Mois : novembre 2019

  • Édito du 1er dimanche de l’Avent, dimanche 1 er décembre.

    C’est Noël chaque jour !

    C’est le 1er dimanche de l’Avent. Noël 2019 n’est plus très loin. C’est réglé comme du papier musique et chacun commence à penser aux cadeaux à faire ou à recevoir. 

    Et pourtant l’évangile est clair : personne ne sait quand le Seigneur viendra !

    Y aurait-il un autre Noël à attendre ? Une autre venue du Seigneur que celle, déjà passée, que nous célébrons le 25 décembre ? Une venue qui, elle, risque de nous prendre par surprise et qui nous invite à être des veilleurs, à être attentif. Plus que les gens du temps de Noé, qui ne se sont doutés de rien quand le déluge arriva.

    A la racine de « veiller », il y a le verbe latin « vigilare ». Veiller, cela veut dire non seulement ne pas dormir dans le temps destiné au sommeil mais cela veut dire aussi être sur ses gardes, être attentif. Ne pas se conduire n’importe comment. 

    Veiller c’est être vigilant. On parle de Vigipirate, pour notre sécurité, de Vigilance Orange pour des régions en risque de forte pluie, de vent. Dans la pub, on est invité à être vigilant sur l’abus d’alcool.  Le réchauffement climatique sollicite aussi de plus en plus notre vigilance dans nos manières de vivre et de consommer. 

    Mais pour un chrétien, qui n’est pas dispensé de ces vigilances-là, c’est quoi être vigilant ? Le temps de l’Avent nous invite à nous poser la question ? 

    Les vigies du haut du navire donnaient l’alerte. On parle aujourd’hui des lanceurs d’alerte, de ces gens qui dénoncent les scandales et les causes de catastrophes.

    Les chrétiens ne le sont-ils pas à leur manière en discernant, au cœur des événements, la lumière du Christ qui vient toujours au-devant de nous ? 

    C’est ce que le Pape a rappelé à Hiroshima et dans son message pour la paix en nous invitant à la paix intérieure et communautaire : « La paix avec soi-même en refusant colère et l’impatience. La paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ; La paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir »

    Puissions-nous, sincèrement, en ce temps de l’Avent qui commence, avoir un cœur tourné vers Dieu, vers les autres et le monde et faire nôtre la dernière parole de l’Apocalypse : « Viens Seigneur Jésus, viens ».

    Père Édouard Bois

  • Édito de la solennité du Christ Roi de l’univers, 24 novembre 2019

    “Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! “

    En cette fête du Christ, Roi de l’univers, la liturgie nous fait méditer deux textes contradictoires : dans le livre de Samuel, l’allégeance de toutes les tribus d’Israël à David qui l’établit dans sa royauté ; et dans l’évangile, le récit de la mort de Jésus sur la croix surmontée de l’inscription : “Celui-ci est le roi des juifs“.

    Entre les deux, il y a toute la nouveauté apportée par Jésus et résumée par St Paul dans son épître aux Corinthiens (1Cor 1, 22-24) : “Les juifs demandent des signes et les grecs recherchent la sagesse, mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens ; mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. “

    Sur la croix, Jésus montre clairement comment il entend exercer sa royauté. Ce n’est nullement en répondant aux injonctions de ceux qui l’entourent, c’est-à-dire en se sauvant lui-même, en descendant de la croix et en exterminant ses ennemis. Il l’exerce en accueillant le brigand qui, à côté de lui, reconnaît ses fautes passées et se tourne avec confiance vers cet homme juste, cloué comme lui sur une croix : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. “

    Je ne suis pas venu juger le monde mais le sauver“ (Jn 12,47). En cette fin d’année liturgique, cette attitude de Jésus en ce moment ultime de sa vie nous éclaire aussi sur ce que nous appelons “le jugement dernier“. Jésus ne juge pas comme les juges de la terre ou les rois en pesant nos actes sur une balance. Il éclaire notre vie par la lumière éblouissante de sa Vérité. A cette lumière, nous nous découvrons tels que nous sommes et c’est nous qui prenons conscience des lumières et des obscurités de nos vies.

    Jésus exerce sa royauté sur la croix en accueillant la petite parcelle d’amour et de vérité qui sort da la bouche de ce truand attaché à la croix, à côté de lui. Et sa puissance de “roi“ lui permet de dire au malfaiteur qu’il sera le jour-même avec lui, dans le Paradis.

    Aujourd’hui encore, il accueille la petite parcelle d’amour et de vérité qui habite nos propres cœurs.

    Heureux les hommes qui peuvent ainsi contempler sur la croix leur Roi et Seigneur !

