Mois : mars 2020

  • Edito du 5ème dimanche de Carême, 29 mars 2020

    « Lazare, viens dehors ! »

    « Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. ». (Jn 11, 44)

    Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple.(Ez 37, 12)

    Les textes de ce cinquième dimanche de carême, pris au pied de la lettre alors que nous sommes tous confinés chez nous, ne manquent pas d’humour.

    Bien sûr nous espérons entendre le plus vite possible cet appel à “sortir dehors“, mais, en attendant, nous pouvons déjà nous souvenir d’autres occasions où, comme Lazare, nous avons connu des petites morts intérieures, des moments où nous nous sommes sentis comme “enfermés dans un tombeau“ : c’était peut-être sous la forme d’un échec qu’on n’est pas arrivé à surmonter, d’une blessure impossible à pardonner, d’une peur qui paralyse en face de l’inconnu, de l’annonce d’une maladie grave, pour nous ou l’un de nos proches. Ou tout simplement la routine ou la solitude qui nous ont enfermé sur nous-mêmes.

    Mais ce texte parle surtout de de la mort physique et de la perte d’un être cher : et Jésus lui-même a pleuré devant la mort de son ami Lazare.

    Alors que cette menace de mort est de plus en plus présente dans l’actualité et tout autour de nous, nous sommes obligés dans notre confinement de la regarder en face, et de nous réinterroger de manière nouvelle sur le sens de notre vie et les priorités qui ont été celles de notre monde ces dernières années.

    A ses disciples qui s’effrayaient de devoir retourner à Jérusalem parce qu’ils savaient que Jésus y était menacé de mort, Jésus a répondu : “Lazare, notre ami s’est endormi, mais je vais le tirer de son sommeil. “ C’est comme s’il semblait nous dire : je ne suis pas venu pour empêcher de mourir, mais pour vous assurer un éveil à une autre vie que nous appelons “résurrection“.

    Et à Marthe qui demande à Jésus de redonner une vie terrestre à son frère, Jésus va tenter de déplacer son désir : “Moi je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. “ Jésus oriente ailleurs le désir de Marthe, il lui parle d’une autre vie plus grande, plus forte que cette mort humaine inévitable.

    Ce qui redonne sens à la vie peut, seul, redonner sens à la mort : seuls les vivants en parlent bien. Et même quand ils se taisent ou qu’ils pleurent, ils sont plus forts que la mort. Pour un chrétien, mourir se vit au jour le jour, comme naître. Chaque rupture, chaque passage, chaque réveil est à la fois mort et renaissance.

    “Enlevez la pierre “. “Lazare viens dehors ! “. Jésus, qui va bientôt devoir lui-même affronter la mort, est aussi celui qui nous appelle à la vie, à sortir dès aujourd’hui de nos tombeaux comme une nouvelle naissance.

    « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (2ème lecture)

    Père Luc de Saint-Basile

    PS: En ce temps où nous n’avons plus de rentrées de quêtes à cause de la crise sanitaire, vous pouvez toujours donner en cliquant sur le lien suivant: https://quete.paris.catholique.fr/?etape=1

  • Edito du 4ème dimanche de Carême, 22 mars 2020

    Les prêtres de la paroisse concélèbreront dimanche à 11h et porteront toutes les intentions de la paroisse. Que tous ceux qui le veulent s’unissent à eux dans la prière chez eux à ce moment-là!

    Édito du 4ème dimanche de Carême, 22 mars 2020.

    “ Je suis venu pour que voient ceux qui ne voient pas

    et que ceux qui voient deviennent aveugles…“

    Alors que nous sommes tous confinés chez nous pour lutter contre l’épidémie du Covid 19 notre chemin de carême prend un sens tout à fait particulier.

    Dimanche dernier, nous étions invités avec la samaritaine à creuser en nous cette source jaillissante en vie éternelle.

    Aujourd’hui l’aveugle né nous montre les passages à vivre pour accéder à la lumière.

    Voici un homme qui est aveugle de naissance et Jésus, dès le début, invite ses disciples à ne pas chercher d’abord des responsables à ce mal : “ Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.

