Mois : mai 2025

  • « L’Esprit Saint vous enseignera tout, il vous donnera la paix »

               Celui qui marche sous la conduite de l’Esprit ne demeure pas constamment dans le même état et ne progresse pas toujours avec la même aisance. Le cheminement de l’homme ne lui appartient pas, mais dépend de l’initiative de l’Esprit, son maître, qui lui donne à son gré d’oublier ce qui est en arrière et d’aller de l’avant, tantôt avec lenteur, tantôt avec élan.

    Je pense que, si vous y prêtez attention, votre expérience intérieure confirmera ce que je viens d’exprimer. Si tu te sens atteint de torpeur, de chagrin ou de dégoût, ne perds pas confiance pour autant et n’abandonne pas ton projet de vie spirituelle. Cherche plutôt la main de celui qui est ton secours. Implore-le de t’entraîner à sa suite (cf. Ct 1,4) jusqu’à ce que, attiré par la grâce, tu retrouves la rapidité et l’allégresse de ta course. Alors tu pourras dire : « J’ai couru dans la voie de tes commandements : tu as dilaté mon cœur » (Ps 118,32).  Lorsque tu es comblé, ne dis pas : « Rien jamais ne m’ébranlera », afin de n’avoir pas à dire en gémissant la suite du psaume : « Tu as détourné de moi ton visage, et je me suis effondré (Ps 29,7-8). Tu auras plutôt soin, si tu es sage, de suivre le conseil de la Sagesse. Au jour de malheur, tu n’oublieras pas le bonheur, et dans le réconfort tu n’oublieras pas les moments d’infortune (cf. Si 11,27). Ainsi l’espoir ne te manquera pas au temps du malheur, ni la prévoyance au jour du bonheur.

    Au milieu des réussites et des échecs de ces temps instables, tu garderas, comme l’image de l’éternité, une solide égalité d’âme. Tu béniras le Seigneur en tout temps et ainsi, au cœur d’un monde vacillant, tu trouveras la paix, une paix pour ainsi dire inébranlable ; tu commenceras de te renouveler et de te réformer à l’image et à la ressemblance d’un Dieu dont la sérénité demeure éternellement.

     

    Saint Bernard (1091-1153)

    moine cistercien et docteur de l’Église

    Sermon 21 sur le Cantique, 4-6 (in “Lectures chrétiennes pour notre temps”, fiche D17)

    Lu pour vous, Anatole DEDEGBE

     

  • Une monde nouveau naît

                  Dans le passage de l’Apocalypse, saint Jean nous présente deux images de l’Église : « elle est une Cité, Jérusalem » et « elle est l’Épouse qui vit de l’amour de Jésus ». Une Cité, c’est des frères et des sœurs réunis qui vivent d’un amour mutuel. Jésus nous l’a dit dans l’évangile, c’est le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés », alors l’amour rejaillit de notre cœur vers celui de nos frères et sœurs. L’Église est comme un ciel nouveau, un monde nouveau car Jésus dit aussi dans l’évangile : « Voici que Je fais toutes choses nouvelles, l’univers nouveau ». Nous sommes renouvelés de l’intérieur par cette nouveauté qui est la caractéristique même de Dieu. Dieu est toujours neuf. C’est bien le même monde, mais ce monde est devenu neuf ; il a été restauré, renouvelé.

    Les paroles de Jésus prononcées au cours de son dernier repas avec ses disciples sont lourdes de sens et de conséquences. Ce sont des paroles d’adieux qui sont devenues un testament spirituel. Le legs d’un commandement qui le continue et qui rend encore efficaces sa vie et ses gestes de salut. « Comme je vous ai aimés », est certainement la phrase la plus connue de tous les évangiles. Demandez à n’importe qui, ce qu’il a retenu des évangiles, il vous répondra : « Aimez-vous les uns les autres. » Trop souvent malheureusement, il n’ira pas plus loin. Il dira : « Aimez-vous les uns les autres » comme nous disons machinalement : « Comment ça va ». Se pourrait-il que notre formule tirée de l’évangile soit devenue phrase passe-partout que nous savons par cœur, mais qui n’a pas d’impact dans la vie de tous les jours ? Lorsque Jésus a dit : « Aimez-vous les uns les autres », il a tout de suite ajouté : « Comme je vous ai aimés. » Ça fait toute la différence.

