Mois : mai 2018

  • Edito du dimanche de la Sainte Trinité, 27 mai 2018

    C’est la Sainte Trinité, faisons la fête ?

     

    Ce dimanche est pour les chrétiens la fête de la Sainte Trinité et en même temps pour tout le monde, la fête des mères. Il y a gros à parier que la seconde mobilisera plus que la première. Même chez les chrétiens !

    Car la Trinité, c’est bien mystérieux.  Il n’y a pas de quoi à première vue faire la fête.

    Mais la Sainte Trinité n’est pas là pour le plaisir de compliquer les choses de la foi.

    Parler de Dieu comme de la Sainte Trinité c’est pour les chrétiens dire quelque chose d’essentiel de la vie, de notre vie et de la vie de Dieu.

    Ce mystère de Dieu, une seule nature trois personnes, a été formulé par les premiers conciles parce que dans les premiers siècles après JC les débats sur Dieu étaient dans l’air du temps et menaçaient l’unité des communautés. Il fallait préciser en quel Dieu croire pour être fidèle à celui à qui Jésus s’adressait.

    Ne l’oublions donc pas, c’est Jésus qui nous a mis la puce à l’oreille au sujet de la Trinité.

    Jésus parle sans cesse, et notamment dans le discours après la Cène dont nous avons achevé la lecture il y a peu, du Père, du Fils, de l’Esprit et de leurs relations.

    Saint Thomas d’Aquin intitulera plus tard l’un des chapitres de la Somme Théologique : Dieu est relation.

    Tout est dit. Tel est le fondement de l’être, de toute réalité. Dieu est relation d’amour.

    Eloi Leclerc, un franciscain, le dit aussi : « L’amour ne se possède pas, il ne se garde pas pour lui-même. Il se donne, il se répand. Sans mesure. Il s’épanouit dans le don.
    Aussi est-il toujours tourné vers l’autre, en mouvement vers lui, voulant son bien.

    Il y a en Dieu une communication essentielle, éternelle, d’où jaillit la Trinité des personnes.

    Le Père ne cesse de communiquer à son Fils unique la plénitude de sa divinité. Et de leur amour mutuel jaillit l’Esprit. Aucune des trois personnes divines ne se garde pour elle-même. Aucune ne retient pour soi la divinité. Chacune n’existe que dans sa relation à l’autre : dans son don à l’autre.

    Et toutes les trois ne font qu’un seul Dieu, en une seule communion. Ainsi la joie du Père est d’engendrer son Fils éternellement dans l’Esprit. »   

    Et Eloi Leclerc d’ajouter : « Dans un excès d’amour, Dieu Trinité a voulu communiquer sa joie divine, hors de lui, librement et gratuitement, en appelant des créatures à partager sa propre vie dans l’amour. Et ce dessein, il a projeté de le réaliser en s’unissant lui-même à notre humanité en la personne de son Fils éternel. »

    Si Dieu Trinité est relation d’amour, foyer d’amour, nous pouvons le fêter.

    Sans arrières pensées et sans oublier la fête des mères !

    Entre l’amour que déploient les mamans que nous fêtons aujourd’hui et l’amour qui se déploie dans les relations de la Sainte Trinité, qui ne voit le rapport profond ?

    Aujourd’hui, ensemble, rendons grâce pour tant d’amour.

     

    P. Edouard Bois

     

     

  • Edito du dimanche de la Pentecôte, 20 mai 2018

    Veni, Creator Spiritus !

     

    Il est très difficile de parler de l’Esprit Saint.

    Aussi insaisissable que les différentes représentations qui le décrivent dans la Bible, le vent, le souffle, l’eau, le feu, la colombe…, peut-être, à l’image du vent, faut-il d’abord chercher sa présence dans son action, dans ce qu’il fait bouger et transforme.

    Ainsi St Paul dans son épitre aux Galates préfère parler des “fruits de l’Esprit “ : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »

     

    Le P. Yves Congar, un grand théologien du Concile, dans un très beau petit livre “La Parole et le Souffle“ rappelait que l’œuvre de Dieu se réalise conjointement par son Verbe, son Verbe fait chair en Jésus Christ, et par son Esprit Saint. Dès le début de la création Dieu dit et il fait.

    Ainsi dans l’évangile de ce jour, Jésus reconnaît que les paroles qu’il a cherché à transmettre à ses apôtres ne suffisent pas, il faudra que l’Esprit agisse en ceux qui seront témoins de sa mort et de sa résurrection : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. »

     

    La Pentecôte ne se résume donc pas à la naissance d’une petite secte religieuse nouvelle qui va répéter les paroles de son Seigneur et Maître. Ce n’est pas une nouvelle religion qui naît ce jour-là, c’est le début d’une humanité nouvelle qui accepte de se laisser guider par le souffle de l’Esprit Saint pour témoigner que le chemin pascal ouvert par Jésus Christ est un chemin de Vie éternelle qui nous conduit à “la vérité toute entière“.

