Mois : décembre 2019

  • Édito du 4ème dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019

    Saint Joseph, la sainteté dans la discrétion !

    Joseph est un homme comme nous tous. Comme nous, il avait fait des projets d’avenir. Le sien était simple et beau : fonder une famille avec Marie, cette jeune fille qu’il avait croisé à Nazareth, avoir avec elle des enfants qui seront sa joie et peut-être continueront son métier de charpentier. Les choses étaient d’ailleurs bien engagées puisque Marie était accordée en mariage avec lui.

    Et voilà que tout s’écroule : Marie est enceinte alors que, selon l’Evangile, elle n’habitait pas encore avec Joseph. Tous ses projets d’avenir sont bouleversés, il est rempli d’incertitude.

    Nous aussi, dans nos vies, nous faisons de magnifiques projets et il arrive que ces projets s’écroulent en raison d’un accident, d’une maladie, d’un échec… On a alors souvent un sentiment d’injustice, un profond désarroi, peut-être un certain désespoir. Puisque ce que j’ai projeté pour mon bonheur ne se réalise pas, alors la vie n’a plus de sens, ma vie est fichue. Et nous nous sentons, comme Joseph, désemparés.

    Dans un songe, Dieu fait comprendre à Joseph que l’enfant que porte Marie vient de Dieu : il est le Messie attendu par le peuple d’Israël. Il ne doit pas craindre de prendre chez lui Marie, malgré le “qu’en dira-t-on“. Dieu lui demande une confiance totale.

    Belle leçon pour nous : il nous faut garder confiance, malgré les apparences, garder notre foi en ce Dieu pourtant si imprévisible et silencieux, ne s’appuyer que sur la seule promesse que “Dieu est avec nous“ (“Emmanuel“) envers et contre tout.

    Joseph restera un personnage particulièrement discret dans l’évangile, il est aussi le modèle même de l’homme juste, c’est-à-dire accordé à Dieu, et disponible à son appel :

    En acceptant de changer ses projets pour se couler dans celui de Dieu, il nous fait mesurer la grandeur de l‘obéissance.

    En consentant à se laisser déposséder de sa paternité biologique, il nous révèle qu’une vraie fécondité est possible au sein même de la chasteté.

    En sachant rabaisser son orgueil bafoué de mari et de père, bien qu’il ait l’appui de la Loi, il manifeste un réel esprit d’humilité et de pauvreté.

    Ces trois vœux qui sont au cœur de toute vie consacrée et qui témoignent au milieu du monde que la promesse de Dieu peut déjà prendre corps dans des existences humaines.

    A nous qui sommes souvent en peine pour trouver des petits signes d’espérance autour de nous (ces “belles nouvelles“ qui décorent notre crèche), toutes ces vies discrètes des consacrés, moines, moniales, religieux, religieuses, sont là pour témoigner que le Royaume de Dieu est déjà là parmi nous.

    Père Luc de Saint Basile

  • 3ème dimanche de l’Avent, de Gaudete, 15 décembre 2019

    “ Es-tu celui qui doit venir ? “

    “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? “ Voici une question déconcertante dans la bouche de Jean Baptiste.

    Nous le retrouvons ce dimanche alors qu’il a été arrêté par Hérode, et qu’il est en proie au doute sur l’identité de Celui qu’il avait désigné comme l’Agneau de Dieu, l’envoyé de Dieu ! Est-ce qu’il ne s’est pas trompé ? Selon ce qu’on lui rapporte de Jésus, est-ce ainsi que doit procéder le Messie d’Israël ? Et, du fond de sa prison, il envoie ses disciples l’interroger : “Es-tu celui qui doit venir… ? “

    Ces doutes de Jean Baptiste rejoignent ceux des hommes et des femmes de toutes les époques. Ils ont été ceux des contemporains de Jésus qui espéraient un Messie qui prendrait la tête du peuple d’Israël pour chasser les occupants romains et rétablir une royauté plus belle encore que celle de leur père David.

