Mois : novembre 2017

  • Edito de la Solennité du Christ Roi de l’univers

    La fin du monde, c’est pour quand ?

    Nous arrivons au terme de notre année liturgique en célébrant la fête du Christ Roi de l’univers. Et ce dimanche, la méditation de la parabole du jugement dernier dans l’évangile de St. Matthieu nous propose moins de centrer notre regard sur le Christ Roi que sur le type de Royaume qu’il inaugure.

     

    Ce jour-là, les disciples avaient osé poser à Jésus la question qui taraude tout homme, même si, aujourd’hui, nos contemporains préfèrent l’occulter en se réfugiant dans des petits plaisirs éphémères ou dans un activisme forcené : Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. »

     

    La réponse viendra sous la forme de petites paraboles sur la fin des temps, avec notamment celle des talents dimanche dernier, et celle des brebis et des boucs aujourd’hui :« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. »

     

    Nous avons tous en mémoire ces splendides tympans du jugement dernier qui ornent nos cathédrales, ou celui de la basilique de Vézelay. Le Christ en gloire, avec à sa droite ceux qui vont partager l’amour de Dieu et, à sa gauche, ceux qui, la tête basse, sont emportés par des petits diables fourchus vers le royaume des ténèbres.

     

    Alors, quand cela arrivera t-il et quels sont les signes de sa venue ?

     

    Jésus répond à ses disciples : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

     

    Il nous révèle ainsi la véritable « date » de l’avènement de son Royaume.

    Ce Roi qu’ils croiront voir pour la première fois au moment du jugement final, ils l’auront croisé en fait depuis longtemps, tout au long de leur vie quotidienne, même s’ils n’en étaient pas conscients. L’homme rencontre le Christ, Roi de l’univers, chaque fois qu’il est devant son prochain, et plus particulièrement devant l’un de ces petits dont parle l’évangile ; le jugement et le sort final de chacun se décide, en réalité, dès maintenant.

     

    C’est l’instant présent, dans sa banalité apparente, qui est décisif. Cet instant revêt une gravité infinie de la présence réelle et mystérieuse du Christ-Roi dans le visage de celui qui souffre à côté de moi, même le plus défiguré.

     

    P. Luc de Saint Basile

  • Edito du 33ème dimanche du temps ordinaire, 19 novembre 2017

    N’aimons pas en paroles, mais par des actes

     

    […] Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couverts de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : «Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité» (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58). […]

     

    Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

    J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion. […]

    Extrait de la lettre du Pape François pour la Journée des Pauvres

  • Edito du 32ème dimanche du temps ordinaire, 12 novembre 2017

    Veillez donc…

     

    On raconte cette petite histoire à propos de saint Louis de Gonzague : ce dernier étant encore novice, ses camarades pendant une récréation s’amusèrent à se poser mutuellement cette question : « Si nous apprenions tout d’un coup, en ce moment même, que le Jugement dernier aura lieu dans vingt-cinq minutes, il est onze heure dix-sept, l’horloge est là, qu’est-ce que vous feriez ? »

    Les uns répondirent qu’ils se confondraient alors en prière, tous courraient se confesser, les uns allaient se réconcilier avec leurs proches, d’autres se recommandaient à leur saint Patron. Louis de Gonzague répondit simplement : « Je continuerai à jouer à la balle au chasseur ».

     

    Les évangiles des derniers dimanches de notre année liturgique tournent justement notre regard vers le retour du Seigneur dans sa gloire, à la fin des temps.

    Aujourd’hui les cinq vierges prévoyantes et les cinq insensées sont réveillées brutalement au milieu de la nuit par un cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. »

    Une parabole cruelle pour les vierges insensées qui ne pourront même pas profiter de la provision d’huile des autres, et finiront par se retrouver dehors, derrière la porte fermée.

    « Veillez-donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

     

    “Veiller ! “, qu’est-ce à dire ? Faut-il vivre en permanence avec cette pensée de la fin ultime qui paralyse et risque de nous faire voir tout en noir ?

    N’est-il pas préférable de jouir jusqu’au bout du moment présent, en fuyant cette conscience de la mort, comme semble le suggérer l’apparente frivolité de Louis de Gonzague ?

    Ainsi, beaucoup d’hommes et de femmes aujourd’hui traversent la vie comme des somnambules, remettant toujours au lendemain, ou à des spécialistes, les grandes questions de la vie et de la mort.

     

    La réponse de Louis de Gonzague atteste plutôt qu’il se tenait déjà dans la gravité de la question. Et l’imminence du jugement dernier ne l’a pas paralysé. Elle l’a poussé à agir comme les autres, mais en profondeur et vérité. La balle au chasseur n’était pas qu’une distraction, mais sa tâche d’homme à ce moment-là. Une tâche qu’il vivait déjà intensément, dans l’amour et la remise complète de soi à la Providence. Tant il est vrai que ce n’est pas la grandeur et l’héroïsme de ce qu’on fait qui compte, mais la vérité et l’amour avec lesquels on le fait.

