Mois : avril 2018

  • Edito du 5ème dimanche de Pâques, 29 avril 2018

    Vous êtes les sarments

     

    Il y a déjà un certain temps, mais je m’en souviens encore, on a pu voir sur les écrans un très beau film sur le rapport entre le vigneron et sa vigne. Un rapport profond, affectif même. Mais, racontait le film, ce lien s’est perdu lorsque la vigne est devenue uniquement une question de rapport mais de rapport économique.

    Si ce souvenir me revient à l’esprit c’est que, ce dimanche, l’enseignement de Jésus porte précisément sur la vigne et les liens qui unissent le vigneron à sa vigne et les sarments au cep.

     

    Lorsque saint Jean se fait l’écho des paroles de Jésus sur la vigne, il s’adresse à l’Eglise de la fin du premier siècle. Une Eglise sous tension, avec divers courants gnostiques et le risque de retour à la synagogue de chrétiens juifs convertis.

    Alors pour les chrétiens de son temps, et pour nous aussi où il n’est pas facile non plus de croire, Jean rappelle des passages obligés pour être croyant.

     

    Le premier enseignement c’est la place centrale de Jésus dans notre foi. Ce n’est pas matière à option. C’est à prendre ou à laisser si on veut se dire chrétien.

    Pour bien nous le faire comprendre, Jésus par l’entremise de Jean emploie donc l’image de la vigne. Image bien connue dans le Premier Testament où elle est omniprésente pour désigner le Peuple de l’Alliance aimé de Dieu.

    Mais ici c’est Jésus qui dit : Mon Père est le vigneron. Je suis la vigne. Vous êtes les sarments.

    Ainsi Jean rappelle-t-il aux chrétiens de sa communauté et à ceux de tous les temps la place unique, incontournable de Jésus dans la foi des chrétiens.

    Alors où en sommes-nous de notre relation à Jésus ? Qui est-il pour nous ?

     

    Le deuxième enseignement de Jean est dans ce verbe qui revient 7 ou 8 fois dans la bouche de Jésus et qui est un mot clef de son évangile : demeurer !

    « Demeurez en moi comme moi en vous, comme je demeure dans le Père et le Père en moi ».

    Demeurer signifie la profondeur d’une relation, son intériorité, sa réciprocité mais ici demeurer veut être aussi une invitation à adhérer fidèlement, durablement.

    C’est un appel à chacun venant du Christ lui-même : demeurez en moi. Tenez bon malgré toutes les sollicitations et les dérives, les tentations.

     

    Le troisième enseignement que souligne saint Jean n’est pas le moins important : « Ce qui fait la gloire de mon Père c’est que vous portiez beaucoup de fruits. »

    De quels fruits s’agit-il ? Tout simplement de la réalisation du dessein d’amour du Père, de l’extension du règne de Dieu sur la terre.

    Ce que nous avons à demander, c’est cela ! Nous le faisons en priant le Notre Père : que ton Règne vienne.

    Jésus nous associe ainsi intimement à sa mission « que leur unité soit parfaite ainsi le monde saura que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ». Jésus compte sur nous pour porter du fruit. Des fruits aussi imprévisibles que la conversion de Paul (cf.1ère lecture : Actes de Apôtres 9,26-31).

     

    P. Edouard Bois

     

     

  • Edito du 4ème dimanche de Pâques, 22 avril 2018

    Le Bon Pasteur

    Méditer la figure du Christ Bon Pasteur en ce dimanche qui est aussi celui de l’appel à la prière pour les vocations nous rappelle que le prêtre n’est pas prêtre tout seul et que les communautés chrétiennes ont un rôle essentiel pour permettre aux prêtres d’épanouir leur vocation.

    Ce beau petit témoignage d’un prêtre d’origine colombienne, venu exercer son ministère en France, l’exprime très simplement :

    « Je crois profondément que nous les prêtres, et surtout les prêtres diocésains, nous ne pouvons pas exercer notre ministère pastoral si nous ne sommes pas en relation avec la communauté paroissiale qui nous aide à vivre notre célibat et notre mission.

