu de temps, un peu de confiance, un service, un verre d’eau fraiche, un geste qui nous comble d’une joie intérieure bien au-delà de l’effort accompli.

    Alors que plus de 120 hommes sont ordonnés prêtres en cette fin d’année pour tous nos diocèses de France, alors que nous nous souvenons – le P. Bois qui a été ordonné il y a 50 ans, et moi-même il y a 40 ans – de ce choix renouvelé chaque jour de donner notre vie à la suite du Christ vivant, nous pouvons témoigner tous les deux que la fécondité de nos ministères est sans commune mesure avec ce que nous avons perdu.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 12ème dimanche du temps ordinaire, 21 juin 2020

    Dans l’ombre ou au grand jour ?

    « Ce que je vous ai dit dans l’ombre, dites-le au grand jour. »

    « Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. »

    Ces paroles de Jésus, dans l’évangile de ce dimanche, nous disent l’importance de l’écoute et du partage dans toute vie chrétienne. 

    Il faut que le message du Christ pénètre en nous, touche notre moi profond pour qu’il puisse ensuite apparaître au grand jour, qu’il n’entre pas par une oreille pour sortir par l’autre.

    La dispersion de l’été n’est pas loin. Ce moment peut être favorable pour vérifier comment, chacun, nous avons, au long de cette année si particulière, vécu cette double dimension de la foi : l’écoute et le partage.  

    La dimension d’intériorité, d’écoute, d’abord : quelle place a eu dans ma vie l’écoute de la Parole de Dieu, la prière, l’accueil des sacrements, les propositions paroissiales ?  

    La dimension de visibilité de notre foi : en famille, dans notre environnement et notre travail, en paroisse. Comment ai-je été attentif aux préoccupations des autres, et comment ont-ils pu pressentir la source de ma présence, de mon écoute, de ma parole, de mon attention aux événements qui ont marqué leur vie au plan humain ou religieux.

    Le pape François, à ce sujet, a écrit de belles paroles :

    « Être disciple, dit-il, c’est avoir la disposition permanente de porter aux autres l’amour de Jésus, de partager l’amour du Christ. Ceci se manifeste spontanément en tout lieu : sur la route, sur les places, au travail, en chemin. Là où l’autre personne peut exprimer, partager ses joies, ses espérances, ses préoccupations et beaucoup de choses qu’elle porte sur son cœur. Là où je peux, raconter ma rencontre de l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous. »

    Oui, la vie divine est, pour les chrétiens, bien autre chose qu’un morceau de ciel tombé sur terre. Elle passe par les hommes, par leurs soifs, leurs tâtonnements, leurs erreurs, leurs projets, leur recherche d’un hypothétique sens à leur vie.
    Voilà le lieu où Jésus nous demande de nous déclarer, de partager son amitié avec les autres, de demeurer,  

    J’aime cette parole d’un jésuite, le père Etienne Grieu : « Lorsque je prends, dit-il, au sérieux la vie de mon quartier, de ma ville, de mon entreprise je peux y déceler un rendez-vous avec celui qui cherche à se frayer un passage dans le cœur des hommes. » 

    La paroisse, malgré des circonstances bien spéciales cette année, par diverses propositions a, je l’espère, aidé chacun à vivre cette double dimension de sa foi.

    « Ce que je vous ai dit dans l’ombre dites-le au grand jour.

    Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille proclamez-le sur les toits. »

    Père Édouard Bois

  • Édito de la fête du Corps et du Sang du Christ, 14 juin 2020

    « Ceci est mon corps… »

    Les anciens se souviennent de la “Fête Dieu“ avec ses processions dans les rues et les Saluts du Saint Sacrement accompagnés du “Tantum ergo sacramentum“.

    Le renouveau conciliaire issu de Vatican II, en donnant à cette fête le nom de “Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ“ a voulu recentrer cette fête sur le sacrement de l’eucharistie et la place qu’il tient dans nos vies de chrétiens.

    Rappelons-nous, le jour de l’Ascension nous entendions ces derniers mots du Christ ressuscité qui concluent l’évangile de St Matthieu : “Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. “

    Et le jour de la Pentecôte nous célébrions cette présence de Jésus au cœur de chacun de nous par son Esprit Saint ; mais il nous a aussi donné des signes de sa présence, et l’un des signes privilégiés c’est ce repas célébré en mémoire de lui.