     

    Et si chacun se demandait aujourd’hui ce qu’il ferait si on lui posait la même question ?

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 31ème dimanche du temps ordinaire, 5 novembre 2017

    Vous n’avez qu’un seul Père !

    Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce dimanche suscitent toujours beaucoup de débats entre les chrétiens au sujet de la manière d’appeler les prêtres puisqu’il n’y a qu’un seul Père et la question m’est souvent posée lorsque j’arrive dans une nouvelle paroisse :  Comment faut-il vous appeler ?   

    Mais il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. L’enseignement de Jésus est plus qu’une affaire de protocole et concerne tout le monde. C’est à la foule et aux disciples que Jésus parle.

    C’est vrai, nous n’avons qu’un seul Père des cieux. Mais le prêtre par sa mission est au service de cette paternité divine. A lui de ne pas suivre l’exemple de ceux que Jésus montre du doigt. Ils se font appeler maître, agissent pour être vu des hommes et rechercher les honneurs. Cela s’appelle, dans l’Eglise, le cléricalisme.

    En réalité tout prêtre, digne de ce nom, devrait pouvoir dire ce que Saint Paul écrit dans l’épître aux Corinthiens : « Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ Jésus, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus… ».

    Et puis, dans la deuxième lecture de ce dimanche, pour brouiller encore un peu plus les pistes : « Frères, nous avons été plein de douceur avec vous comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons ! ».

    Quel que soit le vocabulaire et le sens de la paternité, ce qui compte en définitif c’est la manière, dans une communauté chrétienne, dont chacun se fait serviteur des autres : « Vous n’avez qu’un seul Maître mais vous êtes tous frères. » 

    Personne n’est le tout de la vie chrétienne. Chacun, selon sa vocation et sa situation propre, est signe de la manière dont le Père veut se rendre présent à notre monde. La plupart des baptisés ne quittent pas la vie commune. Ils nous apprennent ce que veut dire vivre l’Evangile dans la vie de couple, de famille, de célibat, la vie professionnelle, sociale, la communauté ecclésiale qu’ils servent au lieu de s’en servir, etc.

    Les religieux, les consacrés, les moines nous rappellent eux que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. L’horizon de notre vie est plus vaste que celui du monde. En Dieu même.

    Les pasteurs, évêques, prêtres, diacres par leur ordination sont serviteurs du désir de Dieu d’établir sa demeure en ceux qui croient en lui et qui l’aiment. Serviteurs de son désir de rassembler déjà son peuple, sa famille. Pas seulement plus tard.

    En ce sens ils sont des serviteurs privilégiés de la paternité du seul Père, signe que tout vient de lui.

    Chacun se reçoit des autres et les sert. Telle est la règle en christianisme. Chacun se rend utile et rend utiles les autres.

    A chacun de s’interroger sur la place qu’il tient, les services qu’il rend, la mission qu’il accomplit dans la communauté et le monde pour que cela soit bien au nom de notre Père des Cieux qu’il le fait en accueillant la Parole de son Fils à la suite de tous les saints que nous avons fêtés le 1er novembre, fête de tous les Saints.

    P. Edouard Bois

  • Edito du 30ème dimanche du temps ordinaire, 29 octobre 2017

     Tu aimeras… 

     

    L’amour serait-il de l’ordre des choses qui puissent se commander ?

    N’est-il pas un mouvement naturel, un sentiment spontané ?

    Et pourtant, quand un docteur de la Loi pose la question à Jésus “ dans la Loi quel est le grand commandement “, celui-ci répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… Tu aimeras ton prochain ».

    En français, le mot “aimer“ recouvre une grande diversité de sens, ce qui donne lieu, souvent, à des confusions et malentendus.

    Ainsi je peux dire avec le même mot “ j’aime le chocolat “, “j’aime le tennis “, “ j’aime la peinture de Rembrandt “, “ j’aime ma femme “, ou “ j’aime Dieu “. Mais bien sûr je n’y mets pas le même sens !

    Quel est le sens qui serait alors compatible avec l’idée d’un commandement ?

    C’est certainement un amour qui est au-delà du plaisir ou de la jouissance, au-delà même de l’émotion et du sentiment, car ces amours là ne nécessitent pas un commandement.

    C’est un amour qui se rapproche plus de celui du Bon Samaritain, celui qui sait poser les mêmes actes envers l’inconnu blessé qu’il croise sur le chemin que ceux qu’il aurait avec quelqu’un envers qui il éprouve des sentiments d’affection. Les sentiments ne se commandent pas, mais les actes, eux peuvent être commandés.

    Cet amour que commande la Bible est un amour actif, et pas seulement un amour passif, passion que l’on subit. Il a une dimension de liberté. Et la liberté, ici, ce sera la volonté. Il faut que la notion d’amour soit compatible avec celle de volonté. C’est ce qu’ont vécu et nous ont témoigné tous ces saints que nous fêtons cette semaine.

    Le philosophe Alain, disait : « aimer, c’est vouloir aimer« .

    « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? » nous demande Jésus ? (Mat 5,46).

     

    P. Luc de Saint Basile