    Ainsi il nous arrive, comme en ce moment inédit que nous vivons, de subir un mal devant lequel nous nous sentons totalement démunis. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre chez soi, en faisant confiance au personnel soignant et… se laver les mains régulièrement.

    Peut-être avons-nous déjà connu, dans d’autres circonstances, des moments similaires où tout semble noir, sans horizon, sans avenir. Des situations où nous avons l’impression de nous laisser submerger par une obscurité qui s’installe sournoisement ? N’est-ce pas, comme Jésus l’indique, le moment d’expérimenter que “l’action de Dieu doit se manifester“ là, précisément ?

    Car la guérison vient d’abord de l’initiative de Jésus : l’aveugle, de fait, n’a rien demandé.

    Jésus va faire de la boue avec sa salive et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle ; comment ne pas se rappeler le texte de la Genèse où nous voyons Dieu créer l’homme en faisant de la boue.

    Et Jésus d’ajouter : “ “Va te laver à la piscine…“ L’homme y alla, et quand il revint, il voyait. “

    La lumière du Christ, la lumière de son Esprit reçue à notre baptême, fait de nous des femmes et des hommes nouveaux. Ainsi, tout au long du récit on va s’interroger si cet aveugle est bien le même homme qu’on a connu avant, ou non.

    Mais de quelle nouveauté s’agit-il ?

    La nouveauté de l’aveugle guéri, ce n’est pas tant qu’avec ses yeux de chair il peut désormais distinguer les objets, les formes et les couleurs : la principale nouveauté de cet homme, qui va progressivement être lâché par ses voisins, puis par ses parents, avant d’être rejeté par les pharisiens, c’est qu’il est devenu un homme libre ; en choisissant de mettre sa confiance en cet “homme qu’on appelle Jésus“ qui lui a ouvert les yeux, et qu’il va désigner progressivement comme “prophète“ puis comme “Messie“, il devient aussi capable de discerner ce qui est vrai de ce qui est mensonge, de percevoir l’invisible derrière le visible.

    C’est cette chance qui nous est donnée par le Christ : dans la lumière de son Esprit, nous pouvons mieux discerner la vérité, ce qui est essentiel dans la vie et ce qui n’est que faux-semblant, “l’essentiel qui est invisible pour les yeux“ dit le renard au petit Prince.

    Dans ce temps où nous sommes privés de rassemblements eucharistiques, demandons au Christ de guérir notre aveuglement en nous donnant cette lumière qui conduit à la vérité et à la vie ; pour cela laissons résonner dans le silence de notre cœur, en communion de prière, ce beau refrain de Taizé : “Jésus le Christ, lumière intérieure, ne laisse pas mes ténèbres te parler. Jésus, le Christ, lumière intérieure, donne-moi d’accueillir ton amour. “

    Père Luc de Saint-Basile

    PS: En ce temps où nous n’avons plus de rentrées de quêtes à cause de la crise sanitaire, vous pouvez toujours donner en cliquant sur ce lien:

    https://quete.paris.catholique.fr/?etape=1

  • Edito du 3ème dimanche de Carême

    Sur notre route du carême, la rencontre de Jésus avec la samaritaine autour du puits de Jacob ; une des plus belles pages de l’évangile de St Jean que nous avons la chance de pouvoir contempler dans le bas-côté droit de notre église grâce au tableau de Jacques Stella.

    Une rencontre qui se déroule sous le régime des malentendus. Il est question de deux eaux différentes, de deux manières d’adorer, de deux nourritures… D’où un dialogue plein de quiproquos où aucun des protagonistes ne semble être sur la même longueur d’onde que l’autre.

    Malgré tout ce qui les sépare, Jésus est le premier à ouvrir le dialogue en demandant simplement à cette femme de lui donner à boire ; puis progressivement, il va tenter de l’emmener plus loin que sa soif d’eau…  Il veut réveiller en elle un désir plus profond que la satisfaction de ses besoins et plaisirs immédiats.

    « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

    En attisant sa curiosité, Il va creuser en elle le désir d’une soif plus intense en lui révélant qu’elle a en elle « une source jaillissante pour la vie éternelle » !