    Le discours de Jésus sur le Pain de Vie dans l’évangile de St Jean lu pour cette fête peut nous heurter par le réalisme des expressions employées : “Celui qui mange ma chair et boit mon sang…“

    Il est évident qu’il s’agit de toute autre chose qu’une cérémonie d’anthropophagie. A travers le réalisme des mots, Jésus veut souligner la réalité de sa présence qui n’est pas que dans le souvenir. Le souvenir est dans notre tête ou dans notre cœur quand nous pensons à quelqu’un que nous avons perdu. La présence de Jésus dans l’eucharistie reste mystérieuse et extérieure à nous, mais bien réelle. En communiant à la messe, nous avons une relation réelle avec le Seigneur ressuscité et pas seulement une évocation de sa présence au milieu de ses apôtres il y a vingt siècles.

    Dans le même temps il faut résister à la tentation de chosifier ce sacrement. Nous avons en effet toujours tendance à identifier le réel avec ce que nous pouvons toucher et voir – ne chantons-nous pas parfois “je veux voir Dieu“. Or le Christ ressuscité que nous rencontrons à la messe reste en dehors de nos catégories humaines. Simplement il se manifeste à nous sous le signe du pain et du vin, sous le signe d’une nourriture pour nous dire qu’il veut nourrir notre vie de sa vie. Cela signifie que l’amour qui a glorifié Jésus pour l’établir comme Fils bien aimé du Père peut aussi nous pénétrer, nous saisir, nous transformer. La Pâque que le Christ a vécue en passant de la mort à la vie nous est ainsi offerte dans le rite eucharistique.

    Saint Augustin l’exprimait déjà : “Soyez donc ce que vous voyez et recevez ce que vous êtes“.

    Qu’en cette année particulière où nous avons dû nous contenter pendant plusieurs semaines d’eucharisties virtuelles imposées par le Covid 19, nous redécouvrions de manière nouvelle cette présence vivifiante du Christ qui vient transformer nos vies.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche de la Trinité, 7 juin 2020

    Qui est Dieu pour moi ?

    C’est, en ce dimanche, pour tous, la traditionnelle fête des mères et pour les chrétiens aussi la fête de la Sainte Trinité.

    Même s’il ne s’agit là que d’une coïncidence, ces deux fêtes sont inter-actives. Comment en effet, particulièrement en cette période où elles ont été encore plus mises à contribution, séparer celles qui donnent la vie et ce Dieu qui est, selon ce que Jésus nous en a dit, source de toute vie et de tout amour.

    « Le Père ne cesse de communiquer à son Fils unique la plénitude de sa divinité, écrit Eloi Leclerc, auteur franciscain de renom, Et de leur amour mutuel jaillit l’Esprit. Aucune des trois personnes divines ne se garde pour elle-même. Aucune ne retient pour soi la divinité. Chacune n’existe que dans sa relation à l’autre : dans son don à l’autre.

    Et tous les trois ne font qu’un seul Dieu, en une seule communion. Ainsi la joie du Père est d’engendrer son Fils éternellement dans l’Esprit. »   

    Mieux que tout autre les mamans sont susceptibles de comprendre ces paroles et de partager à leurs enfants la réalité de ce Dieu « Trinité » en écho aux questions que les événements qui jalonnent la vie de la planète, font surgir en chacun tôt ou tard : Mais qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que vivre pour moi ?

    Car nous nous faisons des idées bien diverses sur Dieu. Il peut être un surveillant qui punit, un général d’armée devant qui on est au garde-à vous, un grand horloger qui manipule le monde, etc. Autant d’images que rejette notre moderne aspiration à la liberté et à la vie et nous provoque à nous demander : qui est Dieu pour moi ?

    La fête de la Sainte Trinité nous invite à chercher Dieu du côté de ce qu’il y a de plus profond en l’homme : Dieu est liberté et relation d’amour. Notre Dieu est un Dieu qui laisse aller le monde mais qui est touché par ce qui arrive à chacun. Mieux ce Dieu nous libère de tous nos confinements. Il ouvre la planète et nos vies à sa propre vie. Pas seulement plus tard. Déjà. Maintenant.    

    Et Eloi Leclerc d’ajouter : « Dans un excès d’amour Dieu Trinité a voulu communiquer sa joie divine, hors de lui, librement et gratuitement, en appelant des créatures à partager sa propre vie dans l’amour. Et ce dessein il a projeté de le réaliser en s’unissant lui-même à notre humanité en la personne de son Fils éternel. »   

    Bonne fête des mères et de la Sainte Trinité !

    Père Edouard Bois