    Nous avons besoin d’amis avec qui nous partageons nos peines et nos joies, nous avons besoin de familles qui nous apprennent les espoirs, les difficultés, les bonheurs et les souffrances propres au couple et à la famille.

    Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui sont dans le monde de l’entreprise, de la recherche, du travail… qui nous aident à rester toujours en contact avec la réalité qui nous entoure et avec les préoccupations de notre société.

    Nous avons besoin d’amis qui partagent leur table avec nous, qui nous invitent et que nous invitons aussi pour parler d’autres choses que de l’Église ou de la foi et qui nous permettent de rencontrer des hommes et des femmes d’autres religions ou qui n’appartiennent pas à une communauté particulière.

    Nous avons besoin d’enfants et de jeunes qui nous ouvrent les yeux sur les nouvelles évolutions de la technique, de la musique, du cinéma,… du monde.

    Nous avons besoin de femmes qui nous disent avec compétence et fraternellement que les chaussettes bleues ne vont pas ensemble avec la chemise rouge.

    Nous avons besoin d’amis qui nous conseillent quand il s’agit de prendre un nouvel ordinateur ou quand nous hésitons à acheter le nouvel IPad.

    Nous avons besoin de paroissiens qui nous disent : « je n’ai pas très bien compris ton homélie du dimanche ou les paroles que tu as dites dans la rencontre de jeunes couples m’ont permis d’entamer une discussion profonde avec ma femme ».

    Nous avons besoin de gens sincères et honnêtes qui nous aident à adapter notre discours et à mieux comprendre la communauté dans laquelle nous avons été envoyés. Le prêtre a besoin de se sentir accueilli et de partager sa vie avec la communauté pour exercer sa mission avec joie, pour grandir en humanité et pour approfondir sa relation avec Dieu.

    Je suis convaincu que plus nous nous sentons aimés et accueillis par une communauté, plus nous donnons le meilleur de nous-mêmes et plus les uns avec les autres nous grandissons dans notre intimité avec Dieu et dans notre relation avec nos frères et sœurs.

    Merci Seigneur pour les communautés que tu as mises sur ma route ; grâce à ces hommes et ces femmes avec qui je partage ma vie je suis un prêtre heureux. » (Père Germàn Sânchez)

     

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 3ème dimanche de Pâques, 15 avril 2018

    Entrons dans la grâce et rendons grâce !

             En ces semaines qui suivent Pâques, les pages d’Evangile qui nous sont proposées le dimanche sont des récits d’apparitions de Jésus ressuscité, c’est-à-dire des récits qui nous situent par delà « le scandale de la croix. » Elles comportent souvent la même question lancinante : comment croire alors que l’affaire Jésus semble s’être achevée dans l’humiliation d’une mort réservée aux plus rejetés de la société ? Aujourd’hui St Luc nous rapporte un face à face entre les onze apôtres – Judas n’est plus là – et Jésus. Les disciples vont devoir choisir entre la peur ou bien la paix. En effet le maître leur dit : « la paix soit avec vous » et les onze sont saisis de frayeur et de crainte… Cette apparition ne serait-elle pas celle d’un fantôme ?

     

    Pour progresser, les disciples devront franchir plusieurs étapes. La première est celle de la « vérification » : il s’agit pour les onze de voir les pieds et les mains de Jésus et de manger avec lui. L’apparition n’est pas un fantôme. Ils se trouvent bien en face de Jésus de Nazareth, le juste condamné injustement : son corps porte les traces de la fixation sur la croix. Les disciples perçoivent que la victoire du Christ n’est pas une négation ou bien une sorte de mine de la mort. La résurrection de ce maître bien vivant parmi eux n’a rien gommé de sa passion.

     

    Alors les disciples sont prêts pour la deuxième étape que leur propose Jésus : l’Evangéliste nous dit : « Il ouvre leur intelligence à la compréhension des Ecritures ». Jésus explique à ses auditeurs que les textes de la loi de Moïse, des psaumes et des prophètes annonçaient son passage par la mort. Le passage par la souffrance et par la mort est nécessaire, jusqu’au bout, pour que la victoire de la résurrection soit complète.