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 33ème dimanche du temps ordinaire, 17 novembre 2019

    Quand cela arrivera, redressez-vous, relevez la tête! »

    Luc 21,28

    Les paroles de Jésus, alors qu’il arrive enfin à Jérusalem, sont surprenantes et même franchement inquiétantes.

    Alors que ses disciples s’extasient devant la beauté de ce Temple tout neuf reconstruit par Hérode, il annonce : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

    Et même s’il les exhorte à ne pas s’effrayer, il ajoute pourtant : « On se dressera nation contre nation…, il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines…, des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. Mais avant tout cela, on portera la main sur vous, on vous percutera… »

    On sait comment tous les prêcheurs annonciateurs de la fin du monde, même parfois dans certains discours écologiques aujourd’hui, se sont servis de ces passages de l’évangile pour appuyer leurs prédictions.

    Or ces images, surtout celles concernant les signes cosmiques, sont conformes au genre littéraire des apocalypses courantes à cette époque, et ne sont donc pas à prendre immédiatement au pied de la lettre.

    Pourtant la première génération chrétienne, ceux qui ont eu à endurer les persécutions de la fin du règne de Néron et qui ont été les témoins de la mise à sac du Temple de Jérusalem en 70 par les armées de Titus, nous ont transmis ces paroles comme prophétiques, alors comment les comprendre comme “Bonne Nouvelle“.

    « Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. » Le mot « témoin » se dit en grec « marturos » qui a donné le mot français « martyr« .

    La force de cette Bonne nouvelle, parvenue jusqu’à nous, vient du fait qu’elle a survécu à la destruction du Temple, signe par excellence de la présence de Dieu ; qu’elle est restée vivante par le témoignage de tous ceux qui l’ont porté jusqu’à nous, parfois jusqu’au don de leur sang ; que l’espérance de vie qu’elle contient permet encore aujourd’hui d’affronter l’échec, l’épreuve, la maladie, la souffrance, en l’unissant à la passion et donc à la résurrection du Christ.

    « Ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » Il n’y a que les faux prophètes, les prophètes de malheur, pour se servir de ces signes pour effrayer et ainsi enchaîner leurs disciples dans la peur.

    Au milieu des tribulations de ce monde, si nous savons garder notre foi bien vivante en Jésus Christ, celle-ci se conjuguera avec ce que Péguy appelait « sa petite sœur », l’espérance.

    Père Luc de Saint-Basile

  • Édito du 32ème dimanche du temps ordinaire, 10 novembre 2019

    « Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants »

    Alors que nous venons juste de fêter la Toussaint, les textes de ce dimanche continuent à parler de “résurrection“.

    La première lecture, tirée du livre des Martyrs d’Israël rédigé au IIème siècle avant Jésus Christ, affirme pour la première fois de manière explicite que ceux qui meurent à cause de leur foi ressusciteront au dernier jour. Et Jésus dans l’évangile, en réponse à un cas d’école rocambolesque qui lui est soumis par des sadducéens, va parler lui-même de manière explicite de la résurrection des morts.

    Mais que signifie “croire en la résurrection“ ? Est-ce uniquement imaginer un futur hypothétique qui se situerait après la mort physique, et que nous n’avons qu’à attendre avec résignation.

    Le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants : tous en effet vivent pour Lui“.

    Notre Dieu est le Dieu des vivants, non pas des morts. J’ai donc à m’interroger dès aujourd’hui : suis-je un vivant ? Qu’est ce que vivre pour moi ?

    Nous le savons, il y a des façons de vivre qui ne sont que des apparences de vie et d’autres au contraire qui nous construisent, et cela pour l’éternité.

    La mort, en fait, arrive par là où on l’attend le moins, c’est à dire par l’intérieur de nous-mêmes. Elle commence son œuvre par de petites choses auxquelles on ne prend pas garde : ce sont des méchancetés, des masques, la peur, des petites puis des grandes infidélités à soi-même. La mort s’installe alors au-dedans de nous-mêmes, nous rongeant peu à peu le cœur et l’esprit, le corps et l’âme.

    A d’autres moments, au contraire, il y a la vie, cette passion d’aimer et d’inscrire son être profond dans le monde et dans l’histoire, de risquer sa vie pour la rendre plus vraie.

    Comme le dit très bien St Jean (1 Jn 3,14) : “Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. “

    Vivre est un grand travail puisqu’il s’agit de construire l’homme nouveau en nous, approfondir cette relation de fils et fille Dieu qui a été scellée le jour de notre baptême, développer cet amour vrai qui nous a été révélé en Jésus Christ et qui est accueil et don.

    En ce “Jour du Seigneur“, commémoration de la résurrection du Christ, choisissons résolument la vie en célébrant le Dieu des vivants.

    Père Luc de Saint-Basile