Mois : mars 2025

  • Nos aveuglements

              Nos yeux nous permettent de voir le monde, les personnes, les événements, mais notre regard est fait de préjugés, de principes qui nous permettent de porter un jugement sur ce que nous voyons. Notre regard est tantôt illuminé par la bienveillance ou l’admiration, et tantôt obscurci par des poutres ou des pailles. Il passe les réalités que nous voyons au crible de nos lunettes, avec ou sans œillères et de nos prismes déformants. Au point qu’il nous arrive de les considérer comme bonnes ou mauvaises selon nos préjugés. Il en est ainsi pour les acteurs du récit de saint Jean, et surtout pour les pharisiens, convaincus qu’ils sont clairvoyants en considérant l’aveugle et ce Jésus qui l’a guéri comme des pécheurs.

    Pour croire, il faut voir et c’est dans ce contexte que Jésus prend l’initiative de guérir l’aveugle-né en effectuant un geste créateur : il prend de la terre qu’il mélange avec sa propre salive à l’image de Dieu dans le livre de la Genèse qui pétrit du sol l’homme puis il l’applique sur les yeux de l’aveugle et lui demande d’aller se laver à la piscine de Siloé. Voici qu’apparaît le signe du baptême, ce premier sacrement de l’initiation chrétienne qui vient nous arracher de l’aveuglement des péchés pour nous conduire vers la lumière du Seigneur.

    Le regard de Jésus transforme celui de l’aveugle sur lui-même, lui redonne confiance. Il va se laver les yeux, se laver le regard et l’emplir de la lumière d’estime qu’il a perçue dans le regard de Jésus sur lui. Jésus se présente comme celui qui vient recréer cet homme, restaurer en lui l’image positive de Dieu dès sa naissance. Il dénonce l’erreur de croire qu’une faute pourrait être à l’origine d’une infirmité humaine et dénonce le mauvais œil que tous posent sur cet aveugle.

    Ce n’est pas l’aveugle-né qui est le personnage central de ce passage, mais la cécité de ceux qui l’entourent, en particulier celle des prêtres et autres pharisiens. C’est toute la différence entre ceux qui ne peuvent pas voir et ceux qui ne veulent pas voir. Voir, c’est accepter le changement, c’est briser le statu quo, chose pas facile dans un monde fait de confort rassurant. Voir : c’est finalement se convertir ! La vie chrétienne suppose que nous regardions les personnes et les événements avec le regard même de Dieu, avec les yeux de Dieu. Si nous pouvions en face de telle personne, de tel événement nous demander : cette personne, cet événement, comment Dieu les voit-il ? Cela changerait radicalement nos attitudes et nous serions moins tentés de jugements a priori, hâtifs, de classer les gens dans des catégories, de chercher des boucs émissaires lorsque les choses vont mal, mais, sans pour autant rester passifs, nous aurions alors une vision différente et, comme Dieu remplie d’une espérance qui nous dépasse. Retenons aussi une phrase de la première lecture de ce dimanche : ce que déclare le Seigneur à Samuel qui s’apprête à choisir David, le plus jeune des fils comme roi d’Israël pour remplacer Saül qui a sombré dans la folie : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

    Tout est une question de regard.  Quel est notre regard sur Jésus ? Quel est notre regard sur l’autre ?

     

    Père Modeste MEGNANOU

     

  • J’ai soif…

              Jésus a réellement soif de notre amour et de notre conversion. Au milieu de ce carême, il semble nous demander à boire mais, en même temps, devant tous les hésitants comme devant la Samaritaine, il renverse les rôles en clamant : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive » pour que tu n’aies plus jamais soif… Jésus se met ainsi en face de notre liberté et viens à notre rencontre. Il ne forcera jamais quiconque à l’aimer ni à le suivre et à vivre de son enseignement.

    Si tu savais…, dit Jésus ! Tu restes libre de ne rien me demander, de chercher à te débrouiller tout seul ; mais je t’aime sans te demander ton avis, et je donne ma vie en rançon pour toi.

    Si tu savais… Je connais toute ta vie et rien ne m’empêche de t’aimer encore avec amour. « Des maris, tu en as eu cinq… ». La femme alerte alors tout le village : « Venez voir un homme qui m’a dit ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? ».

    Si tu savais… Je ne réduis jamais personne à son péché ou à son passé ; ce n’est pas son identité ; ces cinq maris, toutes les hontes de vos vies, c’est secondaire pour moi. Mon regard traverse cette carapace pour voir qui vous êtes vraiment. Je ne vois pas une prostituée quand je vois Marie Madeleine ni un lâche quand je vois Pierre… Tous mes face à face je les gagne par le haut quand chacun sent qu’il est créé à l’image de Dieu, qu’il est aimé et racheté au prix de mon sang.

    Si tu savais… Je suis à ta disposition dans le sacrement de ma miséricorde pour la réconciliation et pour te faire revivre. Profite donc du reste de ce temps de carême pour avancer vers l’eau baptismale ou recevoir le sacrement de la miséricorde, source d’eau vive.

     

    P. Anatole DEDEGBE

  • « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le. » Mt, 17,5

                  A quelque temps de sa Passion et de sa mort, le Christ fortifie la foi de ses disciples en levant le voile sur la réalité de sa personne. Jésus connaitra la Défiguration, et ce sera le drame de la Passion et de la Croix. Mais auparavant, il y aura eu la Transfiguration, moment où ses trois disciples les plus intimes, Pierre, Jacques et Jean, auront eu la vision du Christ en gloire au Thabor.

    Nous aussi, ne nous laissons pas défigurer par les ennemis de la foi : ce qu’on regarde, ce qu’on lit, ce qu’on entend autour de nous, le péché. Mais laissons-nous transfigurer en priant chacun à sa façon sans critiquer celle de l’autre, en vivant des sacrements, en lisant la Parole de Dieu, en faisant des actes de dévotion. Ainsi, au-delà des chemins de Croix qui parfois nous défient, voire nous défigurent, puissions-nous aussi durant ce temps de carême nous recentrer sur la promesse de Pâques que nous donne le Transfiguré.

    Sur le chemin de Damas, c’est une expérience similaire aux trois apôtres du Thabor qu’a vécue saint Paul, enveloppé par la lumière et la gloire de Dieu. Il a entendu la voix du Christ l’appeler par son nom et désormais, toute sa vie sera tournée vers la proclamation de l’Evangile, soutenu par son espérance d’entrer définitivement dans la gloire du Christ. C’est la raison pour laquelle il invite Timothée à supporter sa situation et à annoncer la Bonne Nouvelle : « Souffre avec moi pour l’Evangile, soutenu par la force de Dieu. » 2 Tm,1,8.  Nous aussi, n’oublions pas de nous tourner vers nos frères et n’attendons pas d’être entre nous pour parler de notre foi.

    Le pape François rappelle à ce sujet : « Nous ne pouvons pas rester là ! La rencontre dans la prière avec Dieu nous pousse à descendre de la montagne et à retourner en bas, dans la plaine, où nous rencontrons tant de frères qui ploient sous les peines, les maladies, les injustices, l’ignorance, la pauvreté matérielle et spirituelle. » (Angélus, 16 mars 2014)

    Pendant ce temps de carême, demandons au Seigneur la grâce de faire le Bien en faisant nôtre cette Prière du matin de saint François d’Assise :

     « Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens vous demander la paix, la sagesse et la force. Je veux regarder aujourd’hui le monde avec des yeux remplis d’amour ; être patient, compréhensif, doux et sage ; voir vos enfants au-delà des apparences, comme vous les voyez vous-même, et ainsi, ne voir que le bien en chacun. Fermez mes oreilles à toute calomnie, gardez ma langue de toute malveillance et que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit. Que je sois si bienveillant et si joyeux que tous ceux qui m’approchent sentent votre puissance et votre présence. Revêtez-moi de votre beauté, Seigneur, et qu’au long du jour je vous révèle. Ainsi soit-il. »

     

                                                             François LALAU, diacre permanent

     

  • Tentation, épreuve et vie quotidienne

              Ce n’est pas un hasard si Jésus se retrouve dans le désert après son baptême. Le désert représente un lieu de préparation, un lieu d’attente pour le prochain mouvement de Dieu, un lieu d’apprentissage pour faire confiance à la miséricorde de Dieu.

              Les trois tentations rejetées par Jésus démontrent non seulement qu’il est juste selon la Loi, mais prouvent également son identité en tant que fils divin et bien-aimé de Dieu. Chaque tentation invite Jésus à se détourner de la confiance en Dieu d’une manière différente. C’est pour lui une occasion d’affirmer son identité et son avenir sur le caractère et la fiabilité de Dieu. Lorsqu’il est tenté, Jésus répond par des affirmations bibliques tirées de passages de l’Ancien Testament faisant référence au temps dans le désert. En ce sens, Jésus répète les épreuves qui se déroulent devant Israël alors qu’il s’apprête à commencer son ministère public. De même qu’Israël est sorti de ses errances purifié et prêt à hériter des bénédictions et des promesses de Dieu, Jésus émerge également de ses épreuves, confirmé dans son identité, et renforcé pour sa mission. Cette scène non seulement relie Jésus au passé de ses ancêtres, elle le marque comme supérieur à eux et prêt à inaugurer une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité et de ses relations avec Dieu.

              Être humain, c’est être conscient que nous portons en nous un vide que nous serons toujours désireux de combler. Adam et Ève voient le fruit de la connaissance et concluent que leur vide sera comblé par celui-ci.   Pourtant, après en avoir mangé, le vide demeure. Aujourd’hui, nous pourrions imaginer que ce vide a la forme d’une voiture neuve, d’un ordinateur, d’une meilleure maison, etc.  Mais après avoir travaillé, et obtenu ces choses en en sacrifiant d’autres, le vide demeure. Blaise Pascal a décrit le vide en nous comme un trou en forme de Dieu, un véritable gouffre infini dans le cœur humain. Il n’y a pas de comblement permanent de ce trou, sauf dans et par notre relation avec Dieu. Être chrétien, c’est accepter que nous sommes créés pour être en relation avec Dieu et les uns avec les autres. Peut-être que le but de la vie de foi n’est pas d’échapper à la limitation humaine, mais de découvrir Dieu au milieu de nos besoins et d’apprendre, avec Paul, que la grâce de Dieu nous suffit. La foi ne supprime pas les difficultés qui font partie intégrante de cette vie, mais elle nous donne le courage de nous tenir debout, non seulement de survivre, mais en fait de prospérer en Jésus et par lui.

              Nos propres épreuves et faiblesses peuvent devenir le lieu privilégié de notre rencontre avec Dieu.  À quelle mission Dieu appelle-t-il l’Église ? Que faut-il pour se préparer à Pâques ?

    P. Modeste MEGNANOU