Mois : février 2018

  • Edito du 1er dimanche de Carême, 18 février 2018

    Les temps sont accomplis

     

    Le temps du carême est commencé. Mercredi dernier, chacun a pu recevoir le signe des cendres et en ce premier dimanche de Carême traditionnellement la lecture du récit des tentations de Jésus au désert est celle qui nous est proposée.

    Cette année dans la version de l’évangéliste Marc. C’est un excellent conteur mais ici il fait preuve de plus de sobriété que Luc ou Matthieu. Rien sur les trois fameuses tentations que tout le monde a en mémoire et dont l’invitation à sauter du haut du Temple pour épater les foules n’est pas la moindre. Mais Jésus renoncera à cet atout commercial !

    Quoi qu’il en soit du détail, le fait est là. Jésus, après avoir été baptisé par Jean-Baptiste dans le Jourdain, commence sa mission par une retraite de 40 jours au désert où il est tenté.

    Mais puisqu’il est le Fils de Dieu, Jésus a-t-il pu vraiment être tenté ?

    Son Père l’aurait-il laissé entrer en tentation ?

    Nous pouvons nous poser la question.

    Mais autre chose que Jésus soit entré en tentation, autre chose qu’il y ait succombé.

    Oui Jésus a vraiment été tenté au désert. Il n’a pas fait semblant. Il a été tenté pour de vrai car il est le nouvel Adam et Adam a été tenté. II a été tenté car il est le nouveau Moïse et Moïse a été tenté.

    Et surtout Jésus a été tenté comme Fils de Dieu sur la terre. « Si tu es le Fils de Dieu… » tu peux faire ce que bon te semble. Profites-en ! Mets-toi à ton compte !

    Satan est habile !

    L’enjeu de la réponse de Jésus face aux tentations qui l’assaillent ici et plus tard est considérable. C’est la réussite ou non de sa mission. C’est l’avenir de l’humanité qui se joue là : oui ou non Jésus va-t-il accomplir la mission qui lui est confiée par son Père pour sauver l’humanité ou bien va-t-il s’en écarter, se mettre à son compte, faire un coup d’état ou un coup d’éclat au lieu de restaurer le lien divin originel avec la création ?

    Y aura-t-il un jour un humain capable de vaincre le mal ? De nous relier vraiment à Dieu ?

    Avec ce récit des tentations, c’est de notre vie et de notre mort qu’il s’agit, de notre libération ou de notre enfermement faisant de la terre notre prison.

    Avec Jésus, l’un des nôtres a été vraiment fidèle.

    « Du fait qu’il a enduré lui-même l’épreuve, il est en mesure de secourir ceux qui sont éprouvés. » (Hébreux 2/18).

    L’Envoyé nous ouvre le chemin de la réconciliation, de la recréation, de l’avenir.

    La retraite de carême et les groupes de partage qui se sont constitués nous permettront d’approfondir ce grand mystère : celui du Christ, celui de l’humanité, en nous aidant mutuellement, au fil du carême, à repérer les tentations propres à notre temps.

    C’est beau un arc en ciel (cf.1ère lecture). Dans la Bible c’est le signe de l’alliance retrouvée entre l’humanité et Dieu.

    Puisse la fête de Pâques être, après ce chemin du carême, un bel arc en ciel sur chacune de nos vies.

     

    P. Edouard Bois

     

  • Edito du 6ème dimanche du temps ordinaire, 11 février 2018

    « Saisi de compassion,

    Jésus étendit la main et le toucha »

     

     

    L’évangile qui nous est proposé aujourd’hui est un véritable petit bijou. Alors que nous ne sommes encore qu’à la fin du premier chapitre, en quelques versets tout est noué.

     

    Dans le passage qui précède, l’évangéliste Marc nous rapporte que Jésus « guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ».

     

    Or l’homme qui s’avance aujourd’hui vers lui n’est pas un malade ordinaire : c’est un lépreux. Et la loi juive, qui nous est rappelée dans la première lecture, est très claire à leur sujet : « Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !”[…] C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

     

    Manifestement le lépreux n’a pas respecté cet interdit car il est entré dans la ville pour supplier Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

    La réaction de Jésus est la même que celle qui l’a poussé à soulager toutes les souffrances qu’il a rencontrées sur son chemin : saisi de compassion, il étend la main, le touche et le purifie.

     

    Mais, en faisant ce geste, il réalise en même temps que c’est lui qui a enfreint la Loi. Et il a beau imposer le silence au lépreux guéri, et lui demander même de faire constater sa guérison à postériori par les prêtres, rien n’y fait.

    Et c’est finalement Lui qui est obligé de fuir la ville en se retrouvant à la place initiale du lépreux.

    On sait jusqu’où cette logique va l’entraîner.

     

    Ce dimanche plusieurs d’entre nous vont recevoir le sacrement de l’onction des malades. A travers cette prière et ces gestes de l’imposition des mains et de l’onction d’huile, c’est le Christ qui touche et relève, en se rendant du même coup solidaire des souffrances de ceux qui sont atteints par la maladie.

    Que le beau témoignage de leur foi plus forte que l’épreuve nous aide nous aussi à traverser toutes les adversités de la vie.

    P. Luc de Saint Basile

     

  • Edito du 5ème dimanche du temps ordinaire, 4 février 2018

    « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre… »

    Mes jours sont plus rapides

    que la navette du tisserand,

    ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil. »

     

    Cette plainte de Job est malheureusement toujours d’actualité ; c’est celle des employés qui sont meurtris par le stress de la vie et la dureté du monde du travail ; c’est aussi celle des personnes âgées qui sentent que le temps s’écoule trop vite sans qu’ils aient pu profiter de tous leurs efforts et du travail accompli !

    Nous même, ne nous arrive t’il pas de temps en temps de nous plaindre ainsi à Dieu ?

     

    La tentation naturelle, en face de ces souffrances, c’est de se boucher les oreilles et de fermer sa porte, de durcir son cœur pour ne pas être touché, de tenter de s’en sortir avec ses propres ressources en essayant de se préserver des petits moments de bonheur personnel.

     

    Dans l’évangile nous voyons que, dès le début de sa mission, Jésus accepte de se laisser submerger par cette détresse humaine: » le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. »

     

    Avec sa connaissance de la Loi juive, il aurait pu enseigner dans les synagogues et même à Jérusalem, être un Rabbi important capable de dialoguer avec les docteurs de la Loi et les pharisiens.

    Ou bien mener une vie irréprochable comme ces esséniens retirés dans le désert !

    Mais il a décidé d’ouvrir sa porte aux blessés de la vie, de partir à l’aventure sur les routes de Palestine, à la rencontre de tous ceux qui souffrent et sont en quête d’un message d’espérance : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle; car c’est pour cela que je suis sorti. »

    En cela il est fidèle à sa mission qui est toute entière inscrite dans ce nom donné à sa naissance : Jésus (Dieu sauve) – Emmanuel (Dieu avec nous).

     

    « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »  C’est ce même élan qui a poussé St Paul à partir sur les chemins pleins d’embûches à travers tout le bassin méditerranéen, jusqu’à son arrestation, son emprisonnement et sa mise à mort à Rome. « Je me suis fais tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. »

     

    Quand la vie est trop dure, saurons-nous, nous aussi, résister à cette tentation de se sauver soi-même pour rester ouverts et solidaires aux joies et aux peines de ceux qui nous entourent ?

     

    P. Luc de Saint Basile