    C’est avoir les attitudes d’une vie partagée au quotidien, d’une vie axée vers la libération, pour le bonheur des autres. C’est une manière d’agir qui dépasse notre propre intérêt, qui fait entrer l’intérêt de l’autre dans nos propres objectifs. C’est un don qui n’est pas refus ou destruction de soi, mais qui est partage. Aimer comme il a aimé, et ainsi continuer sa présence, être sa présence au-delà des signes de l’absence, en ce monde.

    Jésus, pas plus que son Père, ne se manifeste d’abord aux sages et aux savants, mais aux petits et aux humbles. Paul et Barnabé, revenus de leur première mission, racontent aux fidèles de Syrie comment Dieu a ouvert aux nations païennes la porte de la foi. C’était une nouveauté. Ce récit nous montre avec quelle ardeur Paul annonça l’Évangile aux nations païennes. L’Église cherche aujourd’hui encore des chemins nouveaux pour faire connaître Jésus. Participons à ses efforts. Il ne s’agit pas de connaître par cœur, il s’agit plutôt de connaître par le cœur. Il s’agit d’aimer. Aimez-vous les uns les autres. Si déjà nous nous efforcions d’essuyer toute larme des yeux les uns des autres ? Ce serait peut-être le moyen de faire vivre la consigne de Jésus : Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres !

     

    P. Modeste MEGNANOU

     

  • Jésus, le bon pasteur et ses brebis

               En ce quatrième dimanche de Pâques, la liturgie nous offre une précieuse synthèse de la figure du Christ, bon Pasteur. Cette synthèse lumineuse sur les qualités du bon Pasteur est la bienvenue en ce temps où l’église et le monde entier attendent ou accueillent dans la sérénité et dans l’action de grâce le nouveau successeur de Saint Pierre, le 267ème pape.

    Aussi, depuis de nombreuses années, à la demande du Pape Paul VI, ce dimanche est également consacré à la prière pour les vocations sacerdotales et religieuses. Car, répondre à une telle vocation, c’est avant tout, accepter de donner sa vie à Dieu et à son peuple dans le service.

    Pour le chrétien, il n’y a rien d’humiliant ni de péjoratif d’être appelés « brebis », par le Christ, quand on se rappelle le geste bouleversant qu’il a posé ce soir-là en se mettant à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds.  Et c’est précisément sur ce point que se joue toute la différence en matière d’autorité. Les grands de ce monde conçoivent leur autorité en termes de domination; il en va tout autrement dans la relation qu’établit le Christ avec ses brebis. L’évangile de ce dimanche énumère quelques signes qui distinguent l’action de ce « Pasteur par excellence » :  tout d’abord, il fait entendre sa voix pour que les brebis le suivent en toute quiétude; reconnaître la voix de son pasteur est donc une chose importante pour la brebis. Ensuite, le Christ promet la vie éternelle à ceux qui le suivront ; cette vie éternelle est sa propre vie offerte en sacrifice pour les siens. Enfin, Jésus promet la sécurité à ceux qui se mettront à sa suite : « personne ne les arrachera de ma main ».

    Le dernier verset de la péricope dévoile le secret de tout ce qui précède. De fait, si le Christ peut se présenter comme l’unique vrai berger, c’est en raison de la relation particulière qui existe entre lui et le Père : « le Père et moi, nous sommes Un ». Jamais, Jésus n’est allé aussi loin dans l’affirmation de sa nature divine. Un jour, un homme se présenta chez un psychanalyste pour lui dire : « Mes amis m’ont recommandé de parler avec vous parce qu’ils estiment que j’ai un problème de mégalomanie. » Ne vous en faites pas, lui dit le praticien; vous avez frappé à la bonne porte; mais dîtes-moi : comment cela a-t-il commencé?  « Eh bien, reprit le monsieur, au commencement j’ai créé le ciel et la terre ». Et le psychanalyste de conclure : « Effectivement le problème est sérieux. » J’imagine que c’est la même réaction que les Juifs ont dû avoir en écoutant Jésus déclarer que le Père et lui ne font qu’un. Et pourtant, c’est bien cela qui lui donne d’être un Pasteur particulier, dont tous les autres, en définitive ne sont que des représentants.

    P. Anatole DEDEGBE