    Aujourd’hui encore les attentes d’un salut espéré, d’un sauveur providentiel peuvent prendre la forme d’un homme politique particulièrement charismatique, des progrès de la science, de tel ou tel gourou promettant la sérénité, la santé ou le bonheur.

    Et, comme Jean Baptiste, il y a aussi ceux qui doutent : Y a-t-il seulement un sauveur ? Voilà 2000 ans que Jésus est venu au milieu de nous mais peut-on vraiment dire que le monde est sauvé ? Peut-on encore croire en un homme providentiel ?

    Dans ce passage d’évangile, Jésus ne répond pas directement aux envoyés de Jean en affirmant qu’il est bien le Messie. Il dit simplement : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez. “ Et il se contente de rappeler ce qu’annonçait le prophète Isaïe : “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. “

    Jésus reprend les signes annoncés par les prophètes qui sont des signes de compassion et de miséricorde, d’attention aux petits, aux malades, aux isolés. Des signes de guérison et de libération.

    Alors que nous nous préparons à fêter Noël, il nous arrive de croiser des hommes et des femmes qui s’interrogent toujours sur Jésus. Comment pouvez-vous affirmer que c’est bien le Messie, celui qui peut sauver tous les hommes ?

    La réponse apportée par Jésus aux envoyés de Jean nous invite à ne pas nous enliser dans des justifications intellectuelles mais à nous interroger sur les signes que nous donnons, à inviter les hommes à juger sur ce qu’ils voient.

    Bien sûr il nous arrive parfois de donner à voir une Eglise peu tolérante, fermée sur ses certitudes, peu accessible à ce que vivent certains. La conversion demandée par Jean Baptiste en cette période de l’Avent consiste principalement à chercher à accorder notre vie à l’annonce du prophète Isaïe. C’est un magnifique travail à reprendre chaque jour. N’est-ce pas cela naître avec le Christ de Noël ?

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 2ème dimanche de l’Avent, 8 décembre 2019

    “En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste…“

    En ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est la voix vigoureuse de Jean Baptiste qui vient nous interpeller : “Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? “

    “Jean portait un vêtement de poils de chameau …“, comme autrefois le grand prophète Elie dont le retour devait préluder la venue du Messie.

    “Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. “.

    Le Jourdain, à l’endroit même où le peuple de l’Alliance était entré autrefois en Terre Promise, sous la conduite de Josué (Jos 3) ; et ce jour-là les eaux s’étaient ouvertes, comme celles de la mer rouge, pour que tous puissent traverser à pied sec.

    C’est bien l’entrée dans un monde nouveau qu’annonce Jean : “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ! “ Les mots même de la première prédication de Jésus.

    Une nouvelle création se profile, celle qu’annonçait le prophète Isaïe autrefois : “Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau […]. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte. “

    Jean Baptiste nous fait entrevoir l’espérance d’un monde nouveau, un monde de justice et de paix, au-delà de toutes nos déceptions et lassitudes.

    “Convertissez-vous…“, ajoute-t-il. Ce monde nouveau n’est pas à situer au terme de tous nos efforts, mais dans la confiance que nous faisons à ce Dieu qui a scellé une Alliance avec son peuple et qui ne peut le décevoir.

    Pour cela il faut, comme Jean Baptiste nous y invite, ne pas désespérer de l’avenir et nous mettre au travail. Comme l’artiste imagine déjà la statue qu’il va faire (ce qui ne l’empêche pas pour autant de pendre le burin), comme le navigateur imagine déjà la côte (ce qui ne l’empêche pas de tenir bon la barre), viendront des vents contraires, viendront des nœuds dans le bois de la statue, viendront des chamboulements dans la vie ; la confiance en Dieu, à la différence des décisions inflexibles et intransigeantes n’en ressortira que fortifiée.

    Jean Baptiste nous donne déjà à voir le futur, à déceler le “pas-encore-visible“, ce Messie qui est déjà là au milieu de nous. Futur et présent réconciliés.

    Père Luc de Saint-Basile