     

    Vient alors la troisième étape proposée aux disciples : devenir des témoins de la conversion et du pardon des péchés. Jésus dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés » et il lance : « A vous d’en être les témoins ! » …Tout péché peut être pardonné puisque le péché maximum, mettre Dieu à mort, peut déboucher sur la vie. Dieu ne se venge pas de l’infamie de la croix, il propose gracieusement – gratuitement – une nouvelle alliance. Lorsqu’on réalise cette grâce que Dieu fait à tout homme, la conversion peut suivre. La conversion c’est pour tous les disciples le désir de changer leur vie, de s’efforcer de vivre selon les paroles et les actes de Jésus, simplement pour « rendre grâce. »

     

    Pour nous tous, disciples de Jésus, le chemin d’après Pâques consiste à réaliser la grâce que Dieu nous fait : tout péché, tout égarement dans notre vie peut être pardonné, gratuitement. Lorsque nous percevons cela, puissions-nous alors nous ouvrir au « rendre grâce » qui est dire merci à Dieu. Attention, il ne s’agit pas là seulement d’une pensée ou d’une parole ! Il s’agit concrètement, par nos actes et nos paroles, de devenir des témoins de l’amour auquel Dieu nous invite. Et cela change nos relations à nos sœurs et frères en humanité.

     

    P. Alexis Bacquet

     

  • Edito du 2ème dimanche de Pâques, 8 avril 2018

    La Profession de foi de Thomas, l’incrédule.

    “ Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux.“ Dans l’évangile de St Jean, c’est donc en ce deuxième dimanche de Pâques que se situe la rencontre entre Jésus ressuscité et l’apôtre Thomas.

    Que n’a-t-on pas dit sur ce dernier ; on l’a qualifié de “ sceptique “, “d’incrédule “. Nous connaissons son réalisme : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

    N’est-ce pas humain de vouloir toucher et voir pour croire ? Marie de Magdala, au tombeau, n’avait-elle pas voulu toucher son Seigneur en le reconnaissant ?

    Thomas est bien comme chacun d’entre nous ; ne nous est-il jamais arrivé de nous dire : c’était facile pour les apôtres de croire : eux ont pu voir et même manger avec leur Seigneur ressuscité. Mais pour nous aujourd’hui, c’est tout autre chose !

    En fait, à travers les différents récits d’apparitions, l’évangéliste tente de nous faire comprendre que les rencontres avec Jésus ressuscité n’ont pas été vécues par les disciples comme des retrouvailles que l’on fait dans la vie ordinaire : pour tous ceux qui ont été les témoins de sa résurrection, cela a été réellement fondateur, recréateur.

    C’est un peu comme une nouvelle naissance : le Seigneur présent au milieu de ses disciples va les faire passer des ténèbres à la lumière, de la peur à la foi, de l’angoisse à la paix et la joie.

    Et ce souffle que Jésus répand sur eux a quelque similitude avec celui que le Créateur a insufflé dans le corps d’Adam au début de l’humanité. Même pour Thomas l’incrédule, c’est à une autre manière de voir et de percevoir qu’il accède. On ne sait pas, finalement, s’il a touché le corps glorieux du Christ ressuscité, comme celui-ci l’invite à le faire ; cela, en fait, est devenu totalement insignifiant. Par contre il accède à un autre type de reconnaissance de Jésus, différente de celle qu’il avait connue de son vivant. C’est le passage de l’incrédulité à la foi en Jésus Messie envoyé de Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

    Saint Thomas d’Aquin, le théologien, a une très belle formule à propos de son homonyme : « Il vit une chose, il en crut une autre. »

    Ce basculement qui renouvelle l’être tout entier s’est poursuivi, au cours de ces vingt siècles qui ont vu se lever tant de grands saints dans notre Eglise ; des hommes et des femmes comme chacun d’entre nous, mais qui ont laissé l’Esprit du ressuscité transformer leur vie. Cet Esprit toujours à l’œuvre qui fait se lever encore des catéchumènes et ces jeunes de l’aumônerie qui, malgré leurs doutes, font ce dimanche leur profession de foi.

    « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ». Que ce temps pascal renouvelle notre foi avec l’apôtre Thomas, et tous ceux qui mettent leur espérance dans le Christ vivant.

     

    P. Luc de Saint Basile