    Ainsi cette samaritaine, qui a cherché toute sa vie à combler sa soif d’amour en ayant successivement cinq maris, va progressivement découvrir ce don de Dieu de se savoir aimé comme elle est, en vérité.

    Et nous, de quoi avons-nous réellement soif aujourd’hui ?

    Non pas de ces petites soifs superficielles que l’on peut apaiser avec une boisson sucrée et qui ne fera qu’anesthésier pour un temps nos sensations.

    Mais bien de ces soifs intérieures, qui ne peuvent pas même être comblées par un amour humain, et que l’on ne reconnait qu’à travers ses effets : certains moments de lumière, une énergie soudaine, un sentiment de paix, une capacité à pardonner, une espérance retrouvée.

    Des petits signes de l’Esprit de Dieu à l’œuvre, de sa présence aimante, qu’il convient de reconnaître pour les savourer et en rendre grâce quand elles jaillissent en nous.

    L’expérience d’une présence qui éclaire et fait vivre, et qui nous pousse à aller la partager à d’autres : “Venez-voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? “ Une source jaillissante en vie éternelle qui rejaillit sur d’autres.

    C’est avec ceux qui avancent ce dimanche vers la vie nouvelle donnée par l’eau du baptême que nous sommes tous invités à cheminer vers Pâques en retrouvant cette source vivifiante née de la rencontre avec le Christ vivant qui, seul, peut combler nos soifs.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de Carême, 8 mars 2020

    « … Et il fut transfiguré devant eux. »

    Dimanche dernier, nous étions invités avec Jésus au désert pour être tentés.

    Aujourd’hui, en compagnie de Pierre, Jacques et Jean, Jésus nous appelle à monter avec lui sur la montagne de la transfiguration pour partager l’intimité de sa prière.

    Ce récit est l’un des plus surprenant de l’évangile. Il nous introduit dans la rencontre intime de Jésus avec son Père, une prière qui manifeste cet amour infini qui les lit. Un amour si fort qu’il va se manifester jusque dans son corps par le visage lumineux et les vêtements d’une blancheur unique ; un moment exceptionnel de vie spirituelle que nous décrivent parfois certains mystiques. Ne disons-nous pas quelquefois de certaines personnes qu’elles “rayonnent“, indiquant ainsi que ce qu’elles vivent de l’intérieur d’elles-mêmes se manifeste sur leur visage.

    C’est comme si l’évangile nous relatait ce qui se vit en Jésus pendant qu’il prie.

    Ainsi l’un des témoins de cette scène, Jean l’évangéliste, dira plus tard en parlant de Jésus : “Et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père “ (Jn 1,14). Or ce n’est pas de la gloire tirée de la réussite de sa vie dont il est question ici, mais bien de l’accomplissement de l’amour qui l’habite et dont Dieu seul est la source.

    Car, juste avant cet événement Jésus a annoncé à ses disciples déconcertés qu’il lui faudra souffrir et être mis à mort.

    Pour les trois disciples, qui seront aussi présents à Gethsémani, le souvenir de ce moment de grâce vécu avec Jésus au moment de sa transfiguration les aidera à comprendre plus tard que, même dans l’échec de la croix, s’est réalisée la bénédiction de Dieu déjà promise à Abraham dans la première lecture : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je trouve ma joie.“

    Il nous arrive aussi, trop rarement, de vivre des moments de bonheur intenses, des oasis de paix dans l’aridité et le combat permanent de nos existences quotidiennes, qui nous font croire encore à l’impossible : c’est cet homme ou cette femme qui découvrent tout à coup la joie de se sentir profondément aimé, ces parents à qui l’on met pour la première fois dans les bras ce petit être fragile qui est le fruit de leur amour, tel moment de fête ou de communion familiale…

    Ces petites transfigurations qui nous sont données, sur le chemin souvent long, obscur et difficile que nous essayons de tracer chaque jour, nous aident à croire que l’amour et le pardon, envers et contre toutes les apparences, seront toujours les plus forts.

    Ainsi, si tout est déjà donné, tout reste à vivre. C’est le chemin de Pâques qui se trouve éclairé. Il reste à parcourir.

    Père Luc de Saint-Basile