     

    En ce début du troisième millénaire, nous le croyons, l’Esprit Saint continue son action dans le cœur des hommes que nous sommes. Saurons-nous nous laisser guider par cette force qui nous pousse à dépasser toutes nos peurs et nos enfermements sur nous-mêmes ?

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 7ème dimanche de Pâques, 13 mai 2018

    Entre Ascension et Pentecôte,

    un temps pour prier !

     

    Après le départ de Jésus en cette fête de l’Ascension, le livre des Actes des Apôtres décrit ce qui reste du groupe des disciples réunis dans ce qu’on appelle “le Cénacle“ : en plus des onze apôtres, environ cent vingt personnes. Apparemment un bien pauvre groupe !

     

    C’est pourtant ce petit noyau d’Eglise naissante à qui Jésus a demandé d’annoncer la Bonne Nouvelle jusqu‘aux extrémités du monde, un envoi qui sera effectif le jour de la Pentecôte ; mais ils commencent d’abord par ce temps de prière commune. Et il en sera ainsi à chaque étape importante qui marquera la petite communauté primitive : avant le choix de Matthias qui devra remplacer Judas (1ère lecture), avant l’institution des diacres (Act. 6,6), avant la conversion des Samaritains (Act. 8,15)…

     

    Prier, on le croit trop souvent, c’est demander à Dieu de nous sortir d’une situation désespérée : c’est en quelque sorte notre dernière planche de salut ! On prie après que tout le reste ait échoué ! La vraie prière chrétienne, elle, vient avant. Avant la parole et avant l’action, comme on respire avant de chanter ou de faire un effort. La vraie prière chrétienne est tournée vers l’avenir : « Que ton règne vienne. » (Mt 6,10)

     

    Ainsi le discours d’adieu de Jésus, que nous lisons dans l’évangile de St Jean aujourd’hui, se termine aussi par une prière : prière non pas centrée sur l’événement tragique qui se profile, mais tournée vers les disciples qui auront à poursuivre la mission de leur Seigneur, une prière qui manifeste déjà dans quel esprit Jésus aborde sa passion.

     

    Une communauté chrétienne ne vit que si elle respire. Et sa respiration, c’est la prière. Elle ne peut annoncer Dieu et agir au nom de Dieu que si elle respire Dieu.

     

    Laissons-nous porter par la prière du Christ, en ce dimanche de respiration, avant le grand souffle de Pentecôte qui nous fera nous tourner, nous aussi, vers les quatre coins de l’univers. Tourné vers l’avenir, Jésus confie cette petite communauté naissante, et notre Église d’aujourd’hui qui en est l’émanation, à l’amour fidèle et prévenant du Père.

     

    P. Luc de Saint Basile

     

     

  • Edito du 6ème dimanche de Pâques, 6 mai 2018

    “ Ce que je vous commande

    c’est de vous aimer les uns les autres “

     

    Nous sommes au tout début de l’Eglise naissante. Deux personnages qui n’ont rien en commun se rencontrent :

    Pierre qui appartient au monde juif, ce qui lui interdit, sous peine d’impureté rituelle, toute relation suivie avec les païens ; mais c’est aussi lui qui a reçu du Seigneur la mission d’être le pasteur de ses brebis.

    De l’autre côté Corneille, un païen chercheur de Dieu, centurion de l’armée romaine d’occupation, en garnison à Césarée maritime, et qui n’hésite pourtant pas à venir se jeter au pied de Pierre et se prosterner devant lui.

     

    La première réaction de l’apôtre est d’abord un geste de fraternité humaine : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi-aussi. »

    Puis, dans l’Esprit de Celui qui a voulu donner sa vie pour tous les hommes, il va faire ce pas décisif pour l’Eglise à jamais : « En vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. »

    Et d’autorité, reconnaissant là l’œuvre de l’Esprit, il prendra l’initiative de faire baptiser ce païen au nom de Jésus Christ, avant d’accepter l’invitation de demeurer quelques jours avec les siens, alors qu’il sait très bien que cela va lui être vivement reproché par ses frères juifs.

    L’amour qui prime sur la Loi et qui permet de dépasser les frontières.

     

    Sans doute s’est-il souvenu de ces paroles que Jésus avait prononcées au cours de son dernier repas et que nous rapporte l’évangéliste St Jean aujourd’hui : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

    Des paroles qui resteront gravées dans le cœur des disciples, après la mort et la résurrection de leur Seigneur, jusqu’à bousculer toutes les certitudes établies et provoquer des chamboulements dont nous voyons les premiers effets dans ce geste d’autorité de Pierre.

     

    Comme l’écrit le dernier successeur de Pierre dans sa dernière exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté (Gaudete et exultate § 60) : “ Il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c’est « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Nous sommes appelés à préserver plus soigneusement la charité : « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi […]. La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14). “

     

    P. Luc de Saint Basile