Mois : septembre 2020

  • Édito du 27 septembre 2020

    « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne… »

    Il est facile de se reconnaître dans cette parabole des deux fils appelés à travailler à la vigne de leur père. Il y a celui qui dit “non“ mais peu après, regrettant sa réponse, y va ; et celui qui dit “oui“ mais se contente de parole et ne bouge pas. Tout parent, tout éducateur a été confronté à cette réalité : l’obéissance ne réside pas dans de pieuses paroles, elle se vérifie dans les actes.

    C’est ce que Jésus veut faire réaliser aux scribes et aux pharisiens, alors que ceux-ci le harcèlent et l’interpellent sur l’autorité qu’il s’adjuge : “Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. “

    Aujourd’hui, pour nous, l’autorité des paroles de Jésus ne repose pas uniquement sur la sagesse interne qu’elles renferment, mais sur le fait qu’il les a incarnés jusqu’au bout, en actes. St Paul dans son épitre aux Philippiens nous le rappelle : “Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » “

    Pour les disciples du Christ qui reconnaissent en Lui le Chemin, la Vérité et la Vie il n’y a donc pas d’autres choix possibles que de se faire, à leur tour, serviteurs des pauvres et des exclus de notre société. Les membres de la Conférence Saint Vincent de Paul au sein de notre paroisse en sont le signe, eux qui célèbrent aujourd’hui leur messe de rentrée en cette journée mondiale du migrant et du réfugié.

    Mais ce mouvement d’abaissement est déjà inscrit dans notre baptême. Le sens même de ce mot, “être plongé“, nous rappelle ce rite antique où le catéchumène était plongé dans la piscine baptismale, englouti dans les eaux, pour renaître à la vie nouvelle, à cette gloire de tous ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu. C’est cette dignité qui est donnée à Rose, Eve, Suzanne et Constance qui sont baptisées ce dimanche, en souhaitant qu’elles découvrent à leur tour, tout au cours de leur vie, la joie du service.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 20 septembre 2020

    Dieu embauche !

    Jésus souvent dans les paraboles force le trait. En partant d’un fait de la vie ordinaire de son temps il invite chacun, par un propos excessif, à se poser des questions, à se remettre en cause, à voir la vie et la foi autrement. 

    C’est le cas dans la parabole des ouvriers de la dernière heure qui nous est proposée ce dimanche où des ouvriers embauchés pour travailler à la vigne en fin de journée sont payés autant que ceux qui ont peiné depuis le début du jour.

    Le propos est pédagogique pour nous faire entrer dans l’esprit du Royaume de Dieu.

    Dans la première lecture Dieu fait dire à Isaïe : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

    L’enseignement de cette parabole n’enlève pour autant rien à la justice qui doit régler nos relations humaines et particulièrement dans le travail. Beaucoup y veillent de nos jours y compris l’Eglise dont la doctrine sociale est très élaborée. 

    Mais observant l’embauche, par un patron, d’ouvriers désœuvrés Jésus nous entraîne ailleurs.  C’est-à-dire au cœur même de Dieu.

    Il y a en Dieu, tel que Jésus en a l’expérience, un excès de gratuité, de liberté, de bonté, d’amour. Dieu ne compte pas, ne calcule pas.

    Les relations que le Dieu et Père de Jésus Christ veut tisser avec nous ne sont pas de l’ordre de la relation marchande, du donnant donnant ou même de la simple justice humaine. 

    Et ce n’est pas pour rien si Jésus rencontre surtout ceux qui ne peuvent pas rendre en retour : les enfants, les malades, les pécheurs, les soldats.

    Dieu brouille les cartes de notre bonne conscience relationnelle. Les convertis de la dernière heure seront accueillis aussi bien sinon mieux que les chrétiens de toujours. Et ceux-ci sont invités à s’en réjouir aussi. Le baptême n’est pas un passe-droit. Il nous invite à inscrire nos vies, sans négliger la justice, dans une certaine forme de gratuité qui a saveur de divin.

    Père Edouard Bois

  • Édito du dimanche 13 septembre 2020

     » Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
    mais jusqu’à 70 fois sept fois. “

    Nous connaissons bien cette répartie de Jésus en réponse à la question de Pierre : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »

    Celui-ci pensait faire bonne mesure en allant jusqu’au chiffre sept, le chiffre parfait, alors que les rabbins de l’époque estimaient que l’on pouvait pardonner jusqu’à trois fois.

    La réponse de Jésus reprend, en l’inversant, le chant féroce de Lamek, un descendant de Caïn (Gen. 4,24) : « Caïn est vengé sept fois, mais Lamek soixante dix fois sept fois ». A l’engrenage de la vengeance, il substitue la spirale contagieuse du pardon sans mesure.

    La parabole du débiteur impitoyable qui suit nous place devant ces deux logiques, ces deux lois que nous pouvons choisir pour guider nos vies :

    La Loi du Royaume, celle où le pardon de Dieu est accordé gratuitement à tous, aussi énorme soit la faute, si on est capable d’en appeler humblement à sa bienveillance ; et celle de la justice humaine où toute faute doit être payée.

    La pointe de la parabole nous indique que nous serons traités selon nos propres agissements : si, de par notre baptême, nous n’avons pas compris que nous sommes les premiers bénéficiaires du pardon immérité reçu de Dieu, nous nous excluons nous-même du Royaume et nous serons jugés selon la loi humaine qui a guidé notre vie. C’est ce que nous disons dans la prière du Notre Père :  « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

    Alors que notre pape François s’apprête à publier sa troisième encyclique sur la Fraternité (“Fratelli tutti“ – “Tous frères“), cette invitation de Jésus à pardonner gratuitement nous encourage, en cette fête paroissiale de début d’année scolaire, à redonner tout son sens à ces liens fraternels au sein de notre communauté.

    Même si le pardon est une pratique de plus en plus étrangère à notre monde – quel est le parent qui ne dirait à son enfant qu’il vaut mieux ne pas se laisser marcher sur les pieds et se défendre quand il est agressé ? – elle est pourtant essentielle pour construire des relations de fraternité entre des hommes qui sont malheureusement faillibles ; quel est le couple qui n’a pas eu à se pardonner quelque chose un jour ?

    Ainsi, sans oublier le mal ou l’injustice qui nous a peut-être blessé un jour, sachons puiser dans notre foi la force de prier avec Celui qui a pardonné le premier : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du dimanche 6 septembre 2020.

    Demander à quoi ça sert ?

    C’est le temps de la rentrée. Une rentrée a des côtés sympathiques en particulier de retrouver des visages connus ou d’en découvrir d’autres mais elle n’est pas toujours facile pour tous et particulièrement cette année avec ce Covid19 qui n’a pas dit son dernier mot.

    Que peuvent alors nous apporter, en cela, les textes de la messe de ce dimanche qui ont l’air bien loin de nos préoccupations immédiates et bien légitimes.

    « Si deux d’entre vous se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit ils l’obtiendront de mon Père qui est au cieux…Quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux. »

    Même si bien sûr « quoi que ce soit » ne veut pas dire « n’importe quoi » la prière de demande nous laisse toujours un peu perplexe. A quoi bon s‘adresser à Dieu pour résoudre nos problèmes ?  Les choses suivent leur cours, les virus continuent de mener leur vie à nos dépens, à notre prière le Ciel semble bien souvent de rester sourd même si notre prière se veut authentique. 

    La tentation est grande de passer outre à la prière de demande dont parle Jésus et de douter par exemple de l’intérêt de la Prière Universelle de la messe pourtant préparée avec grande attention. Après tout Dieu sait mieux que nous ce que nous demandons ! Il connait nos soucis avant que nous les lui confions…

    En réalité à toutes nos demandes Dieu répond par le don de l’Esprit afin de nous rendre capable d’utiliser la santé ou la maladie, la réussite ou l’échec pour aimer d’avantage à sa ressemblance. 

    La prière de demande ne change peut-être pas toujours le cours des choses elle nous rend aptes à y faire face, apte à gérer les événement heureux ou malheureux pour en faire le terrain d’un plus grand amour.

    Ce que fit Jésus sur la croix. Sa prière « éloigne de moi ce calice » n’a pas éloigné le calice mais le breuvage amer de la passion est devenu source de vie éternelle et nourriture de l’homme.

    « Frère, n’ayez de dette envers personne, dit Saint Paul dans la deuxième lecture, sauf celle de l’amour mutuel »

    La Parole de Dieu en ce temps de rentrée nous rappelle qu’en tout nous ne sommes pas chrétiens tout seul.    

    Père